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MOTAUX GÉNÉRAUX. » « 67,174 152,530,000
Toutes ces évaluations numériques ne sont qu'approximatives. Les slatistique récentes que nous avons consultées donnent des chiffres qui diffèrent considérable ment entre eux pour plusieurs parties de l'Inde. Les pays de Boutan, Tawang el H'lokba, qui font partie de l'Inde, ont été compris dans les États tributaires de l'empire chinois (page 227).
BIRMAH.— L'empire birman comprend aujourd’hui l’ancien royaume d'Ava, le Pégou et d’autres cantons tributaires. Sa population, d’après la Gazette de Calcutta, est de 11,200,000 âmes. Elle n’est estimée par M. Burney qu’à 4,230,568.
Le climat est tempéré pour un lieu situé dans la zone torride : en novembre.Mle thermomètre s’y lient entre 12 et 24°; en mars et en avril, les mois les plus chauds de l'année, il est au lever du soleil, à 46°; à midi, à 30°. La fraicheur de la nuit, qui égale la chaleur du jour, passe pour produire un effet salutaire. La saison des pluies commence avec les premiers jours de juin et finit avec les derniers jours d'octobre: elles sont bien plus abondantes qu'au Bengale; les vents frais qui soufflent alors sont Lrès-dangereux pour les Européens. ; :
Les montagnes de l’est contiennent des richesses métalliques, notamment dufer qui est mal exploité, et des pierres précieuses, surtout de beaux rubis. On trouve de l'or dans le sable des rivières. Le nom de ce métal sert à exprimer tout ce qui appartient à l'empereur. Quand un Birman raconte que ce monarque a été informé de quelque chose, il dit : « Cela est parvenu aux oreilles d’or. » Celui qui a obtenu audience a été admis devant les pieds d’or; l'essence de rose a un parfum agréable au nez d’or.
On à rencontré du platine dans les lavages d’or. L'argent, le cuivre, l’étain,dle plomb, l’antimoine sont communs dans les montagnes du Laos; toutes ces mines sont exploitées par les Chinois, qui payent une redevance à l’empereur. Des carrières de marbre près d'Oummerapoura fournissent des blocs aussi blancs, aussi transparents que ceux de Carrare. ‘
Le riz fait la base de la culture. Dans les provinces du nord, on récolte du froment et dans le sud, du tabac et de l'indigo; dans les cantons montueux, le thé croit spontanément. Les forêts sont très-étendues et fournissent de beaux bois.
On à pu reconnaitre dans le royaume d’Ava des mammifères, des pachydermes, des reptiles, qui lui sont communs avec d’autres pays de l'Asie. L’ornithologie n’a offert jusqu'à présent qu'une espèce qui semble particulière à cette région. C'est une perruche, la plus petite que l’on connaisse et tout au plus grosse comme un moineau* son plumage est d’un beau vert; sa poitrine, sa gorge el sa queue d’un cramoisi brillant, et le dessous des ailes d’un bleu lustré et lisse. Cette perruche offre quelque analogie avec le jaseur de Bohéme. On parle aussi d’un scarabée vert et or, du plus grand éclat, dont les femmes du peuple se font des pendants d'oreilles.
La Birmanie a, comme l'Hindoustan, une espèce de fourmi dont la piqüre est douloureuse, D’autres fourmis ailées, des punaises vertes et des myriades d'insectes, y abondent; six ou sept semaines avant la saison des pluies, ils couvrent tout, les
tables, les meubles, les personnes, inondent les appartements, se mettent dans tout,
dans l'air qu'on respire, dans les mets qu'on mange, dans le vin qu'on boit. IL parait
du reste que cet assaisonnement imprévu ne répugne qu'aux Européens ; au lieu d'éviter les fourmis ailées, les indigènes en font d'amples provisions qu’ils préparent ensuite en conserves. Pour faire cette chasse avec fruit, il suffit de placer une grande quantité de plats remplis d'eau autour d'une lumière. Un autre fléau de ces contrées, c’est la racèdes corneilles, aussi criardes, aussi maraudeuses que celles de l'Hindoustan. Elles enlèvent des couvées entières sans que la mère puisse les défendre. Toute porte, toute croisée ouverte leur sert de passage; elles viennent dérober sous les yeux des convives. les œufs, le beurre, le pain qui leur sont destinés; elles infectent tout de leurs
ordures, véritables harpies, parasites effrontés, dont on ne peut se défendre qu’en fermant toutes les fenêtres.
La population se compose de Birmans (Mranma), de Pégouans (Talian), de Laociens, (Chan), de Karians, de Kains, de Mogs et d’autres tribus sauvages. Placée aux confins de la race jaune et de la race blanche, cette population est un mélange confus d'Hindous, de Mongols, de Chinois, de Malais et d’Arabes. Chaque tribu a son langage, ses mœurs, son culte et ses coutumes ; mais, selon M. Montémont, les Birmans, sous une infinité de rapports, révèlent leur affinité avec les Hindous, tandis que les Pégouans, les Siamois et les An-Namitains portent des marques plus profondes de ressemblance avec les Chinois. Les Birmans sont petits, robustes, agiles et bien faits; leur teint est bronzé; leurs cheveux sont noirs, rudes, plats et touffus. Les hommes ont presque tous sur la peau un tatouage cabalistique; c’est une honte que de n'être pas tatoué. Religion. —Les cérémonies des Birmans comme leurs dogmes participent à la fois dubrahmanisme et du bouddhisme; ainsi une femme morte en couches est, suivant eux, transformée en mauvais génie, et il faut l'exorciser. Pour accomplir cet exorcisme le mari marche en tête du convoi en agitant l'air avec ses armes, et se tordant comme un convulsionnaire. Quand on a constaté que la défunte est vraiment morte en couches, on prononce le divorce, puis on ouvre le cadavre d’où l’on extrait le fœlus; après quoi le mari fait trois fois le tour du.cercueil, retourne chez lui, et se lave la tête, pour ne reparaître qu'au moment de la combustion du corps.
Dans les funérailles d’un rahahaan ou pounghi (prêtre), on commence par embaumer lé cadavre : ensuite on le dépose dans un coffre plein de miel qui est fermé hermétiquement. Pendant ce temps tout se prépare pour la cérémonie. Au jour fixé, une foule immense encombre une plaine désignée d'avance : là est un char élevé sur lequel se dresse le bûcher qui doit recevoir le corps. À peine y est-il posé, que la foule se parlage en deux bandes, l'une cherchant à faire avancer Le char, l’autre à le faire reculer. Ce conflit n’a pas lieu sans horions vigoureux donnés ou reçus. Enfin la victoire reste au parti qui doit embraser le bûcher. D'ordinaire, on place le cadavre dans une espèce de mortier de bois rempli de poudre et de pièces d'artifice, et à un signal donné, le char, le bûcher, les débris du saint prêtre font explosion et sautent en l'air. Ge pieux devoir une fois rempli, le silence le plus profond succède à des acclamations bruyantes.
Le soin de brüler les cadavres est confié aux sandalas, les parias de la Birmanie. Ce sont presque toujours des criminels dont on a commué la peine. Ces sandalas, ainsi que les lépreux, les mendiants et les fabricants de cercueils, vivent sous la loi inflexible d'un grand de l'État, leur gouverneur et leur maître. Il taxe arbitrairement leurs villages, vend des permis de séjour, lève un impôt sur les maladies cutanées, et dans là personne des chefs de famille, et dans celle des enfants.
Une autre caste impure est celle des esclaves des temples, dont la dégradation est également héréditaire; on est souillé quand on s’assied ou quand on mange avec eux.
A Rangoun ou voit le Chou-Dagon, magnifique temple dédié à Bouddha ; adoré sou: le nom de Goutama. Ce temple à la forme d’une pyramide conique qui ressembl assez exactement à une grande cloche, posée sur des assises inégales et surmonté d'une flèche aiguë à ciselures; la pyramide, haute de 338 pieds anglais, est dorée elle reluit au soleil et jette au loin les plus vifs reflets. Autour du grand templ se dressent en aiguilles une foule de praws ou petites pagodes flanquées de figure: monstrueuses, semblables aux sphinx d'Égypte, el qui tantôt ont des têtes d'hommes tantôt des têtes d'animaux. Quand l’un de ces praws dédiés à Goutama tombe en ruine au lieu de le restaurer, on en élève sur-le-champ un autre à ses côtés, de sorte que l'avenue de la grande pagode est toute bordée de ces gracieux monuments.
Cet ensemble de flèches et de petits édifices en parasol où s’abritent les fidèles, ces diverses parties de constructions, chargées de dorures et de mosaïques presque symé triques dans leur irrégularité, saisissent le regard et imposent l'admiration. Non lôin du sanctuaire est une énorme cloche qui a Sept coudées de hauteur, cinq de diamètre et douze pouces d'épaisseur. Une inscription en langue pali, gravée sur l'airain del cloche, indique qu’elle a été inaugurée, vers 1780, par un prince du pays. “gl
La population de Pégou est presque entièrement composée de rahahaans: |
Les Kkioum ou maisons des rahahaans et les maisons des personnes de la haute classe sont ordinairement élevées de six à huit pieds au dessus du sol; celles des gens de la classe inférieure ne le sont que de deux à trois pieds. 2
À Pégou, comme à Rangoun, les seuls édifices bâtis en briques sont les maisons appartenant à l'empereur et les temples. Celui de Chou-Madou (temple du dieu d’or) est bâti sur une double terrasse. La tradition en fait remonter l'existence à plus de deux mille ans. Près du temple trois grosses cloches fort bien travaillées sont Suspendues à peu de hauteur à quatre colonnes: des bois de daim sont épars tout autour. Les personnes que la dévotion attire en ce lieu prennent une de ces cornes, et frappent alternativement la cloche et la terre trois fois : c’est pour annoncer à l'esprit de Gaoutama l'approche d’un suppliant. | | RU
» Il y a, au pied de la pyramide sacrée, plusieurs bancs peu élevés, sur lesquels quiconque vient prier place son offrande: elle consiste ordinairement eu riz cuit, en confitures, en cocos frits dans l'huile ; le fidèle ne s'inquièle pas ensuile de ce que cela devient, et souvent les corneilles et les chiens sauvages dévorent ces mets en si présence, sans qu'il ose les en empêcher. NE à
» Indépendamment des grands temples des deux terrasses, leur surface en offre une infinilé de petits qu'on laisse Lomber en ruine: la terre est parsemée d'innombrables images de Goulama. Un Birman pieux qui achète une idole la fait d’abord consacrer par les rahahaans; il la porte ensuite au temple qui lui convient le mieux, et il la dépose soit sous l'abri d’un kioum, soit en plein air, devant l'édifice : dès ce moment, peu lui importe ce qu'elle devient : il pense que c’est à la divinilé à prendre soin d'elle-même
» Quelques-unes de ces idoles sont faites avec du marbre qu’on trouve dans le voisis nage de la capitale de l’empire, et qui peut prendre un très-beau poli ; il ÿ en a beat coup en bois doré, et un petit nombre en argent; ces dernières ne sont pas laissées‘en plein air comme les autres. L'argent et l'or ne s'emploient guère que pour faire des dieux domestiques. "
» On voit sur les deux terrasses un certain nombre de longs bambous fichés en terre, et portant à leur extrémité des drapeaux blancs et ronds; ils sont placés là par les rahahaans, et sont des emblèmes de la purelé et de la sainteté de leurs fonctions: Le
bambou est terminé par la figure d’une oie sauvage, symbole des nations birmanéet pégouane,.
‘Le saïra-da ou supérieur des rahahaans de Pégou, a sa demeure au milieu d’un posquet de tamariniers, à cinq milles à l’est de la ville. C’est dans ces bosquets agréables que ces prêtres se consacrent à la retraite et à l'éducation gratuite de la jeunesse. MAI milieu d'une de ces délicieuses retraites, près de la jolie ville de Miaïday, on voit un grand hangar en bois sous lequel un massif en maçonnerie soulient une table de granit gris posée horizontalement , longue de 6 pieds et large de 5; elle offre l’em-
rente du pied de Goutama. Sa surface est sculptée en plus de cent compartiments contenant chacun une figure symbolique. Deux serpents entrelacés semblent pressés sous le talon , et cinq coquilles forment les orteils. On trouve une figure semblable sur uh rocher du pic de Ram dans Ceylan; suivant une ancienne tradition conservée cher les peuples qui adorent Goutama, il avait posé un de ses pieds sur cette île et l'autre sur le continent.
Leplus Magnifique de ces couvents est celui d'Oummerapoura, non moins remarquable par Son architecture extraordinaire que par les ornements et la profusion d’or qui le décorent. Il est entièrement en bois, et ses cinq élages de toits diminuent de grandeur én proportion de leur élévation. Il est soutenu sur 150 poteaux de bois. Les colonnes dé l'intérieur ont 50 pieds de haut, et sont dorées jusqu'à quatre pieds de la base. Des dévots sont constamment prosternés sur la galerie qui fait le tour de cet édifice. Les rahahaans vont pieds nus et la tête découverte. Un long manteau jaune leur enveloppe presque tout le corps. Ils observent un célibat rigoureux. Celui qui enfreint celle règle est expulsé du kioum et puni d'un châtiment qui l’expose à la dérision publique. Après lui avoir barbouillé le visage de noir, on l’assied sur un âne et on lé promène dans toutes les rues au son du tambour.
“On compte à Rangoun 300 chrétiens de la communion romaine.
Gouvernement: — L’orgueil du despotisme asiatique ne se montre nulle part avec dulant d'arrogance que sur le trône des Birmans. Voici les titres du souverain : « Des lieux où le soleil se lève et de la contrée orientale nommée Chabudu, le maitre de la lérreet des eaux, l'empereur des empereurs (et si l’un d'eux était assez insensé pour oser attaquer, mieux vaudrait pour lui que le feu du ciel Peût anéanti!), le seigneur léplus humain et le plus heureux, l'espoir de ‘toutes les nations, le possesseur des éléphants, des chevaux et de tous les trésors, roi des palais d'or, le plus grand et le plus puissant des souverains, le seul dont les pieds dorés reposent sur la tête du peuple. » ;
Quand Symes vint en ambassade, Oummerapoura était la capitale de l'empire; du temps de Crawfurd, l'empereur l'avait transporté à la ville d’Ava, l'ancienne résidence. “Ar est entouré d'un mur en briques; le palais n'a été terminé qu'en 1824. Il se distingue des autres habitations par son élendue et son ordonnance. La salle d’audiehée, quoique peu conforme aux idées des Européens sur l'architecture et Îles ornements ; est réellement magnifique, brillante et d’un effet imposant; sa longueur est de 120 pieds et sa largeur de 90. Avant dé recevoir M. Crawfurd, il n’est sorte de chicanes d'étiquette qu’on ne lui ait cherchées : tantôt on le faisait déloger parce que samiaison se trouvait par hasard plus haute que le pavillon de S. M. aux pieds d'or, ce qui était un manque de respect; Lantôt on refusait d'aller s’aboucher avec lui, sous le prétexte que la cour d’Ava n'avait point de seigneur d'aussi mince aloi que envoyé britannique. Enfin, après de longs débats et des conférences plus longues encore, un traité de vingt-quatre articles fut réduit à quatre, el le monarque signa. Il s’y prêta même d'assez bonne grâce, car ses ministres lui avaient fait accroire que M. Crawfard vénait lui demander pardon des triomphes de ses compatriotes, lui restituer les proviïcés conquises et lui faire la remise du tribut consenti, Plus lard, mieux informé, il
eut un accès de fureur contre ses conseillers, se jela sur eux avec Sa lance, et les en eût percés s'ils n'avaient pris le parti de sauter par le balcon de la salle d’audience. | + hÀ | re Ces actes de brutalité étaient, du reste, de tradition à la cour d'Ava, et semblaient fort à l’usage du souverain actuel. Plus d’une fois on le voyait distribuer des soufllelts à ses favoris ou leur tirer brusquement l'oreille; l’un d'eux, nommé Sarroa, poussa la complaisance jusqu'à lui servir de monture. L'empereur se plaçait sur lui à califour. chon, et lui passait dans la bouche, en guise de mors, une écharpe de mousseline, En d’autres occasions ses ministres se voyaient condamnés aux peines les plus sévères: pour une négligence, pour une faute, l’empereur les condamnait au ne fru n° ha l'han the, c'est-à-dire à l'exposition au soleil sur le dos, à midi, avec un poids énorme sur la poitrine. ire ilée L'empereur reçut M. Crawfurd dans la salle d'audience, au fond de laquelle s'élevait le trône à une hauteur de douze pieds. Le plafond et les colonnades reluisaient de l'or le plus éclatant. La légation fut introduite après s'être déchaussée; puis le monarque entra à son tour au bruit d’une musique bruyante. Il portait une tunique tissue d’or et semée de pierreries; sa couronne élait un casque d'or massif surmonté d’une spirale façonnée à l'instar d’une pagode bouddhique, et incrustée de rubis et de saphirs. Dans sa main était un chowrie (queue de chèvre blanche), emblème du pouvoir souverain. À l'aspect de Sa Majesté Birmane, tous les courtisans se prosternèrent trois fois la face contre Lerre : quant aux Anglais, ils se contentèrent d’un profond salut européenIl fallut recommencer cette cérémonie à l’arrivée de la reine qui prit place à la droite du trône, avec une robe ct une couronne étincelante de pierreries. LT Quand la formule eut été dite, quand le secrétaire d'État de la couronne birmane eut déclaré que le gouverneur anglais de l'Inde se mettait sous les pieds d’or du ‘trèsexcellent et glorieux souverain de la terre et des mers, on leva la séance et l’on procura à la légation le spectacle d’une fête indigène. À cette fête accoururent toutes des dames de la cour, avec leurs robes rayées de rouge, de vert et de blanc, et leurs vastes et flottantes écharpes ; la femme du premier ministre dans son char aux roues massives, à la cage en claire-voie, trainé par deux bœufs lestes et fringants; enfin une foule de nalifs des deux sexes qui encombraient un vaste enclos. Le programme de ces réjouis= sances fut long; on commença par des danses, des tours de bateleurs, des marionneltes; puis vinrent des courses de chevaux et d’éléphants, et des joutes sur l'eatt enfin des illuminations, et des feux d'artifice composés de fusées colossales. | Lois. — Les coutumes des populations birmanes sont assez douces ; mais leurs codes ont des lois de fer. La rigueur des châliments va jusqu’à la barbarie. Les moins sévères sont l'emprisonnement et les chaînes ; viennent ensuite le fouet, la mutilation, l'esclavage dans les temples; puis la mort, dont la forme varie suivant le caprice du juge le condamné peut être décapité, éventré, noyé, brülé vif, ou livré aux béles. Quelquefois on traverse la poitrine du palient avec un pieu aigu, ou on l’expose, sur les bords du fleuve, attaché à un poteau de manière que la marée le noie. La miseen croix et le plomb fondu versé dans le gosier sont en usage dans d'autres localités. Du reste ces suppliciés montrent une fermeté et un flegme stoïques. On a vu un déserteur manger une banane tandis que le boureau lui découpait les entrailles. Les prisonniers de guerre ne sont pas mieux traités que les condamnés; les Anglais même tombés entre les mains des Birmans pendant les dernières hostilités ne furent pas - plus ménagés que les autres. Des geôliers avides et cruelsles rançonnaient d’une façon impitoyable. Enfin, las d’exactions sans cesse renouvelées, ils voulurent refuser; maïs un horrible moyen fut employé pour les réduire. Les hommes de chaque chambrée
avaient les pieds enchainés à une longue poutre que des cordes ratlachaient aux murs de la prison. Une nuit, réveillés en sursaut, ils se sentirent suspendus la tête en-bas à la poutre qu’on avait hissée par l’un des bouts, de manière à former avec le solun angle de 45 degrés. Après être restés quelque temps dans cette position into- Jérable, ils capitulèrent avec leurs bourreaux, en se dessaisissant de leur dernière roupie. |
Les affaires civiles et les affaires criminelles suivent différents degrés de juridiclion; les frais de procédure sont, comme partout ailleurs, très-dispendieux. Des avocats plaident la cause des parties. La cour suprême est le lotou (conseil d'État); la rétribution d’un amiadozaan (avocat au conseil) est de 5 tackals (20 francs).
