‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 2)Chapitre 51 sur 75 · ES · texte numérisé non relu

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ces hommes expièrent leurs forfaits antérieurs par des services exemplaires, et les forbans de la Tortue devinrent pour la France une pépinière d'excellents marins. C’est à eux aussi que l’on doit la possession tant contestée d’une partie de Saint-Domingue. Pour qu’une poignée d'hommes résistât ainsi à la première puissance du monde, pour qu’elle se jouât de ses vaisseaux et bravät ses escadres, il fallait certes bien des ressources d’intrépidité, bien des combinaisons audacieuses, surnaturelles! Aussi que de trails prodigieux dans cette histoire; que de choses réalisées qui paraissaient impossibles! Ici, c’est Pierre le Grand, un Dieppois, qui, avec quatre canons et vingt-huit hommes, accoste le vice-amiral des galions, monte à bord après avoir coulé sa propre barque, surprend le capitaine dans sa chambre, lui fait amener pavillon et ramène sa prise en France. Là, c’est Michel le Basque, qui, sous le canon de Porto-Bello, s'empare de la Margarita, chargée d’un million de piastres; puis, Jonqué et Laurent le Graf, qui capturent des vaisseaux de guerre devant Carthagène; ou Brouage allant surprendre les autorités espagnoles jusque dans leur palais, et les traïnant à bord, malgré leurs gardes, pour les échanger contre d'énormes rançons. Ailleurs, nous voyons le fameux Monbart, Monbart l’exterminateur, véritable type du héros de mélodrame, né avec des passions furieuses, préférant le sang au butin, et le versant à tout propos. Et l’Olonais! qui, de simple flibustier, devint l'un de leurs chefs célèbres, l'Olonaïs, qui prit et pilla tour à tour Venezuela et Maracaybo! Enfin Morgan le Gallois, vainqueur de Porto-Bello et de Panama, traitre aux flibustiers après en avoir été l’un des plus braves chefs, et nommé, après sa défection, lieutenant-gouverneur de la Jamaïque !

Les flibustiers continuèrent leur vie de pillage et de meurtre jusque vers 1666, époque à laquelle un gentilhomme angevin, Bertrand d'Ogeron, entreprit d'utiliser ces courages farouches pour la colonisation de Saint-Domingue. La tâche était difficile. Il s’agissait de donner des goûts sédentaires à des esprits actifs et aventureux, d’assujettir aux lois des pirates habitués à n’en écouter aucune, d'élever dans le respect du monopole de la compagnie des Indes occidentales un peuple d’écumeurs de mer brouillé depuisslongtemps avec toutes les idées de propriété. Le sage administrateur réussit en partie; il fit venir des femmes, et créa pour ces forbans le lien de la famille; il attira des cultivateurs et les attacha au sol par les résultats de la culture; il distribua des primes d'argent, affecta des priviléges au travail, évita de blesser des caractères irritables, de contrarier trop brusquement des habitudes prises. Ces mesures ne furent pas trompées par les résultats : à la mort d’Ogeron, la colonisation était avancée.

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