‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 73 sur 146 · ROYAUME DE BOHÈME · texte numérisé non relu

ROYAUME DE BOHÈME

Compris entre 48° 47’ et 510 5’ de latitude nord et entre 9° 42’ et 44° 29’ de longitude est, ce royaume confine au sud-est à la Moravie, au nord-est aux États prussiens, au nord-ouest au royaume de Saxe, au sud-ouest à la Bavière, au sud à l’archiduché d'Autriche.

Le gouvernement est monarchique. La couronne est héréditaire dans la famille régnante; le roi, lors de son couronnement, prête le serment de ne point aliéner le royaume, de maintenir la constitution, de protéger les états , etc.

Ces états sont divisés en quatre ordres : 1° les prélats, archevêques, évêques, doyens et chapitres; 2° la noblesse, princes, comtes et barons; 3° les chevaliers ou noblesse inférieure; 4 les citoyens ou députés des villes ou bourgs royaux.

M. Joannes s'exprime ainsi à l'endroit des élats de la Bohème : On parle beaucoup à Prague des herren stende (messeigneurs les états), et on leur attribue une foule de choses qu'ils n'ont pas l'honneur de faire. Autrefois ils élisaient les rois et ils exerçaient une grande autorité. Aujourd’hui, ils n’ont plus aucun pouvoir réel. Jadis les villes principales de la Bohême y étaient représentées; à présent le très-petit nombre de dépuiés des villes qui y sont admis se voient reléguer sur un seul banc, sorte de selleitte, à une extrémité de la salle des séances, aussi aucun d’eux n’oserait-il, à moins d’être doué d’une hardiesse fabuleuse, soumettre son opinion à ses augustes collègues. Messeigneurs les états se composent actuellement en Bohême des principaux membres

* de la noblesse, des comtes, princes et barons régnants, c’est-à-dire des chefs des familles qui possèdent les propriétés de leurs ancêtres.

Le plus haut dignitaire de la Bohême, après le roi, est l’oberstburggraf. Ge puissant fonctionnaire a pour l’assister quatorze conseillers de gouvernement ou gubernialræthe, et un vice-président. Aussi le royaume se trouve-t-il divisé en seize cercles, gouvernés en outre par un capitaine et trois commissaires. On nomme le gouvernement bohémien (die Bæhmische landesregierung) cette liste graduée de fonctionnaires publics qui commence au kreiscommissar où commissaire du cercle. Presque tous ces emplois sont remplis par des membres des vieilles familles nobles de la Bohême.

Le gouvernement bohémien est placé comme ceux de la Gallicie, de la Moravie, de l'Autriche, etc., sous le contrôle de la cour unie à la chancellerie siégeant à Vienne.

En 1832, on évaluait à 5,895,117 individus la population de la Bohème, les Slaves ou Tchèkhes forment les deux tiers des habitants; on compte 850,000 Allemands et 50,000 Juifs. '

L'habitant de la Bohême est robuste, laborieux, d’une taille ét ale moyenne, : et rarement gras.

La Up tchèkhe ou bohème est un des Aleités slaves que M. A. Balbi désigne sous le nom de bohémo-polonais; elle se distingue des autres dialectes, tels que le polonais, le croate et le ragusain, non-seulement par ses formes grammaticales, mais encore par l'usage des lettres allemandes, tandis que ceux-ci se servent des lettres latines. On reconnaît le bohème d’origine tchèkhe à sa prononciation particulière; le bohème allemand conserve la prononciation bavaroise, saxonne, silésienne ou autrichienne, selon qu'il descend de ces différentes nations, ou qu’il habite les frontières qui en sont limitrophes.

Le Tchèkhe et l'Allemand ne diffèrent pas moins sous le rapport moral que sous celui du langage. Ce qui distingue surtout le premier du second c’est le soin qu’il prend de ses propriétés et le désir constant qu’il montre d'en acquérir; il est moins laborieux, moins susceptible d’attachement et de fidélité dans ses affections, plus disposé à rechercher la société et les sujets de dissipation. Il se pique d’une grande prudence et se montre ordinairement méfiant, surtout dans ses rapports avec l'Allemand, qu'il regarde toujours comme une sorte d’ennemi; mais dans le service des armes, l'Allemand et le Slave rivalisent de zèle et de courage. L’habitant des montagnes a pour caractère distinctif une certaine aptitude aux arts, et une noblesse, une fierté dans les sentiments qu'on observe en général parmi les autres habitants.

Il règne parmi ces montagnards un mélange bizarre d'usages antiques et d'idées hÉruu tes par le commerce et l'aisance. S noces se CAS bien avec des solennités singulières ; les haut-bois et les cors de chasse annoncent au loin la marche d’un nombreux cortége, conduit par un maître de cérémonies chamarré de galons; ordinairement ce grand personnage est en même temps chargé du rôle d’orateur et de celui de bouffon ; tantôt il harangue le couple heureux avec une gravité boursouflée, tantôt il excite de longs éclats de rire par des lazzi et des contes grivois; on l'appelle en bohémien le plemplatich, c'est-à-dire le bavard.

