APPELÉE AUSSI SOUDAN OU TAKROUR
Cette contrée est entre 6° et 17° de latitude nord, et entre 10° de longitude ouest et 30° de longitude est. Elle est composée d’un grand nombre de royaumes dont les principaux sont : à l’ouest, le Bambara, le Tembouctou et Le Kong ; au centre, le Haoussa, le Borgou, l’Yourriba, le Nyffé, le Funda, le Bournou, le Mandara, le Baghermé et le Kanem ; à l’est, le Bergou ou Darszaléh, le Darfour, le Kordofan, le Donga et Le pays des Chilouks.
Pour simplifier la description de ce pays, nous donnerons un aperçu sur les nègres en général, afin de ne plus avoir à nous occuper que des coutumes particulières à chacun des pays de l'Afrique que nous passerons en revue.
Chez toutes les nations nègres, l’indolente légèreté, l’insouciance puérile sont perpétuées par la nature du sol; vingt jours dans l’année leur suffisent pour assurer la récolte des productions nécessaires à leur frugal repas, et leur goût peu délicat ne les laisse jamais sans ressource pour leur nourriture; leur appétit grossier ne recule devant aucune viande gâlée, aucun poisson passé à l’état de putréfaction ; les bouillies épaisses dont ils se nourrissent ne demandent que peu de soin; et s'ils repoussent la salade, c’est, disent-ils, « pour ne pas ressembler aux animaux herbivores. » Ils obtiennent, par un art facile, le vin de palmier ou de bananier, et la bière de millet dont ils font leur boisson habituelle; l’Europe leur fournit ces eaux-de-vie dont le résultat funeste est de les faire passer de l'ivresse à l'esclavage. Les habitations ne les préoccupent guère : elles ne sont pas autre chose que la cabane à son état primitif; un amas decases semblables forment les villes où l’on ne voit d'autre édifice public qu’une grande case ouverte de toutes parts et nommée bourrée, servant aux délibérations publiques désignées sous le nom portugais corrompu de palaver. Les souverains, qui ont quelquefois pour trône un morceau d’or massif, n'ont d'objets de luxe que des tapis, des armes à feu, et de la vaisselle européenne; toute la pompe qui les distingue consiste à marcher en pantoufles à l'ombre d’un parasol. L’ameublement des pauvres ne se compose souvent que de deux ou trois calebasses.
Quant au costume, ils s’en tourmentent médiocrement : le coton vient sans culture, et les femmes en tirent la quantité d’étoffes nécessaires à la famille; l'indigo, production indigène abondante, sert à teindre ces étoffes.
Isert cite un trait qui fait ressortir l’indolence du nègre : l'éléphant, si commun en Afrique, et susceptible de devenir l’utile, l’intelligent auxiliaire de l'homme, n’a pas été apprivoisé; le nègre ne l'emploie que dans le Dagoumbah, pays peu connu, dans l'empire d'Achanti. Chasseur timide, il ne se montre actif que dans l'exercice de la pêche : à la nage ou à la rame, il brave les flots et ramène des filets chargés d’un butin
irnmense ; mais l'abondance même de cette ressource le replonge dans sa paresse et nuit au développement de ses dispositions naturelles pour l'industrie, dont il fait preuve dans la fabrication des étoffes, des couvertures, des voiles pour les bateaux, des poteries, des pipes à fumer, et des ustensiles en bois. Les forgerons et Les orfévres prouvent aussi beaucoup d'adresse, et les nègres savent encore donner à l'acier une bonne trempe, et réduire le fil d’or à une extrême finesse.
