JEUNE FILLE DE KANO
MOEURS, USAGES ET COSTUMES
coup de marchandises. On fabrique à Bournou des bagues ou anneaux d'or, d'argent et de cuivre jaune; des aiguilles, des couvertures de lit et des étoffes. Il y a aussi des graveurs en pierres fines et en cachets.
Le Bournou est très-peuplé : on y compte treize villes principales, et Ton y parle dix dialectes différents de la même langue. Les Cliouaa y ont apporté un arabe assez pur. Ils sont divisés en tribus qui portent encore les noms de quelques-unes des hordes de Bédouins qui parcourent l'Egypte; ils se prétendent doués du don de prophétie; l'une de leurs tribus offre la plus grande ressemblance avec les bandes de bohémiens qui parcourent la terre. Ils fournissent à l'armée du Bournou 15,000 hommes de cavalerie.
Les Mandarans sont mieux partagés que les Bournouais sous le rapport physique. Ils ont le front haut et plat, le nez presque aquilin, et la physionomie pleine d'expression. Les femmes sont jolies, et leurs mains et leurs pieds sont d'une petitesse charmante. Le costume est le même que celui des Bournouais.
Les Kanembous ou Kojam sont en partie mahométans, en partie idolâtres; ils sont armés d'une lance, d'un bouclier et d'un poignard fixé sur le bras gauche par un anneau qui entoure le poignet. Le costume de leurs femmes est semblable à celui des Bournouaises.
Les habitants du Baghermeh ou Baghirmah passent pour être chrétiens ; on peut en dire autant des habitants du pays d'ANDAM, qui ont les dents naturellement pointues. Cette forme de dents est commune aux Jemjens, qui sont païens et anthropophages. On ne dit rien des Kendils, si ce n'est qu'ils ont les cheveux longs.
Le pays de Baghermeh relevait jadis de l'empereur du Bournou, lorsque ce dernier était dans sa toute-puissance, ainsi que le prouve le fait suivant, rapporté par un habitant de Mobba, nommé Hassan : Le sultan de Baghermeh avait épousé sa sœur. Une action aussi contraire à la loi ne pouvait rester cachée; elle parvint à la connaissance du sultan de Bournou, qui, outré de colère, lui ordonna de renoncer de suite à cette alliance, et le menaça de la vengeance d'Allah et de la sienne. Le sultan de Baghermeh ne se laissa pas intimider, et renvoya la lettre, en écrivant sur le revers « que l'usage d'épouser sa sœur avait subsisté longtemps avant la naissance du prophète, et qu'il ne voyait pas de raison pour qu'il ne subsistât pas après lui. » Cette réponse laconique de la part d'un vassal mit le sultan de Bournou en fureur. Il ordonna de suite au sultan vassal de Mobba d'entrer avec une armée dans le pays de Baghermeh. Ce prince remplit sa mission, vainquit le sultan rebelle, et l'envoya prisonnier à Mobba.
Le Louggoun, pays qui doit son nom à l'une de ses villes les plus méridionales, et qui a pour capitale Kernok, est peuplé d'une race d'hommes qui passent pour être plus beaux que les Bournouais. Les Louggoniens des deux sexes sont intelligents et industrieux; dans presque toutes les maisons on trouve un métier à tisser. Les femmes sont les plus belles négresses que l'on puisse voir, mais aussi très-dépravées. La langue de ce pays est un mélange de baghermien et d'arabe.
Le Kossery est un petit État indépendant dont on n'aborde le sultan qu'en lui tournant le dos.
Les habitants de Maffataï sont indolents et aiment beaucoup la danse.
Les naturels du Koulla appartiennent à deux races d'hommes, les uns noirs et les autres cuivrés ou rouges; ceux du nord-est reconnaissent l'autorité d'un roi; les autres sont divisés en petites tribus indépendantes.
Le royaume de Mobba1 est habité, en général, par des nègres mahométans. Lacircon-
1 Les Arabes établis dans ce royaume l'appellent Dar-Szaley. Les Fezzains le nomment Ouadaï, et les Bournouais Borgon.