‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 26 sur 89 · GUINÉE · texte numérisé non relu

GUINÉE

En arrivant au territoire de Bagos ou Bagoès, à l'est des Nalloès, nous entrons dans la Guinée, que M. Balbi a nommée Nigrilie maritime. Cette contrée a 780 lieues de l'est à l'ouest, et 140 dans sa moyenne largeur. On en évalue la superficie à 110,000 lieues carrées.

L'établissement anglais de Sierra-Leone se trouve sur la côte de ce nom; nous ne pouvons nous occuper de cette colonie ni de tous les autres comptoirs en grand nombre sur ces côtes; les nations indigènes seules arrêteront notre attention.

Le Timanni a 90 milles de longueur et 55 milles de largeur; il est partagé en quatre gouvernements dont les chefs prennent le titre de roi; la capitale de la plus importante division est Kamba ou Kambia. Le Logo ou Loco vient ensuite; le nom des deux autres États n'est pas connu. Les rois sont soumis à l'autorité du pourrah dont nous avons parlé plus haut.

Les chefs portent en général le costume manding; quant aux nègres de condition ordinaire, ils n'ont pour vêtement qu'une étroite pièce d'étoffe nommée tatungué, attachée à la ceinture avec un cordon; les femmes ne sont pas autrement vêtues tant qu'elles sont filles; mais une fois mariées, elles nouent autour de leur corps quelques aunes de toile bleue dont elles font une sorte de jupon. Elles aiment à se parer la tête, le cou, les poignets et les chevilles de chapelets de corail ou d'une petite graine jaune qu'elles nomment masarabunto.

Lorsqu'un homme veut se marier, il va trouver les parents de la fille qu'il a choisie, auxquels il porte un présent qui consiste en une jarre de vin de palme, ou en un peu de rhum s'il a pu s'en procurer. Si sa demande est accueillie, il est invité à revenir, et, cette fois, à une nouvelle jarre de vin il joint quelques kolas, quelques brassées d'étoffe et de chapelets. Ces dons terminent la négociation : le jour du mariage est fixé, et on instruit la fiancée de la résolution prise. Si les parents, au contraire, font au poursuivant des observations sur ses moyens d'existence, il doit travailler jusqu'à ce qu'il soit en mesure de répondre aux exigences de la famille dans laquelle il veut entrer, ce qui n'empêche pas que si, dans l'intervalle, un parti plus avantageux se présente, la fille puisse disposer d'elle. Les cérémonies nuptiales n'offrent aucune particularité intéressante, et ne se font remarquer que par une scène de débauche et d'orgie qui commence à l'heure du coucher des époux; et se continue durant plusieurs jours, si l'état pécuniaire des contractants le permet.

Ces individus sont très-superstitieux, et le prouvent surtout dans les cérémonies des funérailles, à propos desquelles ils se livrent à mille pratiques ridicules. Au reste, ils ont, comme la plupart des Africains, un grand respect pour les morts.

Le Kouranko, auquel nous passons sans nous arrêter au Liba ou Liban, est un pays très-vaste, divisé en plusieurs petits États. La capitale du Kouranko du sud-ouest est Simera; celle du nord-ouest, Kolakonka; celle du Kouranko septentrional, Kamato.

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Les Kourankoniens sont moins civilisés que les Mandings, mais ils leur ressemblent pour le langage, les mœurs, et le costume. Toutefois l'habillement des femmes, avant et après le mariage, est le même que dans le Timanni.

Les Kourankoniens aiment la danse avec passion. Tout homme d'un certain rang a dans sa maison trois ou quatre maîtres qui, de même que ceux de Jimara, se font moins remarquer par leurs grâces que par leur agilité.

Dans les grandes fêtes, les danseurs à gages, vêtus d'une manière bizarre, se promènent dans toute la ville, et vont rendre successivement visite aux chefs qu'ils amusent par la souplesse de leurs mouvements, et dont ils reçoivent quelques présents. Au coucher du soleil, le laballa ou tambour les appelle à la danse générale. Les musiciens se tiennent au centre, comme dans le Timmani , et l'on danse autour d'eux. Leur musique et leurs mouvements sont également monotones. Le major Laing a vu une danse de ce genre durer deux jours et trois nuits ; ceux qui se retiraient étaient aussitôt remplacés par de nouveaux champions.