Malheureusement cette industrie reste stationnaire par suite de leur peu de besoins, et l’on ne voit pas un nègre qui travaille plus qu'il ne faut pour sa subsistance. N’éprouvant aucun de nos sentiments d’avarice ou d’ambition, ils considèrent la vie comme un court moment dont il faut jouir autant qu’il est possible. Dès le coucher du soleil, les sons rauques de la trompette d'ivoire et les roulements du tambour se mêlent aux accords de plusieurs espèces de guitares et de lyres : jeunes et vieux accourent prendre part à la danse qui se continue toute la nuit. Les jeux de hasard sont recherchés avec passion par les nègres; quant aux ingénieuses combinaisons de l’ouri (espèce de jeu de dames plus compliqué que le nôtre), il n'offre d'intérêt qu'aux femmes,
La barbe de ces nègres, peu abondante, a le caractère laineux de leurs cheveux; mais, malgré cette apparence d'une virilité peu prononcée, ils ont l'avantage sur toutes les races humaines lorsqu'il s’agit d'amour physique, et nulle part la polygamie n’est poussée plus loin que chez eux.
Toutes les nations nègres qui ont conservé leur caractère primitif maintiennent, avec des nuances, l'usage des incisions sur la peau.
La circoncision est admise parmi beaucoup de nations nègres idolâtres.
Le nègre prend pour son fétiche, pour son idole tout ce qui frappe son imagination déréglée : un arbre, un rocher, un œuf, une arête de poisson, un grain de datte, une corne, un brin d'herbe, etc. IL y a des nègres qui ont un fétiche national et suprême.
Chez quelques nations, ils se rendent les dents pointues en les limant; toutefois, Isert affirme qu’il a vu des nègres dont les dents étaient naturellement en pointe. Il en est qui se vantent d'être anthropophages, et qui arrachent un lambeau de chair du bras de leurs camarades afin d’en fournir la preuve.
À l’occasion des funérailles, ils ont une coutume superstitieuse étrange : les porteurs du corps du défunt l'interpellent pour savoir s’il a été empoisonné ou ensorcelé, el prétendent recevoir une réponse par le mouvement du cercueil, provoqué sans doute par le jongleur le plus audacieux d’entre ces hommes. Et malheur au prétendu sorcier que le mort accuse : il est vendu comme esclave. Des scènes plus déplorables encore ont lieu lors des enterrements des princes, ainsi que nous l'avons vu chez les Dahomeys.
Mais le despotisme n'est pas le seul, n’est pas même le principal malheur de l'Afrique; car les actions féroces de ces petits tyrans ne peuvent révolter un peuple aussi sanguinaire que ses chefs; c’est bien plutôt aux guerres éternelles qui règnent entre les divers États qu’il faut attribuer l’état de stagnalion où restent ces peuples, malgré les relations de plusieurs tribus avec les HARObédUse
On exagère encore quand, en condamnant la traite, on donne pour principal motif de son improbalion la funeste influence de ce trafic sur la prospérité des Africains. Quel bonheur public ou particulier peut-il y avoir dans une contrée où règnent des lois et des mœurs aussi barbares? À ces hommes qui chez eux vivent dans un état d'esclavage héréditaire, ou peuvent y être réduits d’un instant à l’autre par un mot de leurs despotes, que peut importer la contrée qu’ils devront arroser de leur sueur et de leurs larmes! Cependant, il faut avouer que l'aspect de tant d'individus vendus avec une apparence de droit, excite les marchands d’esclaves à tenter d'enlever même des hommes libres. Parmi plusieurs exemples, en voici un qui est rapporlé par quelques
MOEURS, USAGES ET COSTUMES. y?
voyageurs : Un de ces marchands, connu sous le nom anglais de Ben-Johnson, avait ravi une jeune fille libre, et venait de la vendre à un capitaine anglais. Il s’en retourne avec le prix de son crime; mais près du rivage, d’autres nègres, apostés par le prince ou les chefs du village, l’attaquent, le lient, et, en criant au voleur, le ramènent au vaisseau et l’offrent en vente. Ben-Johnson eut beau invoquer l’amitié du négrier européen, et lui rappeler qu’il était un homme libre et son plus habile fournisseur d'esclaves: « C’est égal, répondit l'insensible Anglais, puisque ces hommes te vendent, je t’achète ; » et aussitôt il lui fait mettre les fers.
