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JEUNE, DAME MULATRE
les négresses libres portent, en général, des robes faites avec l'écorce du dagilla, ou arbre à dentelle, découpée en tranches minces dans la longueur de la branche. Ces robes de dagilla sont ornées parfois d'insectes phosphorescents, placés dans la ceinture et dans les plis, artistement et de telle sorte qu'ils ne puissent bouger de place. Dans les ténèbres, le soir, ces robes sont vraiment rayonnantes.
C'est le calesero qui remplit les fonctions de cuisinier; la cuisine des Européens est tout espagnole. Le calesero est le factotum d’une maison havanaise, son maitre Jacques, son homme de confiance. Au besoin, il cumule les emplois utiles et les talents d'agrément; il soigne les chevaux et fait danser les dames au son de sa guitare, lient la place de chef d’oflice, et courtise les négresses.
Le dessert est le service le plus varié et le plus appétissant d’une table havanaise; environ trente sortes de fruits y figurent, la banane, l'ananas, la sapotille, l'orange, le mango au goût de térébenthine, la noix de coco, l'avocat, etc.
Parmi les classes distinguées, il existe un usage assez singulier; c'est des’envoyer l’un à l’autre, à table, de petits morceaux choisis et friands embrochés sur une fourchette. Un pareil envoi est une faveur très-grande. Une autre faveur non moins digne d'envie est celle que fait une dame en buvant dans le verre d’un cavalier, avant qu’il ne le porte à ses lèvres.
Une chose assez dificile à supporter pour un Européen, c’est la taciturnité qui règne dans les réunions du soir. L'introduction terminée, chacun est tenu des’asseoir dans une espèce de chaise à dossier élevé, assez ressemblante à nos demi-baignoires; et, placés à distance lun de l’autre, au milieu de salons très-vastes, dont quelques meubles épars font encore ressortir la nudité, les invités, mollement accoudés, imitent le maitre du logis : ils dorment ; puis ils s’éveillent pour accepter un verre d’eau et partir. A part les bals et les concerts, c’est ainsi que se passe la vie du soir, parmi des gens pour qui parler seulement serait une fatigue.
Un fléau terrible, le vomito negro ou fièvre jaune, cette endémie des Antilles, frappe souvent non la population indigène de Cuba, mais les étrangers qui l'habitent ou y séjournent. Les phases de cette maladie sont foudroyantes; quelques heures suffisent pour occasionner la mort. Comme le choléra, comme la peste, comme la petite vérole, le vomito negro est un mystère, même pour ceux qui l'ont cent fois étudié et suivi. Des empiriques ont vainement entrepris de le combattre; quant aux hommes de l’art, ceux du moins qui sont de. bonne foi, déclinent leur impuissance. Ainsi, devant cet agent de destruction, la science humaine doit s’avouer vaineue : lorsque le mal cède, c’est généralement aux ressources de la nature qu’on le doit; et les soins des négresses sont plus efficaces que ceux des médecins les plus habiles.