‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 57 sur 89 · RÉPUBLIQUE DE L'AMÉRIQUE CENTRALE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE DE L'AMÉRIQUE CENTRALE

La position géographique de cette république est très-avantageuse, et doit singulièrement favoriser le développement de sa richesse et de sa puissance. Elle est située au centre du Nouveau-Monde, entre l'Amérique du Nord et celle du Sud, ayant d'un côté pour limite la république de Colombie, et de l'autre celle du Mexique. L'Atlantique et l'océan Pacifique, qui baignent également ses côtes, lui donneront de grandes facilités pour entretenir les relations qu'elle doit établir un jour avec tous les peuples de l'univers. Guatemala présente une surface de 26,152 lieues carrées, qui varient beaucoup quant à l'exposition, la qualité du sol, la hauteur, la température et la fertilité. On voit que cette superficie forme un État plus étendu que n'est l'Espagne en Europe, ou la république du Chili clans le Nouveau-Monde. Du sommet des montagnes qui traversent le territoire de Guatemala descendent de nombreuses rivières qui fertilisent le sol qu'elles arrosent, rafraîchissent l'atmosphère, et vont se perdre dans les deux océans. Quelques-unes de ces rivières sont en partie navigables, telles que la Motagua, ruina, l'Aguan ; beaucoup d'autres pourraient aisément le devenir, et nul doute que le gouvernement ne s'occupe avec zèle de cette amélioration importante, lorsque les ressources de cette nation commenceront à se développer. Le grand lac de Nicaragua, dont la circonférence est de 450 lieues, baigne le territoire de cette république, et sera une des causes principales de sa prospérité, si le projet d'ouvrir, à travers ce lac et la rivière San-Juan de Nicaragua, une communication entre l'Atlantique et l'océan Paci- Isque, reçoit jamais son exécution. Plusieurs maisons de commerce de Londres et de l'Amérique du Nord désirent vivement aujourd'hui réaliser cette entreprise. Un grand nombre de ports facilitent l'accès du territoire de l'Amérique centrale. Vers le nord, sont ceux d'Omon, Truxillo, San-Juan et Matina; au sud ceux de Ricoia, Acalejo, Con- < liagua, Acajutla, Iztapa, etc. Les productions du sol sont innombrables; la nature ne se lasse pas d'y prodiguer ses trésors; et dans tout le cours de l'année il y a une succession non interrompue de fruits et d'autres produits végétaux de toute espèce.

Les deux productions les plus estimées sont l'indigo et la cochenille. C'est dans la province de Soconusco qu'on recueillait autrefois le cacao pour l'usage particulier de i i cour de Madrid. Les provinces renferment plusieurs mines d'argent.

D'après les calculs de M. de Humboldt, en 1822, la population de l'ancien royaume de Guatemala n'excédait pas 1,600,000 âmes.

Le Guatemala a été dévasté dans les xv° et xvie siècles par des corsaires anglais et hollandais, et il a eu à se défendre pendant longtemps des invasions des Mosquilos et

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des Poyais. Ces naturels, qui se montraient les ennemis les plus acharnés des Espa gnols, se comportaient cependant amicalement envers toute autre nation; car ils permirent aux Anglais de former des établissements sur leurs côtes, et ceux-ci les occupèrent jusqu'en 1812 : l'aventurier Mac-Gregor parvint aussi à établir une colonie au milieu des Poyais. Le Guatemala a pris peu de part aux révolutions qui ont agité dans ces derniers temps les autres colonies espagnoles de l'Amérique; il a été le dernier à se séparer de la mère patrie, car ce ne fut qu'à la fin de 1821 qu'il proclama son indépendance. Il avait d'abord été incorporé aux États mexicains; mais, à la chute d'Iturbide, il se déclara État indépendant. En 1823, il s'est constitué en république fédérative sous le nom de republica fédérai de Cenlro America. Sa constitution, décrétée par une assemblée nationale, le 22 novembre 1824, est modelée sur celles des États-Unis et de la Colombie.

