‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 2 sur 78 · TERRES ANTARCTIQUES · texte numérisé non relu

TERRES ANTARCTIQUES

L'ancien continent est séparé du nouveau, à l'est, par l'océan Pacifique et l'océan Indien , et, à l'ouest, par l'océan Atlantique, tandis que deux mers polaires glaciales baignent, au nord et au sud, leurs côtes maritimes, les terres Arctiques et les terres Antarctiques récemment découvertes.

Les 883 millions d'hommes répandus sur le globe ne forment qu'une seule et même espèce; mais ils présentent, dans leur couleur et dans leurs formes, des différences assez sensibles pour constituer diverses races ou variétés. Les auteurs ne sont point d'accord sur le nombre de ces variétés : ainsi, les uns en ont reconnu

: Le myriamètre équivaut à deux lieues moyennes de 22 1/4 au degré ou de 5,000 mètres chacune, et le myriamètre carré à quatre de ces lieues carrées. :

en

six, d'autres huit, et, dans ces derniers temps, on en a compté jusqu'à seize; mais la plupart des zoologistes n’admettent, avec MM. Cuvier et Lesson, que trois types primitifs : la race blanche ou caucasique, la race jaune ou mongolique, et la race noire ou africaine.

Le type de la race blanche est une tête ovale, un front large et presque vertical, des dents perpendiculaires sur les mâchoires ; des yeux grands et non obliques, bleus, gris ou noirs; une peau blanche et rosée ou légèrement brune; des cheveux fins souvent bouclés, généralement blonds, roux ou châtains dans les pays septentrionaux, et noirs dans les contrées chaudes. Son angle facial est de 85 degrés. Cette race occupe l’ouest de l’ancien continent, c’est-à-dire l’Europe, la moitié occidentale dé l'Asie, et le nord de l'Afrique. Elle à jeté de nombreuses colonies dans toutes les régions du globe. Les tribus Malaises et les Polynésiennes, répandues sur les îles de l'Océanie, offrent dans leur physionomie un mélange des traits de la race jaune et de la blanche : M. Lesson les rapporte à cette dernière.

Le type de la race jaune a pour caractères un visage large et plat, des pommettes saillantes, un nez épaté, des yeux très-longs et relevés obliquement en dehors, des cheveux noirs, lisses et roides, une barbe rare, un teint plus ou moins jaunètre ou olivätre, sans mélange de rouge; son angle facial n'a pas plus de 80 degrés. Cette race est répandue dans les régions orientales de l’ancien continent. On y rattache les variétés cuivreuses de l'archipel des îles Carolines dans l'Océanie et celles des deux Amériques, qui s’écartent plus ou moins de ce type pour se rapprocher de celui de la race blanche.

Le type de la race notre présente une peau noire ou noirâtre, qui suinte une sueur huileuse et fétide, une tête allongée et rétrécie dans sa partie supérieure, un front déprimé, des mâchoires saillantes, des dents obliques plus longues que celles des races précédentes, un nez large et épaté, des lèvres grosses, une bouche très-grande, des joues proéminentes, des cheveux généralement courts et laineux , une barbe courte aussi et fort rare; son angle facial est à peine ouvert de 75 degrés. Elle est disséminée dans quelques îles de l'Océanie et dans la partie moyenne et méridionale de l'Afrique. Une foule de ses membres, réduits à l'esclavage, sont allés peupler les colonies des blanes en Amérique : ils y ont multiplié, et leur nombre y surpasse celui de leurs maitres.

Tels sont les caractères physiques qui individualisent les Lrois grandes variétés de l’espèce humaine. Quant à leurs subdivisions et aux différences morales et intellectuelles de chacune d'elles, c’est dans le but de les étudier et de les faire connaître, que nous allons visiter toutes les régions du globe.

Aujourd’hui que les voies sont ouvertes dans toutes les directions, que la plupart ont été suivies par des Européens, et que des observations nombreuses, assez précises et exactes, ont été faites dans presque toutes les contrées, notre entreprise, pour être immense et difficile, n’a pourtant rien d’audacieux n1 de téméraire; elle

n'exige que du temps et de la patience : nous cheminerons par les routes frayées, et nous classerons avec soin tous les documents positifs que nous pourrons recueillir. Puissent les suffrages de nos lecteurs répandre quelques charmes sur les peines du voyage!

