‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 2)Chapitre 30 sur 75 · TERRE-DE-FEU ET PATAGONIE · texte numérisé non relu

TERRE-DE-FEU ET PATAGONIE

Izes Mazouines.—Les îles Malouines, nommées Falkland par les Anglais qui les appellent encore Hawkins Maidenland, se composent de deux grandes îles : FALKLAND et Soepap, séparées l’une de l’autre par un large canal auquel les Espagnols ont imposé le nom de détroit de San-Carlos, et que les Anglais appellent Falkland. Elles sont situées entre 51° 5’ et 52° 46’ de latitude australe, et entre 60° et 63° 30’ de longitude ouest.

La république argentine a récemment fondé une colonie dans ces îles; el les Brésiliens ont établi un poste dans les États de la Trinité : et de SAINT-PAUL.

Ces îles ne peuvent nous arrêter, puisqu'elles n’offrent rien d'intéressant sous le rapport des mœurs. Cependant on trouvera dans notre Nouvelle Collection de voyages le récit d’une ayenture éminemment dramatique dont Neuw-Iscanp ? fut le théâtre, et que, faute d'espace, nous ne pouvons rapporter ici.

TerRE-DE-FEu. — Le nom de Terre-de-Feu fut donné à cette terre à cause de la fumée que les premiers explorateurs virent s'élever des huttes des indigènes.

Parmi les îles qui font partie de cette terre, nous nommerons les iles l'Ermite, de la Cathédrale-d’Yorck, des Nigauds, des Oies, de l'OEuf, l'ile Brülée, etc. Le point le plus important de la Terre-de-Feu est le cap Horn.

Les Fué£Grens ou habitants de la Terre-de-Feu passent pour les plus misérables de l'espèce humaine. Ils ont la tête grosse, les joues proéminentes, le nez plat. Ils sont plus petits, plus mal faits et plus sales que les Patagons ; mais ils ont plus de douceur dans la physionomie. Un mélange de charbon, d’ocre rouge et d'huile de phoque, dont ils imprègnent quelquefois leur corps, exhale une odeur lement insupportable qu'on ose à peine les approcher.

Leurs vêtements consistent en peaux de guanaques ou de Née tous se tatouent la figure et d’autres parties du corps d’une manière grotesque. Les femmes se couvrent en partie de peaux, et s’ornent le cou de colliers faits de dents de poissons. Les indigènes de la Terre-de-Feu ont pour demeures des huttes coniques couvertes soit de peaux, soit d’écorces ou de feuilles d’arbre. Ceux que le capilaine Weddel a visités avaient l’air doux et timide, et vivaient dans un état d’abrutissement profond, ne s’occupant que de pêcher quand la saison le permet; ils ont pour cet usage des canots qu’ils manœuvrent avec une grande dextérité, mais qui ne sont’ pas aussi artistement travaillés que ceux des Samoyèdes. Les habitants de la côte méri-

1 Nommée aussi île de l’Ascension.

2 L'île nouvelle.

# En espagnol Tierra del Fuego. Le capitaine anglais King la nomme King Charles Southland.

dionale sont sauvages, traitres et cruels. Tous ont pour armes l'arc, la fronde et une sorte de lance armée d’un os pointu; ils paraissent n’avoir aucun chef et aucune espèce de croyance religieuse.

Outre les occupations du ménage qui leur sont entièrement dévolues, les femmes ont le pénible soin de ramer sur mer, et les hommes ne les remplacent que lorsqu'une trop grande fatigue les oblige au repos.

On divise les Fuégiens en plusieurs tribus : les YacanA-Kunwy, qui habitent le nordest du groupe, et qui sont peu connus; les TexinicA, pelits, mal faits, et dont la teinte varie entre la couleur du cuivre et celle du bronze; les ALIKHOULIP qui, après les Yacana-Kunny, sont les moins repoussants des Fuégiens; les PECHERAIS, pauvres et chétifs; enfin les Fuégiens du havre Merie, dont la physionomie est dépourvue d’expression.

On prétend que les Fuégiens sont anthropophages; ils mangent leurs plus vieilles femmes lorsqu'ils craignent de manquer de vivres. Malgré cela, le sentiment de la famille est développé chez eux à un assez haut point, et ils accueillent bien le voyageur qui les visite.

ParTAGontE. — Cette contrée est comprise entre 33° 38’ et 53° 54’ de latitude sud, sur une longueur d'environ 465 lieues. Sa configuration présente un vaste triangle, dont les trois points extrêmes sont le cap Corientes à l’est, le cap Frosard au midi, et à l’ouest le promontoire qui s’avance dans le grand océan Austral, en face de l’île de Chiloë. |

Les Patagons proprement dits sont divisés en deux tribus, celle des Tehuelches au nord, et celle des Inaken, répandus sur les bords du détroit de Magellan. Mais nous ne pouvons entrer, relativement à la distinction de ces races, dans des dissertations toujours arides et qui ne sauraient convenir dans un ouvrage comme celui que nous offrons au public. |

La population de la Patagonie ne dépasse pas 8,000 à 10,000 âmes, disséminée dans une étendue de 26,000 lieues carrées, ce qui donne une moyenne d’un homme pour trois lieues à peu près. Pourtant on ne s’étonnera pas des chiffres que nous venons de poser si l’on considère l’aridité des Lerres de la Patagonie, l’espace nécessaire à l’établissement de chaque tolderia *. Les familles doivent d’ailleurs, sur ce sol avare, s'étendre assez loin pour trouver leur nourriture. Et de plus, il faut à un peuple chasseur une plus grande surface qu’il n’est nécessaire à un peuple versé dans l’agriculture ou dans l’industrie.