Quoi qu'il en soit, la race nègre n’est pas dépourvue des sentiments qui honorent et élèvent la nature humaine ; l'Afrique a eu ses Pylade, et les liens de la tendresse maternelle et filiale y sont aussi fortement resserrés qu’ils peuvent l'être là où la polygamie est en usage. Le plus beau trait dans le caractère du nègre, c’est cette héroïque fidélité envers un maitre juste, et même envers un maître sévère. On en a cité divers exemples; mais en voici un des plus authentiques : Quagié, nègre inspecteur, avait joui de toute la confiance de son premier maître, qui, en mourant, le recommanda à son fils et successeur : ayant été élevé avec celui-ci, il pouvait espérer la continuation de la même faveur; cependant il encourut une disgräce momentanée; le jeune maitre, sévère et violent, le menaça, pour la première fois dans sa vie, d’une punition déshonorante. Quägié se cache, dans l'intention de faire demander son pardon. Pour son malheur, le maître, en se promenant, découvre le même jour sa retraite; jeune et vigoureux, il s'élance sur l’esclave et le maltraite cruellement. Entraïîné de son côté par un premier mouvement, le robuste nègre saisit l'Européen, l’abat sous lui, et tirant de sa ceinture un large couteau : « Massa, dit-il, j'ai été le compagnon de votre enfance, je vous chéris plus que moi-même; je vous jure que je suis innocent; mais eussé-je même été coupable, j'aurais dû pouvoir compter sur votre indulgence ; cependant vous m'avez condämné sans m’entendre; vous voulez me livrer à une peine déshonorante. Non, non! je m'y soustrairai. » À ces mots, il plonge le couteau dans son propre cœur, et tombe, baigné dans son sang, sur son maitre, qui, trop tard, lui offrait le pardon.
Passant maintenant à la description particulière de la Nigritie, nous nous proposons de ne parler que des États qui pourront offrir à nos lecteurs quelque intérêt par les usages et le costume de leurs habitants.
Ainsi, nous laisserons de côté le Sangara, le Kankan, le Ouassouls, l’'Amara et le Bouri, pour nous occuper du BamBArrA, aujourd’hui partagé en deux États que l’on a proposé d’appeler Le haut et le bas Bämbarra, et que l’on nomme aussi royaume de Sego et royaume de Jenné ou Djenny.
La population de la capitale (Ségo) du haut Bambarra est évaluée à 30,000 habitants; la forme de leurs canots, composés de-deux grands arbres creusés et joints par les extrémités, prouve combien la civilisation a fait peu de progrès.
Le roi du bas Bambarra ou du royaume de Jenné ne réside pas à Jenné, capitale de cet État; il a fait élever une ville à laquelle il a donné le nom de El-Khando-l'Illah (la louange de Dieu). Les JENNÉENS sont mahométans; ils prennent plusieurs femmes et les traitent mieux que ne le font les nègres situés plus au sud ; elles sortent sans voile; mais elles ne mangent pas avec leurs maris ni avec leurs enfants du sexe masculin. Les habitants de Jenné sont très-industrieux; il y a parmi eux des tailleurs qui font des habits que l'on envoie à Tembouctou ; des maçons, des cordonniers, des forgerons, des pêcheurs, des emballeurs et des portefaix. Les Mores y font un grand commerce et y sont fort riches.
Le royaume de Massiva est habité par des Foulahs mahométans; ils ont les cheveux uattés en tresses très-fines, et se coiffent d’un chapeau de paille à larges bords. Leurs
armes sont des arcs, des flèches et quelques javelots; peu d’entre eux ont des fusils.
Les royaumes de Lupamar (ou Æli-oud-Amar), de Birou et de BAnan-DaGou n'ont aucune importance, quoique les nègres du dernier s’adonnent au commerce et à l’industrie.