Il est un principe de physiologie naturelle généralement reconnu, c'est que les mœurs, les usages et les costumes des peuples, comme les destinées des empires, quelles que soient les modifications qu'ils subissent à travers les âges, dépendent principalement de la nature du sol, de son climat, de sa température, de sa configuration. Or, ce sont les masses soulevées en montagnes, qui généralement ont été dépouillées de leurs terres pour en couvrir les vallées et les plaines; ce sont les directions de leurs axes principaux et celles de leurs ramifications latérales, qui déterminent la configuration des surfaces, et qui, comme l’observe le savant Humboldt, en divisant les pays en bassins, en vastes cirques, individualisent et diversifient le climat des plaines, sous les rapports de la chaleur, de l'humidité, de la diaphanéité de l'air, de la fréquence des vents et des orages. Sous un autre point de vue, ce sont ces divisions naturelles qui ont ordinairement servi de base aux divisions politiques. Nous les prendrons done aussi pour base des divisions de cet ouvrage.

Parmi toutes les chaînes de montagnes qui circonscrivent les diverses contrées de la terre, il en est une qui est la principale, et avec laquelle se coordonnent toutes les autres chaînes.

Cette chaîne principale, qui forme le relief dorsal du globe, part du détroit de Béring, comme d’un centre de rayonnement, s’écarte dans deux directions symétriques vers l'hémisphère austral, et atteint, par l’une, dans toute la longueur des deux Amériques, le cap Horn, dui sépare deux océans, le Pacifique et PAtlantique, et, par l’autre, à travers toute l'Asie et l'Afrique, le cap de Bonne-Espérance , qui sépare aussi deux océans , l'Atlantique et l'Indien.

En se développant ainsi dans le sens de la plus grande longueur de l’ancien et du nouveau continent, ce relief dorsal les divise naturellement, chacun, en deux vastes régions, inclinées l’une vers l’autre, en pentes courtes et rapides vers l'océan Pacifique et la mer des Indes, et en pentes allongées et douces vers l'océan Atlantique ;. de sorte que cette double inclinaison symétrique des deux versants est assez exactement dans le rapport de la similitude de leur forme et de la différence de leur exposition.

La ligne d’intersection qui passe par cette arête primordiale, limite commune des deux grandes régions du globe, est donc aussi la limite naturelle de deux ciels, de deux climats, de deux zones géologiques différentes; les plantes, les animaux, les hommes y appartiennent à des variétés, à des tribus, à des familles généralement distinctes ; les mœurs, les usages, les costumes, tout ce qui constitue ce que nous appelons civilisation, y est donc aussi généralement caractérisé par deux grandes

causes principales, par deux grandes formes naturelles et historiques variées à l'infini dans l'unité de la création.

L'Océanie, étoilée d'îles, comme le ciel de mondes, regarde les deux grands continents qui se courbent majestueusement autour d'elle, tandis qu'elle se resserre fortement au détroit de Béring, vers les terres Aretiques, et s'ouvre immense au sud vers les terres Antarctiques.

Nous conformant donc aux grandes divisions naturelles du globe, nous déerirons les mœurs, les usages et les costumes des peuples qui habitent actuellement l'un et l’autre versant oriental, l’un et l’autre versant occidental, dans l’ancien et dans le nouveau monde. Nous visiterons ensuite l'Océanie et les régions glaciales.

Nous ferons précéder nos études sur chaque peuple de notions géographiques et historiques, pour autant qu'elles serviront à expliquer ses mœurs, ses usages et ses costumes. Ces esquisses géographiques, simple expression générale du système des formes terrestres , toucheront avec réserve à la constitution géologique, à l’histoire naturelle et aux divisions politiques. Quant aux esquisses historiques, elles n’auront aussi que peu d’étendue; mais afin que l'histoire de tout peuple puisse se coordonner avec celles de tous les autres peuples, comme leur existence l’a toujours été dans l'unité de la vie universelle, nous avons cherché les limites des grandes périodes distinctes pendant lesquelles les diverses fractions sociales prennent des idées et des formes caractéristiques nouvelles sur toute la surface de la terre. Or, ces idées et ces formes nouvelles reparaissent invariablement tous les cinq cents ans, à partir de Jésus-Christ, soit en remontant, soit en descendant les siècles. Telles seront donc aussi nos divisions périodiques dans l’histoire de chaque peuple : elles s’ouvriront du j1°'au vi, du vit au x1°, du xI° au xvi°, du xvI° au xxI° siècle…, avant ou après l'ère chrétienne. ,

