CHAINE DU JURA
à gravir, auxquelles on donne les noms de dents, d’aiguilles, de cornes et surtout de crêts. Les coupures transversales profondes, qui mettent à nu la structure intime des montagnes, sont des cluses. Les ruz sont des ravins creusés sur les flancs abruptes des montagnes, par les torrents qui s’y précipitent au au moment des grandes pluies et de la fonte des neiges.
Enfin les cirques sont des amphithéâtres dont les murailles intérieures sont formées d’assises calcaires coupées circulairement de manière à donner d'immenses entonnoirs, parfois de la plus grande beauté. Les montagnes du Jura, plus sévères, moins gracieuses et moins riantes que celles des Vosges, offrent aux touristes des spectacles d’un genre tout particulier , surtout plus grandioses. L
Quant au revêtement, les plateaux inférieurs, souvent secs et pierreux, nus, sur les parties élevées, sont ailleurs couverts de forêts de chènes et de hêtres ; les vallées, les vallons propices sont cultivés; les coteaux secs et rocheux sont occupés par le buis.
« Le sapin commence généralement vers 700 metres, et trace presque partout dans le Jura la limite inférieure de notre région montagneuse. C’est entre ce niveau et 1100 mètres environ qu’il forme le plus de forêts à lui seul; plus haut, il est très souvent remplacé par l’épicéa; mais il atteint en buissonnant les parties moyennes de la région alpestre. » Ces indications de Thurmann sont parfaitement exactes et très caractéristiques , surtout pour ce qui concerne ces sapins buissonnants, disséminés sur les pentes de la région alpestre, à une altitude de 1500-1550 m., ce qui ne se voit pas dans les Vosges. Dans le Jura, le bryologue fera bien d'explorer les portions de sol abritées par les branches allongées et touffues de ces sapins.
Vers 1000 et 1100 m. dans le Jura, comme dans les Vosges à partir de 800 à 900 m., les cultures disparaissent; les pâturages et les forêts commencent à occuper exclusivement de grandes étendues de terrain ; les tourbières apparaissent sur une foule de points.
Dans le Jura, la limite supérieure des forêts se trouve à une
altitude qui varie entre 1400 et 1500 m., de 300 à 400 m. audessus de la même limite dans les Vosges.
Au-dessus de la région des forêts, s’élève la région alpestre, beaucoup plus développée dans le Jura que dans les Vosges. Voici la liste des principaux sommets avec le chiffre de leur altitude. Les noms sont disposés d’après leur position géographique, en procédant du nord-est vers le sud-ouest. Ce tableau est dressé d’après l’esquisse topographique de Thurmann.
Le Weissenstein . ... 1450, Le Montendre. ...... 16907. Le Sonnenberg...... 1800 Le Noir-Mont....... 1570 Le Chasseral........ 1620 Le Crêt-de-la-Céraz.. 1500 Tête-du-Rang....... 1420 Pa Dole 24 SERIES 1680 Le Chateluz .... ... 1300 *+ Le Crêt du Merle.... 1450 Le Creux-du-Van ... 1470 Id. de Chalam... 1580 Le Chasseron. ...... 1610 Le Colombier-de-Gex. 1691 L'HGrDaz ere rene 1310 Le Reculet. 70e 1793 BAionlon ee 1550 ÉeGralel 772 1500 Le Suchet.......... 1570 : Le Credoz.…... à 1694 Le Mont-d’Or....... 1460 Le Crêt-du- Nud.. .. 1555
La Dent-de-Vaulion.. 1490 Le Grand-Colombier . 1534: F2 /Pandoz: 1310
Toutefois, il faut le dire, malgré son développement bien supérieur en étendue, la région alpestre du Jura est moins favorable aux mousses que celle des Vosges; elle est dépourvue de ces sources nombreuses et abondantes qui, au Hohneck, répandent la vie et l'animation partout; les rochers y font d'innombrables saillies, mais sans importance, au lieu des magnifiques escarpements frais et moussus du Hohneck, du Rotabac et des Ballons.
