‹ Muse populaire: chants et poésiesChapitre 140 sur 188 · LE CHÊNE · texte numérisé non relu

LE CHÊNE

Si l'humble gland dont ce chêne est formé Était tombé du front touffu du père Dans le grouin d'un cochon affamé, Il n'aurait pas tant ombragé la terre.

Du haut, d'en bas, la vie arrive au tronc Par les rameaux, les racines, les fibres ; Digne d'orner seulement les fronts libres, Son vert feuillage à l'or ferait affront.

Chantons le chêne immense, Orgueil de nos bois.

Jadis vénéré des Gaulois; Son ombre protège la France.

De Jupiter les oracles païens

Avaient pour temple un vieux chêne à Dodone,

Dont les rameaux, aux jeux Olympiens,

Pour le vainqueur se tressaient en couronne.

A Rome aussi, le chêne consulté,

Y couronnait de rameaux symboliques

Le front de ceux dont les vertus civiques

De la patrie avaient bien mérité.

Chantons le chêne immense.

Orgueil de nos bois.

DK riERRE DUPONT. 543

Jadis vénéré des Gaulois; Son ombre protège la France.'

Chez les Gaulois, dans la première nuit Qui faisait suite à la lune nouvelle Du dernier mois de Tannée, à minuit, Dans les forêts tous couraient pêle-mêle.

La joie était sauvage en son essor ^ On immolait une victime humaine.

Et le druide à Técorce du chêne Tranchait le gui de sa faucille d'or.

Chantons le chêne immense, Orgueil de nos bois, Jadis vénéré des Gaulois; Son ombre protège la France.

Quand Égérie à Numa se montrait, C'était toujours à Tombre des grands chênes.

Et saint Louis rendit plus d'un arrêt, Sans appareil, sous Tarbre de Vincennes. Sous Charles Sept, on était aux abois, Quand Jeanne d*Arc rêva la délivrance; Avant d'aller au secours de h\ France, Au sein d'un chêne elle entendit des voix.

Chantons le chêne immense.

Orgueil de nos bois, |

Jadis vénéré des Gaulois; ,

Son ombre protège la France.

Le chêne immense est un fouillis vivant D'oiseaux, fourmis, cirons, coléoptères ; Son lourd brancliage est tordu par le vent, Moussu, rongé de lichens et de lierres.

Le gui pendant rappelle les cheveux Dont Absalon lui laissa la dépouille; Le chêne est droit, rugueux, taché de rouille £t s'arrondit en dôme sous les cieux.

diantons le chêne immense.

Orgueil de nos bois^ Jadis vénéré des Gaulois; Son ombre protège la France.

Dans son feuillage on entend un millier i)^oiseaux jaseurs de diverses nuances; Sur son écorec on voit le sanglier Contre les chiens aiguiser ses défenses :

Le feu du ciel y tombe quelquefois; Le soir, Forfraie y jette l'épouvante ; Toute la nuit, le rossignol y chante, Quand Tamour fait monter la sève au bois.

Chantons le chêne immense, Orgueil de nus bois. Jadis vénéré des Gaulois; Son ombre protège la France.

Un papillon dans le chône est formé :

Lorsque la hache, un beau jour, vient Tabattre, L'âme s'enfuit du corps inanimé ; On voit dans Tair le papillon s*ébattre.

L'arbre est à bas, l'homme tire ses plans ; Il en va faire une charpente dure.

De grands vaisseaux, de la belle sculpture :

Le chêne mort vivra plus de mille ans.

Chantons le chêne immense.

Orgueil de nos bois, Jadis vénéré des Gauloi<«; Son ombre protège la France.

LE STATU aUO

Je sens mon cœur s'emplir de larmes Quand je pense aux mots frateniels :

D'aucuns ont péri par les armes.

Pour d'autres les deux sont cruels ; Bloi-mème, par inadvertance, Erreur de calcul ou hasard.

J'ai Yu sous mon toit la souffhince, J'ai reconnu mes torts trop tard.

Mais n'allons pas être moroses, Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaiement et vivement les choses, Aiguillonnons le stalu qtio !

La grecque et romaine manie, Cet abus des vieux oripeaux.

Prouve qu'on n'a pas de génie.

Laissons les anciens en repos.

Ils ont fait vaillamment leur œuvre; Comme eux, soyons de notre temps ; Faisons du nouveau : la couleuvre , Fait peau neuve à chaque printemps.

Mais n'allons pas être moroses, Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaiement et vivement les clioses, Aiguillonnons le statu quo !

Casques rouilles, vieilles poternes.

Pastiche antique, badigeon, Cédez aux peintures modernes ; Rasons les ailes de pigeon !

I^ bois, le métal, ni la pierre, La houille, ne manqueront pas.

La hache obéit à Téquerre, La truelle suit le compas.

Mais n'allons pas être moroses.

Nos chansons n'auraient pas d'écho :

Menons gaiement et vivement les choses.

Aiguillonnons le stalu quo !

346 CHANTS ET POÉSIB

Un avenir splendide est proche, Qui nous brûle de ses rayons ; Le rail passe à travers la roche; Il grouille des inventions.

Plus d^obstacles, plus de distances !

La mécanique a tout dompté, La chimie a droit à nos stances, Poètes de la liberté !

Mais n'allons pas être moroses, Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaiement et vivement les choses, Aiguillonnons le statu quo!

Regardez ! Ce bain sulfurique.

Où couvent de chauds élémentSi Donne à la machine électrique Le secret de ses mouvements. Où trouver une métaphore?

Qu'est-ce que laigle ou le cheval ?

Le couchant se lie à Taurore Par un simple fil de métal^

Mais n'allons pas être moroses, Nos chansons n'auraient plus d'écho ; Menons gaiement et vivement les choses, Aiguillonnons le statu quo !

On peut désirer de renaître; Dans l'ombre il germe des tableaux.

L'esprit poussé reut tout connaître; Toujours les flots poussent les flots.

Dieu se révèle sur Tabime ; Nous le flairons dans le lointain :

Montons sur la plus haute dme Pour voir l'aube du jour divin.

Mais n'allons pas être moroses.

Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaiement et vivement les choses, Aig*iillonnons le slaUi auoi

Allons, sœptiques, incrédules, Borgnes, aveugles et boiteux, Têtes d'ânes, têtes de mules, Debout! marchez, ouvrez les yeux 1 Dieu veut, afin que chacun vive, Unir dans un efîbrt pareil.

L'esprit et la matière vive, L'honmie, la terre et le soleil.

Mais n'allons pas être moroses, Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaiement et vivement les choses.

Aiguillonnons le statu qiw !

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