La taille des Patagons du nord est en moyenne ? de cinq pieds quatre pouces. Ils ont les épaules larges et effacées, le corps robuste, les membres bien nourris, les formes massives et herculéennes; la tête grosse et un peu aplatie par derrière; la face large et carrée, les pommettes peu saillantes, les yeux horizontaux et petits; leur front, leurs sourcils, et les lèvres épaisses qui bordent leur grande bouche, sont très-proéminents; leur nez est épaté et à narines ouvertes. Les femmes jeunes ont une expression spirituelle qui annonce chez elles de la vivacité, de la douceur, et les rend quelquefois assez agréables. Elles ont la main et le pied petits; leur taille ne manque pas d'élégance; elles ont les dents égales et d’une blancheur extraordinaire. Leur teint ressemble plus à celui des mulâtres qu’à la couleur du cuivre rouge.

On n'est point d'accord sur le caractère des Patagons : les uns les ont vus humains et sociables; d’autres les accusent de perfidie et de cruauté. Mais ce peuple est sus-

! Village formé de quelques tentes.

2 Les plus grands Patagons ont cinq pieds onze pouces,

ceptible de civilisation, puisque, malgré le peu de rapports continus qui existent entre les Espagnols et Les naturels du nord, on remarque une différence notable entre ceux-ci et les indigènes du midi. On leur reproche d’être faux, arrogants et enclins au vol; mais leur discrétion est, dit-on, à toute épreuve, surtout lorsqu'il s’agit d’un secret qui intéresse la sûreté de leur tribu.

Les Patagons sont d’une paresse extrême : ils ne s’occupent que de leurs armes, et passent leur temps dans une stupide oisiveté. Ils n’ont aucune aptitude pour la pêche ; les habitants de la Terre-de-Feu sont les seuls navigateurs de toute la pointe de l’Amérique méridionale. Chasseurs et nomades, ils n’ont aucune industrie, tandis que Îles Araucanos sont beaucoup plus avancés sous ce rapport, et leur fournissent le peu de tissus de laine dont ils font usage. La conséquence de cette paresse et de cette sorte de dédain pour ce que nous appelons le confortable, est une malpropreté inimaginable. Ils ne balayent jamais leurs huttes ou toldos, faites de branches plantées en rond, retenues par le haut et couvertes de peaux de guanaques; quand les immondices les incommodent, ils enlèvent leur demeure et vont la porter plus loin. Ils ne se baignent que durant les chaleurs et uniquement dans le but de se rafraichir. Ils n’ont soin, dit M. d'Orbigny, que de leur figure et de leurs cheveux : de la première pour la couvrir de couleurs mélangées et de graisse de jument, et des seconds pour les peigner avec une espèce de brosse faite de racine.

Les amusements des Patagons sont très-bornés. Indépendamment d’un jeu pour lequel ils se servent de dés semblables à ceux qu’on emploie au trictrae, ils en ont un autre exclusivement réservé aux jeunes gens, et que les Français désignent sous le nom de pilma. En voici la description : Les joueurs se rangent sur deux lignes, vis-àvis les uns des autres ; un champion de chacune d’elles est muni d’une balle de peau remplie d'air; l’un la tient du côté gauche et l’autre du côté droit, et bientôt ils commencent à jeter ensemble leur balle, non devant eux, comme on le fait ordinairement, mais en arrière du corps, de manière à ce que, pour qu’elle revienne librement en avant, ils doivent immédiatement lever la jambe gauche; ils reçoivent la balle dans la * main, et la renvoient à l'adversaire, qu’ils doivent atteindre au corps, sous peine de perdre un point; ce qui oblige le vis-à-vis à faire, pour l’éviter, mille contorsions, se baissant ou sautant, afin que la balle ne le touche pas et sorte du cercle, ce qui fait perdre deux points au premier joueur, alors obligé d’en sortir lui-même pour l'aller chercher. Si, au contraire, le second est touché, il faut qu’il saisisse la balle et la renvoie au premier joueur, qu’il doit aussi frapper, sous peine de perdre lui-même une marque; puis c’est à celui qui suit, du côté opposé, à recommencer. On sent bien qu'une telle combinaison doit amener les mouvements les plus singuliers tant de la part de ceux qui jettent la balle sous la jambe, que de ceux qui cherchent à se plier, comme des serpents, pour l’éviter ; ce qui leur fait prendre les postures les plus grotesques, aux grands éclats de rire du parti opposé. Les Indiens déploient au jeu de pilma la joie bruyante de nos écoliers : rien de plus plaisant à voir d’un peu loin, que les contorsions des joueurs en faisant leurs gambades et en agitant les bras et les jambes ; on prendrait vraiment cet exercice pour une danse. Il a sans doute été inventé par eux pour se réchauffer, pendant l'hiver, au sein des régions glacées qu’habitent quelques-unes de leurs tribus; mais dans le mois de février, au milieu du jour, par une chaleur excessive, on ne conçoit pas comment ces athlètes peuvent y résister.

