LE TUEUR DE LIONS
Mes beaux lions aux crins dorés ;
Du sang des troupeaux altérés,
Halte-là ! je fais sentinelle,
Et ma carabine mortelle,
Visant à la fauve prunelle.
Fait jaillir Tâme en flots pourprés.
Dans la torride solitude
Où vous régnez, rois redoutés»
Rien n'offense la quiétude
De vos farouches majestés.
Tigre, léopard et panthère.
Devant vous sont rampants et doux ;
Moi, je ris de votre courroux :
Je tiens dans mes mains le tonnerre.
Mes beaux lions aux crins dorés, Du sang des troupeaux altérés»
Halte-là 1 je fais sentinelle, Et ma carabine morteUe
Visant à la fauve prunelle,
Fait jaillir Tâme en flots pourprés.
Rois chasseurs, faites vos bourriches Avec les plus nobles gibiers ; Éventrez les daims et les biches, Les renards et les sangliers.
Tenez-vous à Técart des tentes Où sont à Tabri nos colons*, Ne guettez pas en nos vallons Les bœufs et les vaches errantes.
Mes beaux lions aux crins dorés, Du sang des troupeaux altérés, Halte-là ! je fais sentinelle, Et ma carabine mortelle, Visant à la fauve prunelle.
Fait jaillir Tàme en flots pourprés.
Quand le lion, quand la lionne.
Ont rôdé près d une maison, On me hèle : mon arme est bonne Et mon œil perce à 1 horizon.
Gomme un boa j'attends, je guette, Ma balle, horrible guet-apens.
Siffle, al mord comme les serpents, Tantôt le cœur, tantôt la têta
Mes beaux lions aux crins dorés, Du sang des troupeaux altérés.
Halte-là ! je fais sentinelle.
Et ma carabine mortelle.
Visant à la fauve prunelle, ■ Fait jaillir Tàme en flots pourprés.
Je veux à ma mère chérie, Avec la hampe d'un drapeau, D'une lionne d'Algérie, En Hercule, apporter la peau.
Près du bois où ma soif guerrière
DE PIERRE DOPONT. lit
S*allumait à tuer les loups,
Je veux clouer avec six clous
Ce grand trophée à ma chaumière.
Mes beaux lions aux crins dotés.
Du sang des troupeaux altérés, Halte-là ! je fais sentinelle, Et ma carabine mortelle, Visant à la fauve prunelle, Fait jaillir Tâme en flots pourprés.