LIVHE XII. — LU PHILOSOPHIE ÉTHIQUE
tique avec modestie, à plus forte raison, quand on se sépare des usages reçus, en faisant parade d*un ascétisme outré et du mépris des choses de ce monde, ce qui vise à exciter de Tadmiration ayant, dans ce cas, toute chance de devenir'*rîdicule ou odieux. Que Ton ne se serve donc pas de la philosophie comme d'une enseigne \ que Ton dissimule même sa retraite, pour éviter qu'elle ne devienne l'objet des conversations et n'éveille la curiosité des hommes.
On voit que Sénèque ne s'applique pas uniquement à présenter, comme dépourvues de fondement, les appréhensions et les incriminations des représentants et des partisans quand même du système politique établi, s'élevant contre la philosophie, et dont les seconds doivent, d'ailleurs, avoir été très-nombreux, dans tous les cercles du monde d'alors, par la raison déjà qu'ils devaient compter parmi eux tous ceux qui voulaient de la tranquillité et de l'ordre à tout prix, comme la base de tout progrès ma?tériel. Quant à la multitude, la philosophie devait lui paraître incommode au plus haut degré, ne fût-ce qu'à cause de ses grandes exigences de moralité, de sa condamnation sévère de tout relâchement moral, de ses homélies et de ses exhortations, qui ne cessaient pas de réveiller la paresse de sa quiétude, et de plus la prétention des philosophes, d'être meilleurs que les autres hommes et supérieure à ceux-ci, l'offusquer d'autant plus qu'ils la manifestaient avec plus d'éclat dans leur apparition et leur costume, leur manière de vivre et d'autres habitudes extérieures. C'est dans le même esprit qu'est conçu, dans Dion Cassius % le
* Sénèque, Lettres, 68.
* LXVï, 12, fr. Vat., 102.
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réquisitoire adressé par Mucien à Vespasien, contre le stoïcisme. Les stoïciens, y est-il di|;, sont pleins de vanité et d'arrogance. Il suffit qu'un individu ait une longue barbe, les sourcils étirés vers le front, un grossier manteau et les pieds nus, pour qu'il croie pouvoir passer pouf un homme de caractère, sage et juste, et faire ses embarras, dût-il manquer des premiers éléments de tout savoir. Ces gens-là regardent tous les autres avec dédain^ du haut de leur grandeur imaginaire, reprochent à qui est beau ses mœurs déréglées, au riche sa cupidité, au pauvre son servilisme, et ainsi de suite.
Dion Ghrysostome^ explique, par les mdmes raisons, l'impopularité générale de la philosophie en Grèce. La tenue du philosophe, caractérisée par le manteau sans tunique, une longue chevelure et la barbe, attire, dit-il, sur quiconque l'affecte, les taquineries, l'insulte, la moquerie et jusqu'à de mauvais traitements, car la plupart des gens soupçonnent les philosophes de mépriser, de condamner et de tourner en ridicule, dans l'aparté, tous ceux qui ne sont pas philosophes, à cause de leur ignorance de ce qui constitue les véritables intérêts des hommes, mais particulièrement les riches, auxquels tout le monde porte envie. Aussi, la plupart des gens croient-ils devoir prévenir les philosophes, en prenant eux-nièmes l'initiative de la moquerie et des avanies, et même les faire passer, s'il est possible, pour des sots ou pour des fous, ce qui leur paraît le moyen le plus simple de prouver qu'ils ont la raison de leur côté. Bref, le costume signalant comme un mentor, un sermonneur et un censeur impitoyable quicon*
Or,, LXXII.