LA FÈVE
Fille d'Eve, Vous m'avez tenlé, Me donnant la fève :
J'accepte cette royauté.
C'est la seule que je rêve.
Charbonnier est maître chez soi :
A mes veux, c'est un très- bon roi.
Un forgeron à son enclume Vaut bien un roi taillant sa plume ; Et, quand un de mes vers vous plaît- Mon esprit est un roitelet.
Fille d'Eve, Vous m'avez tenté.
Me donnant la fève : • J'accepte cette royauté, C'est la seule que je rêve.
J'accepte avec grande gaieté Ce quart d'heure de royauté ; Mais, ce soir, perdant ma couronnCy Quelle existence monotone !
Non, car ce charmant souvenir Au fond de mon cœur va fleurir.
Fille d'Eve, Vous m'avez tenté.
Me donnant la fève :
J'accepte cette royauté, C'est la seule que je rêve.
DE PIERBB DUPONT. «S:
Mais j'entends mon peuple en rumeur I 11 est jaloux de mon bonheur Et s'insurge contre ma chance.
Une fraude, une connivence, Un caprice m'aurait fait roi :
Eh bien! je suis despote, moi !
Fille d'Eve, Vous m'avez tenté, Me donnant la fève:
J accepte cette royauté.
C'est la seule que je rêve.
Je dénonce à tous mes féaux L'oïdium, tous les fléaui; J'ordonne une moisson splendida»
Avec une paix bien solide.
Et j'étends mon large pardon, Roi de f^ve, à tout l'horizon.
Fille d'Eve, Vous m'avez tenté, Me donnant la fève ; J'accepte cette royauté, C'est la seule que je rêve.
Quant à vous, reine de beauté,
Puisque votre témérité
Vous fait ma vassale et sujette,
Du gâteau jetez quelque miette
De vos yeux bleus, qui sont si doux.
Regardez au-dessous de vous !
Fille d'Eve, Vous m'avez tenté, Me donnant la fève :
J'accepte cette royauté.
C'est la seule que je rêve.
LE CAMEE
Je l'envoie un petit camée,
ma bien-aimée !
Ciselé délicatement, En aimant.
Sur une agate très-fine Ton beau profil se burine ; Effilée en petit bec> Ta lèvre est un bijou grec ; Ton oreille est faite et brille Comme une fraîche coquille; Ton menton a le fini D'un œuf, posé dans le nid.
Je t'envoie un petit camée,
ma bien-aimée I Ciselé délicatement, Eu aimant.
Ta joue est un nid de roses î Au coin de tes lèvres closes, Du sourire poind la fleur ; Ton œil jette une lueur, Comme un bleu rayon de lune À travers la forêt brune ; Tes cils voilent sa clarté, Ton sourcil peint ta fierté.
Je t'envoie un petit camée,
ma bien-aimée!
Ciselé délicatement, En aimant.
Ton front, blanc comme les cygnes, S'enfle avec de belles lignes;
C'est comme un raisin serre Où couve le feu sacré.
Pour compléter la figure Il manque la chevelure, Le cou si pur et le sein Dont j'ébauche le dessin.
Je t'envoie un petit camée,
ma bien-aimée!
Ciselé délicatement, En aimant.
Tes cheveux, je les dénoue ; Sur ta nuque, sur ta joue, J'aime à les voir voltiger; Faut-il mieux les arranger En grappes, tresses ou natte, Avec ruban d'écarlate, Rose ou bluet? tout va bien; Us sont plus beaux avec rien.
Je t'envoie un petit camée,
ma bien-aimée î Ciselé délicatement, En aimant.
Vite, encore une retouche,
Un baiser sur cette bouche;
Qu'il pende tout alentour
Une guirlande d'amour,
Des roses, des tourterelles,
Croisant leurs becs et leurs ailes.
Cher camée! il faut encor ;'
L'armer d'une aiguille d'or. l
Je t^envoie un petit camée,
ma bien-aimée !
Ciselé délicatement, En aimant.
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