LA COMPLAINTE DE CLAODIE
Je voudrais avec mélodie, Eli prenant le ton langoureux, Chanter Thistoire de CJaadie Aux paysans, aux amoureux.
Glaudie était jolie et sage.
Un séducteur, un beau diseur.
Lui promettant le mariage.
Parvint à lui ravir son coetur.
Claudie, en secr^ fiancée.
Sans êtce épouse mit au jour Un fils, et, mère délaissée.
N'abandonna point soir amour.
Cher nouveau-né ! de la mamelle Sa mère en pleurant le nourrit;
134 CDAMS ET POÉSIES
Mais, douce à la fois et cruelle, Un beau matin, la mort le prit.
Depuis, seule avec son vieux père.
Faisant la moisson avec lui, Elle glane son dur salaire Aussi triste que Noêmi.
Le père est vieux, la fille est frêle, Ils ne font qu'une raie à deux :
Sylvain, qui moissonne prés d'elle  la paye, en tombe amoureux.
Mais Grand-Rose (c'est la fermière), Brûlant en secret pour Sylvain, Veut chasser la fille et le père Qui font obstacle à son dessein.
Or le séducteur de Glaudie A Grand-Rose fait les doux yeux.
Et, redoutant quelque infamie, Tient de méchants propos contre eur.
Get homme» par ses caquetages. Les met tous comme chat et chien; Il aurait brouillé vingt ménages Plutôt que d'arranger le sien.
Le vieillard abrite sa fille Entre ses deux bras vacillants^ Brisés par l'âge et la faucille, A l'ombre de ses cheveux blancs. .
Puis il bénit la gerbe haute, Sépare la paille du blé.
Confond le crime, absout la faute^ Et le coupable est dévoilé.
Donc Sylvain épouse Claudie,
DE PIKRHE DUPONT. 1S5
El Ton chasse le ravisseur ;
La dot, par Grand-Rose arrondie,
Assure aux époux le bonlieur.
Devant les scènes de ce drame J'ai pleuré, mémement j'ai ri ; L'auleiir, dit-on, est une dame Qui Ta glané dans le Berri.
C'est dans deux ans, deux ans à peinC;
(Ju3 le coq gaulois chantera ;
Tendez Toreille vers la plaine,
Entendez-vous ce qu*il dira ?
Il dit aux enfants de la terre
Qui sont courbés sous leur fardeau :
Voici la fin de la misère,
Mangeurs de pain noir, buveurs d'eau.
Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux.
Viens, en déployant ta bannière, Dix-huit cent cinquante- deux! {Dis.)
Du peuple enfin voici le r.'giie ; Tout autre préjtendant n'est rien, A moins toutefois qu'il ne daigne Se dire un simple citoyen.
Est-il une place plus haute, Un plus grand honneur sous le ciel, Que d'être accueilli comme un hôte A ce banquet universel?
Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux,
tm en A RTS ET POÉSIES
Viens, en déployant ta bannière, Dix-huit cent dnquante^eux. {Dis.)
Des Bourbons la double famille En France ne réassit plus ; Qu'un instsU leur 'fortune brille, Ce n'est que flux el que reflux.
Sur son rocher de Sainle-Hélâie Napoléon s'est tu briser; Maître de la pubsance humaine, Gharles-Quint sut b déposer.
Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux.
Viens, en déployant ta bannière.
Dix-huit cent dnquante-deux ! (Bis,)
rois! votre pourpre est fanée.
Ne la teignez pas dans le sang; Ne dispntei pas une année Au progrès toujours grandissant.
L'idée est aujourd'hui rapide Plus que les chevaux et les .cerfs; Elle dépasse qui la guide.
Elle broiera tous nos vieux fers.
Des monts sacrés oà la lumière Forge ses éclairs et ses feux, Viens, en déployant ta bannière.
Dix-huit cent cinquante-deux. {BU.)
La République jusqu*à Vienne Et jusqu'à Rome a pris son vol ; 11 faudra bien qu'elle y revienne.
Elle a son germe dans le sol.
D'ailleurs, de Paris elle guette L'Europe, les rois el les cours.
Gomme on voit pendant la tempête La foudre menacer les tours.
Dl PIERRE RUPONT. 187
Des monts sacrés où l«i iumière Forge ses éclairs et ses feux»
Viens, en déployant ta bannière.
Dix-huit cent cinquante-deux. (6i5«)
Rois, faitesHToos tirer les cartes.
Assis au coin de votre feu.
Fortune, faut-il que tu partes!
Tous les piques sont dans le jeu.
Encore ce valet de pique !
Paris TOUS envoie un courrier; Son message est la République :
Faites brûler vif le sorcier.
Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux, Viens, en déployant ta bannière. Dix-huit cent cinquante-deux. (Bfi«)
C'est donc un bandeau symbolique Dont le temps a couvert vos yeux.
Qu'il dérobe la République A vos regards insoucieux ?
Votre grandeur fut un nuage; Vos sceptres, désormais ternis.
Seront des bâtons de voyage.
Allez, rois, vous êtes bannis!
De^ monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux, Viens, en déployant ta bannière.
Dix-huit cent cinquante-deux. (Bis,)
Faudra-t-il que vos doigts débiles.
Réduits aux vils expédients, Usent nos dernières sébiles?
Nous n'aurons plus de mendiants 1 Bon vieillard, mettez-vous à table.
Mangez, faites-nous la leçon;
iS8 CIIAKTS ET POÉSIES DE P. DUPONT.
Buvez, conlez-nous une fable.
Ou chantez-nous une chanson.
Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux, Viens, en déployant ta bannière, Dix-huit cent cinquante-deux! (Dis.)