LE NOËL DES PAYSANS
Noël ! des étables aux granges.
Chantez, vallons; dansez, hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges.
Pour le bœuf, Fane et les pasteurs.
En attendant la messe, on veille, On babille, on chante un noêl ; Dans les récits de la plus vieille, Le jeune met son grain de sel.
Garçons joufflus, que Ton s'empresse, Tout frais rasés, vêtus de drap; Filles en blanc, vite à la messe.
Une étoile vous guidera.
30 CHANTS Et rOÉSlES
Noël ! des étables aux granges, Chantez, vallons; dansez, hauteurs!
Jésus descend, quitte ses anges Pour le bœuf, Tân^ et les pasteurs.
Dig din don ! Féglise est jolie ( Kacontons ce que nous voyons), De beaux habits toute remplie, De cire blanche et de rayons.
Au fond, dans une niche en verre, Dort sur la paille un doux Jésus :
Rois et bergers sont en prière, L'âne et le bœuf soufflent dessus.
Noël ! des étables aux granges.
Chantez, vallons; dansez, hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges Pour le bœuf, Tâne et les pasteurs.
Quand à la file on communie. L'orgue joue un air de hautbois ; Quand toute la messe est finie, , On s'éparpille dans les bois.
Il fait si doux ! L'âme est contente.
J'entends un amoureux qui dit :
« Cette nuit le rossignol chante, < La rose a fleuri cette nuit. »
Noël ! des étables aux granges.
Chantez, vallons; dansez, hauteurs!
Jésus descend, quitte ses anges Pour le bœuf, l'âne et les pasteurs.
Allons! rentrons, car il grésille, Dit un vieillard en grelottant, La bûche de Noël pétille Et le réveillon nous attend.
Respectons la vieille coutume.
Mes beaux amoureux, buvez frais, Mangez le boudin quand il fume.
Vous vous embrasserez après.
DE PIERBE DUPONT. f^{
Noël ! des étables aux granges, Chantez, vallons; dansez, hauteurs] Jésus descend, quitte ses anges Pour le bœuf, Tâne et les pasteurs.
Jésus fait dans notre nuit noire, Pauvres gens! luire une clarté :
A sa santé nous devons boire j Avec lui naît l'égalité.
Grands et puissants à mine altiére.
Donnez, s'il vous plaît, un regard Au roi du ciel et de la terre, Né sur la paille d'un hangar.
Noël ! des étables aux granges, Chantez, vallons; dansez, hauteurs î Jésus descend, quitte ses ange»
Pour le bœuf, Tâne et les pasteurs.
LE CHANT DES Tt^A^ëPORTËS
Pendant que sous Ja mer profonde Les cachalots et le requin.
Ces écumeurs géants de Tonde, Libres, dévorent le fretin, Nous autres, cloués à la rive Où la bounasque a rejeté Notre barque un instant rétive, Nous pleurons notre liberté.
Et cependant, ô sainte République!
(juoique aujourd'hui de ton pain noir nourri, Chacun de nous pour ta gloire eût péri
Et mourrait encor sans réplique ;
Nous le jurons par l'Atlantique, ( Ter )
Par nos fers et par Saint-Merry.
Les goélands à Taile grise, Les hirondelles de la mer, A leurs petits, aux jours de brise, Apprennent le chemin de Tair; Nos enfants ont perdu leur guide.
Peut-être n'ont-ils plus d'abri, Et la mère à leur bouche avide Ne fait mordre qu'un sein tari.
Et cependant, ô sainte République!
Quoique aujourd'hui de ton pain noir nourri, Chacun de nous pour ta gloire eût péri
Et mourrait encor sans réplique ;
Nous le jurons par l'Atlantique, (Ter.)
Par nos fers et par Saint-Merry.
Sous les yeux du fort, sur la grève Quand nous errons le long du jour, Nous berçant dans quelque doux rêve Ou de République ou d'amour, La yague des plages lointaines Apporte à notre sombre écueil Râles de morts et bruits de chaînes; La démocratie est en deuil !
Et cependant, ô sainte République!
Quoique aujourd'hui de ton pain noir nourri, Chacun de nous pour ta gloire eût péri
Et mourrait encor sans réplique ;
Nous le jurons par TAtlantique, (Ter,)
Par nos fers et par Saint-Merry.
Glaive rouge de la Hongrie, Quel gant de fer t'aurait brisé?
Un homme, traître à sa patrie, Aux pieds du Czar l'a déposé ; Au sultan demandez asile, Kossuth et Bem au bras puissant:
Georgey, dans sa villa tranquille, Boit et mange le prix du sang.
Et cependant, ô sainte République !
Quoique aujourd'hui de ton pain noir nourri.
Chacun de nous pour ta gloife eût péri
Et mourrait encor sans réplique ;
Nous le jurons par TAtlantique, (Ter.)
Par nos fers et par Saint-Merry.
Les obus ont forcé Venise, Le sage Manin est banni ; Pardonnez-nous Rome soumise, OGaribaldi, Mazzini!
Quand Jésus a dit à saint Pierre :
L'épée au fourreau doit dormir, Pourquoi voyons-nous son vicaire Et ses cardinaux la rougir?
Et cependant, ô sainte République!
Quoique aujourd'hui de ton pain noir nourri, Chacun de nous pour ta gloire eut péri
Et mourrait encor sans réplique ;
Nous le jurons par TAtlantique, (Ter.)
Par nos fers et par Saint-Merry.
Il nous vient du pays de Bade, De Doullens ou de Saint-Michel, Tantôt des bruits de fusillade.
Tantôt des plaintes vers le ciel.
Chez le Turc et sur la Tamise On cherche l'hospitalité ; Où donc est la terre promise, Dieu d'amour et de liberté?
Et cependant, ô sainte République!
Quoique aujourd'hui de ton pain noir nourri, Chacun de nous pour ta gloire eût péri
Et mourrait encor sans réplique ;
Nous le jurons par TAtlantique, (Ter.)
Par nos fers et par Saint-Merry.