LE TISSERAND
Des deux pieds battant mon métier. Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans Tespace.
Au chanvre, quand j'étais petit, J'allais casser les chènevotes; Tantôt je dénichais mi nid, Tantôt déchirais mes culottes :
C'était le beau temps du plaisir.
Le ciel depuis en fut avare; En septembre on faisait rouir Le chanvre dans la grande mare.
Des deux pieds battant mon métier.
Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans Tespaoe.
Le chanvre aime le plat pays, Les oiseaux sous sa verte ombrelle Vont becqueter le chénevis :
Il a fleur mâle et fleur femelle.
De Tune on tire le gros fil Pour le cordage et la voilure ; L'autre fournit le plus subtil.
Pour toile fine et pour guipure.
Des deux pieds battant mon métier.
Je tisse, et ma navette passe, Kile siffle, passe et repasse,
Et je crois entendre crier Une hirondelle dans Tpspace.
Quand Thiver chasse les oiseaux, A la veillée on vient en troupe, Les filles tournent leurs fuseaux.
Et les garçons battent Téloupe.
Chez un cordier, devenu grand, J'ai tourné la roue à mon aise, Et depuis je suis tisserand, Et le serai tant qu'à Dieu plaise.
Des deux pieds battant mon métier Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans Tespace.
Tendre une chaîne et TajuslOT
Étampé contre la poitrine.
Nouer ses fils et les compter,
C'est minutieux, j'imagine :
Au fond des caves, le travail
Est plus beau, la toile est moins raide*
On perd la vue à fin de bail,
Les lunettes sont un remède.
Des deux pieds battant mon métier> Je tisse, et ma navette passe, Elle sifile, passe et repasse.
Et je crois entendre crier Une hirondelle dans Fespace.
Eucor, si je tissais en Tair, Comme fait ma sœur l'araignée, Sans ma lampe j'y verrais clair; Mais, bah ! ma vie est résignée :
Il faut des voiles au vaisseau.
Aux morts des linceuls, aux fillettes Qui me commandent leur trousseau Des draps de lit et des layettes.
Des deux pieds battant mon métier, Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans Tespace.
La propreté n\i pas de rang;
Dieu donne le chanvre et Teau vive»
Faites gagner le tisserand
Et les laveuses de lessive.
Suffit-il pour être content
De bien manger et de bien boire?
Il faut avoir dans tous les temps
Du linge blanc dans son armoire.
Des deux pieds battant mon métier^ Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.