Il y a quelques années qu'un Américain aussi recommandable qu'éclairé, M. Rocafuerte, a démontré, dans un livre intitulé : EL Systema Colombiano, la nécessité d'adopter le système républicain; et c'est en partant de ce principe que l'assemblée constituante de Guatemala a choisi, pour forme de gouvernement, le système d'une république représentative et fédérale, et a investi de la puissance législative un congrès et un sénat. Le congrès se renouvelle par moitié tous les ans. Chaque État fournit un représentant par trente mille habitants. Le sénat se compose de membres élus par le peuple, sur le pied de deux par Étal. Ce corps a le droit de sanctionner toutes les résolutions passées dans le congrès, et se renouvelle tous les ans par tiers, les membres sortants restant éligibles et pouvant être réélus. L'exercice du pouvoir exécutif est confié à un président nommé par les habitants des différents États de la fédération. Le vice-président est nommé de la même manière, et, comme le président, pour quatre ans; mais ceux qui remplissent ces fonctions peuvent être réélus une fois sans qu'il y ait interruption dans l'exercice de la puissance souveraine. La constitution abolit l'esclavage, établit la liberté individuelle, et garantit celle de la presse. La république est maintenant divisée en six États, dont chacun est libre et indépendant quant à son gouvernement et à son administration intérieure.

Voici en quels termes M. Barrandia, un des plus zélés patriotes et des plus éloquents orateurs de la république, et président de la commission qui a préparé le projet de constitution, plaide la cause delà forme du gouvernement fédératif adoptée parle Guatemala: « Nous avons reproduit, autant que possible, dit-il dans la rédaction de ce projet, le modèle que nous offraient les États-Unis, modèle digne d'être imité par tous les peuples qui viennent d'acquérir leur indépendance. Nous n'avons pas jugé à propos d'y faire aucune altération importante, mais plus tard nous pourrons y ajouter tout ce qui sera compatible avec notre propre situation, ou en rapport avec les grands principes, qui, depuis que cette nation s'est constituée, ont contribué si puissamment aux progrès de la science législative. Nos regards se sont aussi portés sur les constitutions d'Espagne et de Portugal, sur la constitution fédérative et centrale de la Colombie, et sur toutes les opérations législatives de la France constitutionnelle, de cette grande nation qui, dotée de tant d'écrivains célèbres, de philosophes et de publicistes, a fait des essais dans toutes les formes de gouvernement, excepté dans le gouvernement fédératif; et qui, du fond de l'abîme où les malheurs de sa révolution l'avaient plongée, donnait encore des leçons au monde; qui s'est régénérée par un effort admirable, et à qui nous devons, sans aucun doute, les idées les plus propres à améliorer les institutions sociales des différentes nations de l'univers. »

Le 20 février 1825, l'assemblée constituante fut dissoute, et remplacée par le congrès fédéral qui, le 40 avril de la même année, jura le maintien de la constitution.

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

M. del Valle, qui, jusqu'à cette époque, avait été président du pouvoir exécutif, avant de quitter ses fonctions, prononça un discours éloquent à l'ouverture du congrès. On ne saurait donner assez d'éloges à ce citoyen estimable pour tout le bien qu'il a fait à son pays.

Au temps où la métropole espagnole administrait encore cette province, elle ressortissait à l'audience royale de Guatemala, résidence du gouverneur ou capitaine général. Les affaires spirituelles relevaient de l'archevêque de Guatemala et de ses trois suffragants. La division ecclésiastique comprenait quatre évèchés : celui de Guatemala avec cent huit cures, quatre cent vingt-quatre églises paroissiales et 539,765 habitants; celui de Léon avec trente-neuf cures, quatre-vingt-huit églises paroissiales et 431,932 habitants; celui de Ciudad-Real avec trente-huit cures, cent deux paroisses et 69,525 habitants; enfin celui deComayagua avec trente-cinq cures, cent quarante-cinq églises paroissiales et 88,143 habitants.

Aujourd'hui les divisions politiques ont absorbé les divisions ecclésiastiques, et la capitainerie de Guatemala, devenue la confédération de l'Amérique centrale, est partagée en six districts ou États principaux : le district fédéral, l'État de Guatemala, l'Étal de San-Salvador, l'État d'HoNDURAS, l'État de Nlcaragua et l'État de Costa Rica.

C'est dans l'État de Guatemala qu'est comprise aujourd'hui l'ancienne province de Vera-Paz où la société belge de colonisation a récemment fondé un établissement.