» Le jour des Cendres, les jeunes gens des villages vont, masqués, de maison en maison , et demandent l’aumône à toutes les demoiselles ; le soir, celle qui s'est montrée la plus charitable est conduite au bal rustique, dont elle est proclamée la reine. Ces montagnards conservaient encore, il y a un demi-siècle, quelques restes de superstitions païennes; l'esprit des montagnes, ou le rybezahl , est encore redouté des enfants et des femmes : cet esprit a, dit-on, entre autres caprices, celui de retenir par les pieds tout paysan qui passe par les montagnes en souliers garnis de clous de fer.

En Bohême, les différences de costume ne sont pas seulement subordonnées à la condition des personnes, elles servent encore à distinguer les diverses classes de la popu-

LA

lation. Dans les montagnes aussi bien que dans les plaines on reconnaît l’habillement du Slave à sa ressemblance avec celui du Polonais; et quoique quelques Allemands aient aussi adopté ce costume, un caractère particulier de physionomie empêche de confondre les deux peuples. Toutefois, ce n’est que chez les gens de condition inférieure que l’on peut observer ces distinctions, car les personnes riches, et même celles de la classe moyenne ont adopté les modes françaises.

La plupart des juifs ont conservé l’ancien costume resté en usage chez la classe ouvrière; mais ils sont tous reconnaissables par Îe désordre qui règne dans leur habillement, et surtout par leur malpropreté.

La nourriture, parmi le peuple, ne présente pas de moins remarquables dissemblances, mais elles résultent moins de la richesse ou de la pauvreté de l'habitant que du plus ou du moins de fertilité des cantons.

Partout règne une grande sobriété : dans les montagnes, la farine de seigle, celle d'avoine, le lait et les pommes de terre sont les aliments habituels, surtout chez le laboureur; la bière y est réservée pour les jours de fête. Mais dans les vallées et dans les plaines, où la nature moins avare récompense l'agriculteur de ses soins et de ses peines, la nourriture est plus substantielle et plus variée; l'usage de la viande y est moins rare, et chez les riches cullivateurs la bière est la boisson ordinaire; le vin la remplace quelquefois, mais l’eau-de-vie est réservée pour le dimanche et les repas de cérémonie. Le juif, plus sobre encore que les autres habitants, semble se priver de la nourriture nécessaire, sa maigreur seule suffirait pour le faire reconnaitre; ce n’est que le soir qu'il prend quelques aliments chauds, et malgré l’état de misère et de dégradation dans lequel il est tombé, jamais on le voit chercher à s’en consoler en se livrant aux excès du vin, tandis que l'ivresse semble être la jouissance du chrétien dans les jours de désœuvrement.

Il est peu de contrées où l’agriculture soit aussi arriérée qu'en Bohême, l’indolence et la paresse du cultivateur en sont les principales causes, puisque c’est dans les cantons où la qualité de la terre semblerait devoir produire les plus abondantes récoltes, que l’on est étonné de leur médiocrité. Dans les montagnes, au contraire, l’aridilé d’un terrain pierreux et l’inclémence des saisons, qui sont autant d'obstacles puissants à la fertilité, ont rendu l’homme plus actif et plus intelligent.

Peu de pays, en Europe, offrent une aussi grande quantité d'écoles élémentaires, et encore moins un nombre aussi-considérable d’écoliers admis à les fréquenter. Il suffira de rapporter ici ce chiffre, pour donner une idée des efforts faits en Bohême en faveur de la civilisation. L'enseignement supérieur, qui occupe 269 professeurs, tous homraes de mérite, compte 9,307 étudiants. Quant à l’enseignement populaire ou inférieur, il est divisé en deux sections : les écoles élémentaires majeures et les écoles élémentaires mineures. Les premières sont au nombre de 44, et les autres au nombre de 3,512, auxquelles il faut ajouter 40 écoles pour le sexe feminin : total 3,396. Toutes ces écoles, en 1835, recevaient 364,947 garçons et 336,102 filles, offrant un ensemble de 701,049 écoliers. À celte classe d'enseignement sont attachés 6,656 précepteurs, c’est-à-dire, 1,500 catéchistes, 5,357 maîtres, et 1,999 assistants. La somme totale des dépenses que cette instruction nécessite, s’élève à 456,032 florins. Outre les établissements que nous venons de nommer, il en existe plusieurs autres parmi lesquels nous nous bornerons à signaler les deux institutions des orphelins, l'institution des sourds-muets, celle des aveugles, et les huit maisons d'éducation affectées à un égal nombre de régiments pour

l'instruction des militaires.

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