‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 4)Chapitre 22 sur 83 · SÉNÉGAMBIE · texte numérisé non relu

SÉNÉGAMBIE

À l’ouest de l'Afrique est située la Sénégambie, qui doit son nom à ses deux principaux fleuves : le Sénégal et la Gambie; elle est comprise à peu près entre 10° et 18° de latitude nord, et entre 6° et 20° de longitude ouest; elle est bornée au nord par le Sahara, à l’est par la Nigritie, au sud par la Guinée supérieure, et à l’ouest par l’Atlantique. Elle a 54,000 lieues carrées;. sa longueur, de l’est à l’ouest, est d'environ 300 lieues, et sa largeur, du nord au sud, de 200 lieues.

Son climat est peut-être le plus chaud du globe; la cause en doit être attribuée aux vents d'est, qui y arrivent après avoir traversé le sol brülant de l'Afrique dans toute sa largeur. Ges chaleurs sont heureusement tempérées par des nuits fraiches et par des pluies abondantes, qui ont lieu de juillet en octobre : c'est la saison nommée hivernage; des vents de sud-ouest règnent alors presque constamment.

Les végétaux acquièrent, sous le ciel de feu et sur le sol très-fécond de ce pays, des dimensions gigantesques : c’est là que le baobab, l'adansonia digitata de Linné, qui, de son fruit, surnommé pain de singe, nourrit abondamment les nègres, et le bombax, déploient toute leur grosseur; On y voit en abondance les palmiers, les cocotiers, divers mimoses, les cés ou arbres à beurre, les orangers, les citronniers, les tamariniers, Ë ébénier, etc.

On trouve dans la Sénégambie beaucoup d’éléphants, de singes, d’antilopes, de gazelles, d’hippopotames, de lions, de panthères, de léopards et Lg hyènes. Il y a des chacals; la giraffe se montre quelquefois. Le cheval et l’âne des bords du Sénégal sont beaux; on voit quelques chameaux dans le nord. Les indigènes élèvent des bœufs, des bufles, des moutons et des chèvres, D'énormes serpents se cachent dans les forêts herbacées, et le crocodile est commun dans les fleuves. Parmi la multitude des oiseaux, on remarque l’aigrette et de jolis perroquets. On est aflligé par d'innombrables insectes dégoütants ou venimeux, et par des nuées de sauterelles; les caméléons sont communs; les abeilles sauvages abondent. Les richesses du règne minéral sont peu connues ; il y a de célèbres mines d’or dans le Bambouk.

La côte, généralement très-basse et bordée d'immenses terrains d’alluvion, présente deux principales directions, du nord-est au sud-ouest, jusqu’au cap Vert, ensuite du nord-nord-ouest au sud-sud-ouest, jusqu'au cap Verga, limite de la Guinée; les parties les plus hautes sont les monts Badet, Courx et Tangé, dans le sud; c’est là que se trouvent les sources des trois principaux fleuves du pays, le Sénégal, la Gambie et le Rio-Grande; tous trois se jettent dans l'Atlantique.

Les plaines fertilisées par le Sénégal et la Gambie comprennent une multitude de petits États, dont quelques-uns sont habités par les nègres indigènes, tandis que les autres ont été envahis par les Mores. En reconnaissant les avantages qu'offrait la position, on a tenté d’y fonder des colonies; mais ces établissements ont été abandonnés à l'exception de l’île Saint-Louis, qui en fut le principal et qui forme encore le cheflieu des possessions françaises dans la Sénégambie.

ARRONDISSEMENT DE Saint-Louis. — L’arrondissement de Saint-Louis comprend l’ile de ce nom, les îles voisines de Babaghé, de Safal et de Ghiber, divers établissements sur le fleuve, les escales ou lieux de marché pour la gomme, et partie des côtes depuis le cap Blanc, sur la côte du Sahara, jusqu'à la baie d'Iof, voisine du cap Vert. La population est de 10,505 habitants, dont 220 blancs, 642 hommes de couleur libres, 1,475 nègres libres, et 7,968 nègres esclaves.

Les habitants, selon Durand, sont polis, bons, humains et vivent heureux; ils sont grands, bien faits, robustes, courageux, infatigables, intelligents, sensibles et reconnaissants. Les femmes ont en partage la modestie, la tendresse, et leur beauté est encore rehaussée par un air d’innocence qui leur prête un grand charme. Toutefois, elles ont un vif penchant à l’amour et à la volupté, et expriment leurs sentiments avec un accent de mollesse et de force à la fois, qui passe pour inimitable. Elles ont les yeux grands et vifs, la peau noir d’ébène, le nez bien fait et généralemént aquilin, les lèvres minces et vermeilles, les dents d’une blancheur éclatante.