Les habitants de Guatemala sont, en général, doux„ humains, libéraux, affables, dévots, hospitaliers; mais en revanche mous et indolents. Les ouvriers y sont intelligents et habiles, surtout dans la sculpture, dans l'orfèvrerie et dans la lutherie. On a vu des ouvrages de sculpteurs distingués s'exporter non-seulement pour Mexico, mais encore pour l'Europe, où ils obtiennent les suffrages des artistes. La classe des tisserands est fort nombreuse, et de leurs métiers sortent des gazes, des mousselines charmantes et des tissus plus ordinaires pour l'usage des classes inférieures. Les femmes sont ou brodeuses, ou fleuristes, ou fabricanles de cigares. Quant aux mœurs et aux usages, ils diffèrent peu de ceux des autres colonies espagnoles.

Avant la conquête, les Indiens étaient idolâtres, et avaient leurs prêtres qui, dans beaucoup de circonstances, faisaient l'office de devins. Plus tard, en 1524, lorsque don Pedro Alvarado eut soumis, pour l'Espagne, les différents royaumes entre lesquels cette vaste portion de l'Amérique était partagée, le zèle des missionnaires espagnols, qui se succédèrent dans cette contrée, fit embrasser à ses diverses populations la religion catholique, et ce n'est pas sans braver d'affreux périls et des difficultés sans nombre, que ces ardents instituteurs parvinrent à propager les lumières de l'Évangile. Sans parler des dangers des chemins, de la soif, de la faim, et des maladies fréquentes sous des climats meurtriers, il leur fallait souvent affronter la mort, que leur montraient, sous la forme la plus terrible et la plus effrayante, les tortures inventées par la barbarie et la férocité de leurs indociles néophytes. Toutefois ces saints personnages ne se laissèrent rebuter par aucun obstacle; ils essayèrent sur les Indiens la séduction des présents; ils leur prodiguèrent les caresses : habiles à profiter des conversions déjà opérées pour en étendre le cercle, ils revêtaient de formes poétiques quelques-uns des mystères de la religion, et, en faisant chanter ces poésies, ils excitaient la curiosité des Indiens. C'est ainsi que l'Amérique fut initiée aux mystères du nouveau culte.

Ceux des Indiens qui n'habitaient pas les grandes villes et les forteresses, vivaient dans des villages ou bourgs, dont quelques-uns existent encore aujourd'hui, sous le nom de pajmjnco : les maisons de ces pajuyncos sont si éloignées les unes des autres, qu'il n'est pas rare de voir un bourg de cinq cents familles occuper l'espace d'une lieue. Les missionnaires, pour trouver plus de facilité à baptiser et à instruire, ont

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rassemblé leurs catéchumènes dans des villages bâtis sur le modèle de ceux d'Espagne, c'est-à-dire que l'église s'élève au centre, ayant en face le presbytère, la prison et d'autres bâtiments publics, tandis que les maisons sont placées en carré dans les rues tirées au cordeau. Si le missionnaire espagnol avait dédaigné l'emploi des baïonnettes, et n'eût attendu ses succès que de la seule persuasion; s'il s'était abstenu de remplir de superstitions absurdes et d'un amas de ridicules miracles les esprits qu'il cherchait à convertir, la prédication de l'Évangile, dans le Nouveau-Monde, eût été un des plus grands services rendus à l'humanité.

Cependant, malgré le zèle des missionnaires, beaucoup d'Indiens, un siècle après la conquête, n'étaient pas convertis au christianisme; et d'autres, vers l'an 1725, abjurèrent cette croyance et mirent à mort trois missionnaires, qui se trouvaient au milieu d'eux, en accusant la religion et les moines espagnols d'avoir été les instruments de leur esclavage. A présent la plus grande partie de ces Indiens professent la religion catholique; mais elle n'est comprise que du petit nombre. Ils sont crédules et superstitieux. L'État d'Honduras, sur les bords de la rivière Uloa, nourrit une tribu de quinze à vingt mille Indiens, appelés Sicaynes, d'un caractère doux et hospitalier. Ils l'ont à tous les étrangers l'accueil le plus affectueux, et, lorsque quelqu'un manifeste le désir de se fixer parmi eux, ils lui donnent une cabane, et lui fournissent des instruments aratoires ; si, après un stage d'une année, cet étranger s'est bien conduit, ils l'incorporent à leur tribu, et lui offrent une de leurs filles en mariage.

L'étranger, objet de ces marques d'hospitalité et de faveur, doit éviter, avec un soin scrupuleux, de leur parler des missionnaires qu'ils détestent, attendu qu'ils ont toujours été les principaux agents de leur oppression.