La nourriture du Patagon consiste en viande crue ou cuite, surtout la chair de jument; il mange énormément, mais il est capable de supporter un long jeûne. La graisse et le suif le plus rance sont ses mets de prédilection.

Les armes offensives se composent d’un are et de flèches, L’are, long de quatre-

vingt-dix centimètres, est sans aucun ornement : il est fabriqué avec du bois blanc fortement recourbé, et muni de cordes faites avec des tendons d'animaux. Les flèches, en bois et très-courtes, sont garnies à une de leurs extrémités de plumes blanches d'oiseaux de mer courtes et roides; l’extrémité opposée est armée d’un fragment de silex, ou pierre à fusil, artistement taillé en fer de flèche, avec deux crocs recourbés en sens inverse. Cette pointe est faiblement attachée, de sorte que quand on cherche à retirer le trait de la blessure, elle s’élargit considérablement et le dard se sépare de la hampe. Ils s’en servent avec adresse. Ils font usage aussi d’un javelot assez court, et d’une fronde des plus simples faite en peau, élargie vers la moitié de sa longueur pour recevoir la pierre qu’ils lancent à une grande distance et avec une dextérité presque sans égale. Mais, de toutes leurs armes, la plus redoutable est celle qu'ils appellent bolas ; elle consiste en deux pierres, du poids d'environ une livre chacune, recouvertes de cuir et attachées aux deux bouts d’une corde de sept à huit pieds de long. Pour s’en servir, ils tiennent une des pierres dans la main, font tournoyer l’autre au-dessus de leur tête, jusqu’à ce qu'elle ait acquis une force suffisante, et la dirigent alors en lâchant la première; on les a vus atteindre des deux pierres à la fois, et à une distance assez considérable, un but d’un pouce à quinze lignes de diamètre. Ils s’en servent aussi pour la chasse; mais les bolas sont doubles, et même triples. |

Les armes défensives des Patagons sont appropriées aux moyens d'attaque, et contribuent singulièrement à rendre ce peuple hideux. Au jour du combat, dit M. d'Orbigny, ils restent presque nus, avec leur espèce de ceinture de cuir à laquelle sont attachées leurs armes; mais les grands guerriers, ou les chefs, sont couverts d’une armure assez originale qu’ils ont empruntée aux Aucas. Ils s’affublent d’une longue cuirasse à manches, ressemblant à une ample chemise, et composée de sept à huit doubles d’une peau souple parfaitement préparée, peinte en dessus en jaune, et munie d’uné large bande rouge sur la ligne médiane; le col de cette cuirasse s'élève jusqu’au menton et couvre une partie de la figure. Avec cette armure, ils portent une espèce de casque formé de deux peaux épaisses cousues ensemble, représentant un grand chapeau à larges bords, orné de plaques d’argent ou de cuivre, attaché par derrière au col de la cuirasse, et retenu par devant au moyen d’une mentonnière de cuir. La cuirasse descend jusqu'aux genoux et est fort génante à cheval. Ceux qui n’en portent pas, ou qui n'ont pas le droit d’en porter, laissent flotter leurs cheveux sur les épaules. En dépit de cet appareil belliqueux, les Patagons sont loin d’être aussi redoutables que les Araucans. Ils ont été la terreur des peuples de ces contrées; mais, décimés par une maladie épidémique qui régna de 1809 à 1811, et attaqués ensuite par les Araucans qui en firent une horrible boucherie, ils ont perdu à la fois leur importance nationale et leur courage, et ne sont plus fort redoutés de leurs voisins.

Ils déploient la ruse et l'astuce en temps de guerre comme tous les sauvages de l'Amérique. Ils n’attaquent jamais sans que le chef ait fait préalablement une longue harangue pour exciter l’ardeur de ses compagnons. Il faut aussi, et avant tout, qu'ils reconnaissent la position de l’ennemi, et ils envoient, à cet effet, des éclaireurs à dix ou douze lieues de distance. Cette précaution et l’usage des surprises constituent pour eux tout l’art de la guerre. Ils se montrent d'une patience et d’une adresse merveilleuses, quand ils veulent assaillir leurs adversaires à l'improviste; ils attachent leurs chevaux au loin, afin de ne laisser aucune trace de leur passage; ils se traînent souvent sur les pieds et sur les mains, et rampent même quelquefois sur le ventre, de peur d'être aperçus. Pour entendre le moindre bruit, ils appliquent leur oreille contre terre, et ils distinguent approximativement le nombre des guerriers qu’ils auront à combattre. Lorsqu'ils sont suffisamment préparés, ils attendent le retour de la nuit,

et dès que la lune est levée, ils tombent avec fureur sur leurs ennemis, qu’ils égorgent sans pitié. Ges surprises n’ont jamais lieu qu'au temps des pleines lunes, parce qu’alors les assaillants n’ont pas à craindre de funestes erreurs et qu’ils ont, en cas d'échec, deux jours et deux nuits de marche non interrompue. On reconnait dans ces ruses de guerre les habitudes et l'admirable instinct des Américains de l'hémisphère boréal; mais ceux-ci portent l'adresse et l'habileté à un degré beaucoup plus remarquable.