Au point de vue géologique , le Jura est formé par les calcaires , dont le nom de jurassiques s’est étendu à toutes les formations du même genre quise trouvent dansunerégion quelconque. Ce sont les étages corallien et portlandien qui forment surtout les hauts sommets alpestres. [ls se composent de calcaires durs, compactes, blancs ou légèrement jaunâtres. Il est bon cependant
MONTS-FAUCILLES. g AT 1
d'observer que ces mêmes étages se retrouvent dans la structure mème des plateaux inférieurs. L’ordre de superposition géologique est loin de répondre toujours, dans le Jura, à l'altitude. Les étages argovien, oxfordien et callovien, surtout marneux, et formant des lits imperméables , sont frais et laissent échapper sur leurs contours des sources nombreuses. Les calcaires oolithiques , comprenant aussi plusieurs étages, forment une bonne partie des plateaux inférieurs.
Le lias se voit surtout sur les flancs de la grande falaise. Sur une foule de points des hauts plateaux de la région montagneuse, sont disséminés des dépôts tertiaires, crétacés et néocomiens. Plusieurs assises de ces terrains se composent de grès et de sable siliceux. D’autre part, les glaces, à l’état de glaciers ou de radeaux , ont amené des Alpes, surtout dans le val de Sainte- Croix et dans la vallée de Jougne, près du Mont-d’Or, de vastes nappes de blocs et de sables siliceux. Les mêmes causes, glaciaires ou diluviennes, ont disséminé, sur un grand nombre de localités, les sables siliceux du néocomien.
Il résulte de ces superpositions et de ces mélanges que, à une végétation généralement calcicole, se mêlent, çà et là, des plantes qui recherchent les terrains siliceux.
3° Les Monts-Faucilles.
Les Faucilles n’ont qu’une importance hydrographique.
C’est une ligne très sinueuse qui, partant des Ballons de Saint-Maurice et de Servance, s’abaisse rapidement jusqu’à Château-Lambert, se continue par le Mont-de-Fourche, Hérival, la Belle-Fleur, au-dessus de Remiremont, avec une altitude de 700 à 600 m.; puis par Bellefontaine (hauteurs), Hadol, Dounoux, Chaumouzey, Girancourt, Ilarol, Vioménil, Dombasle ; Senonges , Saint-Baslemont, Dombrot, Lamarche, Fresnoy, Montigny-le-Roi, à une altitude de 460 à 350 m. C’est la ligne de partage des eaux qui, au nord, vont se jeter dans le Rhin ou la Meuse, et, au sud, se rendent dans la Méditerranée, par la Saône et ses aflluents.
Les collines qui établissent cette ligne de partage, sont formées, depuis les Ballons, jusqu’au-delà du Mont-de-Fourche, par la syénite et le granite; dans les environs d’Hérival et de Remiremont, par le granite, le grès rouge et le grès vosgien ; depuis Bellefontaine jusqu’à Vioménil, par le grès vosgien et le grès bigarré; de Vioménil à Lamarche, par le grès bigarré, le muschelkalk, les marnes irisées, le grès infraliasique. Le relief de ces collines est à peine sensible au-dessus des pays voisins. Les hauteurs, de Dombrot à Saint-Baslemont, étant à 459 m., la plaine du Vair, à 25 kil. de Dombrot, près de Balléville, est encore à 305 m. Au sud, il est vrai, à 18 kilom. de Dombrot, près de Godoncourt, le niveau de la Saône n’est plus qu'à 242 m. Les collines dont nous parlons s’abaissent done, de part et d’autre, par des pentes très douces et peu accidentées. Dans ces conditions l'altitude ne semble pas jouer un rôle de quelque importance sur la distribution des espèces végétales.
4° Plaines et régions basses limitées par les montagnes précédentes.
1° Plaines et collines d'Alsace. Au pied des Vosges, l'Alsace forme, depuis Bâle, jusqu’à Bingen près de Mayence, une vaste plaine, très bien nivelée, légèrement inclinée vers le Rhin. Cette plaine est un terrain de comblement dont les éléments proviennent des Alpes, du Jura et des Vosges. L’alluvion la plus importante, et qui couvre de plus grandes ue est d’origine alpine; v’est le Lœss ou Lehm.
Le læss contient de 15 à 30 pour cent de carbonate de chaux et environ 54 pour cent de sihce (1). Ce mélange explique la présence de plantes calcicoles et silicicoles vivant pêle-mêle,
(1) Voyez Daubrée : Description géologique et minéralogique du Bas- Rhin.
J. Schill. Geognostisch-mineralogische Beschreibung des Kaiserstuhlsgebirges.
Godron : De la végétation du Kaiserstuhl,