D'autres Indiens habitent encore l'État d'Honduras. Ce sont les Indiens Mosquitos; ils sont d'un aspect sauvage, malpropres et presque nus. Les Espagnols ont trouvé dans cette tribu un ennemi implacable, qu'ils n'ont jamais pu dompter. Ils ne sont pas hospitaliers, et font un commerce de peu d'importance seulement avec les Anglais, qui leur achètent le peu d'or et d'argent qu'ils recueillent dans les rivières et dans les mines. Dans les rues d'un établissement anglais nommé Wallis, on en voit quelques-uns qui ressemblent à nos bohémiens, et qui vivent séparés des autres habitants, se nourrissant d'ordures et des restes qu'ils peuvent ramasser dans les rues. Quelques auteurs prétendent qu'ils sont cannibales. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils sont idolâtres.

A voir le désordre, la mesquinerie et l'incommodité absolue que présentent les maisons des aborigènes, et l'état de misère où ils se trouvent maintenant, il paraît incroyable qu'avant la conquête, les Indiens aient possédé ces palais magnifiques, ces villes si bien bâties, ces forteresses et ces châteaux défendus avec tant d'art, et tous ces édifices de pure ostentation et de parade, qui font l'admiration de plusieurs historiens, et dont on trouve encore quelques traces. Le plus riche Indien vit aujourd'hui dans une maison misérable, qui le plus souvent n'a qu'une seule chambre. Quoique leurs habitations contiennent quelquefois plusieurs appartements, leur distribution n'offre aucun ordre suivi, et ils sont séparés les uns des autres; de sorte qu'il n'y a pas d'exemple qu'un Indien possède une maison, entourée de murs réguliers, et offrant quelque trace de goût, quoiqu'ils aient incessamment sous les yeux les demeures des Espagnols.

Les Indiens du voisinage de Guatemala sont encore dans l'état de nature. Ils parlent la langue indigène, et s'habillent comme des sauvages, si l'on peut donner le nom d'habillement à un morceau de drap dont ils se couvrent le milieu du corps, laissant tout le reste entièrement nu. Les femmes ne se couvrent pas davantage; mais leur peau de bronze et leurs traits grossiers diminuent le danger qu'offre un si léger costume. Les

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Indiens des autres provinces sont plus civilisés, s'habillent à l'européenne et parlent espagnol.

Plusieurs écrivains s'accordent à dire que les Indiens sont naturellement lâches et timides; à mesure qu'ils avancent clans la carrière de la civilisation, ils acquièrent du courage et de la valeur, et plusieurs d'entre eux se sont distingués dans la dernière guerre. Leur arme principale est le sabre, et on en voit beaucoup qui savent aussi se servir du fusil. Plusieurs tribus sont armées de lances, et sont habiles à lancer les flèches.

Par la constitution actuelle, les Indiens ont acquis le droit de cité, el jouissent des mêmes avantages politiques que les descendants des Espagnols. Aussi, ils ont en général beaucoup d'attachement pour le nouveau système, et dans plusieurs de leurs villes, la totalité des habitants est ouvertement prononcée en faveur du gouvernement républicain.

Sous la domination espagnole, ces peuples vivaient dans l'oppression. Le gouvernement paraissait les protéger; mais les lois n'avaient, en effet, d'autre but que de les tenir dans l'ignorance et dans l'esclavage. C'est ainsi qu'une fiction de la loi espagnole considérait les Indiens comme des mineurs pendant loule leur vie, et les soumettait à une tutelle perpétuelle. Pour fermer à l'instruction tout accès dans leurs esprits, l'entrée des villages indiens n'était pas permise aux Espagnols. La danse, dans leurs propres maisons, leur était défendue, et la crainte de leurs progrès dans les exercices de la guerre leur avait fait interdire l'équitation, quoique le pays qu'ils habitent produise beaucoup de chevaux. Enfin, sous la verge espagnole, les propriétaires de mines pouvaient forcer les Indiens à travailler dans ces cavernes souterraines, à deux réaux par jour. Ces peuples ont donc sujet de bénir la constitution actuelle qui les a tirés de l'étal de dégradation où ils gémissaient, et leur émancipation opposerait toujours une digue puissante aux prétentions et aux entreprises de l'Espagne, quand même cette puissance serait dans un état assez florissant pour lui permettre d'aspirer à reconquérir ses colonies.

