‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 76 sur 89 · ESQUIMAUX · texte numérisé non relu

ESQUIMAUX

FEMME ESQUIMAUDE

rable. Ils égorgent tous ceux qui tombent entre leurs mains, car la crainte leur a donné le principe de ne jamais faire de prisonniers. Ils se soumettent aux Knistenaux, qui sont bien moins nombreux.

La contrée qu'ils appellent leur pays n'a que très-peu de terre végétale; aussi ne produit-elle presque pas de bois ni d'herbe. Ce qu'on y trouve en quantité, c'est de la mousse que paissent les daims. Une autre espèce de mousse croît sur les rochers et sert d'aliment aux hommes. On la fait bouillir dans de l'eau, et en se dissolvant elle forme une substance glutineuse assez nourrissante. Le poisson abonde dans les lacs des Chippeways, et des troupeaux de daims couvrent leurs collines. Mais, quoiqu'ils soient les plus clairvoyants et les plus économes des sauvages de l'Amérique septentrionale, ils ont beaucoup à souffrir de la disette en certaines années.

Ils se prétendent les descendants d'un chien; aussi regardent-ils cet animal comme sacré. Ils se figurent le créateur du monde sous la figure d'un oiseau dont les yeux lancent des éclairs et dont la voix produit le tonnerre. Les idées d'un déluge et de la longue vie des premiers hommes leur sont héréditaires.

Les Chippeways, qui habitent le territoire du Missouri, sont plus doux, plus dociles que les Sioux. Avec plus de sang-froid et de résolution que ceux-ci dans les combats, ils y apportent plus de prudence et d'adresse. Ils ont d'ailleurs l'avantage de posséder des armes à feu. La calligraphie est remplacée chez eux par des hiéroglyphes sculptés en bois de cèdre ou de pin.

Les tribus désignées par Hearne sous le nom d'iNDiENS du nord , et qui demeurent entre la rivière de Churchill, peuvent être considérés comme une branche des Chippeways. Ces Indiens du nord sont, en général, d'une taille moyenne, bien proportionnés et forts; mais ils manquent de cette activité, de cette souplesse si naturelles aux Indiens dont les tribus habitent les côtes méridionales et occidentales de la baie d'Hudson. La couleur de leur peau approche de celle du cuivre foncé. Leurs cheveux sont noirs, épais et lisses comme ceux des autres Indiens. A l'instar des Chippeways, ils prétendent devoir leur origine aux amours de la première femme avec un chien qui, la nuit, se transformait en un beau jeune homme.

La femme n'est chez eux qu'une espèce de bête de somme. Qu'on demande à un Indien du nord en quoi consiste la beauté, il répondra qu'une figure large et plate, de petits yeux, des joues creuses dont chacune offre trois ou quatre traits noirs, un front bas, un menton allongé, un nez gros et recourbé, un teint basané et une gorge pendante la constituent véritablement. Ces agréments augmentent beaucoup de prix lorsque celles qui les possèdent sont capables de préparer toutes sortes de peaux, d'en former des habits, de porter un poids de 100 à 440 livres en été, et d'en tirer un plus lourd en hiver. L'usage de la polygamie leur procure un plus grand nombre de ces servantes soumises, fidèles et même affectionnées. Lorsqu'ils ont reçu un affront quelconque, ils provoquent leur ennemi à une lutte; le meurtre est très-rare parmi eux. L'homme qui a versé le sang de son compatriote est abandonné par ses parents et ses amis; il est réduit à une vie errante, et dès qu'il sort de sa retraite, chacun s'écrie : « Voilà le meurtrier qui paraît! »

Les Crihs 1 se rapprochent beaucoup des Assiniboins, Ils sont de haute taille, trèsvigoureux. Leurs mœurs sont, à peu de chose près, les mêmes que celles de ce dernier peuple, et leur costume en diffère bien peu. Us portent les cheveux retombant droits sur les épaules, mais avec une touffe large et plate qui vient recouvrir les yeux, et qui, chez quelques-uns, descend jusqu'à la bouche; chez d'autres, les cheveux sont partagés

! Cristinaux ou Knistenaux.

AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. — ESQUIMAUX

en plusieurs queues tressées. Ils se coiffent de bonnets de peau ornés de plumes; quelquefois ils y attachent la queue entière d'une poule des prairies. Beaucoup d'entre eux portent les gaines en cuir de leur fusil roulées sur la tête en forme de turban. Ils se peignent le visage en rouge avec des raies noires. Les hommes sont souvent tatoués, et se couvrent, dans certaines circonstances, le corps d'une peau de loup dont la tète pend sur la poitrine et la queue traîne à terre. Parmi les femmes, il y en a de fort bien faites, et elles se teignent le corps d'une belle couleur rouge, avec la racine du galium tinclorium, et en noir avec l'écorce d'aune.

La terre de Labrador est une vaste péninsule découverte, en 1496, parles Portugais, qui la nommèrent Terra Labrador % Cette contrée, de forme triangulaire, a d'un côté les côtes orientales de la baie d'Hudson qui en font partie, projette une de ses faces sur le détroit de Davis, et s'appuie avec la troisième sur le Canada et le golfe Saint- Laurent.

Les Esquimaux ont peuplé toutes les côtes septentrionales et orientales de cette contrée; ils vivent de la pêche. C'est parmi eux que les frères moraves ont fondé les trois colonies de Nain, d'OKKAK et de Hoffenthal ou Hopedale. Lorsqu'ils y abordèrent, les Esquimaux avaient la coutume de tuer les orphelins et les veuves, pour ne pas les exposer à mourir de faim. Les missionnaires, après leur avoir enseigné diverses pratiques utiles pour la pêche, bâtirent un magasin où chacun pût conserver son superflu; ils les engagèrent à mettre de côté la dixième partie de leurs récoltes pour les veuves et les orphelins. Voilà comment on convertit véritablement les peuples!

Ils ont le visage plat, le nez court, les cheveux noirs et rudes, les mains et les pieds très-petits, et diffèrent des indigènes de l'intérieur par la barbe, qui manque à ceux-ci. Leur nourriture consiste principalement en chair de phoque et de renne, et en poissons qu'ils mangent quelquefois crus et même dans un état de putréfaction.

Les vêtements des Esquimaux du Labrador consistent en une camisole à capuchon , des pantalons, des bas et des bottes en peau de phoque dont le poil est en dedans, du moins en hiver. Les femmes ont le même costume que les hommes, à l'exception de leurs bottes qui sont plus amples et de leur habit de dessus qui a une queue; elles ornent leur tête de petits objets en verroterie, ou d'un cercle en laiton brillant.

Les Esquimaux vivent, en été, dans des tentes de forme circulaire, construites avec des perches, couvertes de peaux cousues ensemble, et qu'ils transportent continuellement d'un lieu à un autre. Ils ont un grand nombre de chiens qui servent à tirer leurs traîneaux, et dont la peau est quelquefois employée comme vêtement et la chair comme nourriture.

Ils sont adonnés à la polygamie; mais leur famille est, en général, peu nombreuse. Leurs armes sont la javeline, l'arc et la flèche. Ils n'ont ni gouvernement ni lois. Un homme n'est regardé comme supérieur à un autre que lorsqu'il se fait remarquer par son courage, sa force, ou le nombre des membres de sa famille.

Nain, le principal établissement des frères missionnaires moraves, est situé sur la côte orientale, vis-à-vis des îles Hillsborough; il possède un port assez bien abrité.

Une tribu particulière habite les montagnes méridionales; malheureusement le mélange avec les Canadiens français en a effacé les traits avant qu'ils aient pu être examinés avec soin. Celte peuplade, qui a adopté le rit catholique, se nourrit de rennes et de gibier. On ne les appelle que les Montagnards. Une autre tribu, nommée les Escopics, habite la partie occidentale.

1 Terre du|laboureur.

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

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