Il y a moins d’un siècle, les Patagons combattaient encore à pied. En effet, le cheval n’est pas originaire de l'Amérique; il y a été naturalisé par les Européens, à qui les Indiens ont emprunté, avec une supériorité merveilleuse, le moyen de maitriser ce superbe animal et de s’en servir utilement. Les Patagons du nord sont presque inséparables de leurs montures, à ce point que la plupart des voyageurs ne les ont vus qu’à cheval. Les selles dont ils se servent n’ont rien de remarquable. Les étriers sont de bois, et à peine assez larges pour recevoir le gros orteil; ils sont même quelquefois remplacés par un nœud qui sert de point d'appui et qui passe entre le gros doigt et le second. Les éperons sont faits le plus souvent de deux petits morceaux de bois mobiles réunis par une courroie. La selle des femmes consiste en deux rouleaux de joncs, recouverts d’une peau très-mince et ornés de peintures variées. Lorsqu'une Indienne veut seulement se promener, elle ne met sur son cheval qu’un morceau de cuir, sur lequel elle s’assied. Elle a un étrier des plus singuliers, et pour lequel elle épuise tout le luxe que lui permet sa position. Cet étrier, nommé kéka-kénohué, est commun à toutes les Indiennes des parties australes du Pampas; il se compose d’une forte pièce de tissu de laine, ornée de couleurs vives, et large de trois à six pouces, dont les deux extrémités, réunies ensemble et fixées par le tissu même, viennent se séparer ensuite, pour former des franges en dehors de leur jonction. Il est passé au cou du cheval et pend sur sa poitrine; quand l’Indienne veut monter, elle y pose un pied, tout en saisissant une poignée de crins au garrot, et se trouve ainsi, d'un saut, sur le dos de sa monture, où elle reste comme encaissée entre les deux bourrelets, les genoux trèsélevés et les jambes pendantes en avant; position des plus gênantes, mais qui ne l’empêche pas de galoper aussi vite que les hommes. Souvent, dans ces promenades, elle se couvre de son chapeau de voyage, qui ressemble à un très-large plat renversé, formé de jeunes pousses de saule et de laine artistement croisées, et qu’elle orne quelquefois de plaques d'argent ou de cuivre ; ce chapeau singulier, nommé joa, presque toujours réservé pour les voyages, est fixé derrière la tête par deux petits fils attachés aux cheveux, et par une mentonnière qui passe sous la gorge.

Les Patagones ne vont jamais nues, même avant l’âge nubile, et sont d’une chasteté remarquable. La polygamie n’est pas en usage parmi eux comme chez les Araucans.

Le mari n'abandonne jamais sa femme légitime; un homme ne peut même quitter

une concubine que quand il n’en a pas d'enfants. S’il fait des captives dans une guerre, elles deviennent les domestiques et non les rivales de sa femme. Les femmes jouissent d'une liberté entière avant le mariage; mais l’infidélité conjugale est sévèrement punie.

« Dès qu'une jeune fille, dit le savant voyageur d’Orbigny, s'aperçoit des premiers indices de sa nubilité, elle en prévient sa mère ou sa plus proche parente; celle-ci en avertit le chef de la famille, qui choisit immédiatement sa jument la plus grasse, afin d'en régaler ses amis. La jeune fille est placée au fond d’un toldo (tente), nommé puéténuca, séparé des autres et décoré à cet effet ; là, sur une espèce d’autel, elle reçoit les visites successives de tous les Indiens et Indiennes de la tolderia, qui viennent la féliciter d’être femme et recevoir d'elle un morceau de la jument, proportionné à leur rang ou à leur degré de parenté. Aussitôt que tous les visiteurs sont venus, et que per-

sonne n’ignore dans la tribu que la jeune fille est nubile, on l’assied sur une manne de laine que sa mère prend par le devant, sa plus proche parente par derrière, et, ainsi soulevée, on la promène, tandis qu’une vieille femme remplissant les fonctions de devin ou de prêtre, marche en Lêle en chantant, sans doute pour conjurer le malin esprit. Ce cortége s’achemine lentement vers un lac voisin, sans que personne le suive; la prétresse entre la première dans l’eau, en prend un peu et la jette en l'air, en parlant longtemps, sans doute afin de prier le dieu du mal de protéger la jeune Indienne dans sa nouvelle position. Les autres femmes entrent aussi au sein de la lagune; la conjuration terminée, elles y plongent la jeune fille à trois reprises différentes, l’essuient bien, étendent quelques pièces de tissus à terre sur la rive, l'y couchent, en la couvrant de ce qu’elles ont de meilleur ; puis, plus tard, lorsque la prêtresse a terminé et recommencé ses prières, la néophyte revient vers la tolderia, où, dès lors, elle doit jouer un rôle. Cette coutume est générale parmi les peuples de l'Amérique méridionale; seulement, les cérémonies diffèrent suivant le pays. » ;