Ainsi, cet ouvrage, dans son objet spécial, sera, en quelque sorte, l'expression des rapports qui existent nécessairement entre deux faits principaux : la configuration extérieure du globe terrestre, dépendante d’une ligne orographique primordiale, et.la périodicité quingintenaire, déduite, non de raisons puisées dans l’histoire de tel ou tel peuple, mais des grandes formes caractéristiques sous lesquelles la civilisation s’est manifestée par toute la terre et dans tous les âges. Ces trois faits : la ligne orographique primordiale, projetée dans le plan primitif de la création du globe terrestre, la périodicité quingintenaire qui caractérise le développement de la civilisation, et enfin les rapports entre cette ligne et cette périodicité, lesquels déterminent le libre exercice de nos facultés physiques, intellectuelles et morales, ainsi que les fonctions spéciales de chaque peuple dans l’ensemble de la vie humaine; ces trois faits fondamentaux que la science n’a point encore systématisés , seront rapidement esquissés dans notre ouvrage, et lui donneront, nous l'osons espérer, ce caractère d'unité, d'universalité, de précision et d'intérêt que l’on cherche en vain dans les nombreuses compilations sur la même matière.

La chaîne principale qui traverse l’ancien continent dans sa plus grande longueur, appelle toute notre attention.

Elle commence au détroit de Béring par le cap Oriental, extrémité nord-est de l'Asie, et point de séparation de deux océans, le Glacial au nord, et le Pacifique au sud.

La ligne qui passe par l'axe longitudinal de cette chaîne court d’abord au sudouest, sous le nom de Stanovoï (monts solides), jusqu’au massif de Kenteï, berceau de Tchinggis-Khan, le plus fameux conquérant du monde; ce massif est situé par longitude 116°, latitude 490.

La ligne de séparation tourne ensuite à l’est par les hauteurs sablonneuses du Kéroulen, pour rejoindre, à angles droits , les Khang-Khaï (monts royaux), qui descendent au sud jusqu’au 41° parallèle.

A partir de ce point la ligne reprend sa direction générale vers le sud-ouest, par les sinuosités des monts In-Chan (montagne bleue), Holang-Chan et Nan-Chan (montagne du sud) ou Siué-Chan (monts neigeux) qui s'élèvent au-dessus du beau lac de Khoukhou-Noor. Les Siué-Chan tournent ce lac à l’ouest et gagnent vite les sommets de l'Amié-Maldzin-Mousoun-Oola (montagne des treize patriarches), dont les pentes méridionales se relient à la base des Kuen-Lun (colonnes du ciel), l’une des plus formidables aspérités du globe, commençant par longitude 96° 45”, latitude 36° 20.

Les Kuen-Lun filent à l’ouest entre les parallèles 35 et 56 ; leurs proéminences principales sont : Le Baïn-Khara (mont noir et riche), dont les sept pics de glace s’élèvent par longitude 95°, et le Sighin-Oulan-Tolokaï-Oola (montagne de la tête rouge de Sighin), par longitude 870. A leur extrémité, nommée Thsoung-Ling ou Tartach- Davan (chaîne des oignons), les Kuen-Lun se rattachent à la base du plateau de Pouchti-Khour , que domine l’énorme pic du Bami-Daniah (toit du monde), situé par longitude 70° 40”, latitude 36° 30".

A partir du Bami-Daniah, la ligne continue son mouvement à l’ouest par l'Hindou- Khouch (Caucase indien}, par les monts du Khorassan, par l’Elbourz, qui serre au nord la mer Caspienne, puis par les crêtes arides de l’Aderbaïdjan , qui se montrent entre cette mer et la mer Noire, et se rattachent au mont Tcheldir. Vers leur point de jonction, ces deux chaînes couronnent les lacs d’Ourmiah et de Van, et sont dominées au nord par les deux majestueux pitons de l’Ararat, toujours couvert de neige, toujours vénéré comme le refuge de l’arche sainte, dernier espoir du genre humain.

Plus au nord , on aperçoit le pic de l'Elbrouz qui divise en deux parties la grande

ceinture rocheuse du Caucase européen. La partie occidentale fait ici séparation entre l’Asie et l'Europe.

- La ligne principale, reprenant , au nord d’Erze-Roum, la direction sud, suit PAnti- Taurus, puis le Liban, passe par le mont Tabor, par les ruines de la Maison-de- David , et par la colline du pauvre village de Bethléem, le berceau de l'Homme-Dieu, ainsi placé aux confins des deux mondes qu’il devait sauver. Les dernières ramifications du Liban, collines sablonneuses, gagnent l’isthme de Suez, qui unit l'Asie à l'Afrique.

