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LES CORBEAUX

Dans un site âpre où nulle herbe ne croit, Le sol étant de roches et de sable, Où le climat toujours brûlant ou froid Rend la contrée à Thomme inhabitable; Sur un sommet règne une vieille tour Démantelée, illustre dans Thistoire, De cris lointains effrayant Talentour :

Là de corbeaux loge une bande noire.

Que disent les croassements

De ces funèbres centenaires?

Ils sèment les pressentiments .

Et parlent de nos vieilles guerres.

De ces corbeaux je vois sur le ciel bleu Se détacher les sonobres silhouettes; (bmme une armée ils ne changent de lieu Qu'en ayant soin de placer des vedettes.

Leur instinct sûr, aux champs les plus lointains, Pressent au bruit, à Todeur de la poudre.

Quand les soldats vont en venir aux mains ; Droit au cadavre ils vont conmie la foudro.

Que disent les croassements De ces funèbres centenaires?

Ils sèment les pressentiments Et parlent de nos vieilles guerres.

Quand leur curée est faite abondamment, Aux vents du ciel déployant leur grande aile, Dans cette tour, ils rentrent lentement,

PE PIERRE T>UPONT. 411

Bravant frimas, vents, neige, pluie et grêle ; Ils font leurs œufs, élèvent leurs petits, Dans les prés verts vont picorer en bandes, Entretenant leurs sanglants appétits Par le récit des plus sombres légendes*

Que disent les croassements De ces funèbres centenaires ?

Ils sèment les pressentiments Et parlent de nos vieilles guerres.

En remontant par le fil des aïeux Aux grands combats des époques lointaines, Que n'ont-ils pas, à la face des cieux.

Vu s'égorger de peuplades humaines !

Les Grecs d'abord, et les Romains plus tard, Ont à leurs becs opposé leurs cuirasses; Il leur souvient d'Alexandre et César, Dont ils flairaient avidement les traces.

Que disent les croassements De ces funèbres centenaires?

Ils sèment les pressentiments Et parlent de nos vieilles guerres.

La guerre va comme un flot grossissant; Toute l'Europe est vouée au carnage.

L'histoire n'est qu'une trace de sang Du Bas-Empire au sombre moyen âge; Tous les beffrois des villes ont sonné.

Clairons, tambours, chantez des airs de fête! Le canon sourd dans les airs a tonné ; Venez, corbeaux, votre festin s'apprête.

Que disent les croassements De ces funèbres centenaires?

Us sèment les pressentiments Et parlent de nos vieilles guerres.

Gloire au canon ! Il éclaire la nuit Où nous étions plongés, il rivalise Avec le livre, et bien mieux nous instruit;

Même en tuant, peuples, il civilise.

Nécessité qui fais tant de lambeaux De notre chair, 6 loi dure et fatale, Jusques à quand yerrons-nous les corbeaux Exécuter ta sentence brutale?

Que disent les croassements De ces funèbres centenaires?

Us sèment les pressentiments Et parlent de nos vieilles guerres.

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