‹ Muse populaire: chants et poésiesChapitre 4 sur 188 · LES SAPINS · texte numérisé non relu

LES SAPINS

J'allais cueillir des fleurs dans la Tallée, Insouciant comme un papillon bleu, A Tâge où l'âme à peine révélée Se cherche encore et ne sait rien de Diea.

Je composais avec amour ma gerbe, Quand au détour du coteau l'aspect noir De sapins verts couvrant un sol sans herbe Me fît prier ainsi sans le savoir :

Dieu d'harmonie et de beauté.

Par qui le sapin fut planté.

Par qui la bruyère est bénie.

J'adore ton génie

Dans sa simplicité!

Le sapin brave et l'hiver et l'orage, Chaque printemps lui fait un éventail ; Droite est sa flèche et vibrant son feuillage, L'art grec s'y môle au gothique travail Ses blancs piliers, un souffle les balance Sans plus d'effort que les simples roseaux :

Chœur végétal, symphonie, orgue immense Qui darde au ciel d'innombrables tuyaux.

Dieu A'harmonie et de beauté.

Par qui le sapin fut planté, Par qui la bruyère est bénie.

J'adore ton génie

Dans sa simplicité!

Les bûcherons, dont la hache est sonore, ' Sapin géant, coupent tes bois légers.

i% CHANTS ET POKSIES

(Jui porteront du couchant à Taurore Hommes, bestiaux et \ réduits échangés.

De ta résine on enduira tes planches, Tu doubleras les caps sombres sans peur, Tantôt voguant au gré des Toiles blanches, Tantôt poussé par Fardente vapeur.

Dieu d'harmonie et de beauté.

Par qui le sapin fut planté.

Par qui la bruyère est bénie,

J'adore ton génie

Dans sa simplicité î

L'archet de Dieu règle votre cadence, Musiciens rhythmés par Taquilon.

Un jour des bals vous mènerez la danse De l'orme agreste au splendide salon.

Vous traduirez des accents dont la flamme Cherche des cœurs l'invisible chemin ; Aux violons vous donnerez une âme Et vibrerez sous un archet humain.

Dieu d'harmonie et de beauté.

Par qui le sapin fut planté, Par qui la bruyère est bénie,

J'adore ton génie

Dans sa simplicité!

Heureux sapins, vos solives légères Font les chalets, construisent les hameaux; Dans vos taillis se cachent les bergères, Et les buveurs donnent sous vos rameaux.

L'humanité par vos soins est servie.

Bois familiers, dans sa joie et son deuil ; Dans un berceau vous accueillez sa vie, Et vous clouez ses morts dans le cercueil.

Dieu d'harmonie et de beauté, Par qui le sapin fut planté, Par qui la bruyère est bénie»

J'adore ton génie Dans sa simplicité !

Arbres divins, respectés des tempêtes, Vous inspirez le calme et ces douceurs Qu'aime la foule aux vers de ses poètes, Et qu'Apollon enseignait aux neuf Sœurs. Quand au hasard la sagesse infinie Ëclaire un front, c'est à l'ombre des bois ; Reviens, Orphée, y rêver l'harmonie ; Viens, 6 Lycurgue ! y méditer des lois.

Dieu d'harmonie et de beauté, Par qui le sapin fut planté, Par qui la bruyère est bénie.

J'adore ton génie

Dans sa simplicité !

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