LA NATURE COMIQUE
Nature, cette mère-grand Qui déjà doit être un peu vieille.
Ayant travaillé dans le gra'nd, Fait les humains, épis et treille; Sans doute, à force de créer.
Sentant sa verve refroidie, Résolut, pour se récréer, De nous donner la comédie.
Eh! pauvres humains, riez donc*
La nature comique Du rire franc nous a fait don :
r/est pour rire avec abandon Devant sa lanterne magique.
Les chevreaux ont de la gaieté.
Et les agneaux, sitôt qu*ils naissent^
Avec quelle vivacité
Ils tètent leurs mères qui paissent!
On rit de Tànon, du poulain,
Du petit chien qui tend la patte;
Le petit chat vif et malin
Fait son ron ron quand on le flatte.
Eh! pauvres humains» riez donc!
La nature comique Du rire franc nous a fait don : C'est pour rire avec abandon Devant sa lanterne magique.
Le singe, aux yeux mouvants et clairs, Devine, et sait d'une grimace Parodier mille travers Qu'il surprend à Thumaine race.
Le dindon se. croit admiré; Sa gorge en est rouge-cerise, S'étalant comme un paon doré :
C'est le type de la bêtise.
Eh! pauvres humains, riez donc!
La nature comique Du rire franc nous a fait don :
C'est pour rire avec abandon Devant sa lanterne magique.
Le paon lui-même, en son orgueil, Fait la roue avec plus de grâce ; Sur chaque plume luit un œil; Ses pieds sont laids, sa voix croasse , Cigogne et girafe aux cous longs.
Guêpes et longues demoiselles Critiquent de certains salons Les longs cous et les tailles frêles.
£h ! pauvres humains, riez donc!
La nature comique Du rire franc nous a fait don .
C'est pour rire avec abandon Devant sa lanterne magique.
Êtes-vous méchant cavalier?
Le coursier, à la main rebelle»
Vous faisant perdre Tétrier, Vous démontera de la selle ; La perdrix d'un vol effrayant Vous part au nez, sous vos yeux glîsso Et vous fait la nique en fuyant, Si vous êtes chasseur novice.
Eh! pauvres humains, riez donc!
La nature comique D'un rire franc nous a fait don :
C'est pour rire avec abandon Devant sa lanterne magique.
Le coucou, ce jaune glouton Mangeant les œufs des tourterelles.
Et chantant sur le même ton, Raille jusqu'aux amours fidèles.
L'ours à la foire fait des tours; L'éléphant et l'hippopotame Sont facétieux quoique lourds ; Ce sont les grotesques du drame.
Eh! pauvres humains, riez donc!
La nature comique Du rire franc nous a fait don * C'est pour rire avec abandon Devant sa lanterne magique.
Voyez-vous ce méchant roquet Aboyer à ce bouledogue?
Entendez-vous ce perroquet En bavardant prendre un ton rogue?
Jaune, vert, d'un beau rouge cirné.
Délices d'une douaîriéra
Qui Tadmet à son déjeuner Et le fait boire dans son verrQ?
Eh! pauvres humains, riez donc!
La nature comique Du rire franc nous a fait don ; C'est pour rire avec abandon Devant sa lanterne magique.
Noire et blanche, avec reflet bleu, Voyez-vous pas Margot la pie Sautiller, et, trichant au jeu.
Commettre un vol qu'un autre expie?
Toujours jasant' et jacassant, Maligne comme une commère, Elle insulte chaque passant Et n'épargne pas la grampi^iire.
Eh! pauvres humains, riez donc!
La nature comique Du rire franc nous 9 fait don ; C'est pour rire avec abandon Devant ea lanterne magique.
Il existe Toiseau moqueur Dans rinde, et chez nous la linotte Sait les airs des oieeaux par cœur Et les siffle note pour note ; Moi-même, quand je fais des vers, Les enfilant comme des perles.
Lorsque je rime de travers, N'entendfl^je pas siffler des merles?
Eh! pauvres humains, riez doncl
La nature comique Du rire franc nous a fait don :
C'est pour rire avec abandon Devant sa lanterne magique.
Or je conolus en unissant Qu'avant d'entrer au •omlH*e em{»r«
252 CIIAKTS ET POÉSIES
II faut se faire du bon sens
Et ne point se lasser de rire.
Arriére ce bonnet de nuit
Et ce visage de carême
Qui nous feraient mourir d'ennui!
Dieu veut que Ton rie et qu'on aime.
Eh! pauvres humains, nez donc!
La nature comique Du rire franc nous a fait don .
C'est pour rire avec abandon Devant sa lanterne magique.