Tous les habitants ne sont pas catholiques; on dit même que la majeure partie professe le mahométisme. Mais, malgré la différence des cultes, ils vivent en bonne intelligence. Les mariages se font suivant le rit de la religion à laquelle les fiancés appartiennent; quand il s’agit de l’union d’un blanc avec une négresse ou une mulâtre, la cérémonie a un caractère de convention tout à fait particulier; il n’est pas indissoluble et n’a de durée qu’autant queles parties se trouvent satisfaites. Si l’époux fait uneabsence temporaire, la femme reste seule et attend le retour sans manquer à ses devoirs; et il ne faut rien moins que la nouvelle de sa mort ou la certitude qu’il ne reviendra plus pour la déterminer à contracter un nouvel hymen.

Les deux sexes s’habillent d’une toile de coton qu'ils fabriquent eux-mêmes. Les hommes ont en outre un caleçon qui s'arrête à mi-jambe, et une tunique flottante assez semblable à un surplis; ils vont la têle et les pieds nus. Les femmes ont un vêtement qui consiste en deux morceaux dont l’un leur ceint les reins et tombe jusqu à la cheville, et l’autre leur enveloppe négligemment le haut du corps. Les signare ou femmes de qualité (c’est-à-dire celles qui sont unies à des blancs ou à des mulâtres), portent une chemise et des robes à Ia française; des pantoufles en maroquin rouge, vert ou jaune, des bracelets d’or aux poignets et aux jambes, des colliers et de gros pendants d'oreilles de corail, et une ceinture garnie de plusieurs fils de gros grains de verre. Elles ont habituellement pour coiffure un simple bandeau long et étroit dont elles entourent leur tête, et qu’elles remplacent les jours fériés par un mouchoir des Indes ou de mousseline arrangé avec art. | … Les esclaves célibataires vont nus jusqu’au jour de leur mariage, n’ayant pour vêtement qu'un morceau de toile passé entre les jambes, et attaché des deux bouts à une corde qu’ils ont autour des reins. Après le mariage, ils portent un morceau de toile qui part des hanches et descend au genou, et un autre sur les épaules.

Cet habillement est à peu près le même pour tous les habitants de cette partie de l'Afrique; et nous ne ferons que mentionner les légères différences que nous aurons occasion de remarquer.

ÎLE DE GORE. — Cette île est peuplée d'environ deux mille cinq cents individus nègres ou mulâtres qui ont les mêmes religion, mœurs et usages que ceux de l’île Saint-Louis.

Les Anglais ont eu ou ont encore quelques établissements sur les rives de la Gambie; mais ils ne méritent aucune description.

Divers peuples occupent les rives du Sénégal : celle de droite au nord est habitée par des Mores; celle de gauche par des nègres. Toutefois il y a des exceptions, et les Mores vont quelquefois sur le territoire des nègres qui usent de réciprocité,

Royaume p'Houaz. — Ce royaume est gouverné par un prince qui prend le titre de brak (roi des rois), ce qui ne l’a pas empêché de reconnaitre, en 1830, la suzeraineté de la France. Sa résidence est Baghana, où les Français ont un comptoir.

Cet État renferme l’ancien Panié-Foul, aujourd’hui N’gher, qui passe, à tort, pour devenir une plaine fertile dans la saison sèche.

Le voyageur Durand rapporte que le roi d'Houal, qui vint le visiter à bord de son bâtiment, élait vêtu d’une chemise blanche, tombant jusqu'au genou, serrée sur les hanches avec une écharpe rouge, et recouverte d’une espèce de tunique jaune fort large. Il avait la tête et les jambes nues, et sa chaussure se composait de pantoufles de même couleur que la tunique. La sobriété ne paraissait pas être la vertu de ce monarque, car il s’enivra deux fois en un Jour.

La principale île du lac N’gher est GneALAM, large d’une lieue, longue de deux, et sur laquelle on trouve quelques villages dont les Lt sont doux, affables et paisibles.

