L'ÉLÉPHANT DE LA BASTILLE
Ici jadis dominait la Bastille, Avec ses fossés, ses créneaux.
Gardant des secrets de famille Dans ses souterrains infernaux.
Le peuple un jour (bénissons la mémoire
De ce jour à jamais sacré) ËfTondra cette toml>e noire Dont le nom survit exécré.
Pleins de respect pour les choses antiques, Principes saints en nos cœurs érigés,
Ne prenons pas pour des reliques
Les abus et les préjugés.
Pour remplacer la sombre citadelle,
Gomme après un enterrement,
Un ironique Praxitèle
Fit un risible monument :
Un éléphant à Tair stupide, en plâtre.
Peint en noir, mais d'un noir faux teint.
Où venaient nuitamment s'ébattre
Les rats du canal Saint-Martin.
Pleins de respect pour les choses antiques.
Principes saints en nos cœurs érigés.
Ne prenons pas pour des reliques,
Les abus et les préjugés.
Cet éléphant, il faut bien vous le dire.
Type grotesque du passé
Et des abus, prêtait à rire.
Mais le peuple s'en est lassé; Car parmi nous le rire même s'use;
Un cagot ressusciterait
Voltaire! On dirait : Il abuse
Le faubourg... et Ton s'en irait.
Pleins de respect pour les choses antiques»
Principes saints en nos cœurs érigés,
Ne prenons pas pour des reliques
Les abus et les préjugés.
Donc l'éléphant, cette vieille masure Où tant de rats avaient niclié, N'existe plus, même eïi peinture, Et le canal est desséché.
Sur cette place où la foule se rue, Quand le moment est solennel, Quand l'idée en son flanc remue, Une colonne monte au ciel
Pleins de respect pour les choses antiques.
Principes saints en nos cœurs érigés,
Ne prenons pas pour des reliques
Les abus et les préjugés.
Bronze gardien des souvenirs funèbres, Colonne, héroïque tombeau.
Tu portes, chassant les ténèbres, Le génie avec son flambeau ;
Et sur ton socle un lion se promène, Un lion en bronze sculpté, Puissant, majestueux, sans haine, Qui veille sur la liberté.
Pleins de respect pour les choses antiques.
Principes saints en nos cœurs érigés.
Ne prenons pas pour des reliques
Les abus et les préjugés.