A l’époque du mariage, le prétendant est tenu de faire des présents aux parents de la future, qui souvent même fixent le prix auquel ils estiment leur fille; et s’il n’est pas au-dessus de la fortune de l'Indien, tout s'arrange facilement; bien entendu qu'il n’est pas question de la conduite antérieure de la future : comme il est reconnu qu'elle est maîtresse de sa personne, on ne s'occupe pas de ce qu'elle a fait, n’étant obligée d'être fidèle qu'à son mari. Dès que les parties sont d'accord, la mère de la future et ses amis construisent le toldo de mariage que doit occuper le nouveau ménage; on y. renferme les deux époux, puis tous les devins ou parentes se réunissent autour. Les devins commencent par donner des conseils au mari sur la conduite qu’il doit tenir avec sa femme, sur ses devoirs; puis ils en font autant à celle-ci, en lui préchant surtout la soumission. Une fois que tous les conseils sont donnés, les devins avec les parents chantent et dansent autour de la tente, tout en exécutant une musique diabolique avec de grandes calebasses, ou en soufflant dans de grandes coquilles. Les hommes, dans cet intervalle, allument un grand feu et font rôtir de la viande, dont ils offrent de temps en temps quelques petits morceaux aux époux, en leur faisant encore de nouvelles recommandations. La nuit se passe ainsi, et, le lendemain matin, ils ne sont considérés comme définitivement mariés que lorsque tous les habitants de la tolderia les ont visités au lit. Aussitôt après, la nouvelle épouse aime à se parer de tout ce qu’elle à reçu de plus précieux de son mari : ainsi, elle prend ses énormes boucles d'oreilles, et la plus grande jouissance qu’elle puisse éprouver, c’est si son mari, à l'exemple des Aucas, lui a donné un bonnet fait de perles de verre de couleur, enfilées dans des tendons d’autruche et réunies par mailles, comme des filets. Les bijoux consistent en verroteries; si elle a un cheval, elle le selle, l’orne de tout ce qu’elle possède, et va ainsi se promener, étalant toutes ses richesses aux yeux de ses voisins.

Lorsqu'une femme, pour suivre son amant et aller vivre avec lui, abandonne le toit conjugal, l'époux, s’il est d’un rang élevé, ou s’il a des amis plus puissants que le ravisseur, se fait rendre sa femme; mais si, au contraire, celui-ci appartient à une classe supérieure, le mari doit patiemment se voir enlever sa compagne sans se plaindre. Le plus souvent les intéressés entrent en composition et transigent au moyen d’une indemnité au profit de l'époux outragé.

Les occupations des femmes sont multipliées et leur condition est très-dure, même pendant leur grossesse; ce sont elles qui font tout, excepté la chasse et la guerre. Lorsqu'elles accouchent, à peine leur accorde-t-on deux ou trois jours de repos. Une devineresse leur sert de sage-femme, et la naissance de l’enfant est célébrée quelquefois par des danses, des chants et des festins; souvent même ces ‘circonstances donnent

lieu à des conjurations contre les mauvais esprits. Les Patagons aiment leurs enfants jusqu’à l’adoration; ils sont pour eux d’une si grande faiblesse qu’on a vu des tribus abandonner un parage, ou y séjourner plus longlemps qu'elles ne le devaient, sur le simple vouloir d’un enfant.

Les Palagons conservent longtemps la mémoire de ceux qu'ils ont aimés, et souvent on les entend se lamenter et retracer les vertus et les bonnes qualités du défunt. Dès qu'ils apprennent la mort d’un chef de famille, les amis se teignent de noir et viennent suceessivement consoler sa veuve et ses enfants. Le corps du défunt est immédiatement dépouillé de ses vêtements par les parents; puis, tandis qu’il est encore chaud, on lui croise les bras sur les jambes que l’on dispose de façon à ce que les genoux touchent au menton, et les talons à la partie inférieure du tronc. Aussitôt après, une partie de ce qui lui a appartenu est brûlée en signe de deuil. Sa demeure est anéantie; sa femme et ses enfants sont dépouillés de tout ce qui ne leur est pas propre; et la veuve, sans asile, souvent presque nue, attend aux environs que quelque parent vienne lui donner des vêtements. Elle se barbouille de suite la figure de noir, se coupe les cheveux de devant, peigne les autres qu’elle laisse tomber sur les épaules, et se renferme dans une vieille tente, d’où elle ne sort pas pendant une année, gardant des habits Iugubres, la figure teinte en noir, sans pouvoir se la laver qu’un an après, et astreinte dans cet intervalle à la conduite la plus austère. La moindre infraction à cette règle serait un affront pour la mémoire du défunt, et que les siens auraient le droit de punir par la mort de la coupable et de son complice,

