‹ Muse et musetteChapitre 38 sur 133 · UN SOIR · texte numérisé non relu

UN SOIR

La mer avait battu, tout le jour, irritée,

Falaises de granit, la digue et la jetée

Que la terre anxieuse oppose à ses complots ;

Mais par sa fureur même elle s'était lassée

Et semblait regretter sa colère passée :

Le calme, avec le soir, descendait sur les flots.

Au Casino, mesquine et fragile cabane Dont rOcéan se rit et que l'homme enrubanne^ La danse et la folie agitaient leurs grelots. Parmi le sable fin de la grève charmée.

Tendre, venait mourir la vague encore pâmée : Le calme, avec le soir, descendait sur les flots.

Sur le rivage obscur promenant ta tristesse, Etrange composé de force et de faiblesse, O cœur toujours gonflé de pleurs et de sanglots, Quand verras-tu, lassé de l'humaine imposture, Ne voulant plus aimer enfin que la nature, Le calme, avec le soir, descendre sur les flots?

Muse el Muse t le.

[ous étions partis vingt pour la pêche d'Islande :

Je suis revenu seul !

es autres jamais plus ne verront notre lande,

Et sont morts sans linceul.

ous les vingt nous étions de la même paroisse :

Nous nous connaissions bien, ingt familles nous ont espérés dans l'angoisse

El sans apprendre rien,

u port les lourds bateaux rentrent l'un après l'aulre;

Il en vient tous les jours, tus d'un même est parti longtemps après le nôtre :

On nous attend toujours.

^pendant, l'Albatros avait fait bonne pêche;

Nous étions bien portants ; ssurés d'un retour qucPieu parfois empêche, Nous revenions contents.

Choses marines, . 69

Nous avions oublié ces brumes de Tlslande

Dont le plus brave a peur, Quand nous fûmes, passant en travers de l'Irlande,

Coupés par un vapeur.

C'est notre faute aussi : nous étions sur sa route !

Après qu'il fut passé On aurait pu sauver quelques hommes sans doute :

L'Anglais était pressé.

Je restai seul vivant, seul sur la mer immense :

Tout le reste périt.

Un bateau qui me vit, Dieu sait par quelle chance !

A la mort me reprit.

Lorsque je rentrai seul, qu'il me fallut tout dire,

Quel récit d'assassin !

Je sentais le regard des femmes me maudire :

T'avais l'air de Caïn.

Veuves, sœurs, orphelins, hagards, la lèvre amère,

Versaient des pleurs à flots.

Et j'appris ce jour-là tout ce qu'un cœur de mère

Renferme de sanglots.

Je n'ose plus passer devant les maisons closes ;

Quand, le front soucieux.

Sort une veuve pâle avec des enfants roses.

Je détourne les yeux.

Ainsi, de l'efifroyablc et tragique aventure

Si vous m'avez sauvé, C'était donc, ô mon Dieu, que pour cette torture

Vous m'aviez réservé!

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