‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 94 sur 146 · MEN · texte numérisé non relu

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La Suisse est située entre 450 50'et 47° 50'de latitude nord, et entre 3° 40’ et So 5’ de longitude est. Elle est bornée à l’ouest par la France ; au nord, par le grand-duché de Bade et le royaume de Wurtemberg; à l’est, par la province autrichienne du Tyrol; et au sud, par le royaume lombardo-vénitien et celui de Sardaigne. Son étendue de l’ouest : à l’est est d'environ 80 lieues, et du nord au sud de 50; sa superficie est de 1,985 lieues carrées.

La température de la Suisse est très-variée : tandis qu’un hiver perpétuel règne sur les sommets des Alpes, on jouit, dans les vallées voisines , d’un climat doux et bienfaisant; et le voyageur peut, dans une route de quelques heures, éprouver toutes les différences de chaud et de froid qu’on trouve dans l’Europe entière.

Le sol de ce pays est riche. Nulle part la nature ne présente un mélange aussi diversifié de pâturages, de prés, de lacs, de bois, de collines et de prairies, Le règne animal offre de magnifiques produits. Quant aux minéraux, ils ne sont pas très-abondants.

La Suisse comprend vingt-deux cantons qui forment vingt-quatre États ou républiques, parceque Unterwald et Appenzell sont divisés chacun en deux républiques particulières. |

Le tableau suivant présente les cantons avec leurs chefs-lieux, suivant l’ordre qu’ils occupént dans la confédération : ;

CANTONS. | VILLES ET BOURGS. PoPuLATION.

: LuUriChI AO : AUX bn 11,500 EURE. Winterthur. . . . 13,300 Helen Us 23,000 ; MERS TURN SEE Us 9.000 Euterne.léiouyelen 6,500 D 76 7e le Mel aie te Re Men 5.700 PU rls . PORAIOLL 7 DM ALU 4,700 Schwitz. ls 08 î Sent ets bi 03 4,900 Einsiedlen. . . . 3,200

Unterwald. { se LP DS DS Sarnen.s 0, NV 3,500 ENRIISIR + LIT NRENEN SU it de La Le 2,200 Glaris.. SOS TT EN TTEER SENTE HS 1. Glariss 9 204 Nha 4.100 2 ENT NON RCE AE MERE RIRE NO A CENT RO en 2,900 D 0. Le en NE De dis P'PLODQUTS-\s ie Di dre 6,500 RP EEE Ce RENE SN RE Soléuré" ea et 4,000 tin est er 4e ea una ie td Bâle: abat 17,000 BÉNAUHONSD.. 4,0, 0, Le: Schaffhouse. , , . 7,500 tn Ausser-Rhoden. Appénzélle 3,200 RRERAE ES : Inner-Rhoden: ; . . Hérisau. , : . . 7,000 MA AL ds and dt 3e | -:Saint-Galliu ets 12: à 9,000 ligue grise (Grau-Bundien). . . . HART SUR 600 Grisons. {ligue cadée (Gotteshaus-Bundten). . . COLE ER MR EAR TE 3,400 liguedesdixjuridictions(Zehn-Gerichten). Tusisi J0 SM. 3,000

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CANTONS. | vus eme VILLES ET BOURGS, PoPuLATION.

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Les huit républiques démocratiques pures (Uri, Schwitz, Glaris, Zug, les deux Appenzell, les deux Unterwald) , sont demeurées ce qu'elles étaient en 4815, à l’exception toutefois de Schwitz, où les bailliages extérieurs ont voulu avoir des droits semblables à ceux des bailliages intérieurs. Les deux cantons démocratiques représentatifs, les ligues grises et Les dizains du Valais, ont aussi apporté quelques modifications à are constitution. Les cinq cantons représentatifs, Saint-Gall, Argovie, Thurgovie, Vaud, Tessin, ont tous élargi le cercle de leur représentation, et Genève, cédant au mouvement populaire qui se manifesta le 22 novembre 1841, a nommé une constituante, afin d'établir les bases d’une représentation aussi large que possible. Les trois cantons représentatifs qui ont un chef-lieu prépondérant, Zurich, Bâle et Schaffhouse, se sont vu forcés d'augmenter le nombre des conseillers campagnards, et Bâle, qui s'était refusé à cette admission, est aujourd’hui partagé en deux fractions indépendantes. Les républiques aristocratiques de Lucerne, Berne et Fribourg, sont devenues des cantons représentatifs, par suite de la réunion de Balstadt, qui proclama la souveraineté du peuple à Soleure. Enfin, Neufchâtel lui-même, bien que soumis au roi de Prusse, a obtenu, depuis 1830, des concessions qui lui avaient été refusées jusque-là.