M. Perrottet dit que ces Africains sont bien faits, bien constitués, vigoureux et pouvant supporter la fatigue. Leur taille est bien prise, au-dessus de la médiocre; leurs cheveux sont noirs, crépus, laineux et souvent très-fins. Ils ont les yeux noirs, bien fendus, les traits de la figure assez agréables, et leur barbe est peu forte. La taille des femmes est encore plus belle que celle des hommes, et elles ont la peau d’une douceur et d’une finesse extrêmes. Leurs yeux ressemblent à ceux des hommes; leur bouche et leurs lèvres sont petites, et leurs traits d’une grande régularité. Leurs manières sont vives, aisées, gracieuses ; malheureusement elles ont l'habitude de graisser leurs cheveux avec du beurre souvent rance, ce qui ne laisse pas de diminuer l'admiration qu’elles excitent tout d’abord.

Les habitations de cet État ne sont que des De qui ressemblent pour la forme à des colombiers; les parois extérieures ou topades sont construites en roseaux; la couverture est en paille.

RoyAuME DE Dacar.— C’est une petite souveraineté de la presqu’ile du Cap-Vert, ou plutôt une espèce de république dont le chef est un roi assisté d’un conseil, et qui est vassal de la France. On perçoit une dîme sur la récolle du millet, du sucre, du café, etc., et chaque habitant paye un contribution annuelle qui consiste en une barre de fer équivalant à une somme de quatre francs. Le roi fixe le jour du labour, de l'ensemencement et de la récolte qui, après le prélèvement des dîmes, se partage entre tous les habitants. Déposé dans des caisses de prévoyance et d'épargne, le produit des dimes sert à racheter les esclaves tombés sous le joug de mauvais maîtres et à atténuer les effets de la disette qui résulte parfois de la sécheresse et des dégâts causés par les sauterelles.

ROYAUME DE Cayor. — Le chef de cet État, qui comprend la côte depuis l’embouchure du Sénégal jusqu’au cap Vert, a le titre de damel. Quoique Ghighis soit la capitale, la résidence royale est Makayé et quelquefois Embohl. La population est d'environ 100,000 habitants, sur lesquels le damel a droit de vie et de mort.

ROYAUME DE BAOL.— Le souverain est appelé teyn, et la capitale est Lambaye.

ROYAUME DE Syn.—Le chef de ce royaume prend le titre de bour. La capitale est Ghiakhaôu, et l’une des principales villes est Joal, où l’on faisait autrefois un commerce considérable d'esclaves.

YoLor.—Cet État est encore appelé Ghiolof et Bour-bé-Ghiolof. Son monarque prend le même titre que celui du Syn. Ouamkrore (Huarcor ou Ouarkhogh) en est la capitale.

Ces cinq États sont les débris du grand empire Yolof, autrefois gouverné par le

Bour-bé-Ghiolof qui avait un pouvoir très-étendu, et qu'aujourd'hui encore on n’aborde qu’en se prosternant devant lui.

Les Yozors sont les plus beaux nègres de l'Afrique occidentale; ils ont les cheveux laineux, la lèvre épaisse : ils sont grands, bien faits; leurs traits sont réguliers, et leur couleur est très-noire. Si l’on en croit Golberry, ils sont doux, hospitaliers, généreux et fidèles; et leurs femmes ont autant de charmes qu’on peut en avoir avec une peau d’ébène. Ces peuples se disent mahométans; mais leur religion est mêlée d’un peu d’idolâtrie et de superstition. Ils parlent une langue gracieuse et facile. Leur pays est riche en denrées, en bestiaux, en volailles ; les habitants fabriquent des étoffes de coton . :

La couronne est héréditaire dans quelques-uns de leurs États; elle est élective dans d’autres. À la mort d'un prince héréditaire, c’est le frère et non le fils qui succède; mais après la mort du frère, c’est le fils du premier qui est appelé au trône, et qui ensuite le laisse à son frère. Aïlleurs, c’est au premier neveu par les sœurs qu’échoit la succession. Dans les États électifs, les plus grands personnages s’assemblent , après Ja mort du roi, pour lui choisir un successeur, se réservant la faculté de le déposer s'il y a lieu.

Les Yolofs ont un grand respect pour les morts, qu’ils enterrent avec soin. Chaque tombe est défendue par des arbrisseaux qui forment des abris impénétrables aux atteintes des bêtes féroces. C’est à l’ombre de ces buissons que les graines se développent et que la fertilité s'étend peu à peu sur des sables arides. Chaque habitant a deux cases dont l’une sert de cuisine et l’autre de chambre à coucher.