Le pays des Drmimans a pour chef-lieu Alcodia; ces hommes ont le teint noir, de beaux traits, de grands yeux, le nez aquilin, les lèvres minces, et les cheveux crépus. Outre les piques, les ares, les flèches et le poignard, ils sont quelquefois armés d'un sabre et d’un fusil. Les femmes placent quelques grains de verre dans les tresses de leurs cheveux; elles ont le cartilage du nez traversé par des boucles en verroterie.
Le royaume de TEMBOUCTOU : a pour capitale la ville de ce nom, cité mystérieuse qui fut longtemps l’objet des recherches des Européens, et qui est loin de répondre aux idées de grandeur et de richesse qu’on s’en était faites. « Au premier aspect, dit M. Caillé, elle n'offre qu’un amas de maisons en terre, mal construites ; dans toutes les directions, on ne voit que des plaines immenses de sable mouvant, d’un blanc tirant sur le jaune et de la plus grande aridité. Le ciel, à l'horizon, est d’un rouge pâle; tout est triste dans la nature; le plus grand silence y règne; on n'entend pas le chant d’un seul oiseau. Cependant il y a je ne sais quoi d’imposant à voir une grande ville élevée au milieu des sables, et l’on admire les efforts qu’ont eus à faire ses fondateurs. »
Les habitants de Tembouctou suivent avec zèle les pratiques de l’islamisme; ils sont doux, hospitaliers, intelligents, industrieux, et d’une grande propreté dans leurs vêtements. Les hommes, de taille ordinaire, sont bien faits, ont la démarche assurée, le teint d’un beau noir foncé, le nez un peu plus aquilin que celui des Mandings, et, comme ceux-ci, de beaux yeux et Les lèvres minces. Les femmes, généralement jolies, sont libres et peuvent sortir sans être voilées ; elles tressent leur chevelure avec art, et ornent leur cou, leur tête et leurs oreilles de faux ambre, de verroteries et d’autres petits objets, élevés à la qualité de bijoux par les peuples qui sont encore dans l'enfance de la civilisation; elles portent aussi des bracelets d'argent, et des anneaux de fer argenté aux chevilles. Le costume est celui des Mores.
Le roi, très-respecté de ses sujets, est simple dans ses habitudes, et ne déploie pas, dans son habillement ou dans son habitation, plus de luxe que les Mores négociants. Il est commerçant lui-même, ainsi que ses enfants, et jouit d’un riche patrimoine qu'il lient de ses ancêtres. Il n’a pas de ministres; c’est un père qui règne sur ses enfants et qui ne prélève aucun tribut sur ses sujets ni sur les marchands étrangers. S'il s'élève quelque contestation entre les habitants, ils se rendent auprès du prince qui, après en avoir référé au conseil des anciens, prononce un jugement que les parties accueillent sans murmure, |
De même que chaque chef de maison, le roi a quatre femmes ; mais il se distingue des autres par un plus grand nombre d'esclaves. |
Le Kavyri ou KayOuERRI renferme un peuple qui , dit-on, ne vit que de brigandages.
Le royaume de KowG ou ConGe est peuplé de nègres mahométans qui se teignent en bleu les sourcils et les paupières.
Les royaumes de Carama, DAcoumBax, Fogr, Masr, Fizrapou et GAGo sont à peine connus; ces deux derniers sont séparés par des déserts du Tembouctou et du vaste empire des Fellahs ou Fellatahs, dans lequel nous allons entrer.
Les FecLaTAnS n’ont conservé aueune idée de leur origine; ce peuple est disséminé dans les diverses provinces que nous allons visiter, et parle la même langue que les Foulahs des environs de Sierra-Leone.
{ Plus exactement Ten-bukioue.
