‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 57 sur 146 · RÉPUBLIQUE DE HAMBOURG · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE DE HAMBOURG

Le territoire de cette république : est (à l'exception de la partie méridionale et du bailliage de Ritzebüttel’) environné par les possessions allemandes du roi de Danemark. La préfecture de Lünebourg (dans le Hanovre) forme, au sud, le confin de cette république qui possède en commun avec celle de Lubeck, le bailliage de Bergedorf que traverse la Bille. Ù

HamBourG, capitale, n’est point une belle ville; mais elle est la plus commerçante de l'Allemagne, et son industrie est très-étendue. Les pertes qu'elle fit en 1815 et en 1814. sont déjà oubliées, et sa population alors réduite à 60,000 habitants, est plus que doublée aujourd'hui.

Stein nous apprend que les Hambourgeois forment trois catégories distinctes : les bourgeois actifs où héréditaires, les petits bourgeois ou parents de protection, et les habitants étrangers.

Les bourgeois actifs, qui jouissent de tous les droits de cité, peuvent seuls occuper les charges et les emplois honorifiques, exercer librement toute espèce d'industrie, ils sont en outre exempts de toute taxe sur les marchandises qu’ils expédient par des navires indigènes.

Les petits bourgeois n’ont la faculté d'exercer que certain genre d'industrie déter-

: Ce bailliage est un enclave de la préfecture hanovrienne de Stade. ? De même que Brème, elle était jadis comprise dans le cercle impérial de Ia Basse-Saxe.

minés ; ils sont tenus de payer un droit annuel de un thaler pour la protection qui leur est accordée.

Les habitants étrangers payent aussi annuellement une contribution : ils doivent encore, lors de leur réception, payer cinquante thalers s'ils sont négociants et quarante s’ils ne sont qu’artisans. Ils ne peuvent acquérir de propriété soit dans la ville, soit aux environs, à moins que ce ne soit sous le nom d’un bourgeois.

Quant aux Juifs Le droit de bourgeoisie ne leur est point reconnu. Toutefois, il leur est permis de posséder des maisons dans certains quartiers déterminés. La bourgeoisie n'est point héréditaire de droit; néanmoins le fils d’un bourgeois jouit de quelques prérogalives à cet égard, et ne paye point autant qu'un autre pour son admission; ce n’est que depuis 1814 que le gouvernement a concédé aux chrétiens qui n’appartiennent point à la confession d’Augsbourg le droit d'entrer dans la bourgeoisie et d'occuper des emplois civils; mais ils ne peuvent faire partie du conseil.

Le gouvernement est aristo-démocratique : la souveraineté est partagée, d’après les conventions de 1710 et de 1712, entre un sénat composé de trente-six membres, savoir : de trois bourgmestres et de onze conseillers choisis parmi les ieltrés; et d’un bourgmestre et de treize conseillers pris parmi les négociants; de quatre syndics, d’un protonotaire, d’un archiviste et de deux secrétaires. La bourgeoisie est représentée par des députés légalemement élus et par des bourgeois héréditaires. Ces derniers sont choisis parmi les propriétaires le plus imposés.

« Le sénat se complète lui-même par une élection mêlée du sort. Des dispositions très-positives et rigoureuses empêchent l'accumulation des offices dans les mêmes familles.

» Les affaires étrangères, l'initiative (mais non pas exclusive) et la promulgation des lois, ainsi que la représentation de l'État, appartiennent au sénat. Des comités de la bourgeoisie gouvernent Les affaires de finances, d'administration et autres. La bourgeoisie héréditaire, c’est-à-dire l'assemblée générale des citoyens actifs, donne des lois, accorde les imposisitions, et décide en général toutes les affaires majeures.

» Les citoyens actifs, ou bourgeais héréditaires, doivent posséder des biens-fonds pour 1,000 rixdalers de banque (5,700 francs) dans Hambourg, ou le double hors les murs etle territoire de la ville. Les citoyens actifs sont divisés en cing corps, d’après les cinq paroisses. Les votes sont recueillis par corps. Deux cents citoyens suffisent pour rendre l'assemblée complète. Le plus souvent ce nombre est formé par les seules autorités constitutionnelles dont nous allons parler.

» Le principal contre-poids du sénat est dans le collége des anciens, composé de trois citoyens de chaque paroisse. Ils forment le noyau du collège des soixante et de celui des cent quatre-vingts. Ges corps sont la véritable représentation du peuple. Le sénat confère en secret avec eux sur toutes les affaires importantes.

» Le comité des finances, la direction de la banque, le collége du commerce, et plusieurs autres administrations composées de citoyens actifs, ont une part très-importante au gouvernement : ils ne dépendent point du sénat dans la gestion de leurs fonctions, quoiqu'ils lui doivent présenter leurs comptes annuels; enfin ils peuvent, même contre le gré du sénat, faire des propositions dans l'assemblée générale des citoyens.