RoyaAUME DE FourTa-Toro.— L'un des plus grands de la Sénégambie, ce royaume est divisé en trois provinces principales : au centre le Fouta, à l’ouest le Toro, à l’est le Damga.

. Royaume pe Bonnou. —La couronne de cet État est en quelque sorte élective, mais sans sortir de la famille royale, et c’est généralement le frère du défunt qui est préféré.

Royaume DE FouTA-DrALoN. —Il comprend la contrée montagneuse où le Sénégal, la Gambie et le Rio-Grande prennent naissance; la capitale est Timbo ou Timbou. Le souverain peut mettre sur pied 16,000 hommes de cavalerie.

Les mines de fer de ce pays sont exploitées par les femmes, et il y existe quelques manufactures où l’on travaille le bois, le cuivre et l’argent.

Les habitants de ce royaume sont mahométans, ce qui ne les empêche pas de faire la guerre pour se procurer des esclaves. Ils forment une espèce de confédération répu- Haine et ils ont une association secrète, offrant beaucoup d’analogie avec le tribunal vechmique du moyen âge, et qui maintient l’ordre et rend la justice : il est désigné sous le nom de pourrah; chaque canton a le sien, où les hommes ne sont admis qu'après avoir atteint leur trentième année; l'élite des membres qui ont dépassé leur cinquantième année compose le suprême pourrah. C’est dans une forêt sacrée que l'on célèbre les mystères de l'initiation, qui sont accompagnés d'épreuves terribles. Il parait qu’on a recours à tous les éléments pour éprouver le courage du récipiendaire qui, assure-t-on, se voit assailli par des lions rugissants, mais retenus par des liens invisibles; la forêt retentit d’un hurlement effroyable, et l’inviolable enceinte est

rendue inaccessible par un feu dévorant qui brille autour d'elle. Le membre qui s’est ae coupable d’un crime ou d’une indiscrétion importante ne tarde pas à voir arriver des émissaires armés qui, en l’approchant, s’écrient : « Le pourrah t'envoie la mort! » À ce cri, les parents, les amis de la victime fuient en abandonnant celle-ci au

1 Francis Moore : Travels, etc.

glaive vengeur. On dit même que des tribus entières qui se font la guerre contre l’ordre du suprême pourrah, sont mises au ban, et punies par un corps d'armée envoyé contre elles par les neutres.

Érar DE Kasson ou Casso.— Le prince de cet État prend le titre de sagedova. I a sa résidence à Mamier, et peut mettre 4,000 hommes sous les armes.

Érar DE FouLapou ou FouLanouGou.— C’est un pays peu connu, qui a pour capitale Sabourira; cette ville passe pour une des mieux fortifiées de la Sénégambie.

Les cinq royaumes que nous venons de nommer sont habités par les Peules ou Pouces, qu'on nomme aussi Pholeys, Felans et Foulahs, qui sont divisés en cinq corps de nations.

Les traits des Poures ou Fouraus indiquent un mélange de nègres et de Berbers: ils ont le teint rouge noir ou brun jaunâtre, les cheveux plus longs, noirs et moins laineux que ceux des nègres, le nez moins épalé et les lèvres moins épaisses. Cette nation mixte, qui rappelle les Leucœthiopes des anciens, parait avoir reçu des Arabes nonseulement l'usage religieux et civil du Coran, mais encore le nom qu’elle porte; car c’est évidemment le même que celui des fellahs ou cultivateurs de l'Égypte. Les Foulahs ont l'esprit facile, le caractère doux, beaucoup de goût pour l’agriculture; mais ceux qui vivent de lentretien des bestiaux transmigrent d'un pays à l’autre, plutôt que de souffrir l'oppression.

Néanmoins, dans les cinq royaumes que nous venons de passer en revue, il faut distinguer deux races bien distinctes, premièrement celle dont il vient d’être question, et qui, fixée originairement dans une fertile contrée de l'Afrique septentrionale, en fut chassée par les Arabes, et vint s'établir dans les contrées habitées par les Serrères, lesquels, à la vue de ces hommes montés sur des chameaux et sur des chevaux, s’enfuirent effrayés vers le sud-ouest, où il formèrent les royaumes de Syn et de Baol. Les Mores continuant à poursuivre les Foulahs, ces derniers furent forcés d'acheter la paix en leur payant tribut et en embrassant l’islamisme. Depuis cette époque, leur union avec les Serrères et les Yolofs a formé une race de mulâtres nommée Torodos, qui a donné son nom à la province de Toro, dans le pays de Fouta.

