PLAINTE A UN MIROIR
Ma voix solitaire Longtemps a gémi :
Ah! pourquoi déplaire A son doux ami ?
Assise à ma toilette.
J'y rêve longuement, J'interroge, inquiète Mon grand miroir qui ment, Verra-t-il que la veille Rougit mes tristes yeux ?
Cette rose vermeille Sied-elle à mes cheveux ?
Ma voix solitaire Longtemps a gémi :
Ah ! pourquoi déplaire A son doux ami?
Ma simple robe blanche Est indigne de lui ; Elle fait sur la hanche,
Je crois ) un petit pli.
Plus d'une mieux se gante.
Et d'un pied plus coquet, Sous sa jupe fringante, Fait craquer le parquet.
Ma voix solitaire Longtemps a gémi :
Ah ! pourquoi déplaire A son doux ami ?
Ce matin, les roulades Démon frêle gosier S'en allaient par saccades Sur le triste clavier, Et ma tète en démence, Au lieu d'un joyeux air, Soupire une romance Pareille au vent d'hiver.
Ma voix solitaire Longtemps a gémi :
Ah ! pourquoi déplaire A son doux ami?
Un seul regard qui blesse Peut vous ravir un cœur ; Paysanne ou princesse, Hélas! tout me fait peur .
Statue ou toile peinte, Vierges de Raphaël...
Je tremble qu'une sainte Ne me Tenlève au ciel !
Ma voix solitaire Longtemps a gémi :
Ah ! pourquoi déplaire A son doux ami i
Que ne suis-je élancée Gomme un beau peuplier, Brillante et nuancée Comme un gentil rosier î
DB PIERRE DDPONT. ^
Rossignols des yallées»
Que n^ai-je nuit et jour Vos notes si perlées Pour dire mon amour I
Ma Toix solitaire Longtemps a gémi :
Ah! pourquoi déplaire Amon doux ami?
Au bas de ma fenêtre C'est bien lui que je vois!
n ya passer, peut-être; Non, il entend, ma voix, La sienne s'y marie ; bonheur trop soudain !
L'espérance flétrie Refleurit dans mon sein.
A cette voix chère Mon cœur a frémi :
Enfin j'ai su plaire A mon doux ami.