Les mariages sont des actes purement civils. La loi défend la polygamie; cependant elle permet les concubines, et n’en fixe pas le nombre. Un homme peut répudier sa femme dans certains cas déterminés; mais il lui en coûte une somme énorme pour faire prononcer le divorce.
Quand un Birman meurt infesiat, ses enfants légitimes héritent des trois quarts de son bien, mais non pas par portions égales; le quart restant appartient à sa veuve, quivest tutrice des enfants s’ils sont mineurs, et garde leur fortune jusqu'à leur majorité.
Les funérailles se font avec beaucoup de solennité et de grandes démonstrations de douleur. Le corps des gens riches est brülé; celui des pauvres est enterré ou jeté à la rivière.
La nation est divisée en six classes, qui sont la famille royale, les employés du gouvernement, les prêtres, les marchands, les laboureurs, les esclaves ; enfin viennent les gens hors de caste, comprenant les esclaves, les hommes qui brülent les cadavres, les exécuteurs des hautes œuvres, les geôliers, les lépreux et les femmes publiques.
Suivant la loi, le dixième de tous les produits appartient au souverain, qui a également le droit de prélever un dixième sur toutes les marchandises étrangères importées dans ses États. La totalité de ses revenus peut être évaluée à 45,600,000 francs. La plus grande partie des impôts est payée en nature; après qu’une légère portion a été convertie en argent, le reste est distribué comme il a été perçu, et sert de salaire aux agents du gouvernement. Les princes du sang, les grands officiers du gouvernement, les gouverneurs de provinces reçoivent en apanage des provinces, des villes, des villages et des fermes, et les hommes occupant des emplois inférieurs sont rétribués dela même manière par des concessions de terres ou de droits sur des marchandises ; en revanche, ils sont tenus au service militaire en cas de guerre, indépendamment de leurs devoirs à remplir comme officiers civils. C’est comme en Europe au temps du régime féodal.
Tout habitant de l'empire est soumis à la conscription militaire. On estime que larmée est de 35,000 hommes; mais ordinairement le monarque ne tient sur pied que sa garde, la garnison de la capitale et de quelques autres villes. La garde est composée d'infanterie et de cavalerie; les fantassins sont ärmés de sabres et de fusils; les cavaliers ont une lance de sept pieds, dont ils se servent avec beaucoup d'adresse. Leur costume est d’un très-bel effet.
Les chaloupes de guerre forment une partie importante des forces militaires de empire. Chaque ville considérable située sur une rivière est tenue de fournir un cerlain nombre d'hommes et une ou plusieurs chaloupes, proportionnellement à ses moyens. On fait monter leur nombre total à près de 500; elles portent à l'avant une Pièce de canon, et souvent des pierriers à l'arrière. Indépendamment des matelots
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armés d’un sabre et d’une lance quand ils ne rament pas, elles ont une troupe-de 30 fusiliers. La chaloupe royale est ornée et décorée avec une grande magnificence.
Les Birmans ont des esclaves; ce sont ou des prisonniers faits à la guérre, 6twdes débiteurs insolvables; la postérité dés premiers reste dans la servitude: les enfants des autres sont Lenus d’acquitter les dettes de leur père. 3
Costumes. — L'habillement de cérémonie des Birmans a de la grâce et de la noblesse : il consiste en une veste de velours ou de satin à fleurs qui descend jusqu’à la cheville, et a un collet ouvert et des manches larges. Par-dessus cette robe, ils ont'un manteau léger et flottant qui ne couvre que leurs épaules. Ils sont coiffés de hauts bonnets de velours tout unis ou brodés, suivant le rang de ceux qui les portent. Les boucles d'oreilles font partie de la parure des hommes. Les femmes nouent leurs cheveux sur le haut de la tête, et y ajoutent un bandeau dont la broderie marquesleur rang. Leur chémise ne passe pas la hanche; elles la serrent avec des cordons pour soutenir leur gorge. Une tunique courte, large et à manches serrées, recouvré une longue pièce d'étoile qui leur ceint les reins, et fait deux fois le tour de leur corps;"en trainant à terre. Quand les femmes d’un haut rang vont en visite, elles ont une ceinture de soie semblable à un long châle qui se croise sur leur poitrine, let‘ dont les bouts, rejetés sur leurs épaules, flottent avec grâce.
Les hommes et les femmes de la classe inférieure sont vêtus en toile de coton commune; une partie de leur corps reste à découvert. La mode de se tatouér les bras et les jambes s’est conservée chez ce peuple. L'usage des sandales est commun même parmi le peuple. »
Parmi les montagnards qui habitent les cantons baignés par le Kien-Douen, on remarque les Kaïns ; leur vêtement est en grosse toile de coton noire, celui dé femme beaucoup plus long que celui de l'homme, mais tous deux bordés de blanc, rouge et jaune. Symes en vit deux : l’homme avait en travers de l’épaule droite"une bandoulière à laquelle était attachée une gibecière ornée de cordons et de petits coquillages. L'un et l’autre étaient coiffés de turbans à peu près pareils à ceux des Birmans. Les glands de celui de la femme étaient faits du corps d’un insecte du genre bupreste. Elle portait des colliers et des bracelets de verroterie et de cauris: éllé avait le visage tatoué. +
Fêtes. — « Le 12 avril, dernier jour de l’année birmane, nous fûmes, dit M. Crawfurd, invités par le vice-roi à une cérémonie fort gaie qui se pratique dans toute l'étendue de l'empire. Afin de laver toutes les souillures de l’année qui finit et d'en commencer une nouvelle avec pureté, les femmes birmanes ont coutume, ce jour-là, de jeter de l’eau sur tous les hommes qu’elles rencontrent, et les hommes ont le droit de leur rendre la pareille. C’est une occasion de divertissement et de gaieté, surtout parmi les jeunes filles, qui, armées de pots et de grandes seringues, cherchent à mouiller les passants, et rient de bon cœur quand ceux-ci leur lancent une potée d'eau:
» Cet usage ne produit jamais la moindre action contraire à la bienséance; jamais on ne fait usage d’eau malpropre. Un homme peut jeter autant d’eau qu'il veut à une femme, si elle l’a arrosé la première; mais il lui est interdit de la toucher. Lorsqu'une femme avertit qu’elle ne veut pas être attéinte par l’aspersion générale, on la laisse passer tranquillement.
» Envirén une heure avant le coucher du soleil, nous arrivâmes au palais du gouverneur. Sa femme avait fait préparer tout ce qui était nécessaire pour le divertisse ment. Trois grands vases pleins d’eau, des jattes et de grandes cuillers étaient placés dans la salle d'audience. A notre entrée, on nous présenta à chacun une bouteille d’eaü de rose, dont nous versâmes quelques gouttes dans la main du gouverneur, et il les
Noble Birman.
Asie.)
jeta sur sa vesle, qui était d’une magnifique mousseline brodée. Alors sa femme parut à la porte, et annonça qu’elle ne voulait pas nous arroser elle-même. Mais sa fille ainée, jolie enfant, portée par une nourrice, tenait une coupe d'or dans laquelle il y avait de l’eau de rose et du bois de sandal, Elle en versa d’abord un peu sur son père, et ensuite sur chacun de nous. C'était un signal pour que l’eau partit de tous les côtés. Nous attendant à celte cérémonie, nous ne nous élions vêlus que de tuniques de mousseline. Une vingtaine de jeunes femmes, qui étaient entrées dans la salle, linondèrent sans pitié quatre hommes, qui ne pouvaient avoir que du désavantage dans un combat si inégal. Le gouverneur eut bientôt abandonné le champ de bataille. L'un dé nous s’empara d’un des grands vases de porcelaine, et, avec ce secours, nous nous défendimes assez longtemps. Les assaillantes riaient de bon cœur de nous avoir mis en désordre. Enfin, quand tout le monde fut bien trempé et bien fatigué, nous vetournimes chez nous pour changer d’habillement. Sur notre route, beaucoup de jeunes femmes auraient bien volontiers répété sur nous la scène des femmes du palais ; Mais, Comme nous ne les provoquions pas, elles s'abstinrent de nous jeter une goutte l'eau: elles s’en dédommagèrent sur les BirMans qui nous accompagnaient, et les inondèrent complétement. »
Chasses. —I1 y a tout près de l'antique île de Prome, sur la rive gauche de l'Iraouaddy, Manége impérial où l’on dresse les éléphants pris à la chasse. Voici comment elle se fait : les chasseurs montés sur des éléphants privés, exercés à ce manége, s'étendent sur le dos de ces animaux et s’introduisent ainsi, sans être aperçus, au milieu d'un W'oupeau sauvage; alors ils guettent l’occasion de jeter une corde avec un nœud coulint sur le passage de l'éléphant dont ils veulent s'emparer. L'autre bout de la corde éSl'ällaché au corps de l'éléphant privé, qui renverse aussitôt le sauvage; il s'ensuit uurrude combat dans lequel le premier, aidé par ses camarades, ne tarde pas à vaincre habitant des bois qui est abandonné de tous les siens. Il est ensuite emmené prison- 1er attaché fortement à deux de ses vainqueurs, landis qu’un autre marche devant lüiret qu'un quatrième le pousse par derrière. On emploie de si bons moyens pour le dompler, qu’en peu de semaines l'animal devient docile et se résigne à son sort. Les éléphants mâles sont ordinairement attirés par le cri des femelles, dressées à celle manœuvre, dans un enclos ou kédah, d’où ils ne peuvent sortir et où on les prend ‘aisément. | Sciences et arts. — Quoique les Birmans sachent presque tous lire et écrire, les Jéttres et les sciences sont bien arriérées chez eux; ils ont emprunté aux Hindous qüelques notions astronomiques, et toute leur poésie consiste en hymnes religieux et en chroniques versifiées. Leur écrilure, extrêmement simple, se compose de cercles oWd'arcs diversement combinés. Leur idiome est un composé de pali et de chinois. IS ont des annales, et, à ce qu’il paraît, des historiographes officiels, qui ont compté 195 souverains birmans depuis l’an 304 avant Jésus-Christ. Du reste on peut juger de li conscience que les écrivains de la cour d’Ava apportent à leur besogne par ce résumé singulier de la guerre dont les détails ont précédé.
€ En 18926 et 1827, les blancs de l'Occident, y est-il dit, déclarèrent la guerre au Souverain du palais d’or. Ils abordèrent à Rangoun, s’emparèrent de cette place, ainsi que de Prome, et il leur fut permis de s’avancer jusqu’à Yandabo; car le roi, par religion et par humanité, ne fit aucun effort pour leur résister. Cette entreprise leur | coûta des sommes immenses, et leurs ressources étaient épuisées quand ils arrivèrent à Yandabo. Dans leur détresse, ils adressèrent une pétition au roi qui, toujours clé- ment et généreux, leur envoya des sommes considérables pour les défrayer de leurs dépenses, et leur ordonna de sortir de ses États. »
Les livres des docteurs birmans comptent quatre-vingl-seize genres de maladies, avec des recettes pour guérir chacune d'elles; ces recettes sont transmises de à ration en génération comme un précieux héritage.
L’alphabet birman a trente-trois caractères, avec quelques signes qui tiennent la place des diphthongues et des voyelles longues. L'écriture va de gauche à droite; elle a des pauses et se fait remarquer par sa netteté.
Les Birmans ont, comme les Chinois, un système décimal, auquel leurs monnaies ne se rapportent guère. La pièce d'argent la plus répandue est le tacal ou tical, dont le poids est de 10 deniers 10 grains. Il se divise en quatre mattis, huit moos ou seize tubees. Les poids sont le moo, le tual, le viss et le candy; cent moos font un tal, cent tuals un viss, et cent et cinquante viss un candy. Le candy pèse 227 kilogrammes. A la foire de Djunckseylon, toutes les espèces de monnaie ont cours airisi quella piastre d'Espagne.
Industrie. — Les femmes vont et circulent librement dans tout l'empire; ni la À religieuse, ni la coutume ne les privent de leur liberté. Elles sont les seules ouvrières du pays; seules eiles lavent, filent, tissent, teignent le coton, et fabriquent ces éloffes rayées ou à damier qui se consomment dans la contrée. |
L’extraction du-pétrole, les manufactures de poterie, celles d'objets en laque,la fabrication de l’huile de sésane, du salpêtre, de la poudre à feu, occupent nu: d'habitants.
Commerce. — Les ramifications de l'Iraouaddy, dans la partie inférieure de son cours, facilitent beaucoup le commerce intérieur. Les villes les plus commerçantes sont Ava,
Rangoun, Bassein, à l’ouest de cette dernière, Tongo, sur le Sittang, et Plek,sur une petite rivière à 3 be au sud d’Ava. Le négoce avec la Chine et les paysdu nord se fait par caravanes : ce qu’elles apportent consiste en soie écrue, velours; souliers, habits, éventails, vernis, laque, ivoire, cire, objets en laque, sabres;, rhubarbe, thé, musc et métaux. Les marchandises fournies par les Birmans sont le salpêtre, la chaux, le coton, des étoffes de soie, des ustensiles en fer, des objeltsen laque, beaucoup de sucre extrait d’une espèce de palmier, du cachou, du tasse du bois de tek, des nids de salanganes, des draps anglais. À
Le commerce maritime se fait uniquement par Rangoun : les cargaisons se Ne : posent de toiles de coton de l'Angleterre et de l'Inde, quincaillerie, poudre d’arm à feu, lainages, arec el cocos. Les navires des Birmans sont mal construits; leur plus longue navigation ne va pas au delà de Poulo-Pénang, dans le sud, ou de l'em bouchure de l’Hougly, dans l’orient, et jamais ils ne s'éloignent beaucoup “des côtes. ,
MarTapAn.— Les côtes de Martaban et des provinces de Yé, Tavaï et Tanasserim, qui appartiennent aux Anglais depuis 1826, ont des havres sûrs et profonds ga attirent beaucoup de navires européens.
Les habitants des provinces de Tanasserim et de Mergui, contrairement aux Indiens et aux Siamois, qui tiennent comme inutile et embarrassant tout vêtement au-dessus de la ceinture, s’enveloppent le corps de riches et précieuses étoffes. 7
Les femmes jouissent dans ces contrées d’une grande liberté; elles ne portentni colliers, ni bracelets d’or aux bras et aux jambes, comme les femmes de l'Inde; l’étoffe qu’elles aiment de préférence est la soie; elles portent aussi des tissus de coton et de mousseline. Dans la saison des pluies, les hommes portent des chapeaux légers qui ont près de quatre pieds de diamètre. Comme les Indiens ils ont coutume de laisser leurs sandales à la porte de la maison qu'ils visitent. Les habitants de la province de Tanasserim se tatouent comme les Birmans du royaume d’Ava, tandis que les Siamois
Noble
Birmane.
(Asie.)
ne ue”
lregardent celle pratique comme barbare, sans doute parce qu'elle est une coutume
nilionale de leurs anciens ennemis.