En vertu de l’acte fédéral du 7 août 1814, les vingt-deux cantons se réunissent en confédération pour le maintien de leur liberté et de leur indépendance. La diète ( Tagsatzung) dirige les affaires générales de la confédération; elle se compose des députés des vingt-deux cantons qui votent d’après les instructions de leurs gouvernements respectifs. La plupart des cantons y ont une voix; d’autres, celui d’Appenzell, par exemple, n'ont qu'une demi-voix. Elle se réunit alternativement deux ans de suite dans le chef-lieu du canton directeur qui prend le nom de vorort. Le président de la diète, qui est censé être le chef de la confédération, a le titre de landammann. La diète a seule le pouvoir de faire des traités de paix et d'alliance; mais elle ne le peut qu'avec les trois quarts des voix : elle seule conclut des traités de commerce. Les cantons peuvent traiter en particulier avec les gouvernements étrangers pour des capitulations militaires, ainsi que pour des objets économiques et de police; mais ces conventions ne doivent blesser en rien ni le pacte fédéral, ni les droits constitutionnels des autres cantons. La diète nomme et révoque les agents diplomatiques; elle prend toutes les

mesures nécessaires pour la sûreté intérieure et extérieure de la Suisse; elle règle l’organisation du contingent des troupes et en nomme le général. Lorsque la diète n’est pas réunie, le directoire, ou vorort, alterne de deux ans entre les cantons de Zurich , Berne et Lucerne. Ce tour de rôle a pris cours le 1* janvier 1815.

La Suisse est le seul pays de l’Europe qui n’ait pas contracté de dette nationale. Le budget fédéral est destiné à couvrir les frais de l'administration générale, de la caisse militaire et de la caisse d'instruction; ce qui a lieu avec les intérêts de certains capitaux destinés à ce but Pour les autres dépenses extraordinaires, chaque canton doit fournir un contingent proportionné à ses ressources; la somme totale depuis 1818 a été fixée à 539,275 francs suisses, équivalant à environ 700,000 francs, argent de France. Cet impôt n’est cependant levé en totalité que lorsque des événements extraordinaires, une guerre, par exemple, y obligent; dans des temps ordinaires on ne le prélève qu’au fur et à mesure des besoins. |

Ce pays n’entrelient pas d'armée permanente. La force armée se compose des contingents que chaque canton est tenu de fournir à l’armée fédérale : deux hommes par cent âmes. Les hommes en état de porter les armes forment deux catégories : premier ban et contingent de réserve, forts chacun de 33,700 hommes. La levée en masse (/{andwehr) est évaluée à 200,000 combattants. Chaque canton est obligé de pourvoir aux besoins de son contingent. La haute direction des affaires militaires appartient à la diète. Il n’y a des troupes sous les armes que dans quelques cantons; encore sont-elles en petit nombre.

L'industrie de la Suisse est fort active; le nord et l’ouest possèdent des fabriques d’étoffes de coton et de soie, de dentelles, de toiles, d’indiennes, de rubans, de papier, d'horlogerie , de tabac ; la confection du fromage et du beurre occupe une grande partie des habitants des campagnes. La Suisse exporte une quantité considérable de ces objets; en échange, elle tire des pays étrangers des moutons, du blé, des vins, du sel, des épiceries, des drogueries , des tissus, des articles de luxe. La navigation des cours d'eau et des lacs, de belles routes, dont quelques-unes ont été construites à grands frais, à travers les Alpes, facilitent le commerce intérieur et extérieur.

