‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 64 sur 146 · GRAND-DUCHÉ DE SAXE-WEIMAR · texte numérisé non relu

GRAND-DUCHÉ DE SAXE-WEIMAR

Les pays qui forment ce grand-duché ne constituent pas un tout contigu, mais trois parties principales, séparées par les possessions d’autres princes; ces trois parties sont : la principauté de Weimar, celle d'Eisnach , et le cercle de Neustadt.

En vertu de la constitution de 1816, le gouvernement est constitutionnel. Toute personne, quelle que soit sa religion ou son rang, est éligible, pourvu qu’elle possède un revenu déterminé.

Les principales autorités dans la hiérarchie administrative sont le ministère, divisé en plusieurs départements, huit conseillers privés, la chambre des députés, la chancellerie d'État, l'administration de la justice, le tribunal suprême d’appel d’Iena; dans les autres branches, le collége des finances, l'intendance des bâliments, la chambre de révision des impôts, celle des comptes et le bureau mathématique; dans les affaires ecclésiastiques, les deux consisloires suprêmes. R

L’instruction est très-répandue, surveillée et bien encouragée dans ce grand-duché. Outre l'excellente université d’Iena, on y compte deux gymnases, soixante-neuf écoles bourgeoises, deux écoles normales et 345 écoles de Campagne.

Werwar, capitale, renferme 10,000 âmes. Cette ville est riche en établissements de tous genres ; mais il en est un que nous devons particulièrement faire connaître.

Il y a déjà longtemps que le vénérable Hufeland’s s'était élevé avec chaleur contre l'insouciance avec laquelle on traite les morts; aussi c’est à ses vives sollicitations que Weimar vit s'établir, en 1794, la première maison mortuaire qui ait été construite en Allemagne. Il est vraiment déplorable que des institutions si utiles ne se soient pas plus rapidement propagées; il ne sera donc pas sans intérêt d’en faire connaître les principales dispositions intérieures.

Rien de plus simple que la construction de ces établissements : : une grande salle chauffée, destinée à recevoir les morts, et, à côté, une chambre pour le gardien, qui n’est séparée de la salle que par une grande porte vitrée, afin qu’il puisse avoir corstamment les morts sous ses yeux; enfin, un laboratoire et une salle de bains, voilà ce qui constitue une maison mortuaire.

Pour s'assurer qu’il ne reste plus aux personnes déposées dans l'établissement le plus petit souffle de vie, on à fait donner aux gardiens une instruction dans laquelle sont expliqués tous les symptômes de l’asphyxie, et, afin qu’ils soient plus attentifs-et plus soigneux, on stimule leur zèle par des prix destinés à celui qui Le premier aura découvert chez un sujet réputé mort, des signes de vie. On a pris en outre les dispositions les plus minutieuses pour qu'un asphyxié ne puisse pas faire le moindre mouvement sans qu’on s'en aperçoive. Les mains et les pieds sont mis en rapport avec des fils qui, au plus petit déplacement, agitent une cloche. Le transport des corps a lieu ordinairement douze heures après la mort; on les couche sur un lit de päille, on les couvre avec une couverture de toile, on leur met des dés sur les doigts, en les faisant correspondre à des fils qui se réunissent au-dessus de la main en un seul qui communique à la détente d'un carillon, de sorte quele plus petit mouvement, même d'un doigt, détermine un bruit extraordinaire. Un médecin attaché spécialement à la maison mortuaire est chargé d'examiner les cadavres. Quand il reconnaît que les symplômes de la putréfaction se manifestent, il l’atteste par écrit dans un registre destiné à cet usage, et seulement alors les parents obtiennent la permission de procéder à l’ensevelissement. Lorsqu'on s'aperçoit, au contraire, de quelque signe de vie, Je corps est aussitôt transporté dans une chambre spéciale où l’on met en usage tous les moyens pour ranimer la faible élincelle de vie qui reste.

La maison de dépôt de Weimar n'est pas seulement destinée aux classes pauvres. Pour détruire les préjugés qu’on avait contre ces maisons, une sociélé composée de personnes de distinction, se forma dès le principe, sous la direction de M. Hufeland’s, et ses membres convinrent qu’après leur mort chacun d’eux serait transporté dans la maison mortuaire. Le peuple, en voyant les premières familles faire usage de cet établissement, suivit bientôt leur exemple. Maintenant il est généralement adopté.

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