Partie habitée
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Le Nil, depuis l'île de Philoé (24° 1' de latitude) jusqu'au Caire (50° 2A), coule dans un bassin étroit, resserré par deux montagnes; il s'élargit alors, et, à Daraouéh, ce fleuve se sépare en deux branches principales (celle de Damiette ou orientale, et celle de Rosette ou occidentale), qui, avec le littoral de la Méditerranée, forment l'île triangulaire appelée par les anciens Delta. Un grand nombre de deltas, artificiels ou naturels, dont les principaux sont ceux de Bahgoûrah, de Saoûaqi, de Joseph, qui communique au Birket-el-Geroun (ancien lac Mœris) , entretiennent la fertilité dans cette vallée.
Des deux chaînes qui limitent en Egypte le bassin du Nil, celle de l'est est connue sous le nom de chaîne Arabique, et celle de l'ouest sous le nom de chaîne Libyque. Elles sont non-seulement incultes dans toute leur étendue, mais encore absolument nues.
La chaîne orientale présente dans sa partie septentrionale des escarpements semblables à de longues murailles formées d'assises horizontales; on y voit de toutes parts une multitude de grottes et de carrières. Cette chaîne se termine d'une manière abrupte au-dessus de la citadelle du Caire, et présente des escarpements aussi bien du côté de la ville que du côté du fleuve.
La chaîne Libyque laisse voir dans sa partie septentrionale un talus peu rapide, des formes arrondies, et parfois descend par larges degrés jusqu'à la plaine cultivée; elle se termine par un éperon dont la base s'avance pour former le plateau sur lequel sont bâties les pyramides, et qui va se perdre dans les plaines sablonneuses qui se prolongent à l'ouest du Delta. Cette chaîne est moins élevée que sa parallèle, la chaîne Arabique. Elles sont entrecoupées par un nombre infini de gorges et de vallées, qui toutes, à l'exception de celle de Fayoum, s'inclinent vers le Nil, pour y verser le peu d'eau qui tombe dans les déserts voisins. Ces différentes gorges sont habitables, parce que les pluies d'hiver y entretiennent la végétation pendant quelque temps, et forment des sources qui suffisent aux besoins des Arabes. Dans la pente douce qui termine la partie septentrionale delà chaîne Libyque, il y a deux vallées remarquables, presque parallèles à la branche voisine du Nil : la première, à 45 lieues 3/4 du Delta, est celle des lacsdeNatron ; la seconde, un peu plus à l'ouest, est celle du fleuve sans eau (Bahrbelâ-mâ). On trouve aussi dans cette chaîne la vaste coupure d'environ 6 lieues 3/4 de largeur, inclinée du côté opposé au Nil, vers le Fayoum, où elle conduit par le canal Joseph la dérivation du Nil qui se rend dans le Birket-el-Geroun.
L'Égypte n'a pas de mines exploitées. Les mines d'émeraude, ouvertes et abandonnées successivement par les Égyptiens, les Grecs et les califes, et plus récemment par Méhémet-Ali, ne paraissent avoir jamais rien produit de quelque valeur. Quelques parcelles de prime d'émeraude, de la grosseur d'une tête d'épingle, voilà tout ce que l'on trouve en fouillant les veines de mica et de quartz. Les autres pierres précieuses paraissent y être aussi très-rares. Aux environs de Syout, il y a du cuivre et du fer, et des salines dans l'île du Phare, devant Alexandrie. On ramasse du sel tout formé le long de la côte et dans l'intérieur de l'isthme de Suez. Le natron, une des productions les plus singulières de la contrée, se forme en abondance dans les lacs de la vallée de ce nom. La haute Egypte a toujours été renommée pour ses carrières de granit, de syénite et de porphyre.
Les champs offrent trois tableaux différents, suivant les trois saisons de l'année égyptienne. Dès le milieu du printemps, les récoltes déjà enlevées ne laissent voir qu'une terre grise et poudreuse, si profondément crevassée qu'on ose à peine la parcourir. A l'équinoxe d'automne, ils présentent une immense nappe d'eau rouge ou jaunâtre, du sein de laquelle sortent des palmiers, des villages et des digues étroites qui servent de communication. Après la retraite des eaux, qui se soutiennent peu de temps
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à ce degré d'élévation, on n'aperçoit plus qu'un sol noir et fangeux. C'est pendant l'hiver que la nature déploie toute sa magnificence : durant cette saison, l'Egypte n'est, d'un bout à l'autre, qu'une magnifique prairie, un champ de fleurs ou de verdure, fertilité que relève le contraste de l'aridité absolue qui l'environne.
