MARGUERITE
Ma fleur, ce n'est pas la pervenche :
Ma fleur d'amour, mon doux trésor, C'est une marguerite blanche Que nuance un beau reflet d'or.
Mais, las ! autour d'elle bourdonne Essaim folâtre et dangereux :
Faut-il que sa blanche couronne S'effeuille aux doigts des amoureux!
Que Dieu t'abrite Contre l'aquilon,
marguerite.
Astre du vallon !
Tes sœurs, moins. que toi fortunées, Heureuse fleur ! le plus souvent, Dans la prairie abandonnées, Voient leurs débris jetés au vent ; Mais toi, l'ombrage d'un grand chêne Te garantira des autans, Et l'eau d'une claire fontaine Eternisera ton printemps.
Que Dieu t'abrite Contre Taquilon,
marguerite, Astre du vallon !
Pourtant, s'il faut que Ton te cueille,
Oue ce soit un naïf amant
Qui te répète à chaque feuille :
f Je l'aime passionnément;
Et, pour prix d'une telle flamme,
Je n'ose demander à Dieu
Qu'une parcelle de son âme.
Blanche fleur! m'aime-t-elle un peu? »
Que Dieu t'abrite Contre l'aquilon,
marguerite, Astre du vallon !