Le Maur ou Mezxt est, dit-on, riche en mines d’or. Selon un voyageur more (Ebn- Bathouthah}, personne ne peut entrer dans Mali, capitale du pays, sans la permission du monarque, petit prince despotique devant lequel tous les autres nègres s’humilient. « Si quelqu'un de ces nègres, dit ce voyageur, est appelé à comparaitre devant le roi, il quitte sur-le-champ ses vêtements ordinaires, se revêt d’habits usés et d’un sale manleau, et parait en sa présence comme un mendiant, les vêtements retroussés jusqu’à mi-jambe ; il frappe la terre de ses deux coudes et conserve la posture d’un suppliant. Quand le roi adresse la parole à quelqu'un, celui-ci rejette ses vêtements en arrière et couvre sa tête de poussière; tant que le prince parle, tous les assistants restent la tête couverte. »
Mais ce qui, selon Ebn-Bathouthah, paraît le plus choquant dans leurs coutumes,
c’est qu’ils laissent leurs enfants des deux sexes entièrement nus, de même que leurs esclaves mâles et femelles. Les femmes libres ne portent de vêtements qu’ après le mariage. Enfin, la plupart de ces hommes mangent des viandes corrompues.
Les habitants du SanGur sont mahométans et passent pour avoir atteint un certain degré de civilisation.
Le royaume de Haoussa est partagé en quatorze provinces (sept à l’est et sept à l'ouest), dont chacune est gouvernée par un prince. Zirmie, capitale du Zamfara, dans le Haoussa occidental, a pour habitants les plus fameux voleurs du pays; c’est dans cette ville que se réfugient les esclaves fugitifs de toutes les parties du pays.
Les principales divisions de la partie occidentale sont le Yaourc, le Noufé ou Nyffé, le Yarriba, le Barghou et le Gourouma, Nous donnons le costume du roi et de la reine de Boussa.
Le costume du roi consiste en un bonnet rouge et un ample turban de même couleur; une tunique de soie damassée verte et cramoisie, un large pantalon de drap rouge el des bottines arabes. La nuance des divers vêtements, et surtout La coiffure, varie souvent.
Celui de la reine se compose d’une simple chemise de manufacture indigène, d’un morceau de cotonnade bleue attachée autour de la tête, et qui cache entièrement sa chevelure : un morceau d’étoffe semblable est jeté sur son épaule gauche, et un troisième, noué autour de la ceinture, lui descend jusqu’au milieu de la jambe. Ses pieds et ses bras sont nus jusqu’au coude; ses poignets sont ornés chacun de huit bracelets d'argent dont le moindre pèse environ un quart de livre; chacun de ses orteils est orné d'un anneau de cuivre; elle porte au cou un collier de corail et de morceaux d'or, et le cartilage de ses oreilles est percé de trous dans lesquels sont passés de petits tubes de corail.
Yaourr, capitale de la province de ce nom, est d’une étendue prodigieuse; ses murailles hautes et en très-bon état, bien que construites en terre, ont environ 8 à 10 lieues de circonférence; on y entre par huit portes, qui sont bien fortifiées à la manière du pays. Les habitants fabriquent une espèce de poudre à tirer, très-grosse et fort mauvaise, mais qui cependant est le meilleur des autres produits de cette espèce fabriqués par les indigènes. Les YaourtENS fabriquent encore une étoffe particulière à ces contrées ; ils cultivent l’indigo, le tabac, les oignons, le blé, différentes sortes de grains, et récoltent une énorme quantité de riz d’une qualité supérieure.
Un marché assez considérable se tient.chaque jour dans la ville, sous des hangars commodes, Malgré leur industrie et les avantages dont ils jouissent, les habitants de cette ville sont pauvrement vêtus, ont peu d'argent, et se plaignent toujours de la misère.