Selon l'historien Torquemada, les Indiens, du temps de leurs rois, avaient des collèges et des séminaires pour les enfants et les adultes, sous la direction de personnes capables et prudentes. Quoiqu'il ne reste aujourd'hui aucune trace de ces collèges, les Indiens donnent beaucoup de soins à l'éducation de leurs enfants; la mère nourrit son enfant jusqu'à l'âge de trois ans, et il n'y a pas d'exemple qu'elle l'ait livré à un sein étranger. Elles les portent suspendus à leurs épaules, enveloppés dans un morceau de drap qu'elles nouent devant elles. Ce fardeau ne les empêche pas de laver, de moudre, el le mouvement de la mère sert à bercer doucement l'enfant. Elles ne les garantissent pas des rigueurs du vent, de la pluie, du soleil ou du froid, et ils n'ont d'autre berceau que la terre, ou tout au plus une pièce de drap. Aussitôt que l'enfant peut marcher, on lui fait porter des fardeaux proportionnés à sa force, et, dès l'âge dé cinq ou six ans, on le conduit aux champs pour faire de l'herbe ou ramasser -du bois. Plus tard, le père apprend à ses fils le labourage, l'usage de l'arc, de la flèche et du fusil, la danse, et les autres exercices. La mère instruit ses filles à moudre, à filer le colon et le pila, et à tresser plusieurs sortes d'étoffes. Elles les habiluent à se baigner souvent, jusqu'à deux ou trois fois par jour. Elles sont jalouses de l'honneur de leurs filles, et ne les laissent pas s'éloigner un seul instant de leur vue.

Les Indiens mènent une vie très-pénible, couchant sur la dure, la tête enveloppée d'une couverture de laine, el les pieds découverts. Ils n'ont d'autres tables que la terre, ne se servent ni de nappes ni de serviettes, et leur principale nourriture est le maïs, ou blé des Indes; car, quoique la chair du bœuf, celle du gibier et d'autres animaux

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des montagnes leur soient connues, ils n'en mangent que de petites quantités, et toujours avec leur tortilla, ou gâteau de maïs, qui est un gâteau mince, cuit sur un plat de terre et sans autre assaisonnement qu'un peu de sel. Ils boivent de l'eau ou du chicka, breuvage extrait du maïs, du son ou de différents fruits. Le chicka est une boisson douce; cependant il y en a aussi de fort. La liqueur que les Indiens préfèrent est l'eau-de-vie qu'ils achètent en bouteilles, ou qu'ils font eux-mêmes dans leurs maisons avec du son ou du pencla, espèce de sucre d'une qualité très-inférieure. Dans certains villages, une bouteille d'eau-de-vie se vend deux réaux, et dans d'autres quatre. Le gouvernement a toujours mis une taxe sur cette liqueur.

Quand ils font des visites, ils débitent de longues harangues pleines de répétitions; leurs fils, lorsqu'ils les accompagnent dans ces occasions, observent le plus profond silence. Les Indiens sont de la plus grande fidélité pour garder un secret, et souffriraient la mort plutôt que de le trahir. Quand on leur adresse quelques questions, ils ne répondent jamais positivement, mais toujours sous la forme dubitative, et avec un quïzas si, qui veut dire peut-être. L'occupation la plus générale des Indiens est l'agriculture. Plusieurs d'entre eux travaillent aux mines; d'autres à leurs manufactures, encore bien grossières. Le gouvernement a , dans ces dernières années, ordonné qu'il fût accordé en propre à chaque village une lieue de tour de terrain, pour familiariser la population avec les travaux des champs, et mettre chaque homme en état de labourer pour ses propres besoins.

Parmi les Indiens delà province de Guatemala et ceux de Quesaltenago, plusieurs possèdent de nombreux troupeaux de moutons. Ils font avec leur laine des étoffes de diverses espèces. La plus commune de ces étoffes est celle appelée serga, qui est un tissu de laine noire et blanche, avec lequel ils s'habillent. Ils préparent une autre étoffe plus ordinaire, digne à peine du nom de drap, et qui sert à plusieurs usages. Le plus bas prix de ces étoffes est un réal la vara, laquelle vaut à peu près une aune anglaise. Les Indiens fabriquent aussi un tissu de coton plus cher que les étoffes dont nous venons de parler, et qui sert de vêtement aux femmes indiennes, comme aux classes les moins riches du peuple des grandes villes.

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