DE PIERRE OIJPO!VT
L'un pour vous a vidé son coffre , Mais , dans ses écrins vainement , De sa main ridée il vous offre Or, bijoux, perles, diamants; Vainement dans ses flatteries Élincelant avec efforts.
Entre vous et ses pierreries Il sait découvrir mille accords.
Vous souriez comme une reine
A maints discours, Mais vous ne rivez pas la chaîne
De vos amours.
Un autre plus aimant peut-être , Langoureux comme un rossignol , Fait gémir sous votre fenêtre La guitare de l'Espagnol ; Il vous mêle en ses folles phrases Aux. fleurs du ciel et des sentiers ; En des sonnets emplis d'extases , Il met la lune sous vos pieds :
Vous souriez comme une reine
A maints discours , Mais vous ne rivez pas la chaîne
De vos amours.
Et moi ma belle enchanteresse , N'osant pas même vous parler,
Je vais raconter ma détresse Aux bois qui savent consoler; Le bouleau fleuri me conseille, Le bouvreuil m'apprend son secret , Qui se dit tout bas à l'oreille Au plus profond de la forêt.
Et vous sourie^, ô ma reine,
A mon discours ; Nous nous aimons , rivez la chaîne
De nos amours.
MON aïeule.
Je ne crois pas qu'elle soit morte Ma belle aïeule aux cheveux blancs; Chaque soir, elle ouvre ma porte , Et vers mon lit vient à pas lents : * Seulement je la vois plus belle; L'azurvif est moins radieux Que son visage et sa prunelle Ravivés aux splendeurs des cieux.
Mon aïeule au jeune sourire , Des cieux lointains votre séjour, A notre ciel revenez luire Pour y consoler mon amour.
DE PIERHF. Ull'0\T. 93
Quand le coq matinal vous chasse Et vous renvoie à votre lieu, Nul autre ne tient votre place \ votre table au coin du feu.
Absente je vous vois encore, J'entends encore où vous étiez Sous vos doigts le fuseau sonore, Le rouet bruyant sous vos pied?.
Mon aïeule au jeune sourire , Des cieux lointains votre séjour, A notre ciel revenez luire Pour y consoler mon amour.
Quand mon àme penche inquiète Entre deux projets hasardeux , J'attends votre signe de tête Avant d'oser dire : Je veux !
Aucune erreur ne vous égare , Victorieuse de la mort.
Et vos yeux doivent être un phare Qui mène toujours à bon port.
Mon aïeule au jeune sourire.
Des cieux lointains votre séjour, A notre ciel revenez luire Pour y consoler mon amour.
Quand ma trame sera tissée , Quand mon oeil jettera mourant
96 CHA!«TS ET l'OÉSIËS
Les vestiges d'une pensée A l'eau du terrestre torrent , Au seuil de la vie éternelle.
Mon aïeule, je vous attends.
C'est vous qui pousserez mon aile A franchir les bornes du temps.
Mon aïeule au jeune sourire, Des cieux lointains votre séjour, A notre ciel revenez luire Pour y consoler mon amour.