Ainsi, les Poules sont partagés en deux races, les rouges ou bruns jaunâtres et les mulâtres ; mais, par leurs conquêtes successives, ceux-ci ont forcé les premiers à mener la vie nomade.

Les Foulahs mahométans montrent le plus grand mépris pour les Poules purs et pour les nègres; ils élèvent leur race au-dessus de tous les autres peuples de l'Afrique. Get esprit national les empêche de se vendre entre eux, et les engage à tirer leurs compatriotes de l'esclavage. Ils parlent très-bien l'arabe, et l'on cite chez eux plusieurs écrivains dont les ouvrages écrits en celte langue sont estimés des Mores eux-mêmes. Les écoles publiques y sont célèbres. Ce peuple est très-industrieux; il fabrique des tissus ornés de dessins délicats et gracieux, des ouvrages en maroquin, et de la bijouterie. | | À

La polygamie y est en vigueur; ils prennent autant de femmes qu'ils peuvent en nourrir. Celles-ci sont coquettes et assez jolies; elles savent profiter de leurs charmes pour exercer une espèce d'autorité sur leurs époux. Rarement leur vertu résiste à un grain de corail. Voici le portrait qu’en fait Mollien : « Un visage un peu allongé, des traits pleins de finesse, des cheveux longs qu’elles tressent autour de leur tête, un pelit pied et un embonpoint moins volumineux que celui des autres négresses, sont les traits caractéristiques de ces femmes, dans lesquelles on peut cependant critiquer les jambes un peu arquées. » RL

Les Foulahs obéissent pour la plupart à un souverain qui porte le titre de siratick,

plus puissant que le brak, et qui a une cavalerie bien plus nombreuse; ses États sont | partagés en provinces, gouvernées chacune par un lieutenant dont le pouvoir est absolu, et qui commande à la milice. La couronne, qui est héréditaire, passe au fils aîné du roi, pourvu qu'il ait épousé une princesse du sang royal : dans toute autre occurrence, elle est dévolue au frère aîné du roi défunt, ou au neveu de ce dernier. Souvent il arrive pour ces nominations de grandes contestations; alors les grands se réunissent et nomment un souverain qui doit cependant toujours être pris dans la famille régnante.

Ces peuples sont robustes et laborieux; ils cultivent bien leurs champs et font d’abondantes récoltes de riz, de miel, de coton, de tabac, de fruits, de racines, etc. Ils élèvent aussi beaucoup de bétail, qui fait leur principale richesse. Le grand nombre de lions, de tigres, d’éléphants et de crocodiles dont leur pays est infesté, les tient dans la nécessité de veiller sans cesse à leur propre süreté et à celle de leur bétail.

Les Foulahs sont passionnés pour la chasse, dans laquelle ils montrent une trèsgrande habileté, principalement dans celle des éléphants dont le pays est rempli; ils se servent à merveille du sabre et des armes à feu dont ils ont appris l’usage des Français. Ils sont aussi amateurs de musique, et jouent de plusieurs instruments : les airs qu'ils exécutent n’ont rien de désagréable. Comme tous les nègres, ils sont également très-portés à la danse.

Royaume pe BamBoux.— Ce royaume a un souverain comme tous les États voisins, et la couronne y est élective. Les indigènes (appelés Malincops) ont dû s'unir aux Mandings qui se sont répandus chez eux. Aujourd’hui les BAmBoukaINSs suivent les mœurs, les usages, et ont adopté le costume de leurs vainqueurs.

Nous ne ferons que mentionner les États de DentTicrA, TENDA, Ouzzt, KATOBA, SALOUM (et ses annexes SANJALLI, BanrBou, Barras et KoBaR).

Le royaume de Kapou a pour tributaires les Brarrares, près de l'embouchure du Rio-Grande; les Parezs, près du Rio-San-Domingo; les BALANTES, entre les deux précédents. La capitale de cet État est Schimisa.

