‹ Muse populaire (volume 2)Chapitre 75 sur 94 · A MADAME B · texte numérisé non relu

A MADAME B

N'es-tn que la déesse antique Vivante en un marbre sculpté, Vertu pieuse et domestique Qu'on nomme l'hospitalité ?

Tu m'apparais sous une image Qui parle mieux à mon regard :

C'est en un riant paysage Une hôtesse bonne et sans art.

Eh ! bonjour madame l'hôtesse !

Du logis lirez les vorroiix ; — « Sur le seuil laissez la tristesse » Et venez , vous êtes chez vous. »

Sa maison est l'hôtellerie Qui d'enseigne n'a pas besoin ; L'avenue est verte et fleurie , Son parfum l'annonce de loin.

Son escalier de pierre grise Est doux au pas de l'étranger.

Qui sent au passage une brise De chèvrefeuille et d'oranger.

OB PIERRE DCPOKT. 197

Eh ! bonjour madame l'hôtesse Du logis tirez les verroux.

— « Sur le seuil laissez la tristesse » Et venez, vous êtes chez vous. »

Si l'estomac vous sollicite, Entrez ! votre couvert est m''S ; La table n'est point si petilc Qu'on n'y reçoive ses amis.

Le dressoir chargé de vaisselle Excite un curieux coup d'œil 5 Le vin rit , la nappe étincelle , 11 faut céder à cet accueil.

Eh! bonjour madame l'hôtesse!

Du logis tirez les verroux ;

— « Sur le seuil laissez la tristesse » Et venez , vous êtes chez vous. «

L'hôtesse à manger vous invile,

L'hôte joyeux sertd'échanson ,

Et souvent le dîner s'acquitte

Avec une simple chanson.

11 faut ouïr, au choc des verres ,

Ces accords sans diapason

Où s'épanchent les cœurs sincères

A faire trembler la maison.

Eh ! bonjour madame l'hôtesse !

Du logis lirez les verroux;

— M Sur le seuil laissez la tristesse » Et venez , vous êtes chez vous. »

Voici la clé de la cellule s Un lit de moine vous attend ; Du crépuscule au crépuscule, On dort, le rossignol chantant.

A l'aube, un doux bruit vous éveille, Concert de sons et de couleurs :

De pinson , de bouvreuil, d'abeille, Dans le feuillage et dans les fleurs.

Eh 1 bonjour madame l'hôtesse !

Du logis tirez les verroux ;

— « Sur le seuil laissez la tristesse * Et venez , vous êtes chez vous. »

Rien ne vous manque, ni l'eau pure,

Ni la toile fraîche l'été ,

Ni tous les soins qu'on se figure

En rêvant l'hospitalité.

Oh ! la Providence fidèle

Protégera votre foyer !

On dit que le nid d'hirondelle

Bénit le toit hospitalier.

Adieu donc ! madame l'hôtesse !

Du logis poussez les verroux ; Sur le seuil je vois la tristesse Quand il faut quitter de chez vous.

DE PIERRE Dll'O^T. igg

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