Le corps du défunt ainsi ployé, et lorsque sa tente est brülée, ses proches immolent à ses mânes tous les animaux qui lui ont appartenu; on ne réserve que son meilleur cheval, qui est destiné à porter son corps jusqu’à la sépulture, avec ses bijoux et ses armes, qui doivent être ensevelis avec lui, afin qu’il les retrouve dans l’autre vie. Le mort est accompagné jusqu’à sa dernière demeure par ses fils ou ses neveux; ils marchent au loin dans la campagne, surtout lorsqu'il y a aux environs une nation différente de la leur, ou des chrétiens, afin de ne pas être aperçus d’eux. Ils creusent une fosse circulaire, de deux pieds de diamètre et assez profonde pour que le corps, déposé assis, puisse avoir quelques pieds de terre sur la tête. Lorsqu'il est enseveli, ils immolent le coursier sur sa tombe, afin que le défunt s’en serve quand il voudra; puis ils reviennent tristement, en faisant de grands détours, pour ne pas indiquer où ils sont allés; précautions qui sont des plus nécessaires, car si dans la même tolderia un Indien n'élait pas assez hardi pour aller profaner la tombe de son frère, de son ami, les autres tribus, toujours peu scrupuleuses sur ce point, et surtout les chrétiens qui peuvent se trouver parmi elles ou aux environs, ne manqueraient pas de rechercher ces tombes afin d’en enlever les vêtements et les ornements d'argent qu’on y place; violence qui souvent amène entre les nations des rixes et des haines mortelles. Lorsqu'une Indienne meurt avant son mari, on n'anéantit que ce qui lui appartient en propre, ce qui se réduit à des habits et à quelques ornements. Du reste, la cérémonie est la même; mais le veuf ni les enfants ne portent aucun deuil extérieur, et le premier peut immédiatement se remarier.

Leur costume se compose de fourrures; ils emploient de préférence la peau du guanaque; ils ne font usage que des parties du dessous du cou et des jambes, parce que la laine en est plus douce. Ils réunissent ces morceaux au moyen de tendons d’autruche, dont ils se servent en guise de fil, et parviennent à en composer de vastes manteaux carrés. La peau du renard et de la mouffette constitue leurs vêtements de luxe. Sous cet âpre climat, tout devant être calculé pour l'utilité, le côté du poil et Le côté de la peau sont, tour à tour et suivant la température, mis en dedans ou en dehors. Les Patagons

décorent le côté de la peau du manteau, de desseins de couleur rouge, afin qu’il soit d’un aspect moins repoussant. Ils portent, indépendamment de ce manteau, un vêtement composé également de fourrures, et qui, attaché autour de la taille, se termine en pointe par devant, pour passer entre les cuisses, et remonter s'attacher par derrière. Ce costume simple est complété par des espèces de bottes formées d’un morceau de peau relevé et fixé autour de la cheville. Leurs cheveux, attachés sur la tête avec un cordon de cuir ou un ruban de laine, sont noirs. Quoique le tatouage ne leur soit pas connu, leur figure reste rarement de sa couleur naturelle; ils la peignent le plusssouvent en rouge, en noir ou en blanc. Le rouge occupe presque toujours l’espace compris entre les yeux et la bouche, à l'exception d’un espace d’un pouce, au-dessous de la paupière inférieure, consacré au noir. Le blanc forme une tache au-dessus de chaque œil. Les femmes font usage des mêmes couleurs, à l'exception du blanc; elles ont, avec le manteau et la pièce de devant qu’elles ne font point remonter par derrière, une autre pièce sémblable qui s'étend des aisselles aux genoux. Leurs cheveux sont tantôt flottants sur leurs épaules et séparés seulement par le milieu, tantôt réunis en deux tresses qui retombent sur chaque épaule, et auxquelles elles suspendent de menus objets de verroterie, entremêlés de petites plaques de cuivre et de monnaie. Elles ont des boucles d'oreilles en argent, ornées de morceaux de même métal carrés et extrêmement lourds. Les Patagons, comme plusieurs peuplades de l'Amérique, s’épilent la barbe. |

La taille des PATAGONS du sud ou Inaken paraît être la même que celle des indigènes du nord. Ils ont de cinq à six pieds anglais; la largeur de leurs épaules et la longueur de leur buste leur donnent, au premier coup d’œil, l'apparence d’une racegigantesque; mais la partie inférieure de leur corps n’est nullement en harmonie avec les propor- Lions de la partie supérieure. Leurs cuisses et leurs jambes sont courtes et grêles.

Les toldos des Inaken sont de forme rectangulaire : ils ont environ douze pieds de long, dix de large, sept de haut sur le devant et six seulement sur le derrière. Ces toldos sont formés par des perches fixées dans le sol, et fourchues à leur extrémité supérieure, pour.soutenir les chevrons qui supportent le toit. Cette sale demeure est couverte de peaux si bien cousues les unes aux autres, qu’elles sont presque impénétrables à la pluie et au vent. Les naturels les emportent et les traînent avec eux dans leurs excursions. Le centre est occupé par le foyer. Les Patagons du nord ne regardent jamais le feu comme les Européens, mais ils lui tournent le dos, afin de mieux voir ce qui se passe autour d’eux.

