‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 4)Chapitre 16 sur 83 · ROYAUME DE TRIPOLI, ET SES DÉPENDANCES · texte numérisé non relu

ROYAUME DE TRIPOLI, ET SES DÉPENDANCES

Partie la plus orientale de la Barbarie, le royaume de Tripoli, situé entre 25° 45’ et 53° de latitude nord, et entre 7° 40’ et 26° de longitude est, se compose : 4° du Tripoli propre au nord-ouest; 2° du Fezzan au sud; 5° du Barcah à l'est. Ses bornes sont : au nord la Méditerranée, à l’est l'Égypte, au sud le Sahara, et à l’ouest le royaume de Tunis. Sa longueur est d'environ 400 lieues de l’est à l’ouest, et sa plus grande largeur est de 250 lieues.

Barcan. — Ce pays est sous la dépendance d’un gouverneur ou bey qui relève du souverain de Tripoli, et dont la résidence est une masure décorée du nom de château, à Beng'hazy (ou Bernik), ville de 5,000 à 6,000 âmes, avec un port médiocre, sur une côte poissonneuse, et dans un territoire fertile, où l’on exporte des laines. Les États européens ont des consuls dans cette cité, qui occupe l'emplacement de l'antique Bérénice.

FEzzan.— La capitale du Fezzan est Mourzouk où réside le sultan, qui est tributaire de Tripoli. Cette ville est le rendez-vous des caravanes du Caire, de Tripoli, de Tunis, ct de Tembouctou, à l’arrivée de chacune desquelles le sultan, placé sur un siége d'honneur, la reçoit hors de la ville, et donne sa main à baiser à tous ceux qui la composent.

Quoique depuis le xv° siècle le sultan paye en or, en séné et en esclaves, un tribut au pacha de Tripoli, il est néanmoins indépendant; son pouvoir est absolu et son trône héréditaire. Selon Hornemann, ces revenus proviennent de ses domaines; d’autres relations mentionnent trois ou quatre impôts légers, et notamment un droit d’entrée Sur les marchandises transportées par les caravanes. La place de cadi, ou juge suprême, et celle de chef du clergé, sont héréditaires. Le sultan n’a point d'armée régulière; en temps de guerre il fait un appel aux hommes en état de porter les armes, et réunit ainsi de 45,000 à 20,000 soldats.

Bien que cette force armée indique environ 130,000 habitants, composés en partie de Touariks, de Tibbous et d’autres peuples africains, Hornemann n'évalue pourtant la population du Fezzan qu’à 75,000 individus. La couleur de ces hommes, par sa variélé, annonce bien une population mélangée; cependant la race indigène conserve des trails qui lui sont propres : elle est de stature ordinaire, dénuée de vigueur; la peau est très-brune, les cheveux sont noirs et courts, le nez moins aplati que chez les nègres,

JEUNE FILLE SOCKNANAISE.

et la forme du visage est telle, qu’elle passerait pour régulière en Europe. Les femmes, comme dans toute l'Afrique, aiment passionnément la danse; elles sont plus libres que dans les autres contrées, ce qui rend les mœurs plus dépravées. Sobres par nécessité, les Fezzanis s’enivrent pourtant de jus de dattier. Les maisons du Fezzan, extrêmement basses et ne recevant de jour que par la porte, sont construites en briques calcaires et en glaise séchée au soleil.

L'industrie des Fezzanis est peu étendue. Ils fabriquent d’assez bons tapis, des Lissus grossiers de laine et de coton; mais le peuple seul emploie ces étoffes que les riches font venir de Tripoli. Ce peuple connait la coquille appelée porcelaine cauris, ce qui fait supposer qu'ils ont des relations avec la côte de Guinée, où celte coquille sert de monnaie. |

A Soxa les femmes portent des chemises rayées de soie ou de toile, de larges houcles d'oreilles d'argent, des bracelets et des ornements de jambes de même métal. Chez les femmes d’une classe inférieure, ces objets de parure sont de verre ou de corne.

Royaume DE Tripour. —Le royaume de Tripoli proprement dit est, de tous les États barbaresques, le plus ayancé dans l'échelle de la civilisation ; la population y est plus éclairée et le gouvernement mieux établi. On a remarqué que cette marche civilisatrice date surtout de l’époque où l'esclavage des prisonniers chrétiens fut aboli, c'est-à-dire en 1817.

Après avoir fait partie des possessions carthaginoiïses, ce pays fut occupé par les Romains, puis par les Sarrasins. Sous le règne de Charles-Quint, il appartint pendant quelque temps aux chevaliers de Malte; mais en 1551, Sinan-Pacha, vizir de Soliman II, s’en rendit maître, et les Turcs le gardèrent comme une partie de leurs provinces jusqu’en 1713, époque où le bey Hamet-Pacha secoua le joug de la Porte, et fit de Tripoli un État indépendant. On sait que ce prince était originaire de Caramanie, et chef de la dynastie des Caramanlis qui y règnent encore.

Quoique très-important, le commerce de Tripoli serait bien plus considérable sans les divers monopoles qui y sont établis. Le pacha se réserve la vente de certaines denrées, telles que l’eau-de-vie de dattes, le sel et la potasse; celle des vins, savons et peaux, est affermée aux juifs; les autres se vendent librement. C'est avec le centre de l'Afrique, et par les caravanes du Fezzan et de Ghadamès, que se fait la principale branche de commerce. Par ces caravanes le Tripoli reçoit un grand nombre d'esclaves noirs, beaucoup de poudre d’or, de séné, de plumes d’autruche, d'ivoire, de carbonate de soude et d’alun, Ces marchandises arrivent généralement à Tripoli à dos de chameau : les caravanes dont elles font partie se composent de musulmans se rendant à la Mecque en pèlerinage; mais depuis qu’un préjugé religieux ne s'oppose plus à ce que les musulmans s’embarquent sur des bâtiments chrétiens pour Alexandrie, elles sont devenues beaucoup plus rares et moins nombreuses. On en a vu pourtant d'assez considérables dans ces dernières années arriver de Maroc à Tripoli : elles étaient composées de 2,500 à 3,000 hommes, de plusieurs centaines de femmes et enfants, et d'environ 2,000 chameaux. Ces caravanes, à leur retour de la Mecque, qui a lieu un an après, apportent à Tripoli de l’opium, du café, des parfums, du naphte, des étoffes de l'Inde, des châles de Cachemire, des perles fines et des pierres précieuses.

On exporte de Tripoli divers objets, dont les principaux sont : la laine brute, les tapis, l'huile, le cuir de bœuf, les bœufs, les moutons et Les chèvres, la potasse et la garance.

Le produit des droits de douane s'élevait, il y a peu d'années, à plus de 500,000 fr. ; ils n’en rapportent plus aujourd'hui que 200,000. |

Le bey de Tripoli est tributaire de La Porte Ottomane, ce qui n'empêche en rien le

despotisme de son pouvoir ; les emplois sont à sa disposition, et sa volonté fait loi au divan même qu’il n’assemble que pour la forme.

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