Les sciences et les arts fleurissent en Suisse, quoiqu’ils n’y soient pas arrivés à un état aussi avancé que dans quelques autres pays. Il y a une université à Bâle, des académies à Lausanne, Berne, Zurich et Genève, et dix-huit gymnases ou colléges. Beaucoup de sociélés et d'établissements littéraires, de précieuses bibliothèques, de nombreuses imprimeries et librairies, propagent partout le goût des sciences et l’amour de l'étude.

La Suisse n’a pas de capitale permanente. Ce rang est alternativement dévolu à BERNE, Zuricu et LucErRNE; Berne a commencé à jouir de cette prérogative en 41855 ; Lucerne lui a succédé deux ans après, et ainsi de suite.

Il y a en Suisse une grande diversité de langues; la plus répandue est un allemand très-pur en usage dans les trois quarts des cantons. Le français se parle dans plusieurs ; l'italien dans le canton de Tessin et dans une partie de celui des Grisons.

La pureté des mœurs de la Suisse a été beaucoup exagérée; les riches qui la parcourent se font le plus souvent illusion sur les impressions qu’ils éprouvent à la vue d’un pays si riche par ses sites, si différents de ceux du reste de l’Europe, le seul qui nourrisse dans certaines parties un peuple de bergers et d'agriculteurs, unis sous un gouvernement populaire. L'image de la vie paisible des montagnards porte le citadin à envier leur sort : il les croit heureux, parce qu’il est heureux lui-même des sensations nouvelles que produit sur lui la variété des objets; il se fait une illusion favorable de leurs vertus, parce qu'éloigné de la sphère des intrigues, il lui semble que le peuple

qui l'entoure est sans ambition, sans chagrins et sans vices. L’habitant des villes est porté à considérer le montagnard heureux : on sait cependant que ce n’est point toujours au village qu’il faut chercher l'exemple des vertus et des bonnes mœurs : l’ignorance et la pauvreté sont rarement compagnes des qualités morales. Peut-être faut-il attribuer au protestantisme, qui domine en Suisse, l'esprit d'union et de tolérance répandu dans tous les rangs : c’est dans ce pays que l’on voit fréquemment le même temple réunir deux cultes différents.

La vie isolée des montagnards semblerait devoir développer chez eux cette vertu, cette pureté de mœurs que l’on attribue aux premiers âges des sociétés humaines. Un air pur, les travaux agricoles, l'éducation des bestiaux, l'absence de besoins, et l’ignorance du luxe, devraient y prolonger les jours de l’homme comme au temps des patriarches. Cependant, la morale n’y est point sans tache, et la vie ne s’y prolonge guère au delà de soixante à soixante et dix ans.

Les habitants des villes recherchent peu la société; mais ils goûtent avec plus de charmes les jouissances de la vie intérieure : dans la bourgeoisie, on pourrait citer bien des exemples de morale, de vertus et de félicité, souvent trop rares dans les pays où les sensations sont moins concentrées, où les plaisirs sont extérieurs. Les hommes se réunissent, mais c’est pour causer, fumer et se promener de long en large dans une chambre où trois chaises sont plus que suffisantes pour une réunion de douze personnes. En Suisse , chaque individu se présente sans fard, avec des manières et des allures à soi. C’est ce qui fait dire à M. Meister, auteur du Voyage de Zurich à Zurich : « Aux concerts, à l'église, dans tous les rassemblements un peu nombreux, mais surtout au spectacle, qui pour n'être permis que rarement chez nous n’en est que plus suivi, il est impossible qu’un œil observateur ne remarque avec surprise la prodigieuse diversité des physionomies qu’offrent les têtes de tout âge, et très-particulièrement celles des jeunes personnes ; l’extrème mobilité de leurs traits, l’ingénuité comme la vivacité de leur expression. »

Le même écrivain zurichois dépeint les mœurs de ses compatriotes et parle de leurs habitudes qui les éloignent de la sociélé des femmes pour les concentrer dans une atmosphère de fumée, au milieu de la boisson , de la politique et des affaires,

L’attachement au pays et le respect pour les anciennes coutumes forment dans toutes les classesles principaux traits du caractère national. Dans les pays de plaines, la masse du .peuple est plus éclairée que partout ailleurs. La torture n’y est point légalement abolie, et la justice s’y rend à huis clos. Le moyen âge y est encore en quelque sorte debout. Il subsiste dans les monuments comme dans les lois et dans les mœurs. Le droit de bourgeoisie est dans toute sa vigueur : on achète ce droit àunprix plus ou moins élevé, selon l'importance des lieux, et l’on jouit en retour, de sa part dans les revenus communaux : on peut avoir, par exemple, pendant toute l’année, sa provision de bois, de vins, elc.