Chez les Patagons du sud la polygamie est fréquente; ils achètent les femmes trèsjeunes; elles sont vêtues, comme les hommes, de peaux de guanaque. La mante qu’elles se font de la dépouille de cet animal est retenue par devant au moyen d’une épinglette d'argent; leurs cheveux sont disposés comme ceux des Indiennes du nord.

Leur manière d’enterrer leurs morts est différente de celle des naturels du nord. Voici la description que Parker King donne de la tombe d'un enfant près de la baie Grégoire : « C'était, dit-il, un monceau conique de branches sèches et de broussailles, ayant dix pieds de haut et vingt-cinq de circonférence, le tout entouré de bandes de cuir. Le sommet de la pyramide était couvert d'un morceau d'’étoffe rouge, orné de clous de cuivre, et surmonté de deux bâtons supportant des drapeaux rouges et des sonneltes qui, agitées par le vent, ne cessaient de tinter. Un fossé de deux pieds de large et d’un pied de profondeur était creusé autour du tombeau, excepté à l'entrée qui avait été remplie de buissons. En face de cette entrée étaient étendues les peaux de deux chevaux, récemment tués, lesquelles étaient soutenues par quatre pieux. Les têtes des chevaux étaient ornées de clous de cuivre, semblables à ceux du sommet de la

pyramide. Enfin, en dehors du fossé, on voyait six bâtons portant chacun deux petits drapeaux, l’un au-dessus de l’autre. » 5

Les Patagons du sud sont plus affables et plus familiers que ceux des autres parties du pays, parce qu'ils n’ont pas appris à leurs dépens combien le voisinage des Européens est dangereux; ils accueillent même les étrangers avec cordialité ; mais lorsqu'ils sont en nombre, ils imposent aux visiteurs un large tribut de tabac, de pain, de fusils, de poudres et d’autres articles dont ils raffolent; ils sont indifférents et apathiques.

A propos de cette apathie, nous citerons le fait suivant rapporté par le capitaine Wallis, qui, lors de son voyage au détroit de Magellan, fit amener plusieurs naturels à son bord, et ne put parvenir à faire naître chez eux le moindre sentiment de surprise :

« Je les menai dans toutes les parties du vaisseau, dit-il ; ils ne regardèrent avec attention que les animaux vivants que nous avions à bord. Ils examinaient avec assez de curiosité les cochons et les moutons, et s’amusèrent infiniment à voir les poules de Guinée et les dindons. Ils ne parurent désirer de tout ce qu'ils voyaient que nos vêtements, et un vieillard fut le seul d’entre eux qui en demanda. Nous leur offrimes des feuilles de tabac roulées; ils en fumèrent un peu, mais ne parurent pas y prendre plaisir. Je leur donnai du bœuf, du porc, du biscuit et d’autres provisions du vaisseau; ils mangèrent indistinctement de tout ce qu’on leur offrit, mais ils ne voulurent boire que de l’eau. Je léur montrai les canons; ils ne témoignèrent pas avoir connaissance de leur usage. Je fis mettre les soldats de marine sous les armes et leur fis exécuter une partie de l'exercice : à la première décharge de mousqueterie, nos Américains furent frappés d’étonnement et de terreur; mais voyant que nos gens étaient de bonne humeur et qu’ils n’avaient d’ailleurs reçu aucun mal, ils reprirent bientôt leur gaieté, et entendirent sans grande émotion une deuxième, puis une troisième décharge. »

Après avoir parlé des détails, nous devons entrer dans les généralilés communes aux peuplades des deux régions.

Les Patagons ne manquent pas d'intelligence, et leur génie national mérite d’être pris en considération. Leurs discours sont empreints d’un caractère d'énergie remarquable; ils sont très-éloquents, et ils ont surtout le talent de parler très-longtemps, sans hésiter et sans sortir du sujet de la conversation. Ce qui les distingue surtout, c'est l'emploi fréquent de la comparaison; cetle tournure d’esprit les rapproche des peuples orientaux, qui, comme on sait, font consister la poésie dans l'usage exagéré de la métaphore.

Leur langue est plus gutturale que celle des Araucans, difficile à prononcer, et pleine de sons que nos lettres ne sauraient exprimer; elle est très-riche et a des combinaisons remarquables. Les indigènes peuvent compter jusqu’à cent mille; cette quantité de désignations numériques atteste la multiplicité des combinaisons de calcul auxquelles ils peuvent se livrer.

Les Patagons ont un système de politique des plus simples. Ils sont gouvernés par un chef, qu'ils désignent sous le titre de caras-ken, et dont le pouvoir ne s’exerce qu’en temps de guerre. En temps de paix, on a pour lui beaucoup de respect, mais il ne jouit d'aucun privilége. Ce poste n’est pas héréditaire de droit : il faut que le fils, pour succéder à son père, ait fait preuve de courage et d’éloquence; autrement la place est donnée à un autre.