Les PApezs adorent des arbres, des cornes de bœuf et un grand nombre d'objets visibles. Un voyageur : rapporte que lorsque leur roi est mort, les grands entourent le cercueil, qui est lancé en l’air par quelques nègres robustes; celui sur lequel retombe la bière, s’il n’est pas écrasé, est élu en remplacement du défunt monarque. Ce peuple entrelient des hostilités perpétuelles avec les Brarrares, qui sont plus traitables et plus doux. |

Les iles des Bissagos forment un archipel riant et fertile; c’est dans Boulama, l’une d'elles, que les Anglais, ayant eu connaissance du projet de l’habile Brue, qui avait trouvé cette île favorable à un établissement, s’empressèrent de le mettre à exécution. Mais, en même temps qu’ils ont choqué les indigènes, ils ont négligé les précautions exigées par le climat, leur colonie n'existe plus. ;

Les BissaGos ou Bidjougas sont grands, robustes, belliqueux, et se sont fait redouter de leurs voisins par leurs cruautés. Ils abandonnent quelquefois la piraterie pour la pêche. Ils sont idolâtres, et le coq est leur animal sacré. Le vêtement de ces individus paraît consister en un tablier à franges fait de cannes. Les gens de quelque distinction oignent leurs cheveux avec de l'huile de palmier, ce qui les fait paraître tout à fait rouges. Outre le tablier qu'elles portent tout l’été, les femmes, lorsque arrive l'hiver, ont un vêtement de même composition que l’autre, mais qui prend du cou et va jusqu'à la ceinture; quelques-unes en ajoutent un troisième qui tombe de la tête sur

! M, Schad, cité par Brum, page 289.

les épaules. Leurs jambes et leurs bras sont ornés de bracelets de cuivre ou d’étain.

Le roÿaume de Fournt (Foini, Foni ou Fouana) passe pour très-peuplé et d’une grande fertilité. IL comprend le ci-devant royaume de Jereja et de Kaen. Les habitants sont idolâtres; on les dit courageux et habiles à manier les armes.

Sous la domination du roi de Fouini, les FeLours s'étendent depuis l'embouchure de la Gambie jusqu’à celle de San-Domingo. Ils sont petits et robustes; ils ont la peau d'un noir foncé, les traits fins et les cheveux crépus et plus longs que ceux des autres nègres. Sauvages, vindicatifs, mais fidèles à leurs amis, ils reconnaissent difficilement une souveraineté, et n’ont d’autre culte que le fétichisme. Ils se tressent la barbe, se tatouent le visage et le corps, et n’ont pour vêtement qu’un petit tablier.

Depuis le pays qui porte leur nom, et qui est voisin des sources du Niger, dans les États de Barbara à l’est, et dans ceux d’Oulli et Bambouk à l’ouest, les Mandings ou MANDINGUES se sont très-répandus. D'un noir moins beau que les Yolofs, ces naturels rendent leurs dents pointues en les limant ; ils se servent de l'alphabet arabique, font usage de beaucoup de mots arabes, et professent une espèce de mahométisme. Les ermites ou marabouts font de très-longs voyages de commerce; les marabouts marocains el barbaresques vont aussi les visiter; ils connaissent parfaitement l'Afrique; la traite des nègres est dans leurs mains. Depuis 1100, cette nation règne sur le riche royaume de Bambouk. |

La nation mandingue est la plus nombreuse de toutes celles des bords de la Gambie. Ces nègres sont vifs et enjoués, et passent quelquefois la journée à danser en faisant des sauts et se livrant à des postures bizarres au son de leurs balafos et de leurs tambours. Un grand nombre portent une épée sur l'épaule droite; d’autres n’ont que leur sagaie et un dard long de trois pieds, ou un arc et des flèches. Tous portent un couteau à la ceinture. Ils manient ces armes avec beaucoup d'adresse. Les Mandings et les Feloups se distinguent aussi facilement à leur nez plat et à leurs grosses lèvres, que les Yolofs à la beauté de leurs traits. Un enfant en venant au monde est plongé dans l’eau trois ou quatre fois par jour, et, après l'avoir fait sécher, on le frotte avec de l'huile de palmier. Les Mandings riches affichent un grand luxe d’esclaves, auxquels ils rendent la vie très-douce. Lors du voyage de Moore dans les pays arrosés par la Gambie, il y avait près de Brouko, dans le royaume de Kabou, un village entier de 200 personnes qui n'étaient que les femmes, les enfants et les esclaves d’un seul Manding. La plupart des seigneurs sont considérés comme les rois des villes ou villages où ils résident dans un grand nombre de contrées mandingues. Dans chaque ville il y a un gouverneur, juge de tous les différends qui s'élèvent entre les habitants ; il est aussi chargé de régler le travail du peuple.

