‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 78 sur 89 · GROENLAND · texte numérisé non relu

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couvrent leurs tentes d'été, et de tuer, pour les manger, les chiens qu'ils attellent à leurs traîneaux. Rien de comparable à la misère de ces pauvres gens dans ces périodes de disette ; il en est qui meurent d'inanition, quand la charité de leurs voisins ne vient pas à leur aide.

Quelques détails sur les habitations et le costume des Groenlandais compléteront cette esquisse d'un peuple encore peu connu en Europe.

Les Esquimaux habitent, pendant l'été, des tentes couvertes de peaux de phoques; en hiver, des huttes dans lesquelles ils bravent le froid et les tempêtes. Ces huttes sont construites en pierres superposées les unes au-dessus des autres, en terre, en mousse, en pièces de bois et en ossements de baleine. Un corridor assez spacieux, ménagé à l'entrée, forme une espèce de voûte dans laquelle l'air extérieur pénètre, et renouvelle celui de la hutte sans y apporter ni le vent ni le froid. Ce passage ou couloir est si bas, qu'on ne peut le parcourir qu'en se traînant sur les genoux et sur les mains, et c'est ainsi qu'on parvient à la retraite ou plutôt à la tanière de la famille groenlandaise. Des peaux tendues contre les parois de la cabane préservent de l'humidité; d'autres suspendues à des traverses divisent la demeure en compartiments, dont chacun est habité par un ménage; quelquefois dix familles sont réunies souslemême toit. De simples bancs servent de lits; les hommes s'y tiennent, pendant le jour, les jambes pendantes, et les femmes assises a la manière des Orientaux. Point de fenêtres, ni de cheminées. La partie antérieure de la hutte est seule éclairée par une ouverture à laquelle est adaptée une membrane transparente provenant d'un intestin de poisson. L'absence de cheminée se comprendra aisément quand on saura que la flamme d'une lampe est, pour chaque famille, le seul mode de chauffage. Cette lampe dont la mèche est d'une mousse très-fine éclaire tout l'appartement. Elle produit en même temps une chaleur telle, qu'elle fait bouillir un chaudron immense contenant tout le repas delà famille, et qu'elle maintient la température à un degré aussi élevé que celui qu'on pourrait obtenir du meilleur poêle d'Allemagne. On peut se faire une idée de la puanteur insupportable que répandent dans ces sales habitations la cuisson des aliments, la fonte de la graisse et de l'huile, l'haleine d'une dizaine d'individus, les peaux mal écorchées qui tapissent les murs, la fumée des lampes, les déjections des enfants, et l'urine que les grandes personnes ne se font pas faute de répandre dans tous les coins de l'appartement.

Le phoque, si utile à l'Esquimau pour la nourriture qu'il lui procure, l'huile qu'il produit, et les ustensiles que fournissent ses ossements et ses dents, offre encore à ce peuple un vêlement chaud et imperméable. Plusieurs peaux de ces animaux, jointes à la dépouille du renne, sont cousues en manière de robes, et forment un surtout merveilleusement propre à amortir les atteintes d'un froid glacial; ce surtout est muni d'un capuchon destiné à protéger la tête et le visage. La culotte, les bas et les souliers, ou plutôt les sandales, sont aussi faits de peaux de chiens marins. La chemise est de drap ou de toile de coton; quelquefois elle consiste en un assemblage de peaux d'oiseaux de mer, dont le plumage, tourné en dedans, entretient sur le corps une chaleur constante.

L'habit de mer se compose d'un manteau de peaux artistement unies, du gilet et du pantalon ordinaire; il est complété par une chemise imperméable faite avec des membranes provenant d'intestins de phoque.

L'habit de pêche consiste en un seul vêtement formé de la veste, de la culotte, des bas et des souliers, le tout fait d'une pièce, s'adaptant parfaitement au corps, et si bien cousu, que l'eau ne saurait parvenir à traverser cette solide enveloppe. Une petite ouverture est ménagée à la hauteur de la poitrine, et sert, dit-on, à introduire la quantité d'air nécessaire pour soutenir l'Esquimau dans l'eau de mer et l'empêcher de se

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

noyer. Après l'introduction de l'air, le trou est fermé au moyen d'une cheville de Lois. Ainsi entouré d'une espèce de vessie gonflée qui le fait surnager, le pécheur groenlandais peut poursuivre le phoque en s'élançant après lui dans les flots, où il ne craint pas de trouver la mort.

Le costume des femmes est à peu près semblable à celui des hommes. Elles portent aussi caleçon et culotte. Les jeunes filles, pour attirer les maris, se tracent sur le visage des lignes de couleur qui forment l'ornement le plus estimé de leurs adorateurs. Elles portent les cheveux longs et relevés sur la téle, tandis que les hommes les tiennent courts.

Un mot seulement sur la langue de ce peuple. Les voyageurs et le missionnaire Égède, qui a écrit un dictionnaire et une grammaire groenîandaise, disent que cette langue est remarquable par la richesse de ses formes grammaticales. Malte-Brun , qui a étudié ces deux documents philologiques, a remarqué que les particules et les inflexions étaient aussi nombreuses dans cet idiome que dans le grec; mais comme il est de règle d'intercaler toutes les parties du discours dans le verbe, il en résulte des mots d'une longueur extraordinaire. Les consonnes r, k et t dominent et produisent, par leur accumulation, des sons désagréables par leur rudesse. Ce fait est assez singulier, vu l'aptitude des Esquimaux pour la musique et la justesse d'oreille qui les distingue. Les femmes, comme chez les Caraïbes, ont des mots et des inflexions de voix dont elles seules peuvent se servir.

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