Quoique sous le joug du despotisme, les classes inférieures sont braves, hospita-
|jières, honnêtes et pleines de franchise et de cordialité. La manière de saluer est très-
originale; on applique le nez sur la joue, et on aspire très-fortement. Les mariages
| sont purement des contrats civils; la cérémonie est des plus simples. Le divorce s’y
obtient avec facilité. Les Birmans et les Pégouans brülent les morts, mais les corps de ceux qui meurent avant l’âge de quinze ans sont enterrés. Si une femme meurt en couches, on brule ses restes sur les bords d’une rivière. De là vient que les femmes ont coutume de dire, lorsqu'il leur arrive de se quereller : Puissiez-vous être brülée sur
les rives d'un fleuve!
«Jefus témoin, dit le capitaine Low, des funérailles d’un prêtre très-élevé en dignité. Unconcours immense avait accompagné la bière qui renfermait ses dépouilles mor- (elles. Quand on fut arrivé au lieu où le corps devait être livré aux flammes, on attacha a bière un fil de métal d’une longueur considérable, et quand la bière eut été placée sur le bücher, on y mit le feu au moyen d’une fusée qui parcourut le fil de métal dans (oute sa longueur. On avait entassé tant de matières combustibles, et on y avait versé une si grande quantité d'huile de pétrole, pour cette cérémonie, que le terrain brüûlait encore huit jours après. »
Les jeux d'échecs, de dames, de balle, sont les principaux amusements de ces peuples. Dans toutes les cérémonies il y a des combats de lutte et de pugilat. Les combats de coqs sont aussi fort à la mode; et, ce qui surprendra le lecteur, on élève dans ces
| provinces, pour le combat, une espèce de poisson que les Siamois appellent plakat. Ges
poissons sont enfermés dans un grand vase, et quand on a fixé les termes du combat, étque les paris sont arrêtés, chaque amateur met un poisson dans un bassin d’eau froide. Dès que les deux poissons s’aperçoivent, ils courent l’un sur l’autre, et le combat ne finit que lorsque l’un des poissons succombe sous les coups de son adver-
| tire. Les combats de buffles sont aussi très-communs. Ces animaux sont excités au Combat par leur gardien, qui monte sur leur dos, et qui a soin de sauter par terre
quandsil court le danger d’être atteint d’un coup de corne. On a trouvé éparse dans l'archipel Mergui une tribu nombreuse, industrieuse,
inoffensive. Ces hommes, nommés Zcholoès où Pasès par les Birmans, vivent dans des
(anses continuelles, et vont sans cesse d’un lieu à un autre. Durant la mousson du nord-est ils fuient le voisinage des îles à salangues, pour éviter la rencontre des
| Siamois, des Birmans et des Malais qui les font esclaves. Leur bateau est leur domicile,
at ils ne forment jamais d'établissement permanent sur le rivage. Ils ont adopté la religion et le costume des Birmans. Ils échangent les nids de salanganes, les trépangs, li nacre de perle et les autres objets qu’ils ramassent dans ces îles, contre des toiles él d'autres marchandises que leur fournissent des Chinois.
Kassay. — Le Kassay, le Katchar où Haïroumbo, le Djyntéa ou Djintiah et quelques autres principautés siluées dans la partie moyenne des monts du Brahmapoutra,
sont pour la plupart placés sous la protection britannique, qui en reçoit un tribut
annuel.
Le Kassay offre un vaste plateau entouré de montagnes qui s'élèvent en amphithéâtre jusqu’à 2,500 pieds au-dessus de la vallée dont l'altitude est aussi de 2,300 pieds. Au centre du pays est situé Munnipoura, sa capitale, dans une plaine haute qui s'abaisse doucement vers le sud et dont le milieu est occupé par une suite de marais, de grands lies et de rivières. On a observé, dans les vallées et sur les montagnes, des forêts de chênes, de pins et d’autres arbres des pays tempérés. Les indigènes se donnent à eux-
mêmes le nom de Moitay; ils Liennent plus de la race blanche que de la jaune, et professent le brahmanisme. Ils sont habiles forgerons et excellents cavaliers. Leur musique a flatté agréablement l'oreille des Européens qui l’ont entendue, .
A l’ouest du Kassay on rencontre le Katchar, pays montueux et boisé; on y comple| 80,000 familles. Les Katcharis ressemblent aux Chinois. Ils sont robustes el assez blancs; ils parlent la langue du Bengale dont ils ont aussi embrassé la religion et le régime des castes. On leur reproche de sacrifier des victimes humaines à la déesse! Dourga. Le costume est généralement semblable à celui des Birmans. Gouabari, ville située par-24° 45 de latitude septentrionale, fut autrefois la capitale du pays. Elle est | encore très-vénérée. Comme, suivant l'opinion des habilants, il est indigne d'un roi! de s'emparer des richesses amassées par ses prédécesseurs, ils croient généralement : que les trésors de leurs anciens rois sont enterrés dans les montagnes voisines de celle | ville. Khaspour, la capitale actuelle, est à 20 milles au sud de Gouabari, sur les rives du Medhoura, fameux par la limpidité de ses eaux. Mais le rajah, persuadé qu’il serait d'autant plus en sûreté qu’ilse trouverait plus près des possessions britan niques, atransporté sa résidence à Doud-Patily, lieu de peu d'importance sur le Bourak, à peu près à 20 milles au sud de Khaspour. Le rajah a un pouvoir absolu. 11 porte les titres dec chef de la race des Pandouvous, issu de la lune, dont les actions sont aussi glorieuses que . l'éclat resplendissant du parasol blanc, digne de l'hommage de tous les souverains de l'univers, roi puissant du Haïroumbo, seigneur des seigneurs. » Il est assez curieuxde remarquer que Cet assemblage imposant de titres est attaché à un instrument qui donne l'autorité à un agent du gouvernement sur un morceau de terre rapportant annuellement vingt cahouns de cauris, ou quatre roupies. La cour de ce rajah a une grande ressemblance avec celle de l’empereur des Birmans. Dans les occasions d'apparat, il fait déployer au-dessus de sa tête, comme celui-ci, un parasol blanc; il imite aussi ce prince en mettant au nombre des emblèmes de sa dignité une boîte de bétel, une épée, un bouclier, et orne de la même manière les harnais de ses chevaux. — Au sud, près de la partie de Tripoura indépendante, on voit un étang immense avec une pagode bâtie en briques, sur laquelle on distingue des caractères si anciens qu’aucuh naturel n’est en état de les déchiffrer. Ces inscriptions diffèrent d’ailleurs de.toutes celles que l'on voit dans le pays : on remarque dans le voisinage les vestiges d’édifices dont on ne connaît pas davantage l’origine, À 40 milles sud-est de Khaspour sont les montagnes de Bhounouma, remarquables, entre autres particularités curieuses, par une fameuse caverne qui, depuis plusieurs générations, sert d'habitation à des fanatiques devenus la terreur des voyageurs et de leurs propres voisins.
Le Djintiah, à l’ouest de Kassay, est gouverné par plusieurs petits chefs qui pos sèdent une, deux ou trois montagnes et n'ont pour leur rajah qu’une obéissance nominale; ils sont sans cesse en guerre les uns contre les autres. Les indigènes qui se nomment eux-mêmes Khassiyah, tiennent plus de la race jaune que de la blanche. Le brahmanisme a pénétré dans le Dijntiah, avec le système des castes. On sacrifie des. victimes humaines aux mauvais génies. La kouni ou sœur du rajah, offre annuellement à son idole de prédilection des sacrifices propitiatoires de ce genre. Le rajal réside à Djintiapour, sous les titres de « grand et victorieux seigneur, illustre Ram- Singha, grand roi. » Son territoire n’a pourtant que 100 milles de l’est à l’ouest el 80 milles dans sa plus grande largeur. Cependant iPgouverne avec plus de douceur el de clémence que tous les rajahs ses voisins. Aussi on trouve dans le Djintiah plus de Mahométans et d'Hindous établis que dans le Katchar. La forme du gouyernemenl offre un usage singulier : lorsque le roi n’a pas d'enfant, la sœur du souverain, el ordinairement il en a une, est mariée à un jeune homme que l’on choisit dans leur
tribu. L'enfant qui nait de cette union est l'héritier présomptif du trône; c’est sa mère qui est nommée la kouni; elle a le pas sur la reine, et exerce une autorité seulement subordonnée à celle de son frère qui rarement s’avise de l’offenser en contrôlant ses actions. Ces demi-barbares savent construire des ponts et de grands monuments en pierre el font un commerce assez considérable avec leurs voisins.
A l'ouest de Djintiah, om trouve le petit territoire de Chouchouy, gouverné par un brahmane dont les sujets font le plus grand éloge. Viennent ensuite le Koïran et d'autres petites contrées habitées par des tribus éparses; puis le pays des Garraous.
Le Garraou offre un amas confus de montagnes dont la hauteur varie de 100 à 3,000 pieds ; elles sont arrosées par une multitude de petites rivières et très-rapprochées les unes des autres, Plusieurs tribus de Garraous ont été subjuguées par les princes voisins, et par suite sont tombées souûs l’obéissance des Anglais; d’autres sont restées indépendantes et sont gouvernées par plusieurs petits chefs. Ils se disent Hindous. Ils vont presque nus et sont très-robustes, vaillants et d’un caractère doux el enjoué. Ils adorent Mahadéva et adressent aussi des prières au soleil et à la lune. Ils mangent de toutes sortes d'animaux et ont le lait en horreur. Dans leurs excès de vengeance, ils tuent leur ennemi et mangent la chair de sa tête en l’assaisonnant avec le suc.du fruit d’un arbre qu'ils ont planté exprès. Les crânes de leurs ennemis sont üne espèce de monnaie courante quand ils font des payements considérables. Ils brülent et réduisent en cendres les corps de leurs compatriotes, afin de n'être pas exposés à prendre le crâne de l'un d'eux pour celui d’un Bengali.
HINDOUSTAN.— Nous donnerons d’abord quelques notions générales sur l’histoire naturelle, sur la religion et le gouvernement de l’'Hindoustan ; nous visiterons ensuite la région septentrionale, l'orientale et l’occidentale. :
Histoire naturelle. — En général, on a en Europe les idées les plus fausses sur l'Inde et sur son climat : parce qu'on voit revenir à Londres, dit le Monthly Magazine (1834), quelques nababs livides, blasés par des abus de toute espèce, brûlés, desséchés par le Soleilet les vents alizés, on s’imagine que l'Inde est une terre de désolation, et que partout on y est exposé à une atmosphère embrasée. C'est une erreur bien grande. Certes, dans un pays situé presque en entier dans la zone torride, mais limitrophe lune région d’alpes et de glaces, protégé par de hautes chaînes de montagnes et arrosé par une multitude de fleuves, on doit nécessairement trouver autant de climats
ue de contrées diverses.
Les grandes lignes oréographiques que nous avons tracées forment les limites des principaux contrastes atmosphériques : ainsi la région himâlayenne offre les climats de toutes les latitudes ; ainsi les moussons du sud-ouest qui règnent depuis le mois de mai jusqu’à la fin d'octobre apportent des pluies continuelles sur la région occidentale, tandis que les moussons du nord-est qui soufflent pendant le reste de l'année viennent rafraichir l'atmosphère de la partie orientale. Ainsi, tandis que dans les plaines et les jungles d'un côté, la chaleur suffoque les malheureux habitants, sous la même latitude, de l’autre côté des montagnes, on respire un air frais et salutaire. Sur les flancs de lHimälaya, dans les vallées des monts Vindhya et des Ghattes, et en général sur les rives des fleuves et à leurs confluents, on jouit d'une température qui se rapproche de celles de l'Italie, de la Suisse ou de l’Andalousie, lant l'air y est pur, rafraiçhissant
et suave. Mais dans les contrées moins favorisées, toutes les maladies de la peau, la lèpre surtout, y sont communes et intenses; les fièvres, les hydropisies, l’éléphanliasis, les dyssenteries et le choléra, moissonnent fréquemment les populations, et en général les Européens s’y acclimatent difficilement.
Le sol de l'Inde, avec ses nombreux accidents et ses plateaux étagés, offre presque
toutes les variétés des productions de la terre. On y fait deux récoltes par an. La principale est celle du riz, qui est le pain des Indiens et dont on compte jusqu'à vingt-cinq espèces. Les autres farineux particuliers au pays sont le moung, le murrhus, dont les
graines-ressemblent à celles de la moutarde; le tanna, grain qui rend beaucoup et qui |
croit presque sans culture; le 1oll, produisant une espèce de pois, nourriture favorite des marins; le katchil, noir au dehors, blanc en dedans, qui remplace notre pomme de terre; le moughpoully; enfin l’igname, qui pèse souvent plusieurs livres.
La flore indienne est l’une des plus riches qui soient au monde. Les roses de Delhi |! P q
et de Ghazypour, d’où l’on tire l’attar ou essence, ont une célébrité venue jusqu’à nous dans les poésies des Orientaux. À côté d'elles il faut citer le kadsumaliga, jasmin à grandes fleurs, l’atimuca, le tschambaga, dont les Hindoues ornent leurs cheveux; le lotus, qui tremble sur l’eau avec ses feuilles rouges ; l’ixore, avec ses bouquets pourpre sur des tiges de six pieds; le sindrimal, qui s'ouvre le soir et se ferme à l’aube: le nagatalli, dont le feuillage éloigne les serpents. Toute cette nomenclature n’est"au reste qu'un spécimen bien incomplet de cette flore, qu'ont étudiée tour à tour Bur- Mann, Contemporain de Linné, puis Roxburgh, Hamilton, Carrey et Wallich.
Au nombre des plantes utiles à l’industrie, il faut citer l'indigo, le tabac, le chanvre, le lin, la salsepareille, le datura, le coton, le bétel, l’opium, le sésame et plusieurs espèces tinctoriales. Les provinces des Ghattes et d’Aoude produisent du poivre en abondance. La canne à sucre prospère dans tout le Bengale, et surtout dans les environs de Bénarès. ‘ |
L'Inde a des forêts de bambous et de palmiers de toutes les sortes. Au nombre dés arbres à fruit, il faut distinguer le figuier ou arbre des Banians, qu’on appelle encore arbre de Bouddha ou figuier des pagodes (ficus religiosa). 11 est sacré dans l'Inde, et chaque établissement religieux, temple ou chauderie, a d'ordinaire son arbre des Banians. Le plus célèbre de toute l'Inde est le cobir-bar, dans le Goudjérate. Il a aujourd’hui deux mille pieds de circonférence autour de ses principaux troncs, tous plus gros que ceux de nos hêtres. Il est de tradition parmi les naturels que cet arbre a trois mille ans d’existence. Les autres arbres à fruit de l'Inde sont , dans les provinces Septentrionales, nos variétés d'Europe, et, dans le Dekhan et le Bengale, les espèces qui viennent entre les tropiques. La plus curieuse est le mahvah, qui croît dans le Babar; ses fruits produisent ‘une espèce d'huile consistante, et ses fleurs séchées servent à l'assaisonnement du kary. :
Quoiqu’on ait exagéré les richesses minérales de l'Inde, cette contrée offre encore des mines de toutes espèces, et si ses hautes chaînes de montagnes étaient explorées, on y trouverait sans doute de nouveaux et inappréciables trésors. L'or, le cuivre» l'étain, le fer, le sel, s’y rencontrent, sans qu'aucune exploitation bien conduite lés utilise. Les mines de diamants de Golconde, qui, des merveilleux récits de quelques aventuriers, sont passées dans toutes nos géographies, ces mines dont notre crédulité s’est longtemps repue, eh bien! il est notoire qu'elles ont existé tout au plus dans des imaginations romanesques. Des miñéralogistes anglais ont coupé cette province dans tous les sens, fouillé le sol, étudié sa géognosie ; ils ont interrogé les traditions indigènes, consulté les archives de Seringapatnam, et la conclusion de tant de recherches: c’est que Golconde n’a point de mines de diamants. Mais en revanche on trouve de ces pierres précieuses dans le Nirzham et le Balaghat. On y recueille aussi des rubis, des saphirs, des améthistes, des onyx et de beau cristal de roche. |
Mais toutes ces beautés le cèdent xscelles du règne animal. Nulle part la création ne se montra plus prodigue et plus gracieuse en ce genre. Au nombre des mammifères, ce qui pullule avant tout ce sont les singes, qui viennent par milliers dans les villes,
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se perchent sur les toits des maisons, se font les commensaux des pagodes, et vivent presque en élal de domesticilé. On voit parmi eux des gibbons, des guenons kaau, au nez gigantesque, puis celle guenon douc, habillée de toutes couleurs comme un suisse de cathédrale ; des maudis à longue queue; des vella-kurangas ou singes blancs; des koringurangas, grands singes noirs, et déjà même, dit-on, quelques rares orangoutangs. Gette abondance de singes est du reste un fait de haute antiquité. Quand: l'armée d'Alexandre déboucha de la Perse dans le Pendjab, elle vit venir à sa rencontre une telle quantité d'êtres vivants, qu'elle crut avoir en face l’armée indienne; elle s'apprêtait à combattre quand elle reconnut des légions de singes. L'éléphant, le rhinocéros, le guépard peuplent les forêts, tandis que les fleuves
offrent plus de deux cent cinquante espèces de poissons, à la tête desquels sont les gavials et les crocodiles bicarénés, monstrueux pythons qui dévorent les espèces
plus petites. Puis viennent ces immenses reptiles, ces couleuvres, ces serpents venimeux; le boa, qui atteint jusqu’à quatre-vingts pieds de longueur, le naya des
bateleurs, l'oularlimpé, l'amphisbène, que les Portugais ont nommé cobra de duas caboças. | |
Parmi les oiseaux, même variété : ce sont le loris au plumage cramoisi, le kakatoës à livrée blanche, les psitlacules émaillés; ensuite les couroucous au plumage d’or et vermillon, etc.