L’habillement des Mandings est en toile de coton fabriquée dans le pays : les hommes portent un surtout imitant à peu près un surplis, avec un bonnet de forme conique, des caleçons très-larges qui leur viennent jusqu’au genou, et des sandales. Les femmes ont une pièce de toile roulée autour des reins en forme de jupe, qui leur descend jusqu'aux pieds; et une autre jetée sur les épaules leur cache négligemment le sein. Ces vêtements sont communs à tous les peuples de cette partie de l'Afrique. Dans les pays qu’arrose la Gambie, les femmes portent un bandeau étroit, appelé jalla, qui leur ceint la tête de plusieurs tours. Celles du Kassar savent arranger avec élégance de petites coquilles blanches dont elles se parent. Dans le Kaarta et le Ludamar, elles rehaussent leur chevelure avec un petit coussin placé par dessous et parsemé de grains de corail pêchés dans la mer Rouge, que les pèlerins à leur retour de la Mecque vendent assez cher. ;

Sorti d’un État républicain, ce peuple n’a formé que des monarchies, Leurs rois

n'ont point un pouvoir illimité. Dans les affaires importantes, ils doivent convoquer une assemblée des vieillards les plus sages, dont ils suivent l'avis. L'alhaïd ou premier magistrat, dont l'emploi est héréditaire, est chargé de la perception des droits sur les voyageurs et du maintien de l’ordre dans les villes. Il préside le tribunal de justice qui se compose de vieillards de condition libre; ses palavers ou séances se tiennent en plein air et avec beaucoup d'appareil. Ils y traitent les affaires avec la plus grande liberté : leurs décisions sont quelquefois approuvées par les parties elles-mêmes. |

Tout se règle d’après d'anciens usages, les nègres n'ayant point de lois écrites. Cependant, depuis que la loi de Mahomet a fait des progrès considérables dans ce pays, il s'est mêlé plusieurs institutions civiles du prophète aux principes de religion : si l'Alcoran ne paraît pas assez clair en certains cas, on consulte un commentaire appelé Al-Scharra, et qui donne l'explication des lois de l’islamisme. De cette ignorance des lois écrites, il résulte que les nègres encore païens ont souvent besoin de recourir à des gens qui se font passer pour avocats et qui ont la faculté de haranguer devant le tribunal.

Ces indigènes sont rigides observateurs des préceptes de la religion musulmane; ils jeünent pendant tout le radaman, et ne boivent jamais ni vin ni eau-de-vie. Il leur est défendu de se nourrir de cochons qu'ils n’élèvent point. Il y a chez eux beaucoup d'attachement et de bienveillance réciproques. Dans plusieurs endroits ils ont des missuras où mosquées, où ils se rassemblent pour la prière. Ceux qui vivent à l’état libre ont plusieurs femmes ; mais ils ne peuvent épouser deux sœurs.

Dans chaque ville il y a une maison commune appelée bentang, faite de cannes entrelacées, placée souvent sous un grand arbre pour être à l’abri du soleil. C’est là que se traitent les affaires commerciales et que les habitants se rassemblent pour fumer leur pipe et recueillir les nouvelles.

Les nègres, tant païens que kafirs, dont le nombre de femmes plus ou moins grand donne lieu entre elles à des jalousies et quelquefois à des querelles que le chef ne peut pas toujours apaiser, ont recours au mambo-jombo, dont l'intervention n’est jamais vainement réclamée. Mungo-Park nous a donné une description de cet oflice. En entrant à Kolor, ce voyageur vit suspendu à un arbre un habit de masque fait d'écorce qui était celui du mambo-jombo. Dans toutes les. villes il y a de ces fantômes extravagants.

Lorsqu'ils ont recours au mambo-jombo, le mari ou une autre personne à qui il a fait la leçon se cache sous l’habit dont nous venons de parler, armé d’une verge marquant son autorité, et, par des cris épouvantables, annonce son arrivée dans les bois voisins. Ce n’est jamais que le soir que s'entendent ces hurlements, et ce n’est qu’àla nuit close qu’il entre dans la ville et se rend au bentang où l’on ne tarde pas à le rejoindre.

Comme on peut le penser, cette apparition n’est pas agréable aux femmes : car celui qui fait ce rôle étant inconnu, chacune craint que sa visite ne soit pour elle. L’on commence par des chansons et des danses qui durent jusqu’à minuit : alors la femme coupable est désignée par le mambo-jombo, et l’on s'empare aussitôt d’elle, on la met nue, et on l’attache à un poteau où le mambo-jombo la fouette rudement avec sa verge au milieu des cris et des huées des spectateurs. L’ CHMoSrs que l’on punit reçoit ordinairement le plus d’outrages des femmes.

