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Muse juvénile

Avec l'éducalion vague que Ton doiuie aujourtrimi , nu jeune homme, au sortir des études, est embarrassé sur le choix d'un état, et, n'ayant pas de but immédiat dans la vie, il osiille d'un rêve à l'autre jusqu'à ce qu'il ait trouvé l'équilibre et formulé son individualité. Que de tâtonnements ! que d'essais et de chutes! L'apprentissage delà vie sociale, on pourrait dire de la vie réelle, est une école dure où la nécessité sert de maître quand les éducateurs ont fait défaut S"imaginc-t-on bien ce qu'il faut de courage, de patience, de persévérance pour suivre la carrière des arts ou des lettres à Paris, quand ou y arrive de sa province n'ayant d'aulre bonne fée que sa belle étoile? Par quels aboiemenls à la lune prélude-t-on à formuler des chants plus clairs? par quels crayons et barbouillages, à une peinture plus nette et plus ferme? par tpie'.s bé^ayemenls, à raflirination de soi-même? par quelles angoisses et par quel doute à la fois, par quelles ténèbres, k ce rayon de lumière que nous prenons pour la \érité et qui en est à peine un reflet?

Doit-on livrer au lecteur ses premiers essais? C'est une

"> AUX I.ECTELKS.

({LiL'stioii (lôlicaliv, 1111 auteur est bien osé de se la poser fii apiiarence, quand il la résout par raftiriiiative en publiai i! ses ébauches.

Il se noircit tant de papier de nos jours, et la justice du temps est si vite faite, qu'on ne doit pas se montrer trop scrupuleux ;i cet endroit, et il est de mode aujourd'hui d'apporter toutes les pièces du procès pour se faire juger en connaissance de cause.

Est-on fondé, quand on al teint Tàge rnùr, à dédaignei son passé plus naïf? Est-on siir, si Ton arrive à la vieillesse de n'avoir pas alors à censurer sévèrement son âge nuir' J'avouerai une faiblesse de père. Quand je relis ces lignes qu me laissent voir, au travers de mes souvenirs les plus doux les fantômes légers de mes illusions, je me demande : N'é tait-ce pas la poésie? Quoil ces filles d'un souffle, ces figure vaporeuses et à peine dessinées, ces audaces romantiques cette correction classique ou d'écolier , ces légères estompe veiuies après la poésie à grandes images de la première moî tié du siècle, ne sont-elfes pas comme les derniers nuages qui' flottent à l'horizon après un soleil couchant? Comme tant d'autres vers perdus qui ont été étouffés par une critique chinoise, ceux-ci marquent la transition entre l'époque dis beaux l'èves, des chanls crépusculaires, des hymnes propliétiques, et la poésie de l'avenir qui sera une u'uvre de re-j cunstruclinn solide, où le réel tt l'idéal ne feront qu'un , | comme du cuivre el de Fétam on fait le bronze.

Tout cela n'a-t-il pas son charme? faisons-nous mieux eu mûrissant? sommes-nous plus sincèrement et plus follement amoureux ?

11 y aurait beaucoup à répondre, mais chaque lambeau de CCS pages, chaque rime de ces vers en dira plus à qui saura lire et cnlendre que tout ce que je pourrais expliquer el coinnienler en prose. .'

Voyez-vous celte âme inexpérimentée, aimante, et blessée à chaque pas, lutter contre l'impossible, dédaignant le corps cjmme une guenille et le réel comme un cauchemar? Cro^o/^

MX l.i:CTElRS. 5

VOUS que ce persontiage tienne bien sur ses pieds/ >oii... il dort, il rêve, il cherche : quoi? Ce que cherche la iiioilié du inonde, ce que le travail, le devoir et Taniour de ses semblables peuvent seuls donner : la paix de lïime.

Pourquoi est-elle si agitée, cette âme jeune et insouciante'.' Comme nous lavons dit en commençant, parce que son but n'est pas droit devant elle et qu'elle papillonne d'instinct sur toutes les fleurs du sentier au lieu de marchei' résolument au terme.

A chaque méprise on se redresse, à chaque déceplion on rédéilut. Ce n'est point cela, point cela, point encore cela. Jusqu'à ce que Saul, frappé d'un éclair sur le chemin de Damas , se relève comme aveuglé sur tout ce qui l'avait séduit et ne songe plus qu'à la poursuite du beau, du bon et du vrai. Celte recherche dans l'amour vous amène au simple, et le goût du simple, c'est le goût du travail, la préférence pour ceu.v qui se lèvent matin, agissent, produisent, font circuler la vie, remplissent le but de la création. On ne hait pas pour cela ceux qui sonnneiilent et vivent inactifs comme s'ils étaient nioits. mais on les plaint et on désire qu'ils se réveillent, qu'ils n'attendent pas, pour sortir de leur torpeur, la trompette du jugement dernier.

Beaux rêves! Non, ils deviennent [iratiques. Sans se refuser aux jouissances pures et au plaisir que donnent les fleurs ; de plus en plus, notre siècle demande des fruits ; espérons ([u'il en aura. En attendant, que le lecteur ou la lectrice errent avec ces feuillets à la main, ou suus les arbres jaunis par l'automne, ou dans les prés reverdis au prochain printemps, que ce8 rimes les assoupissent au coin de Tàtre ou sur l'oreiller, il ne restera, j'espère, dans leur âme qu'un bon désir! L'amour dont je parle, que je rêve, et que je m'efforce d'inspirer, n'est autre'que le germe de la vie déposé en nous pour mûrir à son heure et se reproduire indéfiniment, à de telles puissances qu'on ne saurait les calculer. 11 a sa loi qu'il ne faut jamais enfreindre, et il tend au souverain bien qui est l'amour même.

i MX LECTKllHS.

Ceci esl de la métîiphysique , lacilerneiil comprise (Je luus ceux qui suivent IVlan de leur cœur et résistent aux obstacles du mal. Selon moi, les poètes n'ont point perdu leurs rimes, et on ne saurait leur faire de graves reproches sur la prosodie et la gramm;iire quiuid ils réalisent le but divin :

FAIRE AIMEK.

riEiiliK Dl'l'U.NT.

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