De ce point elle prend la chaîne des Troglodites (habitants des cavernes), qui couvre de ses blanches falaises les côtes occidentales de la mer Rouge, autre séparation de l'Asie et de l'Afrique; elle pénètre ensuite en Éthiopie et atteint le plateau d'Anaria (pays haut) et celui de Donga dans la chaîne d’El-Kamar (montagne de la lune), qui développe un immense croissant à l’ouest, jusqu’au grand nœud que Ptolémée appelle Arangas , situé au centre de l'Afrique, vers longitude 240 30’, latitude 1° 40’. De là elle passe l'équateur et descend toujours au sud, à travers des régions encore inconnues aux Européens; mais les grands fleuves qui y ont leurs sources et qui portent leurs eaux, à l’est dans l'océan Indien, et à l’ouest dans l’océan Atlantique, doivent faire supposer qu'il y a là un relief dorsal fort élevé. Telle est du moins l'opinion des grands géographes modernes.

Tout à fait au sud, la ligne, arrivant dans des contrées visitées ou habitées par les Européens, suit le faîte des chaines nommées Sneeuw-Berg (mont de neige) et Nieuw-Veld-Berg (mont du nouveau champ), dont le prolongement s'étend jusqu’au cap de Bonne-Espérance, qui sépare deux baies fameuses, la False-Bay, au sud, et la Table-Bay, au nord, et deux océans, l’Indien et l'Atlantique.

C'est ici le terme de la grande arête sur laquelle sont adossés les deux immenses versants de l’ancien continent, l’un au sud-est, l’autre au nord-ouest. Leur position relative nous autorise à les appeler : le premier, versant oriental ; et le second , versant occidental.

Toute la partie moyenne de cette arête domine un immense désert, qui se développe à la base, tantôt au nord, tantôt au sud, sur une largeur de 200 lieues : à l’est, c’est le désert de Kobi, qui se prolonge sous le 44° parallèle jusqu’à l'océan Pacifique; à l'ouest, c’est le désert de Sahära, qui s'étend sous le tropique du Cancer, jusqu’à l'océan Atlantique. Le grand désert prend donc à revers tout l’ancien continent dans sa plus grande largeur, comme l'arête dorsale le partage dans sa plus grande longueur. Quelles puissantes influences ces deux grandes formes géographiques ne doivent-elles pas exercer sur les phénomènes de la vie et de la végétation !

Le versant oriental s'incline, à l’est, vers l'océan Pacifique; au sud, vers l'océan Indien. Le versant occidental penche, à l’ouest, vers l’océan Atlantique, et , au nord, vers l'océan Glacial Arctique.

La plus grande longueur de l’ancien continent, entre les deux extrémités de son arêle dorsale, est d'environ 2500 myriamètres; sa plus grande largeur , depuis l'océan Pacifique, en suivant le grand désert , jusqu’à l’océan-Atlantique, est à peu près sa demi-longueur. L'une forme la moitié et l’autre le quart de la circonférence du globe. Sa superficie est un peu plus de la moitié de celle de toutes les terres, et sa popula- Uon est quatorze fois plus considérable que celle de toutes les contrées du nouveau continent.

En jetant un coup d'œil plus précis sur les relations de position et de grandeur qui existent entre les trois grandes divisions de l’ancien continent, on remarque que l'Europe est plus de quatre fois plus petite que l'Asie, et près de trois fois moindre que l'Afrique , qui elle-même n’est qu'un peu plus de la moitié de l'Asie. Leurs limites

ANCIEN CONTINENT. g

sont aussi assez bien caractérisées : l'Afrique, séparée de l'Europe par la mer Méditerranée et de l’Asie par la mer Rouge, tient à cette dernière partie par l’isthme de Suez , qui a 25 lieues de largeur ; l'Europe est aussi séparée de l'Asie par l’Archipel grec, par la mer de Marmara et par la mer Noire; mais elle y tient par le dos transversal de l'Oural (ceinture), qui, depuis la mer Glaciale, suit à peu près le 57e méridien, jusqu'au nœud des montagnes de Krasnaïa, situé par longitude 56° 10’ et latitude 53° 45’; de ce nœud se détache l’Obchtcheï-Siert qui, tournant à l’ouest la mer Caspienne, aborde, en collines abaissées, celles du Volga ; celles-ci se rattachent, par l'Irgeni et le Bech-Tau (cinq monts), à la base schisteuse de l’Elbrouz , que nous avons déjà vu dans le Caucase européen. Des raisons, prises de la nature du terrain et de l’histoire des mœurs , nous obligent à rapporter à l'Asie tout le bassin de la mer Caspienne, moins la partie supérieure du cours du Volga. En un mot, l’ancien continent est composé du vaste corps asiatique poussant l'Europe à l’ouest et l'Afrique au sud-ouest, comme ses deux plus grandes formes péninsulaires.

