RÉPUBLIQUE DE FRANCFORT
La partie principale du territoire de cette république est enclavée dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt et dans la partie hessoise de Hanau ; une petite fraction touche au duché de Nassau,
Outre la capitale, cette république comprend deux bourgs et six villages. La population totale est d'environ 66,000 âmes.
Les anciennes villes hanséatiques de Brême, de Hambourg et de Lubeck, dit l’auteur de la Géographie universelle, semblaient avoir acquis le droit de redevenir libres, lorsque le congrès de 1815 détermina la division politique de l'Allemagne. Elles n'avaient perdu leur indépendance que pour être incorporées à l’empire français ; il parut juste, aux yeux des ministres enropéens, qu'après la chute du conquérant elles fussent rétablies dans leurs anciens priviléges ; d’ailleurs, leur situation aux extrémités de l’Allemagne devait éloigner toute crainte que leur exemple ne devint contagieux ; l’établissement d'une petite république, presque au centre de la confédération germanique, n'est donc point sans intérêt, lorsqu'on pense qu’elle fut fondée à l’époque même où les gouvernants paraissaient accorder à regret aux peuples quelques institutions qui admettaient la liberté comme un droit plutôt que comme une simple concession révocable selon les circonstances. L'époque de l’affranchissement de Francfort remonte, il est vrai, à une antiquité aussi reculée que celui des villes libres que nous venons de nommer; mais elle n’avait point été considérée comme une conquête de Napoléon, elle n'avait point été réunie à la France, elle était, depuis 1806, la capitale du grand-duché soumis au prince primat, lorsqu’en 1815 elle fut déclarée ville libre. Aucune considération majeure ne s’opposait alors à ce qu’elle devint l’une des plus belles possessions d’un des États de la confédération; mais peut-être parce que son importance a été un sujet de convoitise pour les principautés de Nassau, de Hesse-Darmstadt et de la Hesse électorale, au milieu desquelles son territoire est enclavé, on a préféré lui restituer son antique indépendance, et, sous le rapport de son commerce, elle n’a pu qu'y gagner.
L'acte constitutionnel de 1816, acte qui offre un mélange d’aristocratie et de démocratie, a établi que la souveraineté résiderait, à Francfort, dans le sénat, le corps législatif et les députés permanents de la bourgeoisie. Le pouvoir exécutif repose dans le sénat, qui gouverne l'État, admininistrela justice, et surveille les communautés des trois cultes chrétiens. Le corps législatif est chargé de la discussion et du vote des lois; il
règle la levée des impôts, l'établissement de la force armée, confirme les conventions de l'État; il a, en outre, la surveillance de l’administration.
Le sénat est formé de quarante-deux membres, qui ne peuvent avoir moins de trente ans et ne doivent être au service d'aucune puissance étrangère; ils forment trois catégories; celle des échevins, celle des jeunes sénateurs, et celle des conseillers; chacun comprend quatorze membres.
Le corps législatif est composé de vingt sénateurs, d’un même nombre de députés de la bourgeoisie, et de quarante-cinq membres nommés par les bourgeois qui professent la religion chrétienne. Un collége électoral, formé de soixante-quiuze bourgeois, choisit chaque année ces quarante-cinq membres; les autres députés, au nombre de cinquante et un, sont permanents. Tous les ans, le sénat et ces députés permanents choisissent les membres d’entre eux qui doivent faire partie de l'assemblée législative. Le corps des cinquante et un députés de la bourgeoisie ne peut délibérer, si les deux tiers de ses membres ne sont présents. Quiconque est élu député est tenu d’accepter la candidature, sous peine de perdre ses droits de citoyen. Le sénat ne peut accorder le droit de bourgeoisie aux étrangers qui résident depuis dix ans à Francfort, qu’autant que ceux-ci possèdent une fortune indépendante.
Les revenus de la république s'élèvent à 1,600,000 francs; sa dette publique à 5,800,000 francs,
Francrorr se glorifie d’être le siége de la diète et la capitale de la confédération, et d’avoir vu naître Charles le Chauve; mais elle a encore d’autres titres de célébrité : elle est la patrie de l’immortel Gæthe, et c’est dans ses murs que fut publiée la plus ancienne gazette allemande.
Malgré plusieurs monuments importants, de beaux palais et des maisons bien bâties, Francfort n’est pas une belle ville; ses rues sont bien pavées et éclairées la nuit , mais étroites et tortueuses. La population est de plus de 50,000 habitants, parmi lesquels on ne compte que 5,000 à 6,000 catholiques, 2,000 réformés et 5,000 israélites ; le reste suit le culte de la confession d’Augsbourg.
Les trois grandes communautés chrétiennes pourvoient chacune séparément, sous la surveillance du sénat , à l'entretien de leurs prêtres, de leurs églises et de leurs écoles; mais on est étonné de voir, au xix° siècle, un gouvernement composé d'hommes sages et éclairés, renouveler à l'égard des juifs les exclusions qui rappellent l'ignorance et la superstition du moyen âge. Si c’est par suite d’une rivalité d'industrie que les notables de Francfort ont imaginé de refuser aux israélites l'exercice de tous les droits de citoyen, celie mesure, aussi injuste qu'impolitique, quoiqu'’elle paraisse être en faveur du plus grand nombre, n’en est pas moins extraordinaire. Quoi qu’il en soit, un quartier séparé est exclusivement destiné aux juifs; il leur est permis d'apprendre et d'exercer divers métiers; mais ce qu’on aura peine à croire, c’est que, par une décision prise en 1817, le gouvernement n'autorise par an que quinze mariages entre les israélites.
L'industrie-entretient des fabriques d’étoffes de soie, de tissus de laine communs, de toiles, de coton et de lin; des manufactures de tabac et de cartes à jouer; des fonderies de caractères d'impression; enfin des blanchisseries de cire, et des fabriques de faïence estimées; mais ce qui constitue sa principale richesse, c’est son commerce avec l'Allemagne, dont elle est le principal entrepôt; ce sont ses relations continuelles avec les pays qui l’environnent ; ce sont les débouchés faciles qu’entretient la navigation du Rhin et du Mein; ce sont surtout ses deux importantes foires de Pâques et de septembre, qui y attirent plus de seize cents négociants des différentes contrées de l'Europe.
Au nombre des établissements utiles de Francfort, il faut citer une maison d’orphe-
lins, un Hôtel-Dieu, une maison de reclusion et de travail, un bel hôpital, et une maison de santé qui renferme un théâtre anatomique. Au lieu d’un mont-de-piété, dont les secours usuraires sont plutôt une calamité qu’un bienfait pour les classes indigentes , elle a établi une caisse destinée à aider dans leur commerce où dans leur industrie les petits marchands et Les artisans qui ont besoin de fonds.
Les arts et les sciences trouvent, dans la classe aisée de Francfort, une multitude d'amateurs.