Jcila puissance vitale se fait jour de toutes parts, bruissant dans la nuit, rampant, volant, murmurant, s’agitant autour de vous, sortant des pores et des profondeurs du SoELe nombre des animaux, leurs proportions, leur vitalité, leur omniprésence, vous poursuivent et vous accablent; la nuit même est plus agitée que notre jour. « Si vous voyagez par bateau (boudjeroë) sur le Gange, dit miss Emma Roberts, et que la
nüivous surprenne, vous assistez à un formidable concert : chacals qui s’approchent
en grandes troupes du bord de l'eau et qui percent l'air de leurs hurlements aigus; oiSeaux de proie et oiseaux aquatiques poussant sans interruption de grands cris
abruptes, qui retentissent avec l'éclat rauque d’un instrument de cuivre; bruits conlinus, causés par la procession incessante des myriades de rats qui dévorent le navire; bourdonnements des insectes qui se jouent sur votre tête. » Plus on s'approche des jungles ou déserts, et plus cette communauté intime de toutes les heures avec les
| forces vivantes et renaissantes de la nature animée apporte de fatigue au voyageur, qui
Pénètre avec effroi dans l'atelier même de la vie, dans son réservoir qui déborde. © Aux environs d’Itaouà, dit un voyageur, vous essayeriez vainement de vous débarrasser, füt-ce pour une seconde, de cette sociélé incommode. Le loup et l’hyène se promènent paisiblement sur votre balcon; au pied du mur, la panthère se dresse el le porc-épic se tapil ; sur le toit, que les habitants nomment tchopper, toute une population d'écureuils, de rats et de serpents, fait sa demeure habituelle, et les poutres qui souliénnent ce tchopper servent à la fois de sanctuaire el de champ de bataille aux chats Sauvages, aux grands lézards nommés ghosaoumps, et aux vis-copras, qui se poursuivent eLS'exterminent dans ces solitudes avec un vacarme épouvantable. Par une précaution fort délicate, les bipèdes indigènes qui partagent ces retraites avec les quadrupèdes et léSreptiles, ont soin d'étendre au-dessous des poutres el d’attacher aux quatre coins de li corniche un drap qu’ils tendent de leur mieux et qui sert de plancher à l'autre compagnie, reléguée au premier étage.
» On distingue aisément d’en bas la marche, la course, la lutte, les évolutions de tous ces animaux, les empreintes de leurs pas, jusqu’à leurs formes; et lorsque le drap s'use un peu, quelque énorme patte égarée, la queue verte d’un lézard qui se fait jour
A travers l'ouverture, ou même le corps tout entier d’un vis-copra, vous apparaissent
et tombent sur votre lêle. Plus la nuit avance, plus le tumulte s'accroît, plus os oreilles sont blessées, et votre repos impossible. Les moineaux qui dormaient sousla projection extérieure du toit s'éveillent, battent des ailes et prennent leur vol avec des cris bruyants. L'armée des insectes, plus nombreuse et plus puissante que partout ailleurs, poursuit son concert nocturne avec une vigueur sans pareille. D'innombrables crapauds se chargent des basses; le second-dessus est abandonné aux grillons, qui crient comme dés hautbois; à peine distingue-t-on le cornet à bouquin des mous tiques, et le frémissement vague des rats à musc semble jouer des airs de clarinette. | Chacun de ces êtres paraît prendre plaisir au bruit qu’il cause et rivalise avec ses con frères. Les Hindous eux-mêmes ne prononcent pas une parole qu'ils ne la crient,<t, | comme ils choisissent fort spirituellement le jour pour dormir, ils deviennent pendant la nuit aussi exagérés dans leurs clameurs que les bêtes du pays. Les routes sont alors couvertes de bandes qui chantent, dansent et causent aussi haut que possible, ob, pendant les époques des solennités religieuses, les vociférations populaires sont soutenues par mille espèces d'instruments sauvages qui beuglent dans tous les tons, gongs | d’airain, clochettes, sonneltes, tambours, trompettes de six pieds de long. a |
» Cette surabondance de vie, de bruit, de force, de puissance, de lumière, produit pendant le jour des effets moins déplaisants. Dès le matin, vous voyez s'approcher de vous et volliger sur votre moustiquaire des essaims de pigeons bruns à la poitrine violette et puce, et le pigeon vert, le geai bleu foncé, le pic à la crête noire, tout un luxe de fleurs vivantes, pourpres, jaunes, perlées, qui tourbillonnent au-dessus de vous, Ce perpétuel gémissement, si doux et si triste, est celui des colombes, que l’on ne cesse pas d'entendre pendant la durée entière du jour. D’immenses sauterelles ailées s'élancent, le corps chargé d’émeraudes dont aucun joaillier ne possède les rivales; des bourdons étincelants font rouler dans les airs leurs améthystes el leurs topazes; quélques autres semblent promener un Charbon rouge et allumé, d’autres un fragment de velours nacarat. Des armées de faisans, des bataillons de perroquets fuient etée dispersent au loin, en poussant des cris de terreur. L’antilope bondit et passe devant votre porle entr'ouverte, comme la balle que fait jaillir la détente d’un ressort; vous voyez le nylghau fendre l'air comme s’il avait des ailes, le héron gigantesque s’avancer à grands pas vers les rives du fleuve, le canard brahmanique suivre la même routeen caquetant, et: d’innombrables renards bleus, des civettes à la queue superbe et.des troupes d'écureuils agiles occuper tous les replis du sol, des arbres, des édifices, des: cavernes et des rivages. Les forêts vierges de l'Amérique n'’offrent rien de semblable à cette puissance ét à cette fécondité vitale. » |
L'espèce humaine y est aussi extrêmement variée. Les Hindous et les Musulmans, dit M. de Jancigny, forment les deux éléments principaux de la population de l'Hindoustan, et il semble au premier coup d'œil qu’il soit possible de grouper autour de l’une ou l’autre de ces deux grandes divisions toutes les races ou tribus secondaires: mais il n’en est pas ainsi : plusieurs de ces races se refusent à de semblables rapprochements, et vivent isolées par leurs mœurs, leur langage et leurs caractères ph siques. D'ailleurs, les Hindous et les Musulmans se subdivisent eux-mêmes en un grañd nombre de populations qui ne diffèrent pas moins les unes des autres que bien des nations de l'Europe entre elles. IL serait difficile de dire quelle est dans l'Hindoustan la proportion des Hindous aux Musulmans, les relevés étant fort incomplets jusqu'à ce jour; mais nous pensons qu’on peut évaluer à une vingtaine de millions la population musulmane répandue dans toute l’Inde anglaise, y compris le Pandjâb et l'Afghanistan: Les Hindous proprement dits appartenant à diverses sectes de la religion brahmanique peuvent s'élever à cinquante millions, dont trente millions au moins habitant
là présidence du Bengale. Le bouddhisme compte peut-être dans Loute l'Inde anglaise deux à trois millions de prosélytes, dont la population de Ceylan forme la moitié; les | autres croyances, dont quelques-unes participent à la fois de l’islamisme et du brah- | hanisme, et dont d’autres ne paraissent avoir aucun point de contact avec ces reli- | gions, se répartissent entre une quantité prodigieuse de tribus. Pour donner une idée de limmensité du champ que l’ethnogräphie aura à parcourir pour rassembler seulement les matériaux des importantes recherches qu’elle est appelée à faire dans l’Hindoustan, nous remarquerons, avec James Tod, historien du Rajahpoutana, qu'en suivant le cours de la rivière Tchamboul, sur un développement d'environ cinq cents milles, on traverse des royaumes, principautés, petites républiques, etc., peuplés des races suivantes : Soundies, Tchanderawats, Siesoudias, Aaras, Gore, Djadoune , Sikerwal, Goudjeur, Djàt, Touar, Tchohäne, Bhadoria, Katchwaha, Sengar, Bondéla, etc. Toutes ces races diffèrent plus ou moins par leurs caractères physiques, leurs mœurs, leurs coutumes, leurs occupations ordinaires et leurs langages. La taille, le teint et la physionomie des Hindous et même des Musulmans de l'Inde sont si variés, qu'aucune description ne peut suffire à faire connaitre les diverses races qui composent la masse dela population. Parmi cette diversité infinie de types que présente celte population bigarrée de l'Hindoustan , il en est quelques-uns qui ont déjà été étudiés avec soin, et, avant de quitter ce sujet, nous essayerons de donner une idée de la race hindoue proprement dite, observée dans ses castes supérieures. En général, les habitants des plaines sont plus petits et plus sveltes, les montagnards, ou au moins les habitants des plateaux, d'une plus haute taille et d’un système muscülaire plus développé; mais les uns et les autres sont agiles, de formes élégantes, et capables de supporter de grandes fatigues; tous ou presque tous sont éminemment propres à la vie militaire. On voit peu de personnes contrefaites, mais par différentes causes la cécité est assez commune. Le teint du peuple varie, selon le climat et les circonstances, d’un olivâtre foncé à une riche teinte brune légèrement olivâtre; mais chez les Hindous, l'esprit ésb si bien discipliné, que le dehors trahit rarement les émotions du dedans. Le contour de la figure est ovale, le front élevé, mais légèrement comprimé, les yeux et les cheveux noirs, les sourcils arqués, le nez et la bouche de forme européenne, le regard calme, tranquille et prévenant, également éloigné de l'aspect sombre et farouche du Malais et de l'expression passionnée du Persan ou de l’Arabe. Le buste est en général dans de belles proportions; la poitrine est large et profonde, la taille fine, les bras parfaitement attachés, les mains petites, mais nerveuses; les extrémités inférieures ‘comparativement grêles, et le pied plat, les orteils courts, mais bien détachés et trèssouples.
On trouve fréquemment parmi les Rajahpouts et les montagnards du Nord des hommes d’une stature gigantesque, qui seraient remarqués dans tous les pays de l'Eu- “rope par leurs proportions et léur force herculéenne, « Gokul-Dass, dit le colonel Tod, le dernier chef de Déoghar, était, de figure et de taille, un des plus beaux hommes que j'aie jamais vus : il avait environ six pieds six pouces mesure anglaise (équivalant à un mètre quatre-vingt-dix-huit centimètres ou six pieds un pouce ancienne mesure française) ; il avait la corpulence d'un hercule et se tenait parfaitement droit; son père, à vingt ans, était beaucoup plus gros et devait avoir eu près de sept pieds. » Les femmes, lorsqu'elles ne sont pas hâlées et flétries par le soleil et par un travail excessif, sont presque toujours d’une beauté remarquable; elles ont les membres petits et arrondis, les articulations d’une grande souplesse, des traits pleins de douceur, des yeux noirs et languissants, les cheveux longs et soyeux, et la peau d'une finesse et d’un poli vermeilleux. Les femmes hindoues de la caste brahmanique se
membres en général d’une rare délicatesse et d’un moule exquis, les mouvements aisés, nobles et gracieux à la fois; le contour de la face du plus bel ovale grec, le nez long et droit, la lèvre supérieure admirablement modelée, la bouche petite, le menton rond. Les yeux, ombragés de longs cils noirs et surmontés de sourcils élégamment arqués, sont grands, noirs, humides et élincelants d'expression. Il est difficile, en un mot, de rien voir de plus gracieux qu’une femme hindoue.de haute caste, et il n'est | pas jusqu’à la teinte dorée de cette peau si douce, si unie, si lustrée, dont lé ton | riche, chaleureux et diaphane, n’appelle le regard et n’excite l'admiration.
L'opinion paraît hésiter, quant à la supériorité morale et intellectuelle, entrelda race hindoue et la race musulmane. Nous croyons que, sous le rapport de l’aptitude, ! de la pénétration et de l'intelligence, les Hindous sont au moins égaux aux Musul- | mans, et sous le rapport des Guaités morales, des habitudes et surtout des penchants | de l’une ou l’autre nature, nous n’hésitons pas à donner la préférence aux sectateurs de Brahma. |
Religion. — L'Hindoustan, tel que l’a fait depuis peusla domination 155 est le pays du globe qui offre la plus grande variété de cultes. Le judaïsme, le mahométisme | dans toutes ses nuances, le nanekisme, le magisme, le catholicisme, l'Église du rite | grec, l'Église arménienne, les Églises luthérienne, anglicane et presbytérierine, a. religion de Confucius, celle du Site y vivent en paix et côte à côte avec les deux cultes indigènes, le bouddhisme et le brahmanisme.
Une foule de savants ont été portés à reconnaître que le brahmanisme était la religion | ancienne de l’Hindoustan, et que Bouddha n’était intervenu que comme réformatetr. Cette opinion a été combattue par des auteurs modernes : le béuddhisme ayant élé retrouvé dans toute sa simplicité, parmi quelques populations des Alpes Thibétaines, ils en ont induit que c'était là le vrai culte, le culte primitif de l'Inde, dont le brahmanisme n’était qu'une dégénération. En admettant cette donnée, la partie morale et spiritualiste des dogmes indiens serait de tradition immémoriale; tandis que tout leur système de pratiques atroces et d’ineptes assujettissements deviendrait une manœuvre plus moderne, arrangée pour les intérêts et les ambitions des prêtres. |
Cette dissidence n’est pas la seule-que la religion indienne ait soulevée. Toute-cette théogonie, si obscure et si complexe, a eu plus de commentateurs que d’interprètes. Dans un pays où chaque caste n’a qu'un droit circonscrit d'appréciation et d'examen, on conçoit que les renseignements donnés à des Européens variaient suivant la position du naturel qu’ils interrogeaient:
Le culte hindou, comme le nôtre, reconnaît un Être suprême, éternel, infini, toutpuissant, qui a créé tout ce qui existe. C’est Para-Brahma, qui s’est associé trois êtres inférieurs à ses perfections. Ces trois esprits célestes sont Brahma, Wichnou et Chiva, qui sont trois et un, el forment la Trinité indienne connue sous le nom de Trimourti, composée du triple attribut créateur, conservateur et destructeur. Après eux, Para Brahma créa Maissassour avec une légion d’anges, auxquels il prescrivit d'adoret le Très-Haut. Mais, à quelque temps de PET une révolte de Maissassour, dans laquelle lrempa une portion de l’armée céleste, nécessita un châtiment et une expialion; ce fut alors qu’à la demande de la Trinité divine, Para-Brahma créa un monde visible, composé de quinze globes de purification, dont le nôtre occupe le milieu. Les sept globes inférieurs sont destinés à la pénitence; les sept supérieurs à la purification des anges pénitents. Pour loger ces âmes rebelles venues d'en haut, Dieu créa quatre vingt-neuf formes de corps mortels, dont les plus noblés sont la vache et l’homme: Quand sous cette dernière forme un esprit aura bien mérité de Dieu, il retournera at
font remarquer entre loutes. Le cou, les épaules et la poilrine sont ravissan(s, | | |
La
ciel, ses quinze globes une fois traversés; celui, au contraire, qui aura ajouté à sa rébellion de nouveaux griefs de désobéissance, sera replongé dans l Onderah, ou der- | nier globe, pour recommencer l’expiation. |
Pour aider leurs frères dans le bien, les anges fidèles ont obtenu de Para-Brahma la permission de venir se mêler à eux dans leur séjour de pénitence. Ils sont là sous toutes les formes et dans tous les-éléments; et les Hindous les adorent sous le nom de Deva ou Deouta (bons génies), chargés par Dieu de les protéger contre les inspirations des Deiti (mauvais génies), agents secrets de Maissassour, chef des anges rebelles. Ces bons ou mauvais génies, les Hindous les voient partout, dans les étoiles, dans l'air, dans la mer, dans les bois, dans les fleuves. Les Deouta sont presque toujours en guerre avec les Deiti ; les premiers, au nombre de trois cents millions, sont voués à Wichnou ; les seconds, voués à Chiva, atteignent le chiffre de huit cents millions.
Nul peuple n’élève plus haut que le peuple hindou ses prétentions d’antiquité. Sa tradition taxe la purification des esprits déchus à une épreuve de quatre âges ou youga. Nous sommes dans le quatrième. Le premier âge, satia, où âge d'or, à duré trois millions deux cent mille ans. Ce fut un âge d’innocence et de prospérité, disent les Vedas, car les brahmanes régnaient. La vie de l'homme allait à cent mille ans. L'âge trela, ou d'argent, à duré deux millions quatre cents ans : la deuxième caste, les Ksattryas ou Rajahpouts, eurent alors l'empire, et ils composèrent un État où les vices élaient pour un quart, les vertus pour trois quarts. Dans le troisième âge, duapara , ot de cuivre, les Vaichis ou Banians (troisième caste) commandèrent : alors la somme des vices égala celle des vertus, el la vie humaine fut réduite à mille ans. Cette nouvelle période dura un million six cent mille ans. Aujourd'hui nous voici au quatrième âge, Æali-youga, ou âge de fer, où dominent les Soudras, quatrième caste. La proportion des vices sur les vertus est de trois quarts à un quart, et la vie humaine ne dépasse guère le maximum de cent ans. Cet âge de fer doit durer cent mille ans, sur lesquels près de cinq mille sont écoulés. On peut voir aisément tout ce qui existe de rapports el de similitude entre cette cosmogonie et les mythes du paganisme grec el romain.
Les Hindous nomment âge divin la réunion de leurs quatre âges : mille âges divins LL. un jour de Brahma, et, pendant sa durée, cette divinité investit quatorze Menous (esprits saints) de la souveraineté de la terre. Nous sommes dans la cinquanteet unième année de Brahma, ce qui porte à un chiffre effrayant l’âge du monde, sur lequel les brahmanes eux-mêmes ne s’accordent pas. Mais la divergence de leurs calculs ne va pas, en apparence, jusqu’à rentrer dans les données-des textes hébreux. Ils comptent toujours par millions, et, quand on leur parle de notre chronologie de six mille ans, ils sourient de pitié. « Le vieillard à barbe blanche est né d'hier, » disent-ils avec ironie. Toutefois M. de Brotonne, dans son Histoire de la filiation et des migrations des peuples, a démontré que les prétentions indiennes se réduisent réellement à une antiquité de 7,278 ans, calcul tout à fait en rapport avec celui des Septante.