Dans la haute Egypte, les maisons, élevées de trente pieds au-dessus de la plaine, sont d'une teinte sombre, semblable à celle du sol, toujours basses et sans toit. Leur forme est celle de pyramides tronquées, terminées pour la plupart par quatre masses carrées et blanchies servant de colombiers. Bâties en briques crues du limon du Nil, elles ont un aspect aussi misérable que celles du Delta; cependant les minarets légers construits en pierres qui sortent de ces habitations écrasées, de ces murs de terre bruns en talus, et qui élèvent leurs longues aiguilles blanches au-dessus des têtes verdoyantes des sycomores et des dattiers, donnent quelque chose de pittoresque aux villages. L'aspect est à peu près le même dans la basse Egypte.
Les maladies particulières au climat, et qui sont très-funestes à la population, ont été l'objet des savants mémoires de M. le baron Larrey. Ce sont une ophthalmie endémique, le tétanos traumatique, la peste, l'hépatite, l'atrophie des testicules, le sarcocèle; la lèpre et l'éléphantiasis sont aussi particulières à ce pays.
Le climat est, dans l'été, d'une chaleur excessive; mais les nuits sont très-fraîches. Dans la vallée même du Nil, au-dessous du confluent du Tacazzé (vers 17° 40' de latitude nord), il ne pleut jamais; au sud de ce point, les pluies commencent chaque année en juillet. Dans les parties montagneuses de l'est, il tombe quelques pluies à des époques indéterminées. Le khamsyn commence à se faire sentir dans la Nubie vers la fin d'avril, et dure jusque vers l'équinoxe d'été; ce vent pernicieux entraîne une grande quantité de sable, et est accompagné de tonnerre et d'éclairs. La rive droite du Nil, périodiquement inondée par les eaux de ce fleuve, est beaucoup plus fertile que la rive gauche. L'agriculture est en général assez soignée.
Le blé est cultivé dans toute l'Égypte : les parties qui en produisent le plus sont les provinces de Thèbes, de Girgéh, de Syout, de Minyéh, de Gizéh, de Menouf et deMansourah. Le dourah fournit la nourriture ordinaire du paysan; il est cultivé depuis l'île Ëléphantine jusqu'au Caire. Le maïs, qui, dans la haute Égypte, n'est en quelque sorte que subsidiaire, remplace le dourah dans quelques cantons du Delta. Le riz n'est cultivé que dans la partie septentrionale de la basse Égypte. L'orge est la plante céréale le plus généralement cultivée. Les lentilles sont particulières à la partie entre Edfou et Gizéh, en y comprenant le Fayoum. On sème aussi des pois chiches et des lupins : les tiges presque ligneuses de ces derniers sont employées comme combustibles, et particulièrement à faire l'espèce de charbon qui entre dans la fabrication de la poudre à canon du pays. Les fèves sont récoltées en abondance dans les provinces centrales de Girgéh, de Syout, et de Minyéh. L'oignon est un objet de grande culture dans presque toute l'Égypte, à l'exception de la partie méridionale de la province de Thèbes et des parties inférieures du Delta : ce comestible sert à la nourriture des habitants des campagnes, et est assez doux pour être mangé cru. La pastèque est aussi fort abondante partout. Les champs cultivés en plantes potagères sont ordinairement bordés par des lisières de chanvre, de carthame, etc. Il n'y a pas de prairies naturelles en Égypte; le trèfle est le fourrage le plus généralement semé. Dans les provinces de Syout et de Girgéh, on récolte une espèce de colza appelée selgam, dont la graine est employée à faire de l'huile. Aux environs de Qénéh et dans presque tout le Delta, on fait avec le sésame une huile comestible. Le carthame, cultivé dans la vallée d'Égypte depuis Esné jusqu'au Caire, a une graine dont on tire de l'huile, et une fleur qui est employée pour la teinture : sa culture est une des plus avantageuses. Le lin est un des produits les plus
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importants des provinces de Syout et de Minyéh, du Fayoum et de l'intérieur du Delta ; une partie est employée par les tisserands du pays, et le reste est exporté en filasse dans l'Archipel. On trouve dans toutes les parties de l'Egypte quelques champs de coton; un Français nommé Jumel a introduit depuis quelques années le coton du Brésil : celte espèce a réussi, et conserve le nom de coton Jumel. Les parties méridionales de la haute Egypte paraissent les plus propres à la culture de l'indigo. Bien que toutes les parties de l'Egypte puissent produire la canne à sucre, celle plante est, pour ainsi dire, concentrée dans la province de Girgéh. Le tabac est spécialement cultivé dans les provinces de la haute Egypte. Toute l'eau de rose qu'on fabrique en Égypte provient des rosiers de la province de Fayoum, la seule où ils soient l'objet