La chaîne principale que nous avons décrite, hérissée de sommets et de pics couverts de neiges éternelles, rarement brisée, s’affaisse en quelques endroits, jusqu’à ne plus former que de faibles éminences ; mais, en général, son élévation moyenne est d'environ 2000 mètres.

Elle n'est traversée, dans toute son étendue, par aucun cours d’eau. De sa base rayonnent toutes les chaînes secondaires qui s’en vont sillonner l’un et l’autre versant, et en tracer les grandes divisions physiques et politiques, jusqu'aux mers extérieures. De ses flancs jaillissent les sources de la plupart des fleuves qui arrosent chacun des deux versants. Enfin, chose bien remarquable et qui appellera sans doute de nombreuses et sévères vérifications, c’est que le mouvement général de l’espèce humaine, ainsi que celui des animaux et des végétaux, s’est constamment opéré selon l’axe longitudinal de cette chaîne primordiale dirigée obliquement à celui du globe; tandis que les tribus et les familles ont suivi, dans leurs émigrations, les axes des chaines secondaires. Les notions historiques qui seront esquissées dans cet ouvrage, témoigneront de cet imposant phénomène par lequel se révèlent à un si haut degré les rapports qui existent naturellement entre l’histoire de l’homme et celle de la terre qu’il habite.

La direction générale de la chaîne continentale et celle du grand désert, comparées avec les lignes physiques des climats, donneraient lieu à des observations d’un grand intérêt. Par ce mot climat nous entendons, avec les gens” du monde et les physiologistes, non-seulement la division que l’on a faite de la surface du globe en trois grandes zones circulaires, la zone torride, la zone tempérée et la zone glaciale, par rapport à la distribution de la chaleur , au nord et au sud de l'équateur ; mais encore l’ensemble de toutes les circonstances physiques attachées à chaque localité : ainsi, le climat de Bruxelles n’est pas celui de Liége, ni celui de Gand, ni celui de Londres, ni celui de Péking; chacun de ses faubourgs a même un climat différent. L'individu qui émigre du lieu où il est né, où il a grandi, où son corps, son esprit et son cœur ont été, pour ainsi dire, moulés, façonnés, ne trouvera nulle part un concours de circonstances extérieures qui soient toutes et de tout point identiques à celles qu'il abandonne. Dans sa nouvelle résidence, il aura toujours, du plus au moins, un acclimatement à subir, c’est-à-dire que son organisation devra, par des modifications, ici légères, là profondes et périlleuses, se meltre en harmonie avec la nouveauté des conditions extérieures d'existence. Les animaux, les végétaux, tous les êtres organisés, sont également soumis, selon leurs espèces, aux mêmes causes de développement originel et de modifications accidentelles. Or, l’activité combinée de tous ces agents phy-

siques doit correspondre, dans ses résullantes générales, avec les dispositions originelles des trois races humaines, et, dans ses résultantes particulières, avec celles des diverses fractions de ces races : à chacune sa tâche dans les épreuves réservées à l'espèce entière. Dieu a tout harmonisé dans l’œuvre de la création. Jusque-là s'étend la puissance de l’homme dans la plénitude de sa liberté, mais jusque-là seulement.

Ne pouvant songer à aborder ici celte haute question de climatologie, si simple dans ses résultats, mais si complexe dans ses causes qui ressortissent spécialement à la configuration de la surface du globe, nous nous bornerons à considérer le climat sous le rapport de la température, un des plus énergiques moyens dont la nature dispose pour modifier l'organisme et agir sur les mœurs.

Les deux parties de la zone torride comprennent les climats très-chauds; les deux zones tempérées ont été, depuis peu, en vue d’une appréciation plus rigoureuse, partagées, chacune en trois parties : la première partie s'étend depuis le tropique jusque vers le 36° et même le 40° parallèle, et répond aux climats chauds ; la deuxième est intermédiaire jusque vers Le 55° parallèle, elle offre les climats tempérés; la troisième atteint le cercle polaire et donne les climats froids; au delà, sous les zones glaciales, ce sont les climats frés-froids. Chaque localité a son climat propre, comme ses plantes et ses animaux, comme ses populations relatives, avec des mœurs, des usages, des costumes qui sont inhérents; mais dans une même zone climatologique, tout s’harmonise généralement dans l'unité de la zone qui, de l’orient à l'occident, enveloppe la circonférence du globe, de la même manière que les climats s’harmonisent entre eux sur sa surface entière. Ainsi, par exemple, il y a moins de différence entre la flore du nord de la Chine et de Mandchourie et celle de la France, sous le 3° climat, qu'entre la flore de la France et celle du sud de l'Italie, sa voisine, placée sous le 2e climat. Les habitudes, en tenant compte, bien entendu, de la différence ou de la similitude des races, sont aussi généralement dans les mêmes rapports : voyez, pour ne citer qu'un seul fait, quelle ressemblance frappante entre certain costume de nos dames, celles du moyen âge surtout, et celui des dames chinoises!