Le premier Menou parait avoir écrit les lois et les instituts qui régissent aujourd'hui encore les populations hindoues. Les cinq qui lui succédèrent firent peu de chose; mais sous le septième Menou eut lieu un déluge auquel ce prince survécut seul, grâce À une arche dans laquelle il se réfugia lui, sept Richis (demi-dieux) et leurs épouses. Le septième Menou repeupla donc le monde; il eut une postérité qu'on divisa en enfants du soleil et enfants de la lune. Suivant les Pouranas, livres saints, qui parlent de là création, Menou gouverna seul pendant l’âge d'or; l'âge d'argent compla cinquante-cinq princes de la race solaire et quarante-cinq de la race lunaire; l’âge de cuivre, vingt-neuf des premiers et vingt-quatre des seconds. Enfin trente générations
de chacune des deux familles se sont succédé dans les mille premières années de l'âge
actuel. Depuis cette époque, une chronologie plus régulière et moins vague à pü s'élablir et se continuer.
Brahma, l’une des trois personnes de la divinité indienne, est l'esprit créateur: il avait cinq têtes avant que Vairevert, fils de Chiva, lui en eût coupé üne. Au moment de notre naissance, Brahma imprime dans notre cerveau ce qui doit nous arriver. C’est lui qui a divisé les Hindous en quatre castes. Quelques discussions s'étant élévées entre Bralima et Wichnou, il en résulta un conflit dans lequel l’Etre suprême intervint, | et pour ce fait Chiva condamna Brahma à n'avoir Jamais de temple sur la terre. |
Brahma, ou ses fils les Menous, ont rédigé les lois religieuses de l'Inde. De ses quatre |
bouches sont sortis les Vedas que le philosophe et poëte Vyasas n’a réunis pourtantet mis en ordre que 1400 ans avant Jésus-Christ. Brahma passe aux yeux des Hindous pour | être identifié avec le soleil. Sous ces deux points de vue, il se rapproche de Jupiter, | père de Minos; il s'appelle comme lui père des dieux et'des hommes, et comme lui il | est représenté par la figure d’un homme à quatre têtes et à quatre mains. La femme de Brahma est Sarassouady, déesse des lettres et des arts. $
Ghiva est la divinité dont le culte parait rallier le plus d’adorateurs parmi les populations indiennes. Dans ses attributs de destructeur et de réparateur, il semble offrir | une analogie avec les opérations de la nature qui n’anéantit que pour transformer. On invoque Chiva sous une foule de noms dont les principaux sont Rudra, Iswara et Mahé | deva. Sous le premier, il.est cruel; sous le second, maître de tout, et grand sous le | iroisième. Chiva est la divinité favorite du peuple qui prétend que toutes les autres lui |
sont subordonnées. Les sanyassis, religieux indiens, lui vouent un culte particulier sous le nom de Dorghati. Rarement on le représente avec plusieurs têtes; mais le nombre | de ses mains varie de quatre à trente-deux. Chaque main tient une arme, hache, épée, | massue, elc., et autour de son cou figure un chapelet de crânes humains. 10, |
Parvati, femme de Chiva, est célèbre dans les légendes hindoues; on lui a sacrifié jadis des victimes vivantes, depuis l'homme jusqu’à la tortue. Dans ses attributions | vengeresses, elle répond assez bien à Proserpine, à Diane de la Tauride, ou à la triple Hécate. Sous un autre caractère, Parvati devient Dourga ou la Vertu active, et, en celle qualité, elle vainquit l'ange révolté Maissassour. Elle prend aussi les noms dé Padmala et Camala, née du Lotos, et-avec ces noms elle devient complétement l'analogue de la Vénus des mythologues occidentaux. Comme cette déesse, elle sortit sur une fleur de l’écume de l'Océan qui jeta sx fiancée aux pieds de Chiva. Sa génération divine esl presque incalculable. Elle est la mère de Mammadin, Cupidon des Hindous, de Karticeya, leur Mars ou dieu de l’armée céleste, qui marche porté sur un paon avec une quadruple tête entourée d’une auréole: elle à mis encore au monde Ganesa; dieu de la sagesse. La limite de ses attributions est diflicile à tracer, car elle est partout influente et adorée. Avec Sarassouady, elle protége les sciences, elle préside à l'extraction des minéraux, elle donne le ton aux instruments de musique. Ainsi Parvali, par elle-même où comme femme de Chiva » est en très-grande vénération dans toute l'Inde. Son fils Ganesa, comme dieu de la sagesse, partage celte faveur populaire: C'est, avec le dieu singe Hanouman, le seul qui jouisse, comme les lares païens, dés honneurs du foyer ; sur le frontispice de chaque livre hindou se trouve l'invocation* Salut à Ganesa ! Ce dieu est peint avec une tête d'éléphant. Quelquefois on l'adore sous le nom de Poléar.
Les autres fils de Chiva sont Soupramanier et Vairevert; celui-ci porte en guise de collier des têtes enfilées les unes dans les autres ; il a quatre bras, trois yeux et deux dents saillantes en forme de croissant. 4
Le dernier dieu de la Trinité indienne est Wichnou qui ne se révèle à l'humanité que
par une bienveillante influence; on le peint avec quatre bras, quelquefois davantage;
|ipanune figure noble et gracieuse; sa tête est ornée d’une triple tresse qui figure,
diton, les trois grands fleuves du Gange, de la Djemna et du Saresouali. Il est souvent couché sur le serpent Adisseshen qui le berce sur une mer de lait, divan habituel de son Vaïcondom ou paradis. C’est à Wichnou que les mythographes indiens rapportent celle série d’incarnations ou avatars qui semblent autant d’allégories relatives à l'histoire de la contrée. Dans la première, Wichnou se mélamorphose en poisson, pour sauver d’un déluge général, ceux-ci disent un roi, ceux-là les livres saints. Dans la Secohde, il se change en tortue, pour supporter une montagne près de tomber dans la mer; dans la troisième, en sanglier, forme sous laquelle il éventre le géant Paladas; puis ilSincarne encore et tour à tour en homme-lion, en brahmane nain, en simple mortel, sous les noms de Rama, de Balapatren et de Parassourama ; enfin en berger qui devient fameux sous le nom de Kishna. La dixième incarnation de Wichnou arrivera à la fin du kali-youga, dans quatre-vingt-dix mille ans. . A coté de ces trois divinités principales qui se transforment à l'infini, existent encore, dans le culte indien, des myriades de dieux et de déesses avec leur destination et leurs attributs : Tels sont : Tchandra, la lune; Yama, dieu de la mort; Couvera, dieu des richesses ; Lacshmi, déesse de la fortune; Agni, dieu du feu; Wiswacarman, dieu des
| ouvriers; Pavan, dieu des vents et dieu de la musique, père d'Hanouman, à la figure de
singe; Indra, dieu des météores, le plus grand après la souveraine Trinité indienne; Marialla, adorée seulement par les gens de la basse classe, et enfin le Lingam qui est ioins un dieu qu’une obscénité symbolique répondant au phallus des Romains.
Tel est, en aperçu, le polythéisme indien. Quant aux dogmes qui Sy rattachent, on peut en résumer la pensée dans une métempsycose universelle. Une certaine quantilé d'esprit et de matière, l’une et l’autre impérissables, se trouve, d’après eux, en jeu con- Sant de transmigration : la punition des esprits méchants est de déchoir dans leur enveloppe matérielle; ainsi, du corps de l'homme, ils descendent dans celui de la bête, ensuivant la progression des animaux plus ou moins nobles, de manière à courir la chance d'habiter jusqu’à des pierres. Dans cette partie comminatoire de leurs dogmes, ibn’est point veñu à la pensée des brahmanes de menacer les hommes d’un enfer perpétuel; quand on leur en parle, ils se scandalisent, ils disent que c’est injurier Dieu que de mettre des bornes à son droit de clémence, préjuger de sa justice et lui donner des passions haineuses qui sont incompatibles avec son essence. Si grand que soit un forfait, ajoutent-ils, la bonté divine est encore plus grande.
Cette croyance à la métempsycose leur sert encore à expliquer le contraste des conditions humaines et l'inégalité de nos destinées. Pour eux la compensation n'existe pas loute dans un monde meilleur, elle est dans ce monde transitoire. Que si voué au sort le plus humble, un mortel achève une vie méritante etpieuse, sa récompense est de renaître riche, honoré, au milieu de toutes les jouissances du luxe et du bien-être. De cette sorte, la métempsycose indienne est un peu mêlée de prédestination et de fatalisme. Le libre arbitre ne peut pas aller jusqu’à effacer un mot de ceque Brahma a écril dans la tête d’un homme; mais certaines pratiques, certaines expiations peuvent lui compter dans la balance de ses bonnes et de ses mauvaises œuvres.
La croyance à la métempsycose a certainement été la raison déterminante del'horreur des Hindous pour toute nourriture animale, horreur poussée jusqu’au ridicule parmi certaines castes. Chez les fondateurs de la religion, cette loi a eu sans doute quelque but d'hygiène ou de conservation des espèces utiles à l'homme ; mais depuis tes temps anciens, de telles modifications sont survenues dans notre globe, que ce système d'alimentation est une anomalie et une cause d’abâtardissement: Outre cette abstinence
générale de toute chair, il existe parmi les castes hindoues une vénération pour certains animaux, comme la vache, Le bœuf, le vautour, le cygne, l’oie, le singe, le poisson, l'éléphant, le serpent à chaperon, et une foule d'autres, dont chacun a ses dévots, sans préjudice d’une bienveillance générale pour toutes les espèces.
Comme les autres religions, le brahmanisme a eu ses schismes : le plus éclatant est le bouddhisme, dont nous avons souvent parlé dans le cours de cet ouvrage. Les sectaires de Bouddha sont nombreux dans le Thibet et dans les royaumes de Siam et de Pegou ; il a fallu toute la persévérance des brahmanes pour l'extirper de la presqu’ile du Dekhan, où il avait jeté de profondes racines. Outre les bouddhistes, l’'Hindoustan compte encore les sectes de la main droite et de la main gauche, qui regardent l'une des deux mains comme impure, et se disputent la prééminence depuis un temps immémorial; la religion des Sykes, ou nanekisme, du nom de son fondateur Nanek, qui entreprit de constituer un culte fusionnaire entre les Hindous et les Mongols, les Vedas et le Coran; enfin la secte des Banians qui appartient dans l’ordre hiérarchique à la caste des Vaichis, et qui se compose de gens du commerce, changeurs revendeurs, brocanteurs et banquiers. Le seul trait distinctif de cette secte, est une méticuleuse exagération du respect pour les animaux; leur extravagance en est venue
au point de faire construire à Surate un hospice pour les bêtes malades ou estropiées,
vieilles ou vagabondes. Tout y est admis, à part les espèces carnassières; et la charité
pour les pensionnaires y va si loin que de temps à autre on sacrifie un-pauvre diable, un mendiant payé à prix d’or, aux appétits des insectes vermineux nourris dans l’hos-
pice. Rien au reste n’est plus curieux à voir que ces banians préoccupés de la peur
de détruire quelque animalcule; celui-ci porte sur sa bouche un tamis de toile légère Pour ne pas avaler une mouche au vol; celui-là tient une épousselte pour balayer le
terrain où il s’assiéra, afin qu'aucune fourmi n'y soit exposée à périr; les uns mar-
chent les yeux baissés pour ne fouler aucun être vivant; les autres ont toujours à la main du sucre, de la farine ou du miel, pour l’offrir à toute bête qui se trouvera sur
leur route. On en a vu souvent racheter la vie d’un animal que les malelots ou les sol-
dats européens allaient tuer.
En regardant de haut cet amalgame de croyances et de pratiques qui constituent la
religion indienne, on est porté à y voir avec plusieurs savants le berceau de presque
toutes Les religions connues. A les analyser, en effet, on n’en trouve aucune qui n’aitun
chainon d'attache avec le brahmanisme ; le judaïsme par ses prescriptions hygiéniques; | le mahométisme par son fatalisme et ses pratiques d’ablutions; le paganisme par ses :
quatre âges, puis par une foule d’analogies et de concordances, soit dans les traditions cosmogoniques, soit dans la tendance polythéiste; le culte des Égyptiens par l’adora-
tion envers les animaux ; et enfin le pythagorisme par ce grand système de métempsy- |
cose et de transmigration qui se mélait à beaucoup de religions anciennes. En présence d’un concours semblable, n'est-il pas plus rationnel de croire que ce sont là autant de rayonnements du brahmanisme, plutôt que de supposer à ce culte, si stationnaire désa nature, une série d'emprunts faits tour à tour aux autres cultes? La preuve historique pourrait se tirer au besoin de l’immutabilité de l'Inde en matière de croyance : le même système de castes et d’adoration, que Diodore, Arien, Strabon, et avant eux Mégastène et Clitarque, ont constaté pour les siècles d'Alexandre et de Ptolémée, existe encore de nos jours avec ses inflexibles Catégories et ses pratiques immémoriales. Les bayadères, les fakirs, les suttis ou büchers de veuves, toutes ces distinctions, toutes ces atrocités superstitieuses, contre lesquelles vient lutter la civilisation européenne, ont survécu au Lemps et à la conquête. Quand l'Égypte a péri tout entière, religion et mœurs, l'Inde est restée debout, mœurs et religion. Elle n’a pas résisté, elle a plié, puis
s'est relevée comme le roseau, et la ruse, la souplesse, la puissance de l'habitude ont plus fait pour elle que la force. Les temples de Memphis et de Thèbes sont au ras du sol: les vieilles pagodes de Bénarès n’ont eu à vaincre que la brutalité des âges. Elles ne tiendront pas contre la vérité.
Le grand code religieux des Hindous consiste principalement dans les Vedas, qui sont au nombre de quatre, le Rhish-Veda, le Jagiour-Veda, le Samah-Veda et l’Atarvana-Veda. Ces quatrelivres, qui résument tout Le savoir humain, sortirent de la bouche de Brahma au commencement du monde; ses fils, qui sont des richis ou demi-dieux, les répandirent sur la terre. Les brahmanes seuls ont le droit deles lire et d’en communiquer une portion aux ksattryas; à toute autre caste, cette lecture est interdite sous les peines Jesplus sévères. Outre ces Vedas, Les Hindous ont encore une foule d’autres livres, les Upavedas, commentaires des Vedas, les Vedangas, les Sastras, et enfin les Pouranas qui sont des poëmes sacrés au nombre de dix-huit.
La division des Hindous en quatre castes principales est, comme on l’a dit, un fait dela plus haute antiquité. Les livres sacrés constatent que Brahma présida lui-même à ce classement imprescriptible. Il tira les brahmanes de sa tête, ou, selon d’autres, de sa bouche; les ksattryas de ses bras; les vaichis de son ventre; les soudras de ses pieds. Outre ces grandes catégories, il en existe une foule d’autres qui élèvent à près d'une centaine le nombre de ces castes indiennes; mais il serait difficile à un Européen de suivre d’une manière précise les divers degrés de cette longue échelle. Tout ce qu’il en voit, c’est une grande répugnance de la part des Hindous à sortir du mélier spécial auquel leur naissance les voue. Un couli ou portefaix, qui charge un fardeau sur la tèle, ne l'accepterait pas sur les épaules; celui qui vend du grain ne peut vendre de huile ; le sommelier d'une maison ne toucherait pas à une cruche d’eau; le cuisinier neplumerait pas sa volaille. IL y a des individus qui naissent cordonniers, tailleurs, barbiers, cornacs, porteurs d'ombrelles, potiers, orfévres, pêcheurs, etc. Bon gré mal gré, il faut qu’ils subissent la vocation imposée; toute autre leur est interdite, à moins qu'ils ne consentent à devenir parias ou poulias, c’est-à-dire à se mettre hors de toute castle, à se déclasser; car les parias ne forment pas une caste, comme on l'a souvent dit : ondésigne par ce nom le rebut de toutes les autres; ce sont les individus qui voloulairement, ou par une suite de fautes, ont mérité d’être mis hors la loi commune. Un brahmane, uu ksattrya, un vaichi peuvent, comme le soudra, devenir parias. Entre les diverses classes, toute alliance, tout mélange de sang, sont interdits par une coutume àlafois civile et religieuse. La dégradation et la mise hors de caste sont attachées à toute infraction en ce genre : on encourt cette peine pour divers autres cas, tels que oubli de pratiques religieuses, l’usage d'aliments prohibés, et même le contact d’un individu des castes réprouvées. Cette sentence est irrévocable : rien ne l’expie.
Cest grâce à cette épouvantable loi d'exclusion et de torture morale que la religion indienne à pu se passer d’une arme dont tous les cultes ont usé et abusé, soit pour atta- Quer, soit pour se défendre; je veux dire l'intolérance. Après avoir ainsi parqué les populations, de manière que l’apostasie fût non-seulement une honte, mais encore une ruine; après avoir marqué au front et réduit à un rôle immonde ceux qui voulaient sortir de leur cloison sociale, elle a pu ouvrir ses portes, laisser sa frontière sans grande muraille, s'inquiéter peu d’un débordement d'étrangers, parce que ces nouveaux venus étaient placés d'avance en dehors de sa sphère d'activité, qu'ils étaient étrangers à toute classe et moins que des parias. Avec une telle force d'inertie, la religion indienne pouvait donc être Lolérante sans danger : elle le fut de tous temps. Les mêmes causes lirent également l’ennemie du prosélytisme; car elle ne pouvait offrir à un néophyte aucune classification, aucun état civil sans déroger à son privilége fondamental de nais-
sance. On naît brahmane, ksaitwya ou vaichi; nul au monde n’a qualité pour vous faire vaichi, ksattrya ou brahmane. Les conséquences de ce système religieux ont été qu'aucun Européen n’a pu se voir initier aux mystères du brahmanisme; comme aussi peu d'Hindous de quelque importance se sont faits chrétiens ou musulmans. La conquêle mongole a été impuissante à obtenir ce résultat, et les prédications des missionnaires catholiques ou luthériens n'ont guère réussi que parmi les parias; ainsi le christianisme, dans sa mission catholique, a commencé par la conversion des esclaves.
Les brahmanes, dont la caste se subdivise à l'infini, sont reconnaissables à la marque qu'ils portent au front; ils doivent aller la tête et la poitrine nues, se raser les cheveux et la barbe, en ne laissant qu’une petite touffe sur le haut de la tête. Cependant, quand ils ne se vouent pas au sacerdoce, ils peuvent porter leturban et l’habit long. Les femmes ont la marque distinctive du mari : une large pièce de toile et un canezou étroit composent leur vêtement. Les plus instruits parmi les brahmanes sont les faiseurs d’almanachs, qui savent un peu d'astronomie. Ils connaissent le gnomon, s'en servent pour calculer le méridien et pour orienter leurs pagodes. On distingue encore les Pandidapapans, brahmanes au service d’un prince du pays, qui dérogent jusqu’à servir de caïssiers aux négociants de Madras et de Calcutta; les Tutoidipapans , sectateurs de Chiva, qui doivent vivre d’aumônes et marmotter constamment quelques prières; les Papan-Vaiche-
navens, prêtres de Wichnou, chargés du service de ses pagodes. Dans la hiérarchie | sacerdotale, il y a quatre grades ou degrés : les deux premiers se prennent dans len- | fance; mais les deux autres sont le prix d’un long exercice. Celui de vanaprastrame |
s'obtient qu'à l’âge de quarante ans, et, pour aspirer au grade de saniassi, il faut avoir vécu ensuite vingt-deux ans dans la solitude et la contemplation. On sait du reste quel penchant ont les Hindous pour ces expiations contre nature Nul pays au monde n’a une plus belle collection de pénitents et de martyrs volontaires: Il y a dans ce pays des fakirs, des joghis, des fadins, des pandarons de la secte de Chiva,
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espèce de pèlerins quêteurs; des poutcharis, religieux de la secte de Mariatta, divinité. des parias; enfin une foule d’autres fainéants, dont le métier est d'exploiter la charité. | et la commisération publiques. Les fakirs et les joghis, les uns plutôt Musulmans, des |
autres Hindous, sont en première ligne parmi ces hordes sales et paresseuses. Hideuxà voir, morts à toute honte et presque nus, ils font assaut de singeries et d’extravagances pour toucher les âmes dévotes; réunis parfois en bandes de 40,000, ils ont changéen attitude menaçante leurs formes quêteuses. La crédulité populaire a une grande foi aux fakirs et aux joghis : elle affirme qu’ils vivent plusieurs années sans boire ni manger, elle leur suppose des pouvoirs surnaturels ; et les femmes surtout n’ont rien, absolu ment rien à refuser à cette robuste canaiïlle. Fakirs ou joghis, le nombre de ces vagabonds s’élève, d’après un auteur anglais, à près de 800,000.
Les joghis sont presque tous des deux premières castes. Les pénitents des castesinférieures prennent le nom de tadins : ne pouvant par leur naissance prétendre aux home: mages et aux respecls réservés aux brahmanes, ces hommes ont cherché à se faire une célébrité par l'exagération des tortures qu’ils s'imposent. Ce qu’ils en recueillent este glorieux litre de richis, demi-dieux ; mais leurs souffrances, avant d’arriver là, sont au-dessus de toute croyance. Les uns vivent quarante ans dans une cage de fer;1les autres se chargent de chaînes pesantes. Celui-ci doit constamment tenir les poings fermés pour que les ongles en croissant entrent dans ses chairs, et finissent par percer la main d'outre en outre; ceux-là se tiennent pendus à un arbre jusqu’à ce que leurs bras, privés de vie, se dessèchent et perdent leur jeu d’articulation; les uns fontle vœu de se tenir constamment debout ; les autres de se coucher sur un lit à pointes de fer. IL en est qui regardent fixement le soleil à en devenir aveugles. On a vu de ces
misérables se faire enterrer la tèêle en bas, de manière que les pieds seuls restassent hors du sol, tandis que d’autres, la tête seule déterrée, n'avaient que le jeu des paupières pour se défendre contre les oiseaux de proie. Plusieurs se sont amputé à euxmêmes un bras ou une main, ou bien ils se sont coupé la langue. Un de ces fanatiques mesura la distance de Bénarès à Jaggernaut, en s'étendant par terre et se relevant constämment le long de la route. La démence allait même plus loin autrefois, et Thiefenthaler raconte qu’on voyait à Ghazipour une espèce de hache suspendue, sous laquelle quelques pénitents enthousiastes venaient se faire trancher la tête en l'honneur de la divinité. Il faut dire que de nos jours la ferveur des tadins va s’amortissant : leurs expiations sont moins rigoureuses et moins rudes; ce n’est guère qu’à des époques solennelles, et en face d’un grand concours de monde, qu'ils se dévouent à des risques Sérieux; car le fanatisme a aussi sa vanité. L'une de ces expiations est celle de la fête dufeu, où les pénitents marchent nu-pieds sur des charbons allumés; l’autre est celle que l'on nomme djampe : elle a lieu au moyen d’un échafaud à deux ou trois étages, du haut duquel les dévots se précipitent sur des matelas en paille ou en coton, garnis de poignards, de sabres, de couteaux et d’autres instruments tranchants. Les brahmanes qui tiennent le matelas cherchent à atténuer le danger de la chute, car ce qui importe, ce west pas que la blessure soit mortelle, mais qu’il y ait beaucoup de sang répandu. Aux fétes de Kaly, l’une des plus solennelles qui se célèbrent à Calcutta etaux environs, M. Solvyns raconte que Les pieds baignaient dans le sang *. Quand le djampe est fini, on se rend à la pagode, au bruit d’un orchestre assourdissant, el les pénitents jouent en route avec le fer et Le feu, ici se perçant la langue avec une aiguille, là se traversant les doigts avec du fil de fer , ailleurs se tailladant le corps de cent vingt blessures, nombre cabalistique, nombre de rigueur. Il en est même qui se pratiquent au-dessus des hanches des ouvertures dans lesquelles ils passent des cordes, des tuyaux de pipe et des roseaux. Encore si ces fanatiques agissaient dans un but personnel; si ces mutilations, ces larges éntailles qui déchirent leurs chairs, étaient faites et souffertes à leur propre intention, on pourrait plaindre cette monomanie religieuse; mais le côté atroce de ces scènes publiques, c'est que les pénitents sont pour la plupart de pauvres diables qui se marlyrisent ainsi pour le compte des riches et moyennant salaire.
La deuxième caste primitive des Hindous, celle des ksattryas, est vouée au métier des armes. Ellecomprend les rajahs et les guerriers. Aussi se compose-t-elle du sang le plus robuste et le plus beau de toute l'Inde, soit en hommes, soit en femmes. Les rajahs sont princes hindous comme les nababs sont princes musulmans. Le luxe de leurs maisons consiste en femmes, en domestiques, en armures de toutes espèces, en éléphants, en chameaux et en chevaux. Leurs femmes marchent vêtues des éloffes les plus riches et es plus belles. Parmi les autres guerriers de la caste des ksattryas, il faut compter les Rajahpoutes, Les Seykes et les Marattes, tribus militaires qui marquent dans l'histoire de Mnde. Les Naïrs, qui habitent la côte de Malabar, constituent une caste particulière Qui se rapproche de celle des ksattryas; chez eux la communauté des femmes parait être en usage.
La caste des vaichis, comme on l’a vu, est la troisième de l’ordre religieux. Elle se compose d'agriculteurs, de jardiniers, d’éleveurs de bestiaux et de tous les négociants en gros ou en détail. C’est une caste riche, bien vêtue, en possession de toutes les
: L'ouvrage de M. Solvyns, intitulé Les Hindous (4 volumes in-folio; Paris, 1808), contient des documents d'autant plus précieux sur les mœurs et les costumes des populations indiennes, qu'à l’époque où ce voyageur les a observées elles n'avaient encore subi que très-faiblement l'influence des idées européennes.
aisances de la vie. Elle se divise en tribus de la main droite et en tribus de la main gauche; les banians en font partie. L'usage de la viande, interdit aux banians, ne l'est | pas au reste des vaichis. La quatrième caste, celle des soudras, comprend les artisans, les ouvriers et les serviteurs. En dehors de cette grande classification, il en est d'autres qui affectent un nombre de familles à l'exercice de chaque profession. On ne peut renoncer au métier paternel sans courir l’horrible chance d’une dégradation civile. Ainsi, qui naît blanchisseur meurt blanchisseur; qui naît forgeron meurt forgeron Au | milieu de cette foule d'états ainsi distribués, il en est un qu’il faut citer, c'est celuide
potier ou cossever. Les potiers sont tous de la secte de Chiva; ils n’entrent pas danses | divisions de la main droite et de la main gauche. Cet honneur leur vient à la foisde |
ce qu'ils sont chargés de guérir les fractures, et de l’importance que les Hindous atta- |
chent à la pureté de leurs vases. On a vu des cossevers devenir rajahs; d’autres, placés |
à l'intérieur des pagodes pour la confection des ustensiles sacrés, acquièrent une |
importance relative à leur emploi, Le potier n’a rien qui le caractérise positivement
des autres castes hindoues ; une roue horizontale, tournant sur pivot, lui sert à donner la forme qu’il désire à une argile ductile. Sa femme a un costume plus remarquable“
c’est un immense pagne en toile mouchetée qui lui laisse un sein et une partie du ventre |
découverts. La légèreté des vases fabriqués lui permet d’en porter sept ou huit surla tête: Après les soudras, il n’y a plus que des castes mixtes et méprisées, provenant de
mariages illégitimes entre castes diverses, et vivant à l’abri d’une sorte d’amnistie légale. |
Au-dessous d’elles viennent les parias, dont le nom signifie ce qu’il y a de plus mauvais ©
et de plus vil. Les Européens, les Musulmans sont des parias aux yeux des Hindous |
orthodoxes, parce qu’ils mangent de la viande. Les parias exercent les métiers les plus vils; ils écorchent les animaux morts de maladie, se nourrissent de leur chaïr el“en tannent la peau. Rien de ce qu’ils touchent ne peut servir à une autre caste; on neleur permet pas l'usage du puits banal; ils ont des fontaines particulières, et pour les
signaler il faut qu’ils les entourent d’os d'animaux. Dans les villes, ils sont obligés de camper hors de l'enceinte commune; dans les campagnes leur place est dans les lieux.
les plus ingrats et les plus solitaires. Élevés ainsi sous le coup d’un opprobre indélé
bile, les parias sont ce qu’une loi pareille doit les faire, sales, impudents, grossiérs, farouches; membres utiles d’ailleurs de la société indienne, ils ont privilége pour les emplois les plus pénibles et les plus bas; ils sont domestiques, palefreniers, cuisiniers, pêcheurs, porteurs de palanquins, etc. Les poulias sont encore au-dessous des paridss ils vivent dans le dernier degré d’abjection et de misère : ce n’est guère que sur la côte de Malabar qu'on trouve de ces malheureux : esclaves des Naïrs, campés au milieu de rizières malsaines, ils se logent pêle-mêle dans des huttes infectes, et n’ont pas le droit de regarder en face un Hindou des castes supérieures. Il en est qui vaguent dans les montagnes, perchent sur les arbres, et hurlent quand ils ont faim en se frappant le ventre. ‘0°
Au milieu de cette variété de conditions que le code brahmanique a créées et mainle* nues, il est difficile d'assigner au peuple hindou des mœurs et des coutumes générales: Chaque caste à son type comme elle a ses droits. Cependant on peut dire qu’en masse le caractère hindou est paisible, grave, froid, point railleur, patient et peu enclin à la barbarie, si ce n’est en matière religieuse. Par contre, on trouve dans cés naturels de Ia mollesse, de la lâcheté, et une impudente habitude du mensonge. Che eux, les femmes ne sont pas astreintes, comme chez les Musulmans, à une vie murée; si Ja jalousie des brahmanes a fait adopter à quelques-uns d’entre eux le régime des harems pour leurs épouses, les autres castes laissent aux leurs une liberté assez grande, et on en voil beaucoup qui exercent les mêmes professions que leurs maris.
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Indoustan.——Homme du peuple.
Le point sur lequel l’'Hindou se montre le plus formaliste, c'est la composition de ses repas el la manière de les prendre. Quand son plat de kary est prêt, il se lave les pieds et les mains, se jette un peu d’eau dans la bouche, s’assied devant son assiette posée sur un terrain uni. Ce terrain doit avoir la forme d'un carré pour un brahmane, d’un triangle pour un ksattrya, d’un cercle pour un vaichi, d’un croissant pour un soudra. Dans ces repas, les Hindous ne se servent ni de siéges, ni de tables ni de couteaux, ni de fourchettes, ni de serviettes; ils s’asseyent sur des peaux, des naltes, des coussins ou des tapis, et prennent le riz avec tous les doigts de leur main droile. |
A part la teinte foncée de leur peau, les Hindous des deux sexes se rapprochent beaucoup des Européens par les traits el la stature. La polygamie est tolérée chez eux; mais elle n'existe guère que chez les riches. Les pauvres n’ont qu’une épouse, qui s'occupe des soins du ménage. On cite dans le Karnatic une tribu où les femmes, invisibles à tout homme, ne reçoivent leurs maris que dans l'obscurité et sans lumière, Dans la mème province, pays de singularités, existe une autre secte qui jeûne tous les jours où lé soleil n’a pas dardé un rayon sur elle.
Les mariages entre Hindous se contractent, pour les filles, entre sept et neuf ans, et pour les garçons entre douze et quatorze. Après une longue cérémonie nuptiale, à laquelle préside un brahmane, on reconduit l’épousée à la maison paternelle, où elle doit rester jusqu’à ce qu’elle soit nubile. À cette époque, nouvelle fête, suivie d’autres formalités. Une femme n’habite avec son mari que lorsqu'elle est devenue mère : jusque-là elle doit se glisser dans sa chambre sans être aperçue et presque à la dérobée.
Les funérailles des Hindous ont aussi leur cérémonial, gradué suivant les castes. Quand un riche Hindou est décédé, on va lui construire son bücher hors de la ville, ébquatre parias l'y transportent, aux sons d’un orchestre lugubre où domine le tam-
tune Aux approches du bûcher, on pince le nez du mort, on lui presse fortement l’es-
lomac, on lui jette de l’eau au visage, on sonne bruyamment de la trompette, le tout pour s'assurer qu'il n’est pas seulement endormi; ensuite les parents étendent le corps Sur le bûcher. Quand ce pieux devoir est rempli, ils y déposent du riz, des fruits, du bétel et de la fiente de vache; après quoi le chef de la famille met le feu au bûcher. Au lieu de brûler les cadavres, on les jette souvent dans les fleuves saints, tels que le Gange, leKrichna, le Djemnah, etc. Les basses classes ne brûlent pas leurs corps, mais les enterrent.
Pusage indien qui prescrit aux femmes de se brüler sur le bücher de leurs maris défunts a acquis en Europe une célébrité exagérée. Quelques épisodes accidentels ont tellement passé pour une règle générale, qu'on se figure assez volontiers l'Hindoustan comme tout jonché de bûchers de veuves. Qu'on se rassure! Les suttis (c'est ainsi qu'on lomme ces sacrifices) ne sont plus tolérés à l'heure qu'il est. En 1829, le gouverneur ténéral lord Bentinck, au scandale des pundits de Bénarès et de quelques babous de Calcutia, a déclaré que le gouvernement britannique ne souffrirait plus d'aucune Manière ces atrocités contre nature. Avant celte époque, déjà une restriction imposée par les autorités anglaises en avait limité le nombre. Chaque fois qu’une veuve voulait Suivre son mari sur le bûcher, il fallait qu’elle vint faire spontanément cette déclaration devant le magistrat du pays. Après de vives instances pour la détourner de son projet, on commeltait à un délégué européen le soin de surveiller le sacrifice, afin que si la présence de la mort et la crainte de l’agonie arrachaient à la victime une rétractation, les brahmanes ne pussent lui faire violence. Ces rétractalions en face du bücher étaient rares pourtant; car les prêtres avaient eu soin de préparer la suttie. Tantôt ils l'enivraient d'opium ou de liqueurs spirilueuses ; tantôt ils la fanatisaient
par le détail des récompenses attachées à ce grand holocauste. Et d'ailleurs la malheureuse savait bien que, si le cœur venait à lui faillir, elle était désormais vouée à une vie de honte et de misère. Rejetée de sa caste, non-seulement elle devenait infâme, mais elle appelait sur son pays la peste, la guerre, la famine, tous les maux enfin, On conçoit qu'avec de telles illusions d’une part, et de l’autre avec un amour profond pour le mari qu’elles venaient de perdre, des sutties aient pu marcherat bücher l'œil calme, le front serein, la figure radieuse. Mais ces femmes sont des exceptions. Sur vingt créatures ainsi immolées, dix-neuf au moins ne cédaient qu'aux importunités des brahmanes, et jusqu’au dernier moment on les’ voyait lutter contre l'influence de ces bourreaux. |
Deux faits, entre plusieurs autres, donneront la mesure du rôle que jouaient dans ces scènes les prêtres et les parents qui profitaient des dépouilles de la victime. En 1822, près de Bombay, la veuve d’un brahmäne fut conduite en grande pompe, état son de nombreux instruments, vers le bûcher, sur lequel se trouvait déjà le cadavre de son époux. Sa démarche était assurée, sa contenance calme. Quand les officiers anglais lui demandèrent si c'était volontairement qu’elle mourait : « Oui, répondit: elle, c’est volontairement. » On pouvait juger qu'elle mettait une espèce de fierté à confondre ainsi des chrétiens qui semblaient douter d'elle, au moment où les chants des brahmanes exaltaient son héroïsme. A un signal donné, la suttie s’approcha du féu qui commençait à flamboyer; elle embrassa ses parents, fit ses adieux à l’assistance, distribua à ses amies ses bijoux el ses ornements; puis, demi-nue, éncouragéeérl presque poussée par les brahmanes, elle se jela dans le feu. La douleur fut vive, à ce qu'il parait, car au même instant elle fit un mouvement pour en sortir. Vainement renversa-t-on sur elle la pile de bois; elle se dégagea, bondit hors des flammes, ct, crispée par la souffrance, elle s’élança vers la rivière. Les brahmanes l'y suivirent; malgré la résistance des Anglais présents, ils la ramenèrent vers le foyer qui petillail. avec violence. Là une espèce de lutte s'engagea entre la victime et les bourreaux: La foule vociférail: Les Européens demandaient qu’on fit trêve au sacrifice jusqu’à ce que le magistrat eût décidé. Alors, pour mettre fin au conflit, des prêtres vigoureux énlevèrent la veuve sur leurs bras et la précipitèrent au milieu de ce brasier ardent. Elle s’y tordit encore désespérée, et se releva pour fuir; mais, à mesure qu’elle sortait déce cercle de feu, les brahmanes l'y repoussaient en lui jetant à la tête d'énormes büches flamboyantes. Un instant de répit lui permit toutefois de s'échapper encore et de courir vers le fleuve. Oh! à ce second désappointement la rage des prêtres fut'au comble; quatre d’entre eux se jetèrent à sa poursuite, et, lui plongeant avec violence la tête jusqu’au fond de l’eau, ils cherchèrent à la noyer. Il fallut pour la sauver qu'une escouade de soldats arrivât sur les lieux. Les principaux coupables furent mis en prison; mais la pauvre Hindoue ne survécut pas à cet horrible drame; elle mourül le lendemain de ses blessures, délaissée de sa famille et maudité comme une infime par toute la population scandalisée. "
Une autre suttie, enfant de quatorze ans, périt plus cruellement encore. Elle aussi, la douleur l'avait poussée hors du bûcher; elle s'était réfugiée dans un ruisseau voisin: Là, ce fut son oncle qui vint l'endoctriner, et qui lui montrant un drap : « Je te mettrai là dedans, lui disait-il; je t’emporterai dans ta case. — Non, criait l’infortunée, vous voulez me rejeter au feu! Mon oncle! au nom du ciel, ayez compassion de moi! Je quitterai la famille, je vivrai comme une maudite, je mendierai, je ferai ce qu'on voudra. Pitié! oh! pitié! s L’oncle la rassura, lui jura, par les eaux du Gange, qu'il la ramènerait à la maison. Alors elle se coucha sur le drap. À peine y était-elle étendue; que le fanatique Hindou noua ce drap comme un sac, et reporta sa nièce dans les
{ Asie.)
flammes. Elle cria, se débattit, chercha à se sauver dé nouveau; mais un coup de sabre orté par un Mahométan termina cette épouvantable scène.
Cette coutume barbare n’est point prescrite par les lois de Manou; elle est plutôt, ainsi qu'un petit nombre d’autres, le résultat de quelques combinaisons sacerdotales. Lesbrahmanes, ayant trouvé dans les populations hindoues une tendance à de fanatiques dévottements, ont dû nourrir et exploiter ces superstitions à leur profit. De là sont nés aussices sacrifices dont les siècles antérieurs offrent de nombreux exemples; ces morts dedévots qui se noyaient volontairement dans le Gange, ou qui, soit à Jaggernaut, soit ailjéurs, aux fêtes du Ruth, quand le char processionnel marchait dans la ville, se faisaient par centaines écraser sous ses roues, dans un but d’expiation et de céleste récompense. “poutes les pratiques du culte brahmanique n'ont pas ce caractère de stupidité féroce : au lieu d'exiger des sacrifices humains, les codes religieux repoussent même Jés-holocaustes d'animaux; quelques castes inférieures-ont seules conservé l'habitude J'immoler des béliers, des chèvres et quelques poules. Le reste des pratiques imposées consiste en offrandes de lait, de miel, de grain, de beurre et de fleurs ; en pèlerinages aux fleuves saints, aux pagodes de Bénarès, de Jaggernaut, de Konjeveram, de Trit-
-chinapaly et de Tandjaour, ou bien aux montagnes du Thibet; en jeûnes qui précèdent
assez souvent une fête solennelle; en prières; enfin en ablutions avec de l’eau des rivières sacrées.
“il est aussi des fêtes que n’ensanglantent pas les horribles pratiques des martyres hindous : celle qui se célèbre sur Les côtes, au début de la mousson, consiste à jeter en pompe à la mer des noix de cocotier. Parmi les castes guerrières, existe à de cer- {aines époques la coutume de s’asperger d’une eau rouge pour représenter un guerrier Couvert de sang. La fête de l'obscène lingam se célèbre au mois de mars; ensuite viennent les processions des idoles dont la fête de Jaggernaut n’est qu’un épisode. Dans les autres parties de l'Hindoustan, elles varient suivant les localités. Presque toujours les fidèles, rassemblés au bruit des trompettes, débutent par une série de pratiques dévotes. Les uns se plongent jusqu’à la ceinture dans l'étang sacré; les autres oignent leurs têtes avec de l'huile. À la nuit l’idole s’ébranle, au milieu d’une double haie de brahmanes et d’adorateurs qui agitent d'énormes torches en fiente de vache séchée et imbibée d'huile : parfois la divinité est portée sur un simple brancard, et alors dimples draperies en mousseline la dérobent aux regards des profanes. Parmi ces processions, la plus singulière est celle que les Hindous nomment bousso-djeng, en honneur de la déesse Kaly, épouse de Chiva. C'est une statue colossale coiffée d'une espèce de thiare : un de ses quatre bras est armé d'un cimeterre; un autre tient par les éhéveux une tête coupée : elle porte un collier de têtes humaines qui lui descend jusqu'aux genoux : elle tire la langue, parce qu’elle est fâchée, disent les Hindous, usage est de promener cette figure pendant quelques jours, après quoi on la charge Sur deux bateaux de manière qu’elle appuie également sur le bord de chacun d'eux. Quand la statue est ainsi placée et qu’elle est parvenue au milieu du fleuve, au respect et aux adorations qu’on lui a prodigués jusque-là succèdent les injures les plus
grossières el les plus violentes imprécations. Les brahmanes eux-mêmes se montrent en
Cette occasion d’énergumènes insulteurs; ils luttent entre eux à qui prodiguera Île Plus d'invectives à Kaly, et le vainqueur dans cet étrange assaut passe POUF saint jusqu'à li fête suivante. A la fin de cette scène, les deux bateaux se séparent : l'idole tombe et disparait dans le fleuve aux acclamations de la multitude.
Par suite de la nature théocratique de son gouvernement, l'Inde n’a d’édifices remarquables que ses pagodes : elles sont le plus souvent de forme carrée, bien orienlées, sans Loiture, et flanquées d’un nombre infini de chapelles. Devant la porte règne
un péristyle couvert, orné des statues des deoutas et des deiti. Les statues des dieux placées à l’intérieur doivent être de bois, de pierre, de cuivre ou d’or; jamais d'argent ni d’autres métaux.
Les plus belles pagodes sont érigées à Wichnou et à Chiva : celles de Chalembroun, de Jaggernaut', de Bénarès, de Maduré, de Seringam, frappent le regard par leur aspect grandiose et leurs massives colonnades : on cite la pagode de Seringam, près de Tritchinapaly, comme le plus vaste temple de toute l'Asie. Elle compte, dit-on, quatre milles de circonférence; et les pierres de sa terrasse extérieure ont trente-deux pieds de long sur six de large. Au reste, rien n’est uniforme ni suivi dans ces constructions; quelquefois c’est un système de tours hautes ou basses, régulières ou irrégulières : tantôt ce sont des carrés, des parallélogrammes, des trapèzes, avec des façades sculptées et des parvis décorés de statues, se terminant en dômes ou en plates-formes qui portent à chacun de leurs angles une corne de vache, ou bien finissant en aiguilles pyramidales, rarement en frontons triangulaires. Quant à l’intérieur de ces monts ments, Le seul caractère qui lui soit propre, c'est une grande profusion de colonnes sans proportions fixes, les unes grosses par Le bas, et diminuant peu à peu de diamètre jusqu’à prendre la forme conique; d’autres, au contraire, minces par le bas et grosses par le haut. Ces sanctuaires sombres et massifs ne manquent pas d'une certaine majesté. On a lieu de croire que leurs parois étaient autrefois ornées de quelques peintures, art dont les Hindous possédaient les notions élémentaires. Plusieurs pagodes offrent même quelques-unes de ces décorations. Les missionnaires anglais ont parlé récemment d'un tableau fort estimé des Hindous; tableau d’un caractère piquant et neuf, lequel se rapporte à l’un des contes débités au sujet des orgies de Krichna et de ses maîtresses. Krichna est le nom de Wichnou dans son incarnation de berger : la tradition dit qu’un certain nombre de jeunes filles se voua à son service dès l'enfance, et que plus tard neuf d’entre elles devinrent ses compagnes. Pour lui plaire elles s’amusaient fà former des groupes, figurant tantôt un objet, tantôt un autre. Dans là peinture dont il s’agit, elles sont arrangées de manière à former un éléphant sur lequel le dieu est monté. Ces obscénités sur Krichna et sur ses femmes sont en grand honneur parmi les Hindoues, qui en font le texte ordinaire de leurs entretiens.
Les temps d’opulence et de grandeur sont passés pour les lieux saints du brahmanisme. L'ère de déchéance, venue à la suite de la conquête mongole, a été continuée par le monopole anglais. Mais, avant ce temps, les richesses des pagôdes réalisaient les plus merveilleuses traditions des contes orientaux. L'histoire assure qu’à la prise du château de Soumenat dans le Goudjérate, Mahmoud Ier, malgré les réclamations des prêtres qui offraient dix millions de rançon, fit briser l’idole d’une pagode, et qu'on trouva dans une cachette intérieure pour plus de cent millions en diamants, perles et rubis. Il faut dire que la pagode de Soumenat était alors l’une des plus célèbres et des plus largement dotées. Elle était desservie par 2,000 brahmanes et 500 bayadères, par 500 musiciens, et 300 barbiers qui rasaient les dévots avant qu'ils fussent admis en présence du dieu. Outre la grande idole aux flancs merveilleux, on comptait dans les sanCtuaires plusieurs milliers de statuettes en or, et les cinquante-six colonnes qui soutenaient le dôme de la nef étaient toutes garnies de pierres précieuses. En dehors de ces joyaux de toute espèce, les dotations du temple s’élevaient en biens fonds à 2,000 villages avec leurs territoires.
L'entretien des temples est du ressort des bayadères; elles doivent y maintenir la propreté, veiller à l'entretien des lampes et s’occuper en outre du ménage des brahmanes.
* Voyez les Vues et Monuments de l'Inde, publiés par la Librairie-Artistique.
Chaque pagode a son étang pour les ablutions; son péristyle est une espèce de chauderie (caravansérai indien) qui sert à abriter les voyageurs.
Outre les livres saints dont on a parlé, les Hindous ont des livres de morale, des pièces de théâtre, dont quelques-unes ont été traduites par MM. Wilson et Colebrooke; des poëmes, des recueils d'apologues, qui contiennent les plus naïfs enseignements. parti ces derniers, le plus remarquable est celui d'Hotopadesa, qui a obtenu une mention européenne sous le titre de Fables de Pilpai. Quant aux lois, elles ont été de temps immémorial réunies en traité par un certain Raghunandam que les Anglais nomment le Tribonianus de l'Inde. C’est une compilation en vingt-sept volumes de tous les livres des mounis (saints), livres inconnus du vulgaire et à l'usage des brahmanes seuls. Il est impossible d'entrer ici dans le détail de ces lois civiles; mais leur examen altentif fait ressortir la preuve évidente d’une civilisation ancienne très-avancée. Si nos codes européens ont tant emprunté au droit romain sous le point de vue fondamental ou réglementaire, à leur tour les Institutes ont dû copier les lois antérieures, soit de la Grèce, soit de l'Égypte, soit de l'Inde. Il n’est donc pas surprenant que la pensée de nos codes soit en grande partie dans les Vedas; que leur moralité, leurs définitions, leurs formules mêmes s’y retrouvent à chaque ligne. Les lois de Manou traitent du serment et de la récusation des témoins; elles parlent des qualités requises chezun juge en termes qui donneraient à réfléchir à nos modernes magistrats. Entre autres conditions, il en est une qui causerait presque une révolution parmi eux : c’est uneexclusion formelle pour tout juge âgé de plus de soixante ans, attendu, dit Manou, que l'esprit s’affaiblit toujours à cet âge. Les Hindous connaissent les jugements par épreuves ou ordalies : ces jugements sont de neuf sortes, la balance, le feu, l’eau, le poison, l’eau consacrée, le riz, l'huile bouillante, le fer rouge et les images. Toutefois lawogue des ordalies est passée, et de nos jours la partie criminelle des lois hindoues offre des applications moins fréquentes que sa partie civile, les naturels ayant plutôt Dinstinet chicanier que l'humeur cruelle.
L'Hindoustan possède une grande variété de dialectes à l'usage de ses populations si diverses. En tête de tous les autres, il faut placer le sanscrit, langue primitive de Mnde, langue sacrée, d’une perfection merveilleuse, avec son ordre grammatical et sa régularité étymologique, idiome qui semble être devenu le pelwi en Perse et le grec sur les bords de la Méditerranée, l'allemand sur le Rhin, le flamand sur l'Escaut, le gaël dans la Grande-Bretagne. Le sanscrit n’est plus qu'une langue morte, possédée par quelques pandits du pays et livrée depuis un demi-siècle aux curieuses investigations de nos orientalistes. Après elle viennent le pracrit ou langue parlée qui, dans les drames, est celle des femmes et des bons génies; le païsachi, langue des démons quand on les introduit sur la scène; enfin le magadhi qui parait être la même langue que le pali ou le bali des Chingulais et des Birmans. À ces deux dernières langues, on substitue quelquefois l’apabhransa ou jargon, et le misra ou langue mêlée.
Les dérivations vulgaires de ces langues primitives sont le pracrit parlé sur les bords du Saravati; le canyacubja ou hindoustani, racine du moderne hindou; le gaura où bengali; le maithila ou tirhuctya en usage dans le circar du Tyrhuc; l’ouriga qui se parle sur la côte d’Orissa ; le gourgera usité dans le Goudjérate; le tamoul ou malabar, dialecte de la presqu'’ile du Dekhan; le maratte, le carnate, enfin le telinga, cultivé par les poëtes et parlé dans le pays de ce nom. À la cour des princes musulmans, on parle la langue mongole, mélange d’arabe, de tartare-mongol et de persan.
