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SOUVENIR DE VACANCES

A M. Le Hénaff.

Voyageurs aftamés par une longue marche, Nous hélons une vieille à face de guenon.

A tout ce qu'on lui dit elle répond ; « Non, non ! » Noé, sur son museau, l'eût admise dans l'Arche.

Nous découvrons alors qu'elle parle breton ; Mais cela, Ma Doué, ne fait pas notre affaire. Notre appétit s'exalte et, pour le satisfaire, Nous rêvons côtelette et gigot de mouton.

Point de mouton, d'ailleurs, qu'un seul sur la falaise, Pendant au flanc d'un roc, lié comme un captif, Et qui, nous poursuivant d'un bêlement plaintif, Est, nouveau Prométhée, assez mal à son aise.

Nous lui tournons le dos avec compassion, Persistant, malgré tout, à marcher d'un pas ferme. Quand voici devant nous la porte d'une ferme : Telle dut aux Croisés apparaître Sion.

Choses de Bretagne, 91

On n'y respire point celte odeur parfumée Qui révèle de loin Tapprél d'un déjeuner :

La fermière n'a rien, hélas ! à nous donner Et notre espoir, déçu, s'évapore en fumée.

Mais on suivrait longtemps, guide leste et discret, La fille de seize ans à chevelure blonde.

Corsage bondissant, jupon court, jambe ronde, Qui s'en vient nous conduire au prochain cabaret.

Une branche de houx au-dessus de la porte Signale la maison où nous entrons tous trois, Réconfortés déjà, reçus comme des rois, Saluant d'un regret notre gentille escorte.

Ici l'hôtesse est brune et prend un air vainqueur, Légère, nous servant en une pirouette; L'autre était ingénue et celle-ci, coquette.

Tortille ses cheveux en noirs accroche-cœur.

Du pain bis, presque dur, qui sous les doigts s'émieUc, Du poisson et des œufs, c'est là tout le menu, Et la table, sans nappe, aurait l'air un peu nu. N'était la savoureuse et superbe omelette.

LVau fraîche tout d'abord nous a régénérés.

Le cidre dans les bols verse son or fluide ;

Sans cesse un cruchon plein remplace un cruchon vide,

Et nous quittons la table enfin désaltérés.

Le moment est venu de se remettre en route.

Pourtant, si l'on restait? Les crêpes de blé noir, Après le pain qui cuit, seront prêtes ce soir Et puis dans ce grand lit on coucherait sans doute.

Nous voilà repartis sous le ciel du bon Dieu Qui vit passer jadis le Romain et le Celte :

Au milieu du chemin, debout, la fille svelte Se tient, le bras tendu dans un geste d'adieu;

Et nous, pressant le pas pour être loin plus vite. Vers les horizons gris, par la brume plombés, Pensifs, nous poursuivons, fléchissants et courbés Sous l'infini regret des choses que l'on quitte.

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