LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN. Si
trie rurale. Déjà du temps de Vairon, les petites lies circonvoisines de l'Italie furent converties en lies de paons, et Ton établit des parcs de ces oiseaux même sur le continent. Au temps d'Athénée, Rome regorgeait de paons 1 .— La pintade (Numidica, gallina africanà), dont on mangeait déjà du temps de Varron, était pourtant encore rare, et chère par conséquent; mais il y a lieu de croire qu'au temps de Martial elle était devenue assez commune, dans les grandes basses-cours. Les faisans, qui arrivaient, déjà du temps de Ptolémée Évergète II, de la Médie, c'est-àdire des contrées au sud de la mer Caspienne, à Alexandrie, ne sont nommés ni par Varron, ni par Horace, parmi les comestibles dont les gourmets romains étaient friands alors; il n'est fait mention de ces volailles que depuis le commencement de l'ère impériale. Or, bien que les auteurs du temps affectent toujours de dire que l'on tirait le faisan de son pays d'origine lointain, noua savons, par une indication précise de Martial, qu'on rélevait aussi en Italie, dès l'avant-dernière période décennale du premier siècle de notre ère au plus tard. Martial affirme qu'il en était de même du flamant, dont il n'est du reste que rarement fait mention; peut-être Apicius l'avait-il lui-même introduit dans la consommation ; il fut du moins le premier qui signala le goût exquis de la langue de cet oiseau 1 .
Comme d'ailleurs l'élevage des volailles prospère tout particulièrement dans le ressort du jardinage, il était naturel qu'il se développât en Italie sur la plus grande
1 Un paon rôti et farci de maïs formait encore en 1815, à Séville, dan les maisons fidèles à l'ancienne mode, la pièce capitale de tout grand diner.— Voir Fernan Caballero, Œuvres choisies (Paderborn, 1865, etc.)} Vil, 68, etc ; VIII, 67.
* Hehn, 256 à 264. — Voir plus haut, p. 34, note 1;
échelle. De même ce sont encore aujourd'hui, en Europe, les peuples de race latine qui, en raison de la nature des contrées qu'ils habitent et des traditions qui s'y sont conservées, mangent et élèvent 1& plus de volaille. Il ne pouvait être question en Italie, du temps des Romains, d'un riche produit des chasses, et la distance, ainsi que le climat trop chaud, empêchait de songer à y faire venir le gros gibier des forêts de la Germanie et le gibier ailé des landes marécageuses du nord. Les Romains furent ainsi mis sur la voie de pratiquer l'élevage d'oiseaux des espèces les plus délicates, que l'on se procure ordinairement par la chasse ; on affecta souvent à cette production artificielle des établissements montés sur un pied gigantesque, et l'on atteignit ainsi, par degrés, un apprivoisement plus ou moins complet de ces espèces. Ces essais d'élevage n'ont pas été renouvelés dans les temps modernes, et, bien que, dans notre vieille Europe, la nature sauvage ait constamment perdu du terrain, les chemins de fer suppléent aujourd'hui à cette perte, en transportant, avec la rapidité de l'éclair, le gibier, abattu dans les plus lointaines solitudes, vers les grands centres de consommation. Déjà le marché de Paris reçoit des perdreaux de l'Algérie el; jusque de la Russie septentrionale 1 .
L'acclimatation d'arbres fruitiers et de plantes comestibles s'opéra, en Italie, sur une échelle bien plus grande encore que l'introduction des espèces animales, et c'est de cette contrée que les végétaux dont il s'agit se répandirent ensuite dans d'autres pays. Mais, à cet égard aussi, les derniers âges de l'antiquité n'ont fait que poursuivre, étendre et multiplier ce qu'avaient mis en train et com-
1 Hehn, 262, 269, etc.