En allant au sud ou au nord, tout présente des modifications plus tranchées, jusqu’au 4e" climat, où le nègre, sous un soleil brülant, se loge avec toute sa famille dans les épais bananiers qui le nourrissent; jusqu’au 5e climat, où le lapon s’abrite des rigueurs de l'hiver, sous les peaux de ses rennes qui lui fournissent aussi sa prin- : cipale subsistance.

Voyons donc rapidement les conditions dans lesquelles se trouve la grande famille humaine sous chacun des cinq climats de notre continent.

40 Ce vaste continent, placé sous toutes les latitudes, a les climats très-chauds de la zone torride à la partie moyenne de l'Afrique et à la partie méridionale des grandes péninsules de l'Asie : ces contrées exposées aux feux d’un soleil vertical, avec des jours et des nuits d'égale durée, offrent dans quelques parties üne surface sèche et brûlée, ailleurs la plus magnifique végétation. C’est la région des fruits les plus savoureux, des forêts parées d’une éternelle et ravissante verdure, des fleurs au plus brillant éclat , des aromates et des médicaments les plus précieux, des oiseaux au plus étincelant plumage; c’est aussi la patrie des éléphants, des rhinocéros , des girafes , des autruches , des crocodiles , des énormes serpents, des reptiles les plus repoussants et les plus dangereux, des insectes les plus nuisibles, des quadrupèdes à l’instinet le plus farouche, aux formes les plus massives. Qu'on se garde toutefois de penser, dit un physiologiste moderne, que le maximum de la chaleur y soit plus élevé que dans les climats tempérés. On éprouve souvent à Paris et même en Sibérie des chaleurs aussi fortes que sous la zone torride ; mais celles-ci ne baissent guère, année commune,

que de 4° à 5° au milieu du jour; peu importe ensuite que de midi à l'aurore, qui a lieu vers 5 à 6 heures du matin, et qui est l'instant le plus froid de la journée, il puisse y avoir une différence de 10° à 12 ; toujours e$t-il néanmoins que le minimum de la température intertropicale doit encore être considéré comme une chaleur assez forte comparativement aux autres climats. L'air, plus dilaté qu’en d’autres régions, se charge de beaucoup de vapeurs qui se précipitent, l’élé en abondantes rosées, et l’hiver.en pluies qui forment des torrents. Il tombe annuellement environ 70 pouces d’eau sous les tropiques; on n’en recueille guère que 18 à 20 pouces en Europe. La constante régularité des vents qui règnent dans ces contrées les individualise aussi d’une manière remarquable : sur le versant occidental de l’Afrique , ils viennent de l'Atlantique; sur le versant oriental, ils arrivent de l'océan Pacifique. Ces derniers sont Jes vents alixés qui, soufflant perpétuellement de l’est à l’ouest, se font sentir jusqu’à la chaine dorsale en Asie et la frappent perpendiculairement en Afrique; tandis que les moussons règnent le long des côtes asiatiques, alternativement depuis le 45 octobre, pendant six mois, du nord-est, et, pendant les six autres mois de l’année, du sud-ouest. Comment, sous l'influence continuelle d’un tel climat, la constitution de l'homme échapperait-elle à de profondes modifications? aussi les indigènes des régions équatoriales portent-ils une empreinte qui les distingue, au premier aspect, et pour l'observateur le plus superficiel, d'avec ceux des pays froids et même des pays tempérés. Ge sont tous des hommes à peau fortement basanée ou à peau noire. Ce qui est surtout remarquable en eux, c’est la précocité des sexes. Les filles sont nubiles à huit ou dix ans ; grand’mères à vingt-cinq, elles sont vieilles et fanées à l'âge où les Européennes réunissent à tout l'éclat de la beauté les charmes de l'esprit. De là, comme Montesquieu le fait observer , résultent des conséquences déplorables relativement aux droits respectifs de l’un et de l’autre sexe, dans l’ordre social. Les femmes dont les attraits physiques périssent avant le développement de la raison, ne peuvent être pour l’homme que des jouets, et jamais des amies ni d’intimes compagnes. Elles vivent condamnées à un état d’abjection et d’esclavage, parquées et nourries dans des harems, à l'instar d'animaux domestiques. Le système nerveux y manifeste une irritabilité excessive. Les passions exaltées et violentes y règnent : vengeances atroces, jalousies sanguinaires, tragiques amours , ce sont là des scènes de chaque jour. Les esprits, dominés par l'imagination, se complaisent dans les fables, dans les allégories, dans un langage figuré et métaphorique. En opposition avec les grandes formes des végétaux et des animaux de ces pays, mais en corrélation avec la susceptibilité nerveuse de la constitution des habitants, ceux-ei y ont en général des formes maigres et sèches et des forces musculaires peu intenses. De savants voyageurs ont constaté , à l’aide du dynamomètre, que les hommes de la zone torride le cèdent aux Européens quant à l'énergie des muscles. Il ne faut pour nourrir de tels hommes que des aliments légers et en petite quantité, Légers aussi et fort rares sont leurs vêtements: uné coiffure en ombrelle, un morceau de toile, des feuilles, des plumes, le ‘simple tatouage, leur servent d’abri, de parure ou de distinctions honorifiques.