d'une grande culture. C'est un trait du site de l'Egypte d'être dénué d'ombrages, sans être pourtant privé d'arbres. Le dattier, l'arbre le plus universellement répandu dans toute l'Égypte, ne jette sur la terre qu'une ombre pâle et incertaine : on en tire un très-grand parti pour les constructions et l'économie domestique; son tronc fournit des poutres et des solives ; ses feuilles des paniers et des meubles à l'usage des habitants de la campagne, ainsi que des cordes. La vigne est, après le dattier, l'arbre le mieux soigné; la province de Fayoum et la langue de terre de Bourlos la produisent spécialement. On cultive dans quelques jardins des grenadiers, des orangers, des citronniers; l'olivier vient en plein champ dans le Fayoum, et a disparu du reste de l'Égypte. On trouve aussi dans cette province les lotus, si révérés des anciens; ils y sont aussi communs que dans les canaux et les terrains inondés de la basse Égypte. Le nopal ou roquette épineuse y forme des clôtures semblables à de hautes murailles. Il n'y a pas en Égypte d'arbres forestiers proprement dits : l'espèce d'arbre la plus commune est le figuier sycomore, dont le bois est employé à la construction des barques du Nil; on en fait aussi des planches et des madriers. La graine du mimosa nilotica remplace l'écorce de chêne pour le tannage des cuirs. On trouve aussi dans la haute Égypte, plus souvent que dans le Delta, le tamarin, le rhamnus, le cassier. La sensitive croît spontanément aux environs d'Assouan ; le séné, qui vient aussi sans culture, n'habite que le sol pierreux des environs de la cataracte.
Tous les travaux de l'agriculture sont exécutés, dans la partie supérieure de l'Égypte, par des bœufs. Les troupeaux de buffles que l'on rencontre dans cette partie ne sont entretenus que pour le lait qu'ils fournissent ; le climat y est trop chaud pour qu'ils puissent être employés aux travaux de l'agriculture comme ils le sont dans la basse Égypte; la chair de ces animaux est celle dont les boucheries des villes sont le mieux approvisionnées. Les chameaux sont plus grands dans la basse Égypte que dans la haute Égypte, dont ils forment la principale richesse; diverses tribus arabes amènent dans cette partie le hégyn, petit dromadaire svelte et léger. Les chèvres fournissent dans la haute Égypte une partie du lait qui se consomme dans les villages. C'est dans le Fayoum qu'on élève le plus de moutons, et ceux dont la laine est la plus estimée. Le cheval n'est pour l'Égypte qu'un objet d'utilité pour la guerre, de luxe ou d'agrément; on ne l'emploie pas pour le trait. Au reste, c'est aux Arabes devenus cultivateurs, qui habitent encore sous des tentes à l'entrée du désert, que l'éducation des chevaux est réservée; ce sont eux aussi qui approvisionnent de bétail les différents marchés. Les fellahs ou paysans élèvent une grande quantité de pigeons et de poules. On se livre presque dans toutes les provinces à l'éducation des abeilles. Vers les confins du désert, on voit errer des chiens sauvages ; le chacal habite les ruines.
Les canards, les pluviers, etc., sont abondants sur la côle de la Méditerranée. Dans les mois de septembre et d'octobre, les cailles y sont si nombreuses, qu'elles sont l'objet d'une espèce de récolte. Le Nil est très-poissonneux, et il y a dans tous les endroits
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situés sur ses bords des pêcheurs de profession ; mais ce n'est que sur les rives des lacs Bourlos et Menzaleh qu'il y a des établissements de pêche proprement dits. Le poisson dont les œufs donnent la poutargue, y est abondant. Les crocodiles, l'hippopotame et l'ichneumon se trouvent dans la haute Égypte.
Dans les campagnes l'industrie se borne aux arts de première nécessité, et à la manipulation de quelques produits du sol servant à la consommation journalière; les travaux d'agriculture sont peu pénibles, tant est grande la fécondité du sol. Il y a de la chaux presque par toute l'Égypte. Le Fayoum est la seule province où l'on fabrique du vin, mais d'une manière très-imparfaite.
Les Égyptiens tirent du maïs, du millet, de l'orge, et même du riz, une liqueur fermentée qui ressemble un peu à la bière douce. Les chrétiens tirent des dattes une autre liqueur qu'on nomme araki ; on en fait aussi avec ce que nous appelons raisin de Corinthe.
Le lin, la soie, la laine, le sel ammoniac sont les principales productions de l'Égypte.
On trouvera dans nos Monuments les plus remarquables des renseignements intéressants sur les curiosités architecturales de l'Égypte. Nous nous bornerons ici à offrir le tableau des lieux principaux de cette contrée, afin de simplifier notre travail et de ne pas dépasser le cadre de notre ouvrage.