L'IDEAL; AUJOURD'HUI
Sur un saphir profond se détache une fête
A chevelure d'or, une beauté parfaite,
Une femme aux grands yeux qui, baissés ou levés,
Dérobent ou font voir des horizons rêvés.
Eil(,^ n'emprunte rien à l'art de la parure
Sinon pour tempérer l'éclat de la nature.
Et de ses vêtements drapés à larges plis,
S'échappent des lueurs de roses et de lis.
La ligne et les contours corrects et pleins d'audace
Semblent, équilibrant la force avec la grâce,
Opposant la moderne aux antiques clartés,
Tracés par Raphaël, par Phidias sculptés, Animés par Rubens, ce voleur de la flamuie.
Dans son corps de slatue, on sent tressaillir l'âme.
Elle tient des lions, des cygnes et des fleurs; Elle éclate de rire, et nous cache ses pleurs. On voudrait expliquer ce mystère farouche. Surprendre leur secret aux roses de sa bouche : Sous la lèvre les dents, les ongles sous la main Aux plus audacieux b:irreraienl le chemin ; Les dents sont diamants, et l'ongle, dure agate. Elle mord, elle griffe; elle est tigresse et chatte.
Dérobant au soleil un magique pouvoir, Concentrant ses rayons dans un ardent miroir, Archimèiîe brûlait une flotte romaine :
Promenant ses regards sur une foule humaine. Cette femme incendie et réduit tous les cjeurs.
Ses prunelles d'azur ont de telles lueurs.
Qu'on demande aux cils bruns, à ses blanches paupières
D'opposer leur nuage à ces fauves lumières.
Ses regards dédaigneux sont de tous enviés;
Un chœur de soupirants s'attache à ses beaux pieds.
Pourtant, s'il se trouvait, à l'époque où nous sommes,
Un lier adolescent dans cette foule d'hommes,
Dont le cd'ur serait simple, et dont la volonté
Irait droit, il ferait fléchir cette beauté.
Le taureau n'obéit qu'aux yeux purs, et la femme,
Qui jette à tous les vents les brandons de sa flamme,
Cherche un cœur virginal, rêve un chaste baiser :
C'est le seul océan qui la puisse apaiser.
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Eh! prélendrais-tii donc à combler ce grand vido.
Jeune lionime dont le sang est un pâle liquide
Dévoré par le gaz, brûlé par le plaisir,
Dont la passion morte accouche d'un désir,
Dont le désœuvrement ou raclivité fausse,
Quand tu crois vivre heureux, déjà creusent fa fosse?
Nabot elTéminé qui porte Fongle long,
Qui te plais aux tripots mieux qu'en un frais vallon.
Qui préfères le vent malsain de la coulisse
Aux parfums qu'une tleur épand de son calice,
Et les criaillements suraigus des boursiers
A la bise qui mord et durcit les glaciei's,
Au\ cris stridents de l'aigle, an murmure ineffable
Du vent dans les grands pins, de la mer sur le sa bit*.
Les bruits de la nature et ses vives couleurs
Ont perdu le secret de t'arracher des pleurs.
Les chefs-d'œuvre de l'art, marbres, toiles, musique,
IS'ûffrant pas d'aliment à ta flamme lubrique.
Tu préfères la farce et le plat calembour,
Fleur de papier qui meurt dès qu'elle a vu le jour.
Ton esprit de vieillard très-froidement calcule Quel gain tu tirerais d'un hymen ridicule, Sous de trompeurs dehors, quand tu n'aurais livré Qu'une personne nulle, et qu'un bien obéré.
Tu veux que cette fenmie à ton sort associe
KTUDES LlTTF.r.AIT^ES.
Ce qu'elle a de beauté, d'amour, de poésie : Qu'elle aille donc plutôt à l'élable chercher Un gardeur de moutons, un bouvier, un porcher Qui n'aient pas respiré dans l'air où tu respires !
Blessé par ses regards, follement tu soupires.
Tu ne prévois donc pas qu'après l'hymen conrlii,
Lorsque tu te croirais le préféré, l'élu
De cette âme logique, ardente, inexorable,
Du grand Paris moqueur tu deviendrais la fable?
Tu portes ton destin dans les astres écrit :
Au lieu d'être l'amant, tu serai? un mari.
Et ton nom couvrirait de son ombre portée
Une lignée immense, au logis rapportée.
D'enfants qui mangeraient et riraient sous ton toit
Garde-toi d'en douter, ils seraient lii(^ii à loi.