Les Yaouriens possèdent des chevaux, des bœufs, des chèvres, etc. Ea résidence du sultan, de même que les maisons de la plupart des principaux habitants, est élevée
d'un étage, auquel on arrive par un lourd et disgracieux escalier en terre; mais les appartements de ce premier étage ont d'ordinaire de hauts plafonds, et leurs portes, ainsi que celles du rez-de-chaussée, ont une grandeur suffisante pour qu’il ne soit pas nécessaire de se baisser quand on passe dessous. En général, les maisons sont construites sur un plan circulaire; il y en a pourtant quelques-unes de carrées. Celles du sultan n’ont aucune forme régulière. Pour maintenir la fraicheur dans ces habitations, on humecte les planchers et les murs intérieurs, deux ou trois fois par jour, ou du moins aussi souvent que possible, avec une solution de bouse de vache et d’eau.
Entre les différents groupes d'habitations s'étendent des espaces considérables de terre, sur lesquels paissent les bestiaux; ou qui sont destinés à l’agriculture et au jardinage. Dans l'enceinte de la ville, il y à aussi une grande variété d'arbres dont les principaux sont le palmier, le micadonia, le citronnier et le dattier ; mais ce dernier, bien qu’il paraisse y pousser à merveille, n'a jamais porté de fruits.
Les femmes les plus distinguées de Yaouri portent leurs cheveux très-artistement tressés et teints en bleu, ce qui leur donne un air des plus étranges ; elles se noircissent aussi le tour des yeux avec de la poudre d’antimoine, ou quelque autre drogue qui a la même propriété, et que les indigènes tirent de Jacoba.
Dans le Haoussa oriental, les provinces ne sont pas moins importantes : on cite celles de Kachénah, Zez-Zeg, Ghoubir et Kano ou Kanou.
Jusqu’à l’époque de leur mariage, les jeunes gens des deux sexes, dans la dernière ville que nous venons de nommer, portent par décence un long tablier bleu et blanc, avec une bordure dentelée d’étotfe de laine rouge ; ils l’attachent au moyen de deux larges bandes, ornées de la même manière et qui retombent par derrière jusqu'aux talons; les jeunes filles ont des colliers de verroterie. Les deux sexes se colorent les dents et les lèvres avec les fleurs du goerjie ou du tabac, ce qui leur donne une teinte rouge de sang, fort appréciée dans ce pays; ils se teignent en bleu les bras et les jambes.
L'empire de BourNou a pour capitale Birnie ou Akumbo, qui est la résidence de l’empereur. Il comprend, outre le Bournou proprement dit, Je Kanem et le ManDaRaA.
Les BourNouais: se donnent le nom de Kanory; ils ont le visage large, le nez gros, le front haut, la bouche très-fendue et ornée de belles dents. Leurs manières sont polies, affectueuses; leur caractère est indolent. Moins tolérants que les Arabes, ils suivent rigoureusement les préceptes de l’islamisme qu’ils professent. Les riches Bournouais ont rarement plus de deux ou trois femmes à la fois; lés pauvres n’en ont qu’une. Gelles-ci se distinguent moins par la beauté que par la propreté; elles se drapent gracieusement dans une pièce d’étoffe bleue qui, attachée sur l’épaule, contourne la taille et forme une jupe ouverte par devant, et qui laisse voir une espèce de chemise de toile blanche qu’elles portent en dessous; leur chevelure est partagée en une infinité de petites nattes qui retombent au bas du cou; un bandeau de couleur rouge orné d’une espèce de cocarde de métal ceint leur front, du milieu duquel partent en sens contraires deux chapelets à grains de cuivre ou d’argent.
M. de Seedzen ne fut pas médiocrement surpris d'apprendre que le sultan de Bournou avait plusieurs esclaves français, dont quelques-uns conservaient même leur costume européen; ils lui ont établi une fonderie de canons de bronze, dont il se sert dans ses guerres avec les nègres païens au sud de l'empire.
Le commerce de Bournou est très-actif, et on y voit constamment une multitude de négociants étrangers : les principales affaires sont faites par les Tunisiens; mais les Tripolitains, les Égyptiens, les Fezzanais et les nègres d’Affanoh y apportent aussi beau-
* Pour la religion des Bournous, voyez notre Histoire et Cérémonies religieuses, elc.