20 La zone tempérée du sud ne comprend que lapartie méridionale de l'Afrique; mais celle du nord, à partir du tropique du Cancer qui passe à l’ouest par l'axe du désert de Sahâra, étend son climat chaud, en Asie jusqu’à la partie moyenne du relief dorsal, et en Europe sur les côtes méridionales. Sous ce climat chaud, il y a un véritable hiver, une saison des frimas; mais cet hiver est court et peu rigoureux. La saison des chaleurs est la saison dominante. C’est une sorte de transition ménagée et graduelle à celle du climat tempéré proprement dit. La végétation y est presque aussi luxuriante

que celle des contrées intertropicales, et la plupart des végétaux et des animaux

ASIE, J o)

originaires de ces mêmes régions, peuvent encore s’y habituer en plein air. Les populations offrent, dans leurs attributs physiques et moraux, plus d'un trait de ressemblance avec celles des climats très-chauds et des climats tempérés. Les costumes s’y montrent aussi sous ce double rapport d’analogie. La chaleur, moins permanente et moins constamment élevée qu’entre les tropiques, y a moins profondément modifié l'organisme. Il se prête par conséquent avec assez de souplesse à l’acclimatement, soit dans les régions torrides, soit dans les régions froides. Les indigènes des régions tempérées et froides trouvent ici des influences bienfaisantes et salutaires.

3° Dans le climat où nous vivons, climat tempéré, qui occupe la partie intermédiaire de la zone tempérée , l’année se distribue naturellement, sous le rapport de la chaleur et de la végétation, en quatre saisons bien distinctes , de durée à peu près égale. I comprend toute la partie moyenne de PAsie et de l'Europe. L'hiver, quoique plus long et plus caractérisé que dans les climats chauds, est encore assez modéré; mais les différences thermométriques y sont extrêmement variées, et justifient une infinité de précautions hygiéniques dans les habitudes’et les costumes des peuples qui vivent sous ce climat. Transition entre le climat chaud et le climat froid, il n’offre , dans la végétation , ni le luxe de l’un ni le commencement d’appauvrissement de l'autre. Les plantes des climats très-chauds y végètent rabougries et souffrantes dans nos serres ; hommes et animaux venus de ces climats succombent inévitablement à la phthisie pulmonaire, qui moissonne aussi une partie considérable des indigènes; en revanche nous échappons rarement chez eux à l’inflammation chronique du foie. Au reste , il faut bien que l’homme, comme les animaux et les plantes, cédant aux exigences physiques des localités, s’ÿ modifie proportionnellement : à cette condition seulement, il est cosmopolite. Les êtres qui sont partout les mêmes appartiennent aux moins élevés dans l'échelle de l'organisation. Les animaux microscopiques paraissent être semblables partout ; puis un grand nombre de plantes marines sont identiques dans l'univers.

