‹ Mœurs, usages et costumes au moyen âgeChapitre 1 sur 36 · LIBRAIRIE DE F IRAI IN DIDOT FRÈRES, FILS ET CIË · texte numérisé non relu

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PRÉFACE

e public a accueilli avec une faveur dont témoignent plusieurs éditions successives notre étude sur les Arts au moyen âge et à l'époque de la renaissance.

Notre intention était d'introduire le lecteur dans un domaine de connaissances dont l'accès semblait jusqu'alors réservé aux érudits. Cette tentative, qui n'était pas sans hardiesse, a trop bien réussi pour que nous ne cherchions pas à la pousser plus loin.

L'art, en effet, ne saurait à lui seul faire connaître à fond toute une époque. « Les arts, considérés dans leur généralité, » disions-nous dans la préface de ce premier livre, « sont l'expression vraie de la société. Ils nous disent ses goûts, ses idées, son caractère. » Nous n'avons rien à changer à cette appréciation. L'art ne peut être que 1 expression Jidèle d'une société, puisqu'il nous la représente dans ses œuvres elles-mêmes, telles qu'elle les a produites, témoins irrécusables de son esprit et de ses mœurs pour les générations futures. Mais, il faut bien l'avouer, l'art n'est que la conséquence des idées qu'il exprime ; il est le fruit de la civilisation, il n'en est pas le principe. Pour comprendre le moyen âge

mœurs (a), a

PRÉFACE

et la renaissance, il est nécessaire de remonter à la source même de l'art et de connaître la vie de nos pères : ce sont là deux choses inséparables qui s'enchaînent et se complètent l'une par l'autre.

Les Mœurs et les Usages au moyen âge ! ce sujet est du plus vif intérêt pour l'homme du monde aussi bien que pour le savant. Ici encore « nous retraçons , non pas une seule époque, mais deux époques trèsdifférentes l'une de l'autre ». Dans la première, les mœurs publiques et privées offrent un mélange bigarre de barbarie et de civilisation. On trouve en présence et confondus dans la même société, très-souvent dans les mêmes personnages, le caractère et les mœurs du Barbare, du Romain et du Chrétien. Partout se font jour les tendances les plus diverses et les plus opposées. Quelle lutte ardente durant cette longue suite de siècles! et aussi quel émouvant tableau! La société tend à se reconstituer sous toutes ses faces. Elle a besoin de créer, pour ainsi dire, de toutes pièces, la propriété, l'autorité, la justice, etc., en un mot tout ce qui doit asseoir les bases de la vie publique; et ce nouvel ordre de choses, il faut l'établir au moyen des éléments que lui fournissent à la fois le monde barbare, le monde romain et surtout le monde chrétien : prodigieux enfantement dont le travail remplit le moyen âge tout entier! A peine la société moderne édifiée par le christianisme arrive-t-elle à la plénitude de sa force, qu'elle se détourne en partie pour se jeter dans des voies différentes. L'art et la littérature antiques renaissent , parce que les mœurs ont repris insensiblement cette direction. Tout se modifie sous cette influence , la vie privée et la vie publique.

L'histoire du genre humain ne présente pas un sujet plus vaste ni plus intéressant. C'est ce sujet que nous entreprenons de traiter aujourd'hui dans un livre qui fait suite au premier et qui pourra avoir pour complément de semblables études sur les divers aspects de la Vie religieuse et militaire.

Cet ouvrage, consacré à la peinture animée et sincère des mœurs et des usages du moyen âge et de la renaissance, répond pleinement aux justes exigences des générations contemporaines.

On ne se contente plus, en effet, de la narration chronologique ou des simples nomenclatures qui suffisaient naguère à renseignement. On ni-

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gnore plus que l'histoire de nos institutions est d'un intérêt aussi puissant que celle de nos guerres, et que les annales des classes inférieures peuvent rivaliser avec celles des castes privilégiées. On va plus loin encore. Ce que l'on cherche surtout dans les ouvrages historiques de notre temps , c'est la physionomie , c'est le caractère intime des générations passées. « Comment vivaient nos pères? » nous demande-t-on tous les jours. « Quelles étaient leurs institutions? quel était leur droit politique? Ne pourri e^-vous nous faire assister à leurs divertissements , à leurs parties de chasse, à leurs repas et à toutes les scènes, tristes ou joyeuses, dont se composait leur existence de famille ? ATous aimerions à les suivre dans les actes de la vie publique et privée, et à connaître leur manière de vivre, heure par heure, comme nous connaissons la nôtre. »

Dans un ordre d'idées plus élevé et plus étendu, quels grands faits servent de fondements à notre histoire et à celle du monde moderne! Voici d'abord la royauté qui, faible et informe sous les Mérovingiens, se relève et s'affirme énergiquement sous Pépin et Charlemagne pour dégénérer sous Louis le Débonnaire et Charles le Chauve. Après avoir osé fonder une seconde fois l'empire des Césars, elle en vient rapidement à voir sa souveraineté remplacée par la suzeraineté, et tous ses droits usurpés par les seigneurs; elle luttera plusieurs siècles pour reconquérir ces droits l'un après l'autre.

La féodalité, d'origine évidemment germanique , attirera aussi nos regards, et nous esquisserons à grands traits cette législation qui, sauvage en ses commencements, subit peu à peu la loi du progrès moral. Nous constaterons que le service militaire est l'essence même du fief, et que de là dérive le droit féodal. Chemin faisant, nous prolesterons contre les guerres privées, et saluerons le mouvement émancipateur de la formation des communes. A travers les mille détails de la vie du peuple, nous verrons l'esclave devenir seif et le serf devenir paysan. Nous assisterons à la distribution de la justice royale et seigneuriale, aux séances solennelles des parlements, et nous verrons se dérouler devant nous les détails compliqués d'un cérémonial rigoureux, qui faisait partie intégrante de la loi. Les comptoirs des marchands, les foires

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et les marchés, les manufactures , le commerce et 1 industrie méritent aussi d'appeler notre attention; nous entrerons dans le sein des corporations ouvrières et marchandes , nous enquérant de leurs statuts, et nous initiant à leurs affaires. Les modes et les costumes sont aussi une manifestation des mœurs publiques et privées : c'est pourquoi nous les étudierons avec un soin particulier.

Et, pour accomplir l'œuvre que nous avons entreprise, nous sommes heureux d'avoir trouvé le secours des études consciencieuses de nos anciens collaborateurs au grand ouvrage le Moyen Age et la Renaissance : Émile Bégin, El^éar Bla^e, Depping, Benjamin Guérard, Le Roux de Line/, H. Martin, Mary-Lafon , Francisque Michel, A. Monteil , Rabutau , Ferdinand Séré, Horace de Viel-Castel, A. de la Villegille, Yallet de Viriville.

Comme dans le volume des Arts au moyen tige, la gravure et lachromolithographic viendront à notre aide, en reproduisant au moyen de scrupuleux fac-similé les estampes les plus rares des quinzième et seizième siècles, les miniatures les plus précieuses des manuscrits conservés dans les principales bibliothèques de la France et de l'Europe. Ici encore nous trouverons le concours de l'artiste éminent , M. Kellerhoven , qui, tout récemment, a su reproduire avec tant de vérité les Chefs-d'œuvre de la peinture italienne.

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