‹ Muse populaire (volume 2)Chapitre 47 sur 94 · L'ÉMIGRÉE DE FRANCE · texte numérisé non relu

L'ÉMIGRÉE DE FRANCE

(ÀTril 1848}

Mon mari , que je vénère , En fuite , après Février, M'a poussée en Angleterre, Mais que faire en ce terrier?

Je conçois qu'un diplomate Dans tes brouillards s'acclimate, 0 terre des longs ennuis !

Une femme délicate Ne peut vivre qu'à Paris.

Le bruit français incommode La souveraine des mers Qui veut transplanter la mode Dans ses parcs froids et déserts.

Vous êtes un peu bien vaine ; Laissez ma petite reine, Laissez l'aile aux colibris, Aux Chinois la porcelaine, Et les modes à Paris.

Nos gais artistes de France Ont traversé le détroit ;

DE PIERRE DCP01«T. 123

Le théâtre est pris d'avance , Mais l'enthousiasme est froid.

On leur jette une guinée, Mais sitôt qu'elle est donnée L'ai liste a perdu son prix; Vous reviendrez l'autre année, On n'admire qu'à Pari?.

Pardonnez, chère Angleterre, Si je vous hais sans raison; Ailleurs qu'à Paris la terre ^'ost pour moi qu'une prison.

Je trouve la France infâme, Je la déteste en mon âme; Mais je veux revoir les nids Dont est brodé Notre-Dame :

Qu'on me ramène à Paris.

L'Opéra fait-il relâche, Que deviennent les amours?

Chacun a repris sa tâche Et la Seine suit son cours.

Où montrer cette dentelle?

Ma loge vide m'appelle , Au diable tous les maris!

Steamer, fuis à tire-d'aile:

On n'est belle qu'à Paris.

On dit que des barricades On a remis les pavés,

12G CHAiNTS ET POESIES

Que du feu des canonnades

Nos hôtels sont préserves.

On dit que le peuple même

Est beau ; quant à moi je l'aime,

Et jusqu'aux yeu\ je rougis

Quand j'entends comme un blasphème

Parler mal de mon Paris.

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