4e Le climat froid comprend la région septentrionale de l'Asie et de l’Europe. L'hiver y est toujours rigoureux et y a un règne plus long que l'été. Les vastes forêts de chênes et surtout de sapins , les immenses steppes de la Sibérie, les plaines sarmatiques, germaines et belges, contribuent à caractériser ce climat, sous lequel on remarque aussi des habitudes morales, des usages et des vêtements particuliers. Les indigènes sont en général des hommes robustes, d’une haute stature, à courage calme et impassible. Les exemples d’une grande longévité ÿ sont nombreux. Latémpératuré y exerce sur la peau une action décolorante. Ici, et dans le climat tempéré où se trouvent les conditions d’acclimatement les plus favorables pour toutes les régions de la terre, les hommes et les animaux manifestent aussi le plus de dispositions originelles à l’émigration. Aussi nous finissons généralement par nous plaire partout où nous nous transportons, et nos colonies sont aujourd’hui sur tous les points du globe ; tandis que les habitants des températures excessives refusent de vivre loin de leur terre natale, füt-ce même pour se fixer en de plus doux et de plus heureux climats." Nos animaux, le cheval, le bœuf, le chien nous suivent et s’acclimatent comme nous presque partout. Mais dans nos climats le renne du lapon périt de chaleur, et le chameau du nègre périt de froid. Aussi les hommes et les animaux les plus nombreux sont dans les zones tempérées; ils diminuent en quantité et en variétés à mesure qu'on s’avance vers le nord et vers le sud. Ceci explique la part presque exclusive que les indigènes de nos climats ont toujours prise dans le rude travail de la civilisation.

5° Le climat très-froid comprend les franges septentrionales du continent. Il n'y a là que deux saisons, l'été et l'hiver, qui se succèdent brusquement l’un à l’autre sans la

ANCIEN CONTINENT. Ai

douce transition d’un véritable printemps ni d’un véritable automne. L'été polaire, cet été pour lequel il n’y a pas de nuits, a des chaleurs excessives, pareilles à celles de l'été intertropical, mais il dure à peine trois mois, et se trouve encadré, sans nuances intermédiaires, entre neuf mois d'hiver. Pendant les longues nuits d'hiver, l'obscurité est diminuée par la clarté de la lune, par le vif éclat de l'aurore boréale et par la longueur des crépuscules. Mais quel hiver ! 35 degrés de Réaumur au-dessous de zéro, voilà le lot ordinaire; et ce n’est pas tout, le thermomètre descend souvent à — 50°, quelquefois même il est tombé à — 70°. Hommes, animaux, végétaux, tout est rapetissé, rabougri, engourdi, sous l’action constrictive de ce rude climat, qui imprime aussi son triste caractère aux mœurs, aux usages et aux vêtements des habitants. La vie finit même par s’y éteindre sur la terre et dans l'atmosphère; mais au milieu des glaces et dans les abimes de l'Océan, elle reprend les proportions gigantesques des tropiques. Là se trouvent le féroce ours blanc et les lourds phoques, et Les énormes baleines, qui font entendre leur voix au milieu des muets habitants des eaux, et dont la chair, la graisse et les fanons attirent dans ces tristes soliludes nos hardis marins, ainsi que les pêcheurs indigènes.

Avant de quitter ce sujét que nous avons à peine efileuré, embrassons d’un seul regard tout notre continent dans le rapport de la civilisation. C’est sous le 2e climat qu'ont fleuri les grands empires de l'Inde, de la Perse, de l’Assyrie, de l'Égypte, de la Grèce, de Rome, de l'Arabie. Celui de la Chine s’y maintient encore aujourd’hui, mais il est peu rassuré sur sa durée. Le 3° et le 4° climat ont fourni ces hordes germaines, slaves, mongoles, mandchoues, turques, barbares et tartares toujours armées contre les empires du Midi, qu’elles ont fini par renverser violemment. Toutes ont fondé de grands États sur ces ruines ; mais c'était, chez les Germains et les Slaves, chez les Germains surtout, que devait apparaître une civilisation plus puissante, la civilisation actuelle. C'était chez eux et par eux que devait se constiluer définitivement la plus belle, la plus pure de toutes les religions, le christianisme, qu'ils ont aujourd'hui mission de répandre sur toute la surface du globe. Dans le 4°r et le 5° climat, ici, sous un ciel inclément, luttent sans cesse et à grand’peine, pour la satisfaction des premiers besoins de la vie, de rares indigènes, aussi dégradés d'intelligence que de physique; là, sous un ciel brülant, comblées des biens d’une nature prodigue, des familles plus nombreuses aiment à s'endormir sur les Lombeaux de leurs ancêtres, et, sans inquiétude du lendemain, font de la paresse leur félicité. Il y a de petites sociétés généralement misérables aux deux extrémités : au nord, elles sont hospitalières; au sud, féroces. Parmi les unes et les autres règne encore un grossier fétichisme. Mais le christianisme a pénétré chez elles, et les convie à une nouvelle existence.

Nous aurons souvent occasion de rappeler ces observations générales dans les articles spécialement consacrés à chaque peuple.

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