Les Soulimas, qui habitent le Soulimà ou Soulimana, sont les plus policés des nègres de la Sierra-Leone. Le roi a le monopole des produits comme en Égypte, et le major Laing y a, dit-il, reconnu différentes coutumes qui rappellent celles des anciens Romains. Le souverain consulte sur les affaires importantes les anciens qu'il appelle pères; la maison des palabres ou maison commune, située sur la grande place de la capitale, est comme le forum romain : c'est là que les orateurs discutent publiquement les affaires; le chef qui commande l'armée ne peut entrer dans la ville que lorsqu'il en a obtenu la permission; en y entrant, il perd son titre et les prérogatives qui y sont attachées ; des poêles sont chargés de transmettre dans leurs chansons le souvenir des événements publics; un Soulima débiteur insolvable devient l'esclave de son créancier. D'autres coutumes distinguent encore ce peuple : les femmes peuvent abandonner leurs maris pour leurs amants, en restituant le présent que leurs parents ont reçu du mari; mais si, l'infidélité prouvée, elles ne peuvent remplir la condition ci-dessus, elles ont la tête rasée et sont regardées avec mépris, tandis que l'amant devient l'esclave de l'époux outragé.

Le pays d'AQUAPiM n'offre rien de particulier, si ce n'est que les nègres ne louent ni n'achètent de terres; les ventes ont lieu exclusivement au profit des Européens.

Les Achantis ou Assianthès, qui paraissent être les Argentains d'un écrivain français, M. Poinmegorge, parlent une langue qui règne sur la plus grande partie de la côte d'Or, au nord-ouest de laquelle ils habitent.

Ils forment l'empire le plus puissant de la Guinée, puisqu'il s'étend, de l'est à l'ouest, depuis le 1er degré de longitude jusqu'au 7e, et, du sud au nord, depuis la côte jusqu'aux monts Sarga, sur une largeur de 5 degrés. Il a une superficie d'environ \ 0,000 lieues carrées. Le principal État de cet empire a pour capitale Coumassie.

Parmi les tributaires, il comprend : le pays d'AQUAPiM ou d'AQUAPiEM, celui d'AGOUNA, l'État d'ApoLLONiA, la république des Fantis et le pays des Aminas; ainsi que plusieurs autres États dont les principaux sont le petit royaume d'AccRA ou d'ANKRAN, le fertile pays de Ningo ou cTAdampi, le royaume d'OuARSA, celui de Dankara, celui d'AssiN, celui de Coranza, le pays de I'Amina, le royaume d'iNTA, et celui de Dagoumra.

Chez les Achantis, après la mort du souverain, le pouvoir passe au frère de celui-ci, et est ensuite transmis au fils de la sœur, puis après le fils, au premier vassal de a couronne. Les sœurs du roi se marient ou vivent avec qui bon leur semble, pourvu que ce soit un homme remarquable par les qualités corporelles, afin que les héritiers soient dignes, sous ce rapport, de commander à leurs compatriotes. Le roi hérite de l'or de tous ses sujets quel que soit leur rang. Lorsqu'un prince du sang se rend coupable

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

d'un crime, on le noie; jamais on ne verse le sang royal. — Après trois ans d'absence du mari sans qu'elle en ait entendu parler, la femme peut se remarier; mais si le premier revient, les enfants du second deviennent sa propriété, et il peut les mettre en gage. — On sacrifie un grand nombre d'officiers du prince et d'esclaves, dans les grandes fêtes. Quelques esclaves sont aussi immolés à la mort de leur maître. Ils font un massacre général à la mort d'un roi; toutes les cérémonies funèbres qui ont eu lieu pendant son règne se renouvellent avec leurs sacrifices humains; les sœurs et les neveux du roi affectent une folie passagère, se précipitant hors du palais et courant dans les rues de Coumassie en tirant des coups de fusil sur tous ceux qui se trouvent sur leur passage; l'on immole enfin à peu près 100 esclaves sur la tombe du défunt. Le roi peut avoir 5,333 épouses, nombre que la loi lui accorde et qui est toujours complet; mais il en a rarement plus de six dans son palais.

De tous les peuples tributaires des Achantis, il n'y a que les Fantis qui méritent une description. Ces nègres ont des mœurs qui offrent quelques particularités remarquables: leur religion est une espèce de fétichisme; ils reconnaissent deux principes, l'un bon (souman), l'autre mauvais (alastor). Ils pensent que tous les grands cétacés proviennent d'un peuple qui aurait été détruit par un déluge, et lorsqu'un de ces animaux échoue sur leurs rivages, c'est pour eux un fâcheux pronostic. Les hommes sont nubiles à douze ans, les femmes à dix; lorsqu'elles sont parvenues à l'état de puberté, elles doivent sortir de leur maison et marcher d'une manière déterminée par la coutume. Les Fantis peuvent avoir plusieurs épouses, et ils sont dans l'usage de tuer en l'honneur d'un riche défunt, la crabba ou la plus jeune de ses femmes restée vierge, ainsi que le cransa, jeune esclave qui portait sa pipe au moment où il rendit le dernier soupir. Ils enterrent leurs morts dans leurs propres maisons.

