COLOMBIE
Il est impossible d'indiquer exactement les limites de cette contrée qui comprend la confédération des républiques de Venezuela, de la Nouvelle-Grenade et de l'Équateur. Toutefois, ainsi composée des trois territoires que nous venons de nommer, on peut donner pour bornes à la Colombie : au nord la mer des Antilles ; au nord-est le Guatemala; à Test les Guyanes; à l'ouest l'océan Pacifique; au sud le Pérou. M. de Humboldt évalue la superficie de ce vaste pays à 91,952 lieues carrées. On porte la population à 3,232,100 habitants.
Toujours en proie aux guerres intestines, la Colombie a subi tant de bouleversements politiques que sa description topographique ne peut offrir qu'une grande incertitude. Ainsi l'organisation de 1819 n'a pu tenir contre la versatilité des partis et les efforts de quelques chefs ambitieux. Les services de Bolivar méconnus, son désintéressement mal récompensé, peut-être même calomnié, annonçaient, dès 1827, le retour de l'anarchie. En 1829, deux partis se formenl sur les débris de la constitution renversée : les unitaires qui demandent l'indivisibilité de la république colombienne, les fédéralistes qui réclament sa séparation en trois Etats indépendants. Ce dernier parti l'emporte au sein du congrès assemblé à Santa-Fé de Bogota, et Bolivar, qui venait à la suite de quelques revers militaires de déposer au sein de l'assemblée les pouvoirs qu'elle lui avait confiés, Bolivar, que les nouvelles plaies de la patrie affectaient profondément, succombe à ses chagrins le 17 décembre 1830, après avoir vu proclamer l'indépendance des trois nouveaux États de Venezuela, de la Nouvelle-Grenade et de Y Equateur.
Aujourd'hui donc la Colombie est divisée en trois États ou républiques, douze départements, trente-huit provinces et trois cent vingt-six districts. Elle renferme quatrevingt-seize villes, cent cinquante-quatre bourgs, treize cent quarante villages, et huit cent quarante-six hameaux.
Suivant la constitution colombienne, le pouvoir exécutif est confié à un président, et le pouvoir législatif à un congrès composé d'un sénat et d'une chambre des représentants. Les membres de ce congrès sont élus par des électeurs de cantons nommés par des électeurs de paroisses. Les titres nécessaires à cette dernière qualité consistent à être âgé de vingt-cinq ans, à posséder un peu de lecture et d'écriture, ainsi qu'un capital de 100 piastres.
Les Colombiens peuvent être divisés en deux classes; ceux des régions chaudes et ceux des régions froides. Les premiers sont maigres, petits de taille, et ont le teint jaune; ils sont indolents et restent souvent couchés dans un hamac où ils se balancent en fumant un cigare. Ils doivent cette nonchalance à la haute température qui règne chez eux, et qui invite au repos et nuit aux applications de l'esprit; aussi laissent-ils languir les sciences et les arts.
Lorsqu'on s'élève vers les régions froides, la couleur des blancs devient moins jaune; pâle encore jusqu'à 600 toises, dit M. Mollien, elle se colore à 1,000 toises, et brille d'un éclat charmant à la hauteur où se trouve Santa-Fé de Bogota. Il en résulte que les habitants des Andes jouissent de la douce influence d'un climat tempéré, et, livrés aux charmes d'une mélancolie pensive, apprécient les sciences, les arts et la littérature.
Le Colombien est hospitalier; mais, plein d'ostentation, il exagère dans ses prévenances et ses démonstrations d'amitié. Il nourrit une admiration aveugle pour sa patrie et ses compatriotes, et les vices dominants de son caractère paraissent être l'ingratitude, la jalousie et la vengeance.
L'agriculture est dans un état déplorable. Les manufactures y sont dans l'enfance. L'esclavage a été aboli depuis le triomphe de l'indépendance, mais seulement pour ceux qui ont porté les armes, ou qui peuvent payer 200 dollars (1,000 francs environ).
De bonne heure les Colombiens commencent à se plaindre de douleurs rhumatismales; mais leurs véritables fléaux sont la fièvre jaune, la dyssenterie, le vomissement noir, et surtout la lèpre, qui passe, en ce pays, pour une maladie incurable; aussi, à peine un individu en est-il atteint, qu'on l'arrache à sa famille, quelque riche ou considérable qu'elle soit, pour le jeter dans un hospice spécial, et là, privé de toute communication avec l'extérieur, à la merci d'un impatient mercenaire, le malheureux se voit perdu; le désespoir s'empare de lui, et il succombe victime des préjugés et de l'ignorance de son pays.
Les individus de l'un et de l'autre sexe, dans un grand nombre de localités de la Colombie, sont sujets à la difformité connue sous le nom de goitre.
« On fera des affaires avec l'Américain du nord, dit M. Mollien, mais on vivra avec l'Américain espagnol, parce que s'il a des formes moins franches, elles sont au moins plus douces. Les travers et les vices des Colombiens appartiennent à toutes les nations qui ne sont pas parvenues au degré de civilisation que nous avons atteint. Si on en excepte les forfaits politiques qu'ils ont commis par représailles, on n'en a pas encore à leur reprocher. »
Après avoir tracé le caractère général de l'habitant de la Colombie, nous essayerons de décrire les différentes nations qui forment la population de cette contrée; et, pour y parvenir, il nous faut de toute nécessité suivre une marche topographique.
Des trois États qui forment aujourd'hui le territoire de la Colombie, le plus oriental est celui de la république de I'Équateur, qui en comprend la partie la plus méridionale, autrefois nommée royaume ou présidence de Quito, et qui constituait une partie de la vice-royauté de la Nouvelle-Grenade.
Quito est la capitale du déparlement de I'Équateur et de la république du même nom. Elle est bâtie sur le penchant du Pichincha, cratère éteint, mais fumant encore. Les rues sont d'un niveau trop inégal pour qu'on puisse s'y servir de voitures; la plupart sont tortueuses et obscures; les quatre plus larges seulement sont pavées. Il y a une quantité prodigieuse de couvents, presque tous beaux et riches. Le plus important est celui de San-Francisco, monument immense et d'une ordonnance assez belle. Après le couvent de San-Francisco vient celui des jésuites, qui renferme aujourd'hui l'université de la ville, la bibliothèque et l'imprimerie.
Les habitations sont en terre, ou en briques sèches crépies à blanc; un petit nombre est en pierres. Des tuiles creuses pour les maisons, des briques vertes ou bleUes pour les églises, voilà pour les toitures. L'intérieur de ces logements est assez simple. On n'y décore guère que le salon qui sert à recevoir les visites, et la plus grande décoration consiste en assez mauvaises peintures, Des lampes attachées aux plafonds, des tapis