» Les résolutions de l'assemblée générale et les propositions du sénat, n’ont aucune force sans le consentement mutuel. Le sénat peut réilérer ses propositions. Si la bourgeoisie prend une résolution à laquelle le sénat ne veut point accéder, l'affaire est discutée secrètement entre le sénat, le collége des soixante, et celui des cent quatre-vingts, dont le premier fait partie intégrante. En dernier cas de non union, les deux partis doivent nommer, d’un commun accord, une commission de sénateurs et de citoyens,

qui sont restés neutres dans la dispute, et cette commission décide souverainement l'affaire en question. »

Hambourg, quoique ville fermée, entretient un corps de troupes peu considérable ; sa tranquillité intérieure est maintenue par une garde bourgeoise assez nombreuse : tous les hommes de vingt à quarante-six ans en font partie; on n’en exempte que les magistrats, les pasteurs, les maîtres d'école, les médecins et les pharmaciens, exceplé dans les grandes circonstances.

Les revenus de Hambourg et de son territoire s'élèvent à cinq ou six millions de francs. De tous les impôts établis par le gouvernement français, la ville n’a conservé que le timbre et les accises, ou contributions indirectes; dont la répartition est extrémement modérée; et comme ces contributions seules rapportent tous les mois environ 115,000 fr., elle peut sans surcharger le peuple, acquitter les intérêts de son ancienne dette, qui s'élève à environ trente millions de francs.

La capitale hambourgeoise doit être placée après Londres et Amsterdam pour l’importance de son négoce et le luxe des habitants. L'intérieur des habitations est riche. Dans tous les rangs; on remarque le goût des réunions, de la parure, de la table, de tous les plaisirs. |

« Hambourg, a dit Malte-Brun, est un asile ouvert aux hommes de toutes les nations, de tous les partis. Lorsqu'on n’a pas une malheureuse célébrité et que l’on paye son hôte, la police entend raison et laisse à chaque individu une très-grande latitude pour sa conduite particulière. Il est donc naturel de trouver ici un mélange à la fois bizarre et intéressant de toutes les classes, castes et races d'hommes qui habitent l’Europe. Entrainés dans le tourbillon des affaires ou des plaisirs, ces individus n’ont ni le loisir ni l'attention nécessaire pour s’observer l’un l’autre : point de cour qui puisse faire la loi par son exemple; point de caste privilégiée qui puisse se parer du titre de la bonne société; point de réunion d’oisifs et de badauds pour former un conservatoire du bon ton. Payer ses billets, c’est être un galant homme. Un portefeuille bien garni, c’est le plus grand costume, c’est l'élégance même; bien calculer les changes, réussir dans les affaires, c’est avoir du talent et de l'esprit; figurer à la bourse, c’est le comble des honneurs; et, à celte cour de Plutus, la considération ne s’évalue qu’en marcs banco.

» Mais l'insipidité des amusements publics, calculés pour un semblable mélange d’individus; mais l’impudeur des mœurs publiques dans cette auberge commune de toute l'Europe; mais le silence de sentiments nobles et délicats parmi le bruit de tant de viles et petites passions ; tous ces côtés désavantageux que Hambourg offre aux regards d’un spectateur, n’empêchent pas que cette ville n’ait aussi quelques côtés agréables, et même estimables. D'abord, on doit compter pour quelque chose la facilité de pouvoir ici Comparer ensemble presque toutes les nations de l'Europe, qui y gardent chacune sen idiome, son costume et sa manière de vivre. Ici, vous vous trouvez parmi des Pari-

siens; montez l'escalier, vous êtes à Londres; traversez la rue, et vous voilà au milieu des glaces de la Russie. Si vous bornez votre allention aux seuls Hambourgeois, vous trouverez nombre de maisons où l’urbanité française, ou plutôt anglaise, s’allie à l’hospitalité des anciens Saxons. Vous verrez un respect sincère des mœurs et de la décence mêlé à un peu d’orthodoxie luthérienne; beaucoup de loyauté, de droiture et d'équité dans les opinions, quelques hommes profondément instruits dans les sciences commerciales ; dans l’histoire et dans les langues modernes ÿ même quelques individus d’un goût assez exercé, et qui aiment ou cultivent les belles-lettres et les beaux-arts. Cependant le goût et les lumières ne sont répandus que parmi une classe peu nombreuse.

L'esprit du Hambourgeois semble entièrement absorbé par la pensée du trafic; dans les réunions privées ou publiques, la conversation n’a guère d'autre objet que le

cours des marchandises ou la situation de telle opération, de telle entreprise, etc.

On ne voit point dans les rues de Hambourg ces mendiants en haillons dont la présence attriste l'homme de cœur dans tant d’autres villes de l’Europe. Cependant, on compte environ 1,200 pauvres dans ses murs; et cela se conçoit quand on considère la cherté des objets de première nécessité. Mais l'administration entretient des maisons de travail pour les malheureux sans asile et sans pain.

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