Les Fantis sont robustes; leurs femmes sont bien constituées, ont les traits délicats, les pieds petits, les dents blanches, bien rangées, et les formes gracieusement arrondies. Les deux sexes portent une jupe qui, chez les femmes seulement, forme une protubérance dont la grosseur varie selon le rang de la personne. Les hommes âgés ont les cheveux entièrement rasés, à l'exception d'une boucle ou deux qui tombent par derrière et auxquelles ils suspendent un morceau d'or.

La Côte des Esclaves comprend les États de Coto, Popo-Ouyda et Ardra, qui n'ont rien d'assez important pour nous arrêter; ils dépendent tous du royaume de Dahomey, dont le chef, du rang d'un petit cabossier, s'est élevé à celui d'un grand monarque africain. Ce roi peut armer 8,000 hommes, mais, entouré d'ennemis, il serait promptement détrôné s'il n'était soutenu par les forts européens. Le roi a deux palais qui se composent de chaumières distinguées, enfermées par des murs de terre clans un enclos d'un quart de lieue, où sont logées 800 à 1,000 femmes, lesquelles, armées de fusils ou de flèches, forment la garde légère du souverain, qui choisit dans ce corps ses aides de camp et les messagers de ses ordres. Le despotisme et la férocité de ces monarques sont hors de toute expression : les ministres ne peuvent les approcher qu'après avoir déposé à la porte leurs vêtements de soie, et en rampant ventre à terre et roulant leur tête dans la poussière; un gouverneur anglais, M. Dalzel, trouva le chemin de la cabane du roi semé de crânes humains, et les murs incrustés de mâchoires. Le roi marche en cérémonie sur les tètes sanglantes des princes qu'il a vaincus ou des ministres qui sont tombés en disgrâce. A la fête des tribus, où tous les sujets apportent leurs dons, il arrose de sang humain le tombeau de ses ancêtres : cinquante cadavres sont jetés autour du sépulcre royal, et les têtes fixées sur autant de pieux. Dans les constructions élevées en son honneur, on mêle le sang à l'argile. Les veuves royales se tuent les unes les autres jusqu'à ce que le successeur du défunt mette un terme au massacre; le peuple

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applaudit à ces cruelles scènes et déchire les victimes en s'abstenant pourtant de dévorer leur chair. L'objet de leur culte est un léopard.

Ce peuple se distingue des autres nègres de la Guinée par ses mœurs féroces et perfides, et par son amour implacable de la vengeance. La distinction nationale des Dahomeys consiste en une ligne qui descend du haut du front à la racine du nez. Les femmes sont réduites à une condition abjecte; elles ne se présentent devant leurs maris qu'en témoignant la soumission la plus servile, et se mettent à genoux pour leur offrir leur nourriture. Ces femmes passent pour fort jolies.

Le royaume de Bénin ou d'Aoou, à l'est du précédent, peut mettre i 00,000 hommes sur pied. Les habitants ont les mêmes usages que ceux des Dahomeys; seulement ils adorent un lézard.

Les Lagos, qui occupent le royaume de ce nom, sont très-superstitieux; dans la croyance qu'ils rendront la navigation de la rivière favorable à leurs communications commerciales, ils lui immolent une jeune fille qu'ils empalent. Cette coutume offre des circonstances repoussantes de barbarie. Les Lagos sont tributaires de Bénin.

Les habitants du royaume d'OuARY sont très-noirs, et leurs mœurs offrent beaucoup d'analogie avec celles des Fantis.

Le royaume de Calabar ou Kalbary ne présente qu'une particularité intéressante : ia ville du Nouveau-Calabar formait un important entrepôt de commerce lorsque Peppel, riche marchand de l'île de Bonny, surprit la ville pendant une nuit, et y fit mettre à mort le plus grand nombre des habitants dont les crânes lui servirent à paver une maison qu'il a consacrée au culte de son dieu; il montre aussi avec orgueil aux Européens, comme le plus beau trophée de sa victoire, une pyramide qu'il a fait élever au centre de la ville avec la plus grande partie des ossements de ses victimes. Bonny, dans l'île de ce nom, était la capitale d'un petit État que l'on pouvait considérer comme une république oligarchique ; Peppel en a fait le siège de son gouvernement despotique et sanguinaire.

Les nègres qui habitent le royaume de Qua ou Quoua sacrifient des victimes humaines dans les grandes fêtes; ils ont une association (egho) qui se rapproche du mambo-jombo des Mandings et du pourrah des Foulahs, mais dont le but est à la fois de favoriser la liberté du commerce et de punir les femmes infidèles. Cet État a pour capitale la ville du Vieux-Calabar dont les habitants sont les plus civilisés de tous ces nègres.

Les Calbongos sont partagés en plusieurs États peu connus. Le cap d'EsTEiRAS (das Serras) a pour habitants des hommes à demi sauvages, redoutés des navigateurs. Les nègres de la côte de Gabon sont remarquables par leur hardiesse; ils forment plusieurs nations dont on sait à peine les noms.

Jeune fille de Timbouctou.

( Afrique.)

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