FEMME ET HOMME DE GUATEMALA
Indiens des autres provinces sont plus civilisés, s’habillent à l’européenne et parlent espagnol.
Plusieurs écrivains s'accordent à dire que les Indiens sont naturellement lâches et limides ; à mesure qu’ils avancent dans la carrière de la civilisation, ils acquièrent du courage et de la valeur, et plusieurs d’entre eux se sont distingués dans la dernière guerre. Leur arme principale est le sabre, et on en voit beaucoup qui savent aussi se servir du fusil. Plusieurs tribus sont armées de lances, et sont habiles à lancer les flèches.
Par la constitution actuelle, les Indiens ont acquis le droit de cité, et jouissent des mêmes avantages politiques que les descendants des Espagnols. Aussi, ils ont en général beaucoup d’'attachement pour le nouveau système, et dans plusieurs de leurs villes, la totalité des habitants est ouvertement prononcée en faveur du gouvernement républicain.
Sous la domination espagnole, ces peuples vivaient dans l'oppression. Le gouvernement paraissait les protéger; mais les lois n’avaient, en effet, d’autre but que de les tenir dans l'ignorance et dans l’esclavage. C’est ainsi qu'une fiction de la loi espagnole considérait les Indiens comme des mineurs pendant toute leur vie, et les soumettait à une Lutelle perpétuelle. Pour fermer à l'instruction tout accès dans leurs esprits, l'entrée des villages indiens n’était pas permise aux Espagnols. La danse, dans leurs propres maisons, leur était défendue, et la crainte de leurs progrès dans les exercices de la guerre leur avait fait interdire l’équitation, quoique le pays qu’ils habitent produise beaucoup de chevaux. Enfin, sous la verge espagnole, les propriétaires de mines pouvaient forcer les Indiens à travailler dans ces cavernes souterraines, à deux réaux par jour. Ces peuples ont donc sujet de bénir ia constitution actuelle qui les a tirés de l’état de dégradation où ils gémissaient, et leur émancipation opposerait loujours une digue puissante aux prétentions et aux entreprises de l'Espagne, quand même celte puissance serait dans un état assez florissant pour lui permettre d’aspirer à reconquérir ses colonies.
Selon l'historien Torquemada, les Indiens, du temps de leurs rois, avaient des colléges et des séminaires pour les enfants et les adultes, sous la direction de personnes capables et prudentes. Quoiqu'il ne reste aujourd’hui aucune trace de ces colléges, les Indiens donnent beaucoup de soins à l'éducation de leurs enfants; la mère nourrit son enfant jusqu’à l’âge de trois ans, et il n’y a pas d'exemple qu’elle l'ait livré à un sein étranger. Elles les portent suspendus à leurs épaules, enveloppés dans un morceau de drap qu’elles nouent devant elles. Ce fardeau ne Les empêche pas de laver, de moudre, et le mouvement de la mère sert à bercer doucement l'enfant. Elles ne les garantissent pas des rigueurs du vent, de la pluie, du soleil ou du froid, et ils n’ont d’autre berceau que la terre, ou tout au plus une pièce de drap. Aussitôt que l'enfant peut marcher, on lui fait porter des fardeaux proportionnés à sa force, et, dès l’âge de cinq ou six ans, on le conduit aux champs pour faire de l'herbe ou ramasser du bois. Plus tard, le père apprend à ses fils le labourage, l'usage de l'arc, de la flèche et du fusil, la danse, el les autres exercices. La mère instruit ses filles à moudre, à filer le coton et le pita, et à tresser plusieurs sortes d’étoffes. Elles les habiluent à se baigner souvent, jusqu’à deux ou trois fois par jour. Elles sont jalouses de l'honneur de leurs filles, et ne les laissent pas s'éloigner un seul instant de leur vue.
Les Indiens mènent une vie très-pénible, couchant sur la dure, la tête enveloppée d’une couverture de laine, et Les pieds découverts. Ils n’ont d’autres tables que la terre, ne se servent ni de nappes ni de serviettes, et leur principale nourriture est le maïs, ou blé des Indes; car, quoique la chair du bœuf, celle du gibier et d’autres animaux
des montagnes leur soient connues, ils n’en mangent que de petites quantités, et toujours avec leur tortilla, ou gâteau de maïs, qui est un gâteau mince, cuit sur un plat de terre et sans autre assaisonnement qu’un peu de sel. Ils boivent de l’eau ou du chicka, breuvage extrait du maïs, du son ou de différents fruits. Le chicka est une boisson douce; cependant il y en a aussi de fort. La liqueur que les Indiens préfèrent est l’eau-de-vie qu’ils achètent en bouteilles, ou qu'ils font eux-mêmes dans leurs maisons avec du son ou du pencla, espèce de sucre d’une qualité très-inférieure. Dans certains villages, une bouteille d’eau-de-vie se vend deux réaux, et dans d’autres quatre. Le gouvernement a toujours mis une taxe sur cette liqueur.
Quand ils font des visites, ils débitent de longues harangues pleines de répétitions; leurs fils, lorsqu'ils les accompagnent dans ces occasions, observent le plus profond silence, Les Indiens sont de la plus grande fidélité pour garder un secret, et souffriraient la mort plutôt que de le trahir. Quand on leur adresse quelques questions, ils ne répondent jamais positivement, mais toujours sous la forme dubitative, et avec un quisas si, qui veut dire peut-être. L’occupation la plus générale des Indiens est l’agriculture. Plusieurs d’entre eux travaillent aux mines; d’autres à leurs manufactures, encore bien grossières. Le gouvernement a, dans ces dernières années, ordonné qu’il fût accordé en propre à chaque village une lieue de tour de terrain, pour familiariser la population avec les travaux des champs, et mettre chaque homme en état de labourer pour ses propres besoins.
Parmi les Indiens de la province de Guatemala et ceux de Quesaltenago, plusieurs possèdent de nombreux troupeaux de moutons. Ils font avec leur laine des étoffes de diverses espèces. La plus commune de ces étoffes est celle appelée serga, qui est un tissu de laine noire et blanche, avec lequel ils s’habillent. Ils préparent une autre étoffe plus ordinaire, digne à peine du nom de drap, et qui sert à plusieurs usages. Le plus bas prix de ces étoffes est un réal la vara, laquelle vaut à peu près une aune anglaise. Les Indiens fabriquent aussi un tissu de coton plus cher que les étoffes dont nous venons de parler, et qui sert de vêtement aux femmes indiennes, comme aux classes les moins riches du peuple des grandes villes.