‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 2)Chapitre 38 sur 75 · FEMME DE LIMA · texte numérisé non relu

FEMME DE LIMA

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Les gens distingués ont adopté les modes françaises, et il règne à Lima beaucoup de luxe, de toilette et de propreté. La plupart des femmes sont petites, gracieuses, spirituelles ; leurs traits sont d’une grande finesse; leurs yeux fort beaux; leurs dents belles et blanches; leur chevelure est noire, magnifique, abondante; leur pied petit, bien fait; leur jambe fine par le bas. Quant à leur teint, c’est celui des filles du soleil, d’une nuance blanche, inclinant légèrement sur le jaune, et sans couleurs. On ne saurait exprimer précisément le charme de celte complexion; mais il est très-grand, et, selon un voyageur récent :, les femmes de Lima sont incontestablement RS et très-agréables.

L'éducation est moins répandue ici qu’au Chili : à tint peu de jeunes personnes parlent une autre langue que l’espagnole, ou sont très-forles musiciennes ; et celles qui s'occupent de lecture et de travaux d’aiguille sont en bien petit nombre. Les femmes âgées n’ayant eu aucune espèce d'éducation, ont l'habitude de fumer ; jeunes, c’étaient des cigaritos; plus tard, les cigares ont grandi à mesure qu’elles avançaient en âge : il y a des femmes qui font usage de cigares gros comme des bougies. Cependant cles ne les fument pas en une seule fois ; elles font durer le plaisir plusieurs jours, et même parfois plus d'une semaine.

La toilette de ces dames est élégante et recherchée; elles sont toujours coiffées en cheveux, avec des fleurs naturelles, et ne portent que des bas de soie et des souliers de satin dont elles font une consommation ruineuse, ce qui ne surprendra pas si l’on considère que les bas et Les souliers d’une élégante doivent toujours être neufs.

Les dames qui vont à la promenade ou rendre des visites ne sortent qu’en voiture lorsqu'elles ont la toilette dont nous venons de parler ; mais lorsqu'elles se risquent à pied, elles ajoutent, par-dessus celui-ci, un autre costume fort original, en usage pour faire les visites du matin : on le nomme saya ou saya manto. Cette toilette consiste en deux pièces principales : la saya, qui est la jupe, prend la taille à la ceinture, et descend jusqu’à la cheville des pieds; elle est en étoffe desoie, de couleur indéterminée, et plissée dans toute sa longueur; les plis, tenus ensemble par des fils qui les maintiennent, n’ôtent rien à l’élasticité de ce vêtement qui est très-étroit, et prend si exactement les formes que les jambes paraissent y être attachées; elles sont tellement serrées qu’il faut forcer la jupe pour avancer le pied et marcher. El manto, la seconde partie du vêtement que nous décrivons, part également de la taille où il est retenu par un cordon sur lequel il est froncé à coulisse; il revient par derrière au-dessus de la tête qu’il enveloppe, ainsi que la partie supérieure du bras; chaque main tient un des bords de cette partie de la mante qui sert de voile et se croise sur la figure. Quelle que soit la couleur de la saya, le manto est toujours en soie noire.

Sous ce costume, les femmes ne peuvent être reconnues, et on peut leur parler sans . qu’elles se formalisent. Empaquetées à peu près comme les figurines que l’on trouve dans les tombeaux d'Egypte, elles ne peuvent marcher qu’à très-petits pas, ce qui, lorsqu'elles veulent aller vite, donne à leurs mouvements quelque chose d’excentrique et de fort amusant pour les voyageurs qui voient cet étrange accoutrement pour la première fois.

. Cette mode, qui fut généralement adoptée jusqu’à l'émancipation du Pérou, tend chaque jour à se perdre. Les étrangers mariés à Lima ont obtenu de leurs femmes qu’elles l’abandonneraient. Toutefois, il en est qui n’ont fait que de demi-concessions, ainsi que le prouvent les sayas déplissés jusqu’au genou.

Au premier aspect, cette mode semble passablement inconvenante par son manque

4 M. l'amiral du Petit-Thouars.

de décence; bientôt on s’y accoutume et on ne remarque plus que la grâce déployée, sous ce vêtement, par quelques femmes.

Les Péruviennes ont une véritable passion pour les fleurs qu'elles se procurent quelquefois à des prix extravagants. On a vu vendre un lis blanc un peu hors de saison, huit dollars ou 40 francs; une hyacinthe 15 francs. On a fait à ce propos la remarque que la plupart des fleurs particulières aux environs de Lima étaient jaunes, ce qui a donné naissance à ce dicton populaire : Oro en la costa, plata en la sierra*,

On admire le parfum du floripondio, fleur qui a beaucoup d’analogie avec le lis; l'arbre qui la produit est très-touffu, el atteint à une hauteur de dix pieds. Les fleurs ont huit pouces de long ; elles sont blanches, faites en forme de cloches et groupées en bouquets. Il ne faut pas plus d’un seul arbre pour parfumer un grand jardin ; si ce nombre est dépassé, l’odeur est trop forte, et la tête ne saurait la supporter.

On cite encore le suche ? et l’arome comme agréablement aromatiques.

