‹ Muse populaire (volume 2)Chapitre 83 sur 94 · LES FILETS · texte numérisé non relu

LES FILETS

Le pêcheur tient sar son épaule Son grand filet armé de plomb.

Ses enfants pleurent sur le môle, Leur mère trouve le temps long; Le filet se déploie et plonge, De la pