OBJET
affectent pour telles ou telles conditions de station ou d’habitat. Ici encore nous sommes en présence d’un fait primitif dont le Créateur s’est réservé le secret.
Constater, avec précision et aussi complétement que possible, les relations multiples et graduées qui se manifestent entre les plantes et le sol ou les conditions météorologiques de la contrée, tel est donc, en dernière analyse, le véritable objet de la Géographie botanique.
Chapitre II. — Circonscription et description du domaine étudié dans la Flore cryptogamique de l'Est.
I. Rien n’est plus difficile qu’une bonne délimitation du domaine à exploiter par une Flore locale.
Les frontières politiques sont arbitraires et d’ailleurs instables. Il est préférable de s'arrêter à des limites tracées par la nature; mais ces limites, bien que très nettes, vues de loin et dans leur ensemble, sont elles-mêmes parfois très incertaines lorsqu'on les suit de près.
Comme on l’a fait remarquer, la végétation qui se développe sur les deux rives d’un fleuve ou d’une rivière est identique. Les cours d’eau ne sont donc pas des limites convenables. Si on adopte un bassin circonscrit par des montagnes, on se trouve conduit à n’étudier qu'un seul versant d’une montagne, ce qui n’est pas moins étrange.
Quoi qu'il en soit, voici les idées qui nous ont dirigé dans le parti que nous avions à prendre.
La chaine des Vosges, considérée dans son relief principal, des Ballons de Saint-Maurice et de Servance au Donon, ayant été le champ de nos excursions bryologiques les plus assidues, nous lui conservons dans notre Fl@æe une place d'honneur.
La chaîne des Vosges est un centre autour duquel les autres portions de notre domaine viennent se grouper d’elles-mêmes.
En effet, la chaine granitique des Vosges porte sur ses flancs, de part et d'autre, échelonnés à des hauteurs diverses,
de puissants lambeaux de grès vosgien dont la végétation moussue est tres intéressante.
Or il est impossible de séparer le grès vosgien des Hautes- Vosges de celui des Basses-Vosges qui le continue. Il a donc fallu étendre nos limites vers le nord au moins jusqu’à Deux- Ponts et Sarrebrück, localités dont les mousses ont été si bien explorées, anciennement par Bruch et Gümbel, et plus récemment par MM. Schultz et Winter.
D'autre part, la chaîne des Vosges est flanquée, à sa base orientale, de nombreux dépôts calcaires, jurassiques et en partie tertiaires (les Collines sous-vosgiennes). En raison du parallélisme, l'étude de leur végétation entraine celle des collines jurassiques lorraines et enfin celle du Jura tout entier. D'ailleurs une portion notable de cette dernière chaïne est comprise dans la Haute-Alsace et s’imposait par la même. Les mousses du Jura ont été publiées par M. Mougeot, pêle-mêle avec celles des Vosges. En géographie botanique, la comparaison des mousses propres aux deux chaines des Vosges et du Jura donne lieu à des considérations du plus vif intérêt. Notre plan qui est à peu de chose près celui de Thurmann, dans sa Phytostatique du Jura, servira utilement, croyons-nous, à mettre en relief les différences et les ressemblances caractéristiques qui existent entre les Flores bryologiques spéciales des Vosges granitiques ou arénacées, et du Jura calcaire.
Nos limites sont donc, à l'est, le Rhin depuis Bâle jusqu’à la hauteur de Kaiserslautern. Au nord, elles embrassent les pays de Deux-Ponts et de Sarrebrück, et rentrent en France par Montmédy et Stenay. À l’ouest, la chaîne de l’Argonne forme une limite tres naturelle, mais qui s’arrête malheureusement dans le voisinage de Revigny, à la hauteur de Bar-le-Duc. De ce point jusqu’à Bourg-en-Bresse, dans le département de l'Ain, on ne peut suivre qu’une ligne idésle, incertaine, se confondant plus ou moins avec celle qui sépare les départements de la Meuse, des Vosges, de la Haute-Saône et du Jura, des départements voisins, de la H'°-Marne, de la Côte-d'Or, et de Saône-et-Loire. Au sud, le cours du Rhône forme une limite facile à suivre