LE RÊVE DU PAYSAN
Pendant le repos du dimanche, Le paysan va voir son champ ; Son front vers la terre se penche.
Illuminé par le couchant.
Le temps, qui marque son passage
De rides et de cheveux gris, Sur son grand et vaillant visage N'a pas éteint le coloris.
Rêve, paysan, rêve ; Entends la semence qui lève.
Regarde tes bourgeons rougir.
Et comme tes enfants grandir ; C'est l'avenir !
Après la semaine remplie Par le travail de chaque jour, D'un œil plein de mélancolie Il voit l'état de son labour.
Narines au vent, comme il flaire.
Sans doute, un pressentiment noir ; Soudain son visage s'éclaire Sous le rayon blanc de l'espoir.
Rêve, paysan, rêve; Entends la semence qui lève.
Regarde tes bourgeons rougir, Et comme tes enfants grandir :
C'est Tavenir !
La campagne est énamourée, Le vert s'étend sur les sillons, De chaque terre labourée Montent les cris des oisillons.
Le paysan sent sa jeunesse Renaître avec le renouveau, De son âme un chant d'allégresse Monte avec le chant de Toiseau.
Rêve, paysan, rêve ; ■ Entends la semence qui lève.
Regarde tes bourgeons rougir, Et comme tes enfants grandir :
C'est l'avenir !
Le ciel comme un gouffre Tattire, Le ciel, immense océan bleu ; A pleine poitrine il respu*e;
Dans Taîr pur, le souffle de Dieu.
Et quand tout au bout de la plaine Les rayons d'or vont s'effaçant, Plein dé vigueur pour la semaine^ Vers sa chaumière il redescend.
Rêve paysan, rêve; Entends la semence qui lève, Regarde tes bourgeons rougir, Et comme tes enfants grandir, C'est l'avenir !
Les troupeaux rêvent dans Tétable,
Déjà la ménagère attend ;
Le paysan se met à table.
Et tout son monde en fait autant.
Alors, levant au ciel son verre.
Que rougit le vin du pays,
Il dit : « Dieu garde notre terre
Des fléaux et des ennemis ! »
Rêve, paysan, rêve ; Entends la semence qui lève.
Regarde tes bourgeons rougir. Et comme tes enfants igrandir :
C'est Tavenir!