Après Lima, les villes les plus importantes sont: Guzco, qui sedistingue par les proportions grandioses et la magnificence de ses édifices, en tête desquels on doit nommer le temple du Soleil dont la somptuosité frappa d'étonnement les Espagnols, lorsque Pizarre prit possession de celte antique cité.

Le port de CALLAO qui mérite une mention particulière, quoique la petite ville qui porte ce nom ne se compose aujourd'hui que de deux ou trois cents maisons aussi pauvres que l'aspect des habitants est misérable. L'ancienne ville fut entièrement détruite par le tremblement de terre de 1746; la mer la couvrit par deux fois, et, des quatre mille habitants dont se composait la population, n’en épargna qu'un seul, probablement pour renseigner sur l'événement les curieux de la capitale. Quoi qu’il en soit, on prétend que par un temps calme on peut apercevoir les ruines de l’ancien Callao, au fond de la mer dans la partie de la baie qu’on nomme mar braba.

Cauquisaca n’a de remarquable que sa qualité de capitale de la Bolivie. AREQUIPA se distingue par le pittoresque de ses environs. Porosr est la ville péruvienne dont le nom est le plus connu en Europe; elle est bâtie au pied de la montagne de CERRO, colossal pain de sucre qui s’élève à 17,000 pieds au-dessus de la mer, et dont la base à une circonférence de trois lieues : telle est cette montagne fameuse dans le monde entier par les métaux précieux qu’elle renferme, et dont les flancs, percés de plus de cinq mille ouvertures, attestent l'importance qu’on attache à ses richesses.

Tout le pays qui environne Potosi est métallifère, et l’on cite la montagne appelée Guayna-Potosi * comme renfermant en abondance de l'argent d’excellente qualité; il est à regretter qu’elle ne puisse être soumise au travail des mineurs, à cause des sources nombreuses que l’on rencontre à quelques pieds de la surface du sol

Nous devons placer iei la narration d’un singulier usage signalé par M. Miller, usage auquel l’indulgence des premiers propriétaires des mines a donné naissance et qui s’est perpétué jusqu’à notre époque :

Entre la nuit du samedi et la matinée du lundi, le Cerro devient la propriété exclusive de toute personne qui veut, dans cet intervalle, travailler pour son propre compte. On comprend ceux qui vont ainsi glaner dans les mines, sous le nom générique de CAXCHAS ; ils vendent habituellement à leurs patrons le produit de leurs recherches. On conçoit le préjudice que ces glaneurs causent à l'exploitation générale, en ce

1 Or sur la côte, argent dans les montagnes.

* Le suche est un grand arbre à branches étendues, et qui se couvre de grappes de fleurs en forme de cloches ; elles sont tantôt blanches, tantôt rouges ou cramoisies.

5 Le nouveau Potosi.

que, indépendamment du métal ainsi soustrait, ils ne se préoccupent nullement, dans leurs travaux particuliers, d’étayer les terres excavées. D'un autre côté, lorsque, dans le courant de la semaine, les caxchas découvrent une veine plus riche que les autres, ils s’abstiennent de la faire connaître, afin de l’explorer pour leur compte le dimanche suivant. Et les maîtres n’oseraient, pendant ce jour consacré, surveiller leurs ouvriers, car ils savent que ceux-ci trouveraient moyen de leur faire payer cher cette surveillance. IL y eut un moment où l’on voulut abolir cette coutume, à cause des abus qu’elle comportait; mais tous les efforts restèrent sans fruits. Les caxchas repoussèrent toutes les tentatives les armes à la main, et tuërent plusieurs soldats en roulant sur eux du haut de la montagne des pierres énormes. Les ouvriers demeurèrent donc en possession de leurs priviléges, à l'endroit desquels ils montrent une telle vigilance, qu'ayant surpris un soir quinze ou vingt lamas chargés d’argent, et qui avaient été mis en route après l'heure fixée pour le commencement de l'exercice du droit de caxcha, ils saisirent les animaux et leurs conducteurs dont on n’entendit plus parler.

Nous ne nommerons plus que Caxamarca, ville remarquable par les ruines du palais des incas que renferment ses murs, par ses sources d’eau thermale, et par ses forges qui emploient les plus habiles ouvriers du Pérou.

Le territoire de la contrée que nous décrivons était et est encore habité par quatre nations distinctes. La principale et la plus nombreuse est la nation quichua ou inca ; la seconde, par rang d'importance, est la nation aymara; les deux autres sont les Atacamas et les Changos.