La plupart des cantons se distinguent par des costumes particuliers, mais qui ne se conservent que chez le peuple. On a sagement soumis quelques cantons à des lois somptuaires. La paysanne du canton de Berne se reconnait tantôt à sa petite calotte de paille chargée de fleurs comme une corbeille, tantôt à son bonnet de dentelle noire, ou, dans les jours de fête, à son bonnet de velours noir, garni d’une sorte de dentelle roide faite avec des crins de cheval, et son corset brodé d’or et garni de chaines en argent qui pendent sur les épaules; ce corset est relevé par des manches empesées, larges, de la plus grande blancheur, et qui descendent jusqu’au coude. Les femmes portent des jupons qui ne dépassent pas le genou.

La coiffure des paysannes du canton de Fribourg consiste en un grand chapeau de

paille parfaitement plat, et garni de rubans et de fleurs. Les paysannes du canton de Schaffhouse vont nu-tête, mais elles ont de longues tresses de cheveux qui descendent jusque sur leurs talons.

La jeune fille du canton d'Unterwald se pare la tête de nattes roulées sur le sommet et ornées de rubans de soie et de lames ou de feuilles ‘d'argent, tandis que la femme mariée se fait remarquer à un double morceau de mousseline empesé et plissé comme un jabot qui s’élève en forme de crête depuis la nuque jusqu’au sommet de la tête.

Dans le canton de Vaud, elle porte un grand chapeau de paille pointu et terminé par un prolongement en forme de gros tube qui sert à mettre et à prendre cette coiffure.

Les blonds cheveux de la paysanne du canton de Soleure se cachent en partie sous une coiffe noire orné d’un ruban froncé de la même couleur, dont les deux bouts viennent se nouer sur la poitrine.

La paysanne du Valais relève ses cheveux en forme de chignon et se couvre la tête d'un petit chapeau dont le bord arrondi est entouré d’un ruban, tandis qu’un autre ruban froncé entoure la forme du chapeau. Ajoutez à toutes ces coiffures si variées l'éclat du reste des vêtements : les cravates de velours noir, les bas rouges, le tablier rayé de diverses couleurs, le jupon brodé et mille autres petits détails qui varient selon le caprice et le goût de chacune de ces coquettes villageoises. L’imagination aura même l'avantage de les peindre avec la grâce et la beauté qui leur manquent trop souvent.

Dans le canton d’Uri, les métayers excellent à fabriquer les fromages.

Le costume des femmes est fort gracieux : leurs tresses, rassemblées dans un réseau, et recouvertes parfois d’un chapeau de paille, ou contenues par une pièce d'argent en forme de glaive ou de flèche, sont d’un fort bon effet. Ursern se rapproche des modes italiennes : des mouchoirs noués en forme de voile y sont très-fréquents. Dans le Schæchenthal, les robes sont de laine rouge et le vêtement supérieur est blanc, le tout recouvert d’un fichu noir. Les femmes ne mettent que des demi-bas, et leur pied nu est protégé par des sandales attachées par des courroies. Le costume des hommes perd chaque jour son caractère primitif, et depuis que le service militaire les oblige à prendre des pantalons, ils ont abandonné leurs petites culottes de cuir noir.

