‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 50 sur 89 · PÉROU, BOLIVIE · texte numérisé non relu

PÉROU, BOLIVIE

Le Pérou, en y comprenant la Bolivie ou haut Pérou, esl borné au nord par la Colombie, au nord-est et à l'est par le Brésil, au sud-est par la province de Gran- Chaco, au sud par celle de Salta et par la montagne de Morro-Moreno, et au sud-ouest par la mer du Sud.

Le Pérou proprement dit occupe un espace de 45,000 lieues carrées, et renferme une population totale d'environ 1,246,000 habitants; la Bolivie a une surface de 40,000 lieues, et une population de 1,200,000 habitants.

Successivement appliquée à des territoires de diverses grandeurs, la dénomination de Pérou a une étymologie contestée. Ne pouvant entrer dans les discussions qui ont rapport à l'origine de ce nom, nous nous bornerons à indiquer les différentes divisions politiques que ce pays a subies depuis les premiers temps connus de son histoire jusqu'à nos jours.

Lors de sa destruction, l'ancien empire des incas avait pour capitale Cuzco, et comprenait la province de Quito, dont les souverains du Pérou avaient fait la conquête. Après l'envahissement de cette contrée par les Européens, elle fut constituée en une vice-royauté qui embrassait la totalité des possessions espagnoles au sud de l'isthme de Panama. Par le démembrement qui eut lieu en 1718, les royaumes de Terre-Ferme, de Nouvelle-Grenade et de Quito formèrent une vice-royauté particulière, dont Santa-Fé de Bogota devint le siège. Soixante ans plus tard, les riches districts de la Paz, Potosi, Charcas et Santa-Cruz furent détachés et placés sous l'autorité d'un vice-roi qui eut pour résidence Buenos-Ayres. Quatre gouvernements étaient alors érigés en viceroyautés: le Mexique, le Pérou, la Nouvelle-Grenade et le Rio de la Plata. La dénomination de capitaineries générales fut appliquée aux provinces de Caracas, Cumanas et Chili, ainsi qu'au Guatemala.

Cette division politique et les noms qu'elle comportait ont été changés par la révolution péruvienne. L'empire des incas, à l'exception de Quito, depuis longtemps perdu pour le Pérou, a d'abord été partagé en deux États : le Pérou proprement dit et le haut Pérou ou Bolivie. Bientôt le résultat d'une nouvelle organisation fut une confédération qui comprenait trois États : Pérou du nord, Pérou du sud et Bolivie. Enfin, on en est revenu à la division précédente : le Pérou et la Bolivie.

L'ancienne capitale du Pérou, Lima, est bâtie à l'entrée de la belle et délicieuse vallée de Rimac; elle est encore le siège du gouvernement actuel : le président de la république y fait sa résidence. La construction de cette ville offre la forme d'un croissant; elle est fermée par une muraille en tapia d'environ sept à huit mètres de hauteur et percée de huit portes.

Lima n'offre rien de bien remarquable, si ce n'est le nombre de ses couvents d'hommes et de femmes, sur lesquels on trouvera des renseignements précieux dans nos Cérémonies religieuses de tous les peuples, \

La population de Lima se compose d'un grand nombre de races différentes ou mélangées :

Le créole a beaucoup de ressemblance avec l'Andalou par le caractère : il est vif, généreux, sans prévoyance pour le lendemain, et oublie facilement une injure. La dissipation, l'amour de la parure sont ses penchants irrésistibles. La vivacité, l'épigramme distinguent sa conversation : celle des femmes est gaie, spirituelle, mais en même temps si franchement légère qu'on les a souvent accusées d'être plus que coquettes.

Le métis, fils d'un blanc et d'une Indienne, est ordinairement robuste, basané, mais sans barbe. La douceur, l'affabilité, l'obligeance le caractérisent; et il recherche la société des blancs. Pendant leur enfance, les métis ont les yeux bleus, les cheveux blonds et le teinl assez blanc; mais ils brunissent à mesure qu'ils avancent en âge.

Le mulâtre (né d'un blanc et d'une négresse) est en général remarquable par la délicatesse de sa constitution, par son amour du faste, son imagination active, son éloquence native, et ses instincts poétiques. Parmi les mulâtres de Lima, beaucoup reçoivent une bonne éducation; des lois absurdes leur défendant l'accès du barreau et de l'état ecclésiastique, plusieurs se livrent à l'étude de la médecine, et il n'est pas rare de les voir devenir des praticiens d'une grande distinction. On cite des femmes de cette classe pour leur beauté, leur esprit, leur égalité d'humeur et leur fidélité en amour et en amitié. On en voit qui font l'office de duègnes auprès de jeunes dames; celles qui servent dans les maisons riches deviennent souvent les confidentes de leurs maîtresses, et il en est qui parviennent à diriger le ménage.

Le quarteron ( issu de race blanche et mulâtre) a généralement les traits réguliers et beaux, le teint clair, les yeux bleus et les cheveux blonds; ces hommes ont l'aspect doux, sociable, mais ils sont moins actifs, moins intelligents que les mulâtres; leur front est étroit comme celui des métis; on doit encore citer comme signes distinctifs chez ces hommes, une petite saillie au milieu du nez; quelques taches noires sur diverses parties du corps, principalement sur les reins; ces dernières ne disparaissent que lentement, et subsistent quelquefois jusqu'à la cinquième génération.

Les zamros (résultat de l'union du nègre et du mulâtre) sont plus robustes que les mulâtres; moroses, entêtés, ils sont plus vicieux que le nègre africain, avec lequel ils ont plus d'un point de ressemblance. Ce sont eux qui fournissent aux tribunaux le plus grand nombre de voleurs et de meurtriers.

Ils ont pourtant, sous ce point de vue, de redoutables concurrents dans les chinos (produit du sang nègre et du sang indien), classe infime de la population péruvienne. La taille de ces derniers est peu élevée; leur menton , presque entièrement privé de barbe, les rapproche des Indiens, et la frisure des cheveux les distingue des autres races. Us sont d'ailleurs cruels, vindicatifs, stupides, rancuniers et provocateurs.

Le nègre créole se croit bien supérieur au bozolès ou esclave africain, et s'unit rarement à cette race réprouvée. Il a cependant tous les vices, toutes les qualités de sa caste; mais il a aussi des formes plus athlétiques que ses parents d'Afrique.

A l'égard des Indiens répandus dans la capitale, il serait difficile, n'était leur teint cuivré, de les distinguer des créoles, tant ils imitent parfaitement les manières et la mise de ceux-ci. Ils s'adonnent généralement à la passementerie d'or et d'argent; quelques-uns se font tailleurs, porteurs de balles; mais on en voit peu qui embrassent la domesticité pour laquelle ils témoignent une répugnance qui les honore.

Quant aux restes de la population aborigène qui occupent les environs de Lima, on peut à peine les considérer comme des échantillons de la race indienne.

On trouve dans la société de Lima, qui se rapproche beaucoup de celle de l'Europe, des personnes dignes de remarque, autant par leur instruction que par leurs manières.

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