Ces peuples n’ont point de lois; chacun vit à sa guise, et le plus voleur est le plus estimé comme étant le plus adroit.

Ils ne connaissent point le partage du territoire entre les membres de leur société; les richesses ne peuvent être chez eux que mobilières ; et l'usage d'anéantir, à la mort

de chacun, lout ce qui lui a appartenu dans ce monde, les met dans la nécessité de irouver de nouveaux moyens d'existence.

L'habitude de la chasse et la nécessité de pouvoir se diriger, er leurs longues excursions, d’après le soleil et les étoiles, firent naître parmi les naturels de ces contrées quelques idées astronomiques. Ils transformèrent la partie du firmament qui leur était connue en un immense tableau représentant la chasse de l’Indien. Ainsi la voie lactée ne fut pas pour eux le chemin parcouru par la chèvre Amalthée, mais celui du vieil Indien chassant l’autruche. Les trois rois furent les boules (tapolec) qu'il jetait à cet oiseau, dont les pieds sont la croix du Sud, tandis que les taches australes qui accompagnent la voie lactée ne sont à leurs yeux que des amas de plumes formés par le chasseur. Ces allégories n’ont pas détourné les indigènes du but pratique de l’astronomie : c’est ainsi qu'ils ont adopté une division du temps très-rationnelle; ils ont partagé l’année en douze mois; et au printemps, quand les plantes recommencent à pousser, ils rectifient et règlent les jours supplémentaires. Ce qui prouve queles nations qui habitent l'extrémité sud du continent américain sont loin d’être dépourvues d’intelligence.

Ce pays est borné au nord par la Bolivie dont il est séparé par le Rio Salado et le grand désert d’Aracama; il confine au sud avec la Patagonie, et occupe le revers occidental des Andes entre 23° et 44° de latitude australe.

L'origine du mot Chili est expliquée de trois manières : selon Zarate, il vient de chil, qui en péruvien signifie froid; d’autres le font dériver du mot quile, dénomination indienne du Rio Quillota, un des principaux fleuves du pays; enfin, d’après l'opinion des indigènes et du savant Molina, il vient du nom de certains oiseaux de la famille des grives, très-communs dans cette contrée, et dont le cri ressemble au son du mot (chil ou tchili (turdus ater, turdus thilius). Les Espagnols prononcent Tchilé.

Le Chili fut longtemps une province du Pérou, sous le règne des Incas. Quelques années après la conquête de ce dernier État par les Espagnols, sous les ordres de Pizarre, c’est-àdire vers 1536, Almagro fut envoyé pour réduire les provinces méridionales. La plus grande partie de son monde périt; cependant Almagro traversa le Chili, et s’empara de l’or qui y abondait. L’Araucanie seule résista. Pierre Valdivia entreprit en 1540 une nouvelle expédition, soumit le Chili non sans difficulté, et fonda l’année suivante la ville de Santiago; en 1550, il bâtit la Concepcion, pénétra aussi dans l’Araucanie, y construisit des forts, et fonda la ville qui a reçu et conserve son nom. Cependant les Araucaniens détruisirent les forts, Valdivia futbattu, fait prisonnier, et mis à mort. Ils restèrent libres, et se battirent souvent contreles Espagnols. Pendant la paix, ils trafiquaient avec les créoles du Chili, auxquels ils vendaient des chevaux et des lainages grossiers. Les jésuites furent assez adroits pour former dans l’Araucanie deux missions. L’archipel de Chiloé fut découvert, en 1558, par don Garcia de Mendoza. Le poëte Ercilla, qui a chanté les guerres de l’Araucanie, faisait partie de l’expédition qui prit possession de ces iles au nom de l'Espagne. Cette puissance annexa le Chili à la vice-royauté du Pérou. Elle bâtit partout des églises et des couvents en les dotant richement. Elle dis- Lribua des terres aux conquérants, exploita des mines, et fit au reste très-peu de chose pour la prospérité du pays. Avant la dernière révolution, il n’y avait pas d'imprimerie dans tout le Chili; les habitants recevaient de Lima des livres de dévotion ou d’instruction. Lorsqu'au commencement de ce siècle la puissance espagnole, déchirée par les guerres, tomba en décadence, le Chili, à l'exemple d’autres colonies, s’occupa en 1810 de son affranchissement. Une armée de Buenos-Ayres vint au secours du parti des indépendants. Le vice-roi du Pérou rétablit pour quelque temps l’autorité de l'Espagne; mais la bataille de Maypo gagnée par les républicains en avril 1818, brisa son pouvoir. Les vainqueurs nommèrent un directeur suprême, et celui-ci donna, en 1848, au Chili une conslitution provisoire. Elle fut abolie en 1822, et l’année suivante, les députés

de la nation formèrent un congrès pour dresser un nouvel acte constitutionnel qui a

élé promulgué depuis, et d’après lequel le Chili forme une république représentée par

un congrès.

Le tableau ci-contre présente la statistique de l'État que nous décrivons :

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