Dans l’Oberwalden, l’ancien costume se composait d’un habit noir, de culottes courtes descendant à peine aux cuisses, et recouvertes sur le genou de bas blancs ; le corps était entouré d’une ceinture de cuir. Partagés sur le front, les cheveux étaient rabaitus derrière les oreilles. Les habitants du Nidwalden ont des culottes bleues, un gilet rouge, des bretelles chargées de boutons et des bas fort blancs. Malheureusement, le costume national, et surtout celui des femmes, se perd tous les jours davantage : c'était un jupon ample et court, d’étoffe brune, ceinture rouge, grand chapeau sans forme, bas bleus bien tirés et souliers élégants; les cheveux tressés en forme de nattes et contenus par une double cuiller d'argent. Leurs souliers sont souvent rehaussés par des talons de métal. Ce costume va fort bien à celles qui sont jolies; mais ce qu’il y a de bizarre, c’est l'habitude de porter à la bouche une courte pipe. Aujourd'hui, par un bizarre assemblage, les modes françaises viennent se mêler à tout ceci. Le paysan de Nidwalden se rase le devant dela tête, et laisse pousser sa chevelure en arrière.

C’est dans l’Entlibuch, district le plus méridional du canton de Lucerne, que se trouve la race d'hommes la plus remarquable de toute la Suisse, par sa force, sa beauté et les qualités dont elle est douée. Ces hommes sont naturellement fiers et indépendants fet s’adonnent aux luttes du corps, le métier de pasteur leur laissant tout le loisir nécessaire pour pratiquer cet exercice. Il existe d’ailleurs chez eux des usages assez bizarres.

Les mariages sont de ce nombre. Quand ils sont conclus, on met la mariée à l'enchère, en ayant soin que le futur ait la dernière mise. Le jour de la noce, une vieille femme habillée de jaune s’empare de la ceinture de la mariée et du bouquet du marié, et jette l’un et l’autre au feu. À la manière dont ils brülent, elle tire l’horoscope du couple. C’est surtout dans le canton de Lucerne que prévaut l'usage du kiltgang, ou visite nocturne que les garçons rendent à leur belle. Après la prière du soir, ils s’'échappent de leur demeure et vont, souvent à plusieurs lieues, à la fenêtre de la bien-aimée, qui en reçoit un bouquet de belles fleurs. La conversation ne finit qu'avec le lever du soleil, On vante beaucoup la constance de ces liaisons, la fidélité des amants, celle des époux. Malheur à qui la tenterait. Si un étranger essayait de se substituer à celui qui est attendu, il s’en trouverait fort mal.

Les costumes, dans le canton de Zug, sont fort gracieux : les jeunes gens se parent de rubans noués de mille manières diverses sur des vêtements de couleurs fort variées; des bas à arabesques sont surmontés de jarretières rayées; enfin, la chaussure écarlate est nouée avec des cordons jaunes. Au corset élégant de la jeune fille se placent des rubans d’un rouge vif; une longue chaîne de similor vient retomber sur un tablier à larges plis; le jupon est court et serré. Tels sont les habits de fête de la population qui se livre à la danse avec passion le dimanche, après avoir travaillé sans relâche pendant toute la semaine. Le caractère général des physionomies, c’est la franchise et la gaieté. Nulle part on ne trouve autant de filles jolies, et leur coquetterie même est empreinte d'innocence. Il y a plaisir à les voir conduire une barque sur les ondes tumultueuses du lac, quand elles s'abandonnent à la vague qu’elles ne peuvent plus maîtriser sur un frêle esquif construit sans art et presque sans précaution.

Le vêtement des Bâloises se distingue par la variété des couleurs; elles portent communément un mouchoir de soie sur le cou, et leurs cheveux sont tressés, tandis que les jeunes filles laissent flotter les leurs. La jupe de coutil noir, à plis serrés, recouvre un jupon rouge, tous deux assez courts pour laisser voir une assez forte jambe chaussée d’un bas rouge, ce qui est d’un assez vilain effet. Le corset de couleur sombre, échancré par derrière, est relevé par l'éclat de belles manches d’un blanc très-propre. Tel qu’il est, ce costume paraît l’un des moins avantageux de la Suisse. Les hommes n’ont plus rien qui les distingue de tous les autres paysans du Sundgau ou du duché de Baden.