Pour prévenir les Mete entre ses femmes, le Manding construit pour chacune une hutte particulière. Toutes les huttes d’une même famille forment une enceinte défendue par un treillage de bambou d’un beau travail. Quelques-unes de ces enceintes, séparées par de simples sentiers, forment une ville. Le principal soin qu'ils ont dans la construction de ces huttes est d’en faire la porte au sud-ouest, pour y donner accès à une petite brise de mer.

Les Mandings libres ne forment que le quart de la population des pays qu’ils habitent; les autres sont nés dans l’esclavage et ne peuvent en sortir. Comme les nègres d'Amérique, ces malheureux sont dévoué: à la culture des terres et à la garde des troupeaux. Leurs maitres n’ont cependant aucun droit sur leur vie, et ils ne peuvent les vendre à un étranger sans y être autorisés par un jugement publie, rendu contre l’esclave pour cause de délit. Ceux nés dans le pays ont le droit d’invoquer l'autorité des lois contre ces arrêts d'expulsion. Les condamnés pour cause de délit ou de dettes, et les prisonniers de guerre que l'on traîne vers les côtes pour y être vendus, n’ont aucun moyen de réclamation contre l'injustice de leurs maîtres.

Les SERAKHALES ou Serracolets, selon quelques voyageurs, sont une des plus anciennes nations de la Sénégambie; mais il paraît certain qu’on doit comprendre sous ce nom des marchands qui appartiennent à quelques tribus du Sénégal, et qui ont échelonné leurs comptoirs depuis la côte jusque dans la Nigritie. Cependant Mungo-Pare, et plus récemment le major Gray, ont parlé d’un peuple (les Serawoulès ou Serawourits) qui, par la ressemblance de son nom avec celui des Serakhalès, pourrait bien avoir donné lieu à la méprise que nous venons de signaler. Les SerawouLis habitent principalement le royaume de Gaza, dont le nom véritable est Kayaga ou Kadjaaga, et qui, divisé en haut et bas Galam, renferme, dans le premier, le poste français de Bakez, et dans l'autre, l’ancien fort de SainT-Josepu. Chacune de ces divisions est Éouernse par un prince qui a le titre de tonka.

La majorité des Serawoulis ont renoncé au paganisme en faveur du culte mahométan. Plusieurs de leurs villes sont exclusivement habitées par des prêtres qui sont ordinairement les plus riches et les plus recommandables du pays.

Ces peuples sont moins bien partagés que les Foulahs sous le rapport des proportions du corps, et ils n'ont pas autant de vivacité que les habitants du Bondou; leur maintien est grave, et leur caractère apathique. Ils ont la peau d’un beau noir, et la rendent brillante par l'emploi du beurre rance. Ils se nourrissent de poisson, et ont pour la viande, même très-avancée, un goût si prononcé qu'il est passé en proverbe. « J'ai vu, dit le major Gray, des habitants prêts à se battre pour le partage d’un hippopotame mort, flottant sur la rivière, et dans un tel état de putréfaction que l'air en était infecté. » Les habitants du Galam savent Lisser et teindre les étoffes de coton; la teinture bleue qu’ils obtiennent de l’indigo passe pour la plus belle de celles que fournit l'Afrique.

Les GnrALONKÈS ou JELLONKAS habitaient autrefois le Fonta-Dialon, d’où ils furent chassés par les Foulahs, et vinrent occuper le GHrALONKADOU.

C'est dans l’espace douteux existant entre les limites de la Sénégambie et de la Guinée (limites abandonnées au caprice des géographes) que se trouve la nation des Sousous, appelés à tort Foulahs de Guinée; ils font partie de la grande nation des Mandings.

En terminant la Sénégambie au Rio- Nr nous trouvons sur les deux rives de ce fleuve, les NazLoëËs ou NaLouBës, nègres pleins de douceur et d'intelligence, tellement confondus avec les descendants des premiers Portugais, qu’il est impossible de faire une distinction entre eux. Ils fabriquent des pagnes recherchés des nations voisines à cause de leur extrême finesse et de la beauté de leurs couleurs. Leurs terres bien cultivées fournissent d’excellent indigo, et des cotons de belle qualité.

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