Les Quichuas étaient autrefois le peuple souverain, dominant, le représentant de la civilisation péruvienne; les trois autres nations leur étaient soumises. Le tableau suivant évalue la population respective actuelle de ces quatre tribus ;

Quichuas ou Incas. . . . 874,907 MOD 2e PP OR MOT 448,672 APRIL à 512,597 |: MANPEQUE ET RARE CRE PERS 188,237 Alacamas., . « . « : 7,348 Me nt a il ne à 2,170 MR 4 se 0! à 1,000

Total. . . 1,255,652° 639,079

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Il faut remarquer que depuis longtemps il n’existe plus au Pérou de peuples à l'état sauvage proprement dit. Le Lotal de 1,894,731 individus, Lant métis que de race pure,

que nous venons de présenter, ne comprend donc que des chrétiens,

Les Qurcnuas s’étendaient autrefois, vers le nord, sur tout le plateau, et vraisemblablement jusqu’à Quito, puisque, dans le royaume de ce nom, on parle encoreaujourd'hui la langue quichua. Il est évident, dit M. Frédéric Lacroix dans sa description du Pérou, que cette nation a absorbé une foule d’autres tribus qui s’agrégèrent successivement à l'empire des incas. IL paraît même que ce nom de Quichua n’était autrefois que la dénomination d’une de ces tribus; on croit qu’il n’a été généralisé que par les Espagnols. Celui d’inca, qui est devenu synonyme de Quichua, fut d’abord réservé aux membres et aux descendants de la famille royale; il signifiait plus particulièrement roi ou chef, ÿ En se dirigeant vers le sud, les Quichuas occupaient tout le plateau des Andes du

Pérou, et une certaine portion du versant oriental jusqu'au 15° degré sud, où ils confinaient aux Aymaras; au sud de cette dernière nation, ils se répandaient dans les provinces de Cochabamba, de Chuquisaca, de Chayanta, de Potosi; à partir de cette zone, ils ne reparaissent plus sur les plateaux, et vivent sur le versant oriental jusqu’à Tucuman et Santiago del Estero, au 28° degré de latitude. Sur le versant occidental, vers la côte, ils ne vont pas au delà de la ville d’Arequipa, dont les habitants sont des Aymaras, et d’Atacama, habitée jadis par la tribu de ce nom. Sur tout le littoral du sud, les Quichuas avaient sous leur domination des peuples soumis, mais d’une origine différente de la leur. Ils couvraient aussi une longue bande de terrain qui suivait du nord au sud la chaîne des Andes, depuis Quito jusque près du lac de Titicaca; plus loin que les Aymaras, enclavés au milieu d'eux, ils reparaissaient encore sur une lisière du versant oriental, depuis Cochabamba jusqu'à Santiago del Estero; les Andes les bornaient vers l’ouest; vers l’est, les plaines chaudes el boisées formaient les limites de leur territoire. La population quichua est encore assez considérable, comme nous l'avons vu plus haut. :

Les Quichuas sont généralement bien constitués, mais petits; la moyenne de leur taille est de 4 mètre 60 centimètres; mais beaucoup d'individus n’atteignent pas ce chiffre, surtout dans les lieux élevés, où la raréfaction de l’air nuit au développement normal du corps. Les femmes sont encore plus petites; elles n’ont guère que 1 mètre 460 millimètres.

En général, ces Indiens ont les formes massives, les épaules très-larges, la poitrine volumineuse, bombée et d’une longueur remarquable, d’où il résulLe que le tronc offre une disproportion étrange avec les membres. Il en est de même de la tête, ordinairement très-grosse comparativement au corps. | |

Il n’est pas vrai que les Quichuas aient, comme on l’a prétendu, le teint rougeätre; il offre, au contraire, un mélange de brun olivâtre foncé. La physionomie de ces Indiens présente un ensemble qui paraît constituer un type particulier, et rapproché du type mexicain beaucoup .plus que de celui des nations voisines. Ils ont la tête oblongue d'avant en arrière, et sensiblement déprimée sur les côtés; le front légèrement bombé quoique fuyant, ce qui n'empêche pas que le crâne soit souvent très-développé, et le cerveau d’un notable volume; la figure large et communément ronde; le nez allongé, saillant, aquilin, recourbé à son extrémité inférieure, déprimé par le haut, garni de narines larges et ouvertes; la bouche grande, proéminente, sans que les lèvres soient trop grosses ; les dents blanches et se conservant jusque dans la vieillesse; les joues peu saillantes et seulement chez les personnes avancées en âge; les yeux ordinairement petits, non bridés ni relevés en dehors; les cheveux invariablement noirs, gros, roides, épais, longs et plantés très-bas des deux côtés du front; les sourcils remarquablement arqués, mais étroits, peu fournis ; quant à la barbe, c’est à peine si, chez quelques hommes faits, on remarque quelques poils sur la lèvre supérieure et au menton.

Ce qui frappe surtout dans l'expression du visage de ces hommes, c’est un air triste, Sérieux, réfléchi, mais en même temps hypocrite ou tout au moins sournois.

La constitution des femmes est à peu près la même que celle des hommes; elles se distinguent principalement par le volume de la gorge.

Les Quichuas sont doux, pacifiques, sociables ; on les.a, à tort, accusés de lâcheté: ils ont prouvé, lors de la conquête du Pérou, qu’ils n’étaient dépourvus ni de courage ni d'intrépidité; et s'ils ont mérité l'espèce d’abrulissement qu’on leur a si souvent reproché, c'est aux institutions qui les régissaient qu’il faut l’attribuer. L'ignorance, la superstition leur ont fait envisager comme un sacrilége toute pensée de rébellion contre leurs souverains, et les historiens ont pris pour de la pusillanimité ce qui

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