Les paysans et les paysannes du Tessin portent des sandales et vont nu-pieds. Les costumes de femme sont jolis, et varient pour ainsi dire de district en district. Les plus remarquables sont ceux des vallées de Versasca, de la Maggia et d’Onsernone : un jupon assez court, un tablier serré à la taille par une ceinture, un corset de couleur vive boutonné sur le devant, une collerette, enfin, par-dessus le tout, une redingote ouverte du haut en bas. La coiffure est un bonnet noué en forme de mouchoir, dont les bouts retombent sur les épaules; ce bonnet est surmonté d’un chapeau assez grand. Dans quelques parties du canton, les femmes portent à leur vêtement delarges franges. Celles du val Marobbio ont un costume qui approche du froc des capucins. Les personnes qui ont quelque prétention suivent les modes françaises, ou portent des voiles très-longs, abandonnant ainsi le costume national, au grand détriment de la simplicité et de l'originalité antiques.

Les exercices d’adresse et de gymnastique , comme la lutte, la course et le tir, sont les amusements journaliers de la jeunesse. Les jeux de hasard y sont défendus. De tous les arts que les Suisses cultivent, celui dont le goût paraît le plus répandu est la musique. Dans quelques cantons ils sont soumis à des lois somptuaires.

La Suisse pourrait se dispenser d'importer des grains et d’autres aliments de pre-

mière nécessité, sans la variation des climats. Le nombre et la beauté des pâturages favorisent la propagation des bestiaux. Dans les montagnes, la principale bête de . somme est le mulet, recherché pour sa marche assurée. Les chevaux sont endurcis à la fatigue, mais ils ne sont pas d’une race fine.

Dans le canton de l'Unterwald, les habitants unissent à une grande dévotion l'esprit démocratique; ils se livrent à l’agriculture et à l'éducation des bestiaux. La branche principale du commerce est le fromage qu'ils expédient en Italie. On y compte environ 25,000 habitants.

Le canton de Neufchâtel forme trois régions, dont la plus élevée, l'hiver, se prolonge sept ou huit mois. Cette région, exposée par son élévation à la température des climats septentrionaux, semblerait ne devoir être habitée que par un peuple ignorant. Cependant, il n’en est point de plus intéressant par son industrie, ses lumières, et l'on pourrait même dire sa richesse. La gravure, la peinture, et l'horlogerie principalement y sont cultivées avec succès. Presque toute la population de la vallée du Locle est occupée à travailler l'or, l'argent, l'acier, pour la coutellerie et l'horlogerie; ce dernier genre d'industrie ne paraît même y avoir été exercé que depuis 1680. Un montagnard nommé Jean Richard, âgé alors de quinze ans, ayant examiné une montre, parvint à en faire une semblable et fonda par son génie une source de richesses qui s'étendit sur toute la Suisse.

Le Valais est une contrée pittoresque et riche en produits végétaux ; mais un spectacle affligeant y attriste l’âme du voyageur. Nous voulons parler de l’état de dégradation morale et physique où l’homme peut descendre pour former cette race de crétins que l’on rencontre dans tout le canton, et particulièrement dans les villages de Branson, Fouly, Sierre et Xasimbre.

La cause véritable du crétinisme n’est point encore connue; les uns l’attribuent aux eaux trop froides qui proviennent de la fonte des neiges; les autres, à la nature des eaux qui tiennent en dissolution du sulfate ou du carbonate de chaux; d’autres enfin, aux obstacles que l’air éprouve pour se renouveler dans les vallées profondes.

« Les goîtres, dit M. Rohrer, accompagnent souvent cette dégradation de la nature humaine, mais n'en forment point un système caractéristique. Tout indique chez ces malheureux êtres un relâchement extrême; leurs chairs sont molles et flasques; leur peau est flétrie et pendante; leurs lèvres, grosses et saillantes, laissent entrevoir leur langue épaisse ; leur teint, d’un jaune brun, accroît l'horreur qu'inspire leur vue. Il y en a qui ne sont capables d'aucun mouvement spontané, si ce n’est celui de la déglutition : on les nourrit à la cuiller comme des enfants nouveau-nés. On voit des crétins qui ne profèrent que des sons inarticulés, d’autres qui balbutient quelques mots; il y en a. qui , sans avoir l'usage de la raison, apprennent par imitation à vaquer à quelques travaux domestiques. »

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