C'est dans cette dernière langue que se traitent les affaires diplomatiques entre les Anglais possesseurs de fait de toute la contrée, et les empereurs mongols ses posses- Seurs nôminaux résidant à Delhi. Les nababs, princes feudataires de l'empereur, la
parlent et l’écrivent également. Ces nababs sont des autorités mongoles comme le rajahs sont des autorités hindoues. La différence de leurs habitudes tient à la différence des religions. Ils poussent plus loin que les aborigènes le luxe des habits, des armes, de femmes, des chevaux et des éléphants. Il est dans l'Inde telle cour de nabab qui affect plus de représentation que la cour d'Autriche ou celle de Prusse. Quand un nababsor en palanquin, ce qui est une allure de négligé, il n’accomplit pas cette promenad sans se faire escorter par une légion de pions qui le devancent ou qui le suivent, reste, la partie musulmane de la population n’a pas conservé dans l'Inde ce fanatism: qui caractérise d'ordinaire les sectateurs du Coran. Sans attirer ni repousser leur vainqueurs, les Hindous ont su les réduire à un rôle inoffensif : une obéissance pure ment politique, dans une contrée où l’action religieuse se superpose à toutes, devait : la longue devenir plus fictive que réelle. Ne laissant point de prétexte à la persécution el point de prise à l'empiétement, elle aboutissait à donner plus tard l'empire au plu: grand nombre contre le plus petit; c’est-à-dire aux Hindous contre les Mongols. Sans venue des Anglais, comme liers possesseurs, il est probable que ce résultat ne sefü réalisé à la longue. | æ
Les Musulmans du reste ne forment pas dans l’Hindoustan une seule et même famille; on les classe en Beloutchis, en Afghans, en Zinganes, qu’on croit étréd souche de ces hordes de bohémiens qui parcourent l'Europe, puis en une série d'au: Lres variétés moins importantes. À côté de ces races diverses, il faut nommer les Parsi: où Guëbres qui descendent des anciens Persans émigrés à la suite des invasiohs mon: goles. Ils prétendent que seuls ils ont conservé les institutions de Zoroastre, et le feu sacré qui brûle encore dans le plus saint de leurs temples est le même, au direde leurs prêtres, que celui qu'ils emportèrent avec eux de la patrie persane. Ces Parsisou Guëèbres habitent plus particulièrement le Goudjérate, Surate et Bombay. Voués au commerce comme les Juifs de la dispersion, ils y apportent une moralité moins suspecte. Hs ont fondé une foule de manufactures qui prospèrent, ils arment un grand nombre de vaisseaux destinés à la navigation des mers indiennes, et possèdent des maisons, des hôtels, de beaux jardins, des terres et des villages. Comme toutes les sectes dépaysées, les Parsis s’entr’aident et se soutiennent ; ils ne souffrent point de mendiants parmi eux, sont obligeants, probes, actifs, -industrieux. Leur taille est belle, leur teint blanc; leurs traits sont réguliers et nobles, leurs yeux noirs et beaux. Le culte dufeu en vigueur dans leur secte n’est pas le magisme pur. Une longue succession d'années en a altéré les dogmes et les pratiques. C’est toutefois un spectacle curieux de voir sur l’esplanade de Bombay les adorateurs du Soleil, avec leurs robes blancheset flottantes et leurs turbans de couleur, épier le moment où l’astre les saluera d'un premier rayon. Quand il pointe à l'horizon, les fidèles poussent un cri de joie : le soir ils reviennent encore à la même place et restent prosternés jusqu’à ce que son dernier reflet de pourpre se soit effacé à l'occident. Chaque maison de Parsis est un temple pour leur dieu; un foyer allumé lui sert d’autel, et des bois précieux ou odoriférants l’alimentent sans cesse. Les prêtres des Parsis se nomment mobebs; leurs patriarches, desturs. La pratique ordonne aux fidèles de n’éteindre jamais ni aucun feu, ni aucune lampe. Quand un domestique parsis a une lumière à éteindre, il prie un Hindou de le faire pour lui. En cas d'incendie, ils ne le combattent pas autrement qu’en isolant la maison en flammes et en circonscrivant le foyer.
Les variétés les plus saillantes de la famille hindoue sont les races militaires des Marattes, des Rajahpouts et des Seyks. Les deux premières professent le brahmanisme, la troisième le nanekisme, culte mixte qu'introduisit dans le nord de l'Hindoustan Nanck, prince de la province de Lahore, vers le milieu du quinzième siècle. Le dogme
fondamental du nanékisme est le déisme pur : il admet à la fois et le Coran et les Vedas : seulement il en modifie les pratiques, rejette la division des castes et n'impose que la vocation des armes. Gorou Govine, qui réforma ce culte en 1707, est regardé parsses adhérents comme un saint et comme un prophète.
Les Seyks, les Rajahpouts et les Marattes offrent entre eux des analogies de mœurs qui résultent de la similitude de leur vie guerrière. Les premiers, formés en État toutà fait indépendant, habitent les royaumes de Lahore, de Kachmyr, de Moultan, ainsi que les provinces de Peïchaweir, de Tchotch, de Hasarch et de Tchikaspour. xs ont sobres, rompus à la fatigue, courageux et jaloux de leur indépendance. Les Rajähpouts, situés au sud des Seyks, quoique de la deuxième caste brahmanique, mangent pourtant de la chair de mouton, de chèvre et d’autres animaux. Presque toujours à cheval, ils ont pour vêtement une robe qu’on nomme cabaille : un mouchoir dermousseline leur serre la taille; ils portent des pantalons et des babouches moresques, et une espèce de bonnet qui se Llermine en touffe, à peu près comme le bonnet
grec: Les Marattes, peuplades plus méridionales encore, s'étendent dans tout le Dekhan.
Régies par de petits princes qui se combattent entre eux, ces tribus reconnaissent Pourtant un peichwa ou chef suprême, qui est censé être le premier ministre du roi déSatharat. Les Marattes peuvent être divisés en deux grandes classes, l'une comprehan les brahmanes et les ksattryas, l’autre les castes inférieures. On distingue les premiers à leurs turbans blancs, singulièrement plissés, à leurs longs pantalons en mousseline, à leurs écharpes flottantes; les seconds ont le pantalon plus collant et plus court, et le turban aplati. De toutes les races hindoues, celle-ci est la plus fourbe et la plus rapace. Les cavaliers marattes, nommés pandaries, vivent de butin dans la guerre et: de brigandages dans la paix. Ce sont les Bédouins de l'Asie. Ils ont pas de ville, mais seulement des camps. Ce qui distingue la religion des Marattes de celle des autres Hindous, c’est une différence dans les signes extérieurs, dans le costume et dans les pratiques; mais par-dessus tout une tolérance inconnue aux sectes puritaines du brahmanisme, tolérance qui va jusqu’à l'admission des individus d’une autre croyance.
Noilà, en somme, quel est l'aspect religieux de l'Hindoustan. Pour bien juger le culle dominant de cette contrée, il faut le voir ainsi; car ses détails absorbent et désespèrent. On se perd à chercher la raison de mille et une pratiques ridicules ou atroces, à coordonner en séries complètes ces myriades de dieux et de déesses suballérnes que les prêtres livrent au peuple comme des jouets ; on userait une vie entière définir leurs attributs, à classer leurs adorateurs, et cela pour aboutir à cette démonstration que la religion brahmanique, source de presque toutes les autres, culte moral, intelligible et sérieux dans sa synthèse, est absurde, obscène, insaisissable dans son analyse, Dans le brahmanisme et le bouddhisme, il faut admirer par-dessus tout ce génie du premier inventeur, qui a si fortement Lissé les liens des peuples hindous, qu'aujourd'hui encore ils se meuvent dans les délimitations primitivement tracées. Ge système d’infranchissables catégories, qui stérilise aujourd'hui et Lue ces nations à petit feu, fut un bienfait sans doute à ses débuts, et devait ètre longtemps un bienfait dans la pensée de celui qui le créa. Quand plus tard d’autres conditions de voisinage exigèrent une réforme religieuse, le réformateur n’arriva pas à point comme le législateur primitif était arrivé. L'œuvre ancienne résista : elle s’enchâssa tant bien que mal dans un nouvel ordre politique qu'elle n'avait pu ni accepter, ni prévoir. Ce qui était une religion changea de forme et devint une nationalité. La nationalité hindoue, C'est le culte de Brahma et celui de Bouddha; mais nous expliquerons plus loin la puissante influence qu’exerce sur celle nationalité le génie de La civilisation européenne.
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Gouvernement de la Compagnie anglaise. —ÆEn nous réservant de dire plus loin quel ques mots du gouvernement des États indépendants, nous donnerons ici les principau éléments du gouvernement de la Compagnie anglaise qui forme la suprême puissance de l'Inde. L'administration, le budget, la justice, l’armée, l'instruction publique, 1 commerce, elc., seront successivement passés en revue.
Le gouvernement exécutif du territoire de la Compagnie se compose de trois prési dences : celle de Bengale, celle de Madras et celle de Bombay. Il s'exerce dans chacun de ces présidences par un gouverneur et trois conseillers. Le gouverneur du Bengal est en même temps le gouverneur général de l'Inde; il a la suprématie sur les gou verneurs des autres présidences. Les gouverneurs et leurs conseils ont, chacun, dan leurs districts respectifs, Le droit de faire et d'exécuter des lois qui, dans quelques RE particuliers, ont besoin du concours du conseil suprême, mais toujours de celui directoire de Londres et du bureau du contrôle, dont les membres ont le titre de « Commissaires de Sa Majesté pour les affaires de l’Inde. »
Le conseil suprême de l'Inde se compose de quatre membres ordinaires et du général commandant en chef les armées des trois présidences, qui y siége comme membre extraordinaire. 100
Les mesures politiques et les relations extérieures des États protégés sont soumis à la sanctiôn ou au contrôle de ce régulateur suprême, arbitre des différends qui peuvent survenir entre eux. Protection effective d’un côté, déférence et soumission for: melle de l’autre, telle est la base de ce système qui affecte ainsi le caractère d'une fédération dont ce gouvernement est le chef. Les États de quelque importance, en retour des garanties que leur offrent l'alliance et la protection du gouvernement, ont assigné une certaine portion de leur territoire au maintien d’un corps de troupes placé sous les ordres directs de l'agent du gouvernement suprême, et commandé par des officiers européens. Ils doivent, en outre, entretenir des forces suffisantes pour la police intérieure et pour agir au besoin comme contingent. |
Parmi les petites principautés, les unes sont simplement tenues de payer un tribut; les autres, trop pauvres pour offrir une redevance annuelle en échange de la protection qui leur est accordée, s'engagent au moins à fournir leur contingent militaire à la première réquisition.
Les princes qui vivent aujourd’hui dans la dépendance immédiate de la Compagnie peuvent se diviser en quatre classes : princes dépossédés et pensionnaires, princes indépendants sous le rapport administratif, mais non sous celui de la politique, princes dont les États sont gouvernés, au nom de la Compagnie, par un ministre anglais résidant à la cour du souverain nominal, et princes dont les États sont gouvernés en leur nom par le résident anglais lui-même et les agents de son choix: Ainsi tous ces princes ont élé humiliés et réduits à la situation la plus précaire. Entre autres exemples de vexalions exercées par la Compagnie dans les royaumes tributaires, on peut citerde monopole de l’opium établi en 4820 dans le Malvah. Les princes de ce pays étaient forcés de’déclarer la quantité de ce produit recueillie dans leur territoire, et de le vendre lout entier aux Anglais seuls ; le prix d'achat fixé par les spéculateurs ne repré: sentait pas la moilié de celui qu'on aurait retiré de la vente dans les marchés libres: Ce monopole, qui exaspéra le peuple appauvri, ne fut aboli qu’en 18929.
L'application de la loi anglaise aux Européens, aux serviteurs de la Compagnie et aux sujels anglais dans l'Inde, est réservée à des cours suprêmes de judicature établies aux Chefs-lieux des différents gouvernements. La cour suprême de Calcutta est composée d'un grand juge et de deux juges ordinaires.
D'autres cours suprèmes d'appel et de police judiciaire, connues sous le nom de
sadder-diwany et nizamat-adälat (cours suprèmes civile et criminelle}, dirigent l'application des lois indigènes, c’est-à-dire des codes musulman et hindou. Ces cours se composent d'un nombre variable de juges : ceux de la cour suprême indigène de Calcutta sont au nombre de quatre.
Viennent ensuite les cours d’appel et de circuit, ou cours provinciales; puis des cours de zillahs ou cours de districts, et enfin des tribunaux secondaires où siégent des magistrats choisis surtout parmi des indigènes ,.et qui sont désignés par le titre d'amines (divisés en principaux [sadder amines] et ordinaires) et de mounsiffs. Ces magistrats décident les causes de cinq cents roupies (douze cent cinquante francs) et au-dessous.
Ces détails se rapportent plus particulièrement à la présidence du Bengale. Les autres gouvernements ont également leurs cours de judicature anglaise et des cours indigènes analogues à celles dont nous venons de parler, mais qui, dans leur constitution et dans la manière dont elles administrent la justice, sont modifiées par des considérations particulières et des habitudes locales qu’on a sagement respectées.
Ce système judiciaire, qui semble, au premier coup d'œil, devoir satisfaire aux besoins de la population, a été, nous le répétons, et est encore, à beaucoup d’égards, fortimparfait dans son application; ce qu’il faut attribuer surtout à deux causes : l’une était emploi exclusif, dans tous les tribunaux, de la langue persane, qui n’était ni lilangue des juges ni celle des parties; celte cause de confusion et d’injustice, reste d'un système imposé par la conquête, va disparaître dans toute l'Inde et a déjà disparu complétement du Bengale, La langue la plus généralement parlée dans les divers gouvériéments a été substituée au persan dans toutes les procédures. Une autre cause de mauvaise administration de la justice est la grande étendue des juridictions dans unpays où beaucoup de provinces sont très-peuplées et où la population est naturellement très-processive.
On doit ajouter, d’après les aveux de plusieurs écrivains anglais, que les tribunaux del'Inde sont si entachés de vénalité et opèrent si lentement, que nul ne peut les aborder sans employer la corruption, ni espérer un jugement dans une affaire civile avant sept ou huit ans.
Le nouveau Code pénal de l'Inde, rédigé par une commission spéciale et soumis à la Saïiélion du gouvernement suprême, est un pas immense fait dans la carrière des améliorations que réclame l'administration de la justice. Pour donner une idée de Lesprit de libéralité, d’impartialité et de saine politique qui à présidé à la rédaction derce beau travail, nous citerons l'exposé des motifs qui précède le chapitre quinze dunouveau code, chapitre qui traite des délits relatifs à la religion et aux castes.
Moici comment s'exprime la commission, el nous appelons d'autant plus volontiers lâllention de nos lecteurs sur ce court et lumineux exposé, qu'il suffit pour donner, sous le point de vue religieux, une idée très-nelte de la position du gouvernement anglais à l'égard des populations de l'Inde :
« Le principe sur lequel ce chapitre a été établi est un principe auquel il serait à désirer que tous les gouvernements se conformassent, et duquel le gouvernement anglais dans l'Inde ne peut s’écarter sans risquer la dissolution de la société. Ce principe est que chaque homme doit être libre de suivre sa propre religion; qu'aucun homme ne peut insulter à la croyance d'un autre.
» La question de savoir si les insultes faites à une religion doivent être punies, nous Semble tout à fait indépendante de la vérité ou de la fausseté de la religion attaquée. La religion peut être fausse, mais le mal que ces insultes causent à ceux qui professent cette religion est réel. C’est souvent, et l'observation la plus superficielle peut nous en
convaincre, une peine aussi réelle, aussi poignante qu'aucune de celles qui peuvent être causées par des délits contre la personne, la propriété ou la réputation, et il n'existe rien qu'on puisse offrir en compensation. La discussion peut, il est vrai, faire jaillir la vérité, mais les outrages n’ont point celte tendance. Ils peuvent être dirigés aussi aisément contre la foi la plus pure que contre la plus grossière superstition. Il est plus facile de combattre le mensonge que la vérité, mais il est tout aussi facile de détruire ou de souiller les temples de la vérité que ceux du mensonge; il est aussi facile de troubler par des paroles déshonnêtes et des clameurs injurieuses des hommes rassemblés dans des vues d’adoration rationnelle et pieuse, que des hommes occupés de l’accomplissement des plus absurdes cérémonies. De telles insultes, quand elles sont dirigées contre des opinions erronées, ont rarement d’autre effet que celui de fixer ces opinions plus profondément dans l'esprit, et de donner un caractère particulier de férocité aux discussions théologiques. Au lieu de faire ressortir la vérilé, ils ne font qu'enflammer le fanatisme.
» Toutes ces considérations s'appliquent avec une force particulière à l'Inde. Il n’est peut-être pas de pays où le gouvernement ait autant à craindre de l'excitation religieuse parmi le peuple. Les chrétiens sont en très-petite minorité dans la population, eten possession des emplois les plus élevés dans le gouvernement, dans les tribunaux el dans l’armée. Sous leur domination se trouvent placés des millions de mahométans-de différentes sectes, mais tous fortement attachés aux articles fondamentaux de la loi mahométane, et des dizaines de millions d’Hindous, non moins fortement attachés à des doctrines et à des rites que chrétiens et mahométans réprouvent également. Unttel élat de choses est rempli de dangers qui ne peuvent être évités que par .une ferme adhésion aux vrais principes de tolérance et de modération. Le gouvernement anglais, dont les sages mesures ont été couronnées d’un plein succès, a agi jusqu’à présent d'après ces principes, que nous proposons d'adopter comme bases de cette partietdu code pénal. » |
Lorsque les Musulmans, Arabes et Mongols, établirent leur domination dans l'Inde, ils s’arrogèrent un droit de propriété absolu sur toutes les terres, et décrétèrent que la moitié du produit brut du sol serait le tribut ou l'impôt par lequel les cultivateurs infidèles se rachèteraient de la mort,-eux, leurs femmes et leurs enfants. Quelques auteurs prétendant que le droit de propriété était universel sous les anciennes dynasties hindoues, établissent que cette exproprialion brutale bouleversa dans l'Inde toutes les traditions, toutes les idées reçues, et dut être considérée par les vaincus comme une violation de tous les principes d'humanité et de justice. D’autres dénient ce fait. Quoi qu'il en soit, les Anglais, tout en rejetant les maximes sanguinaires de leurs devanciers, adoptèrent leur principe de confiscation : un impôt de 50 p. ° fut exigé des populations du pays.
Voici comme cela se pratique. La terre est affermée par le gouvernement au rayot (cultivateur) soit directement, soit par l'intermédiaire du zamindar (propriétaire foncier); mais la nature du bail varie suivant les provinces ; les conditions générales de la transaction n’ont pas encore revêtu un caractère de permanence, de ralionalité et de justice qui protége également les intérêts du cultivateur et ceux du gouvernement. .
Les ressources du gouvernement de l'Inde ne se bornent pas aux sommes qu'il perçoit de la terre; elles se composent aussi des droits de douane, des impositions diverses, du droit du timbre, des subsides et des tributs payés par certains États, de quelques taxes locales, et des profits résultant du monopole du sel et de celui de l'opium. Voici un extrait du budget des recettes et des dépenses de trois années.
Déficit. + + :
liv. sterl.
RECETTES
| : liv, sterl. 9,474,084 9,487,778 8,844,241 1 "0 » 5,522,155 2,969,956 3,253,233 - : » 1,404,916 1,497,508 1,600,691
Mi it. agadir 5 Done) UE
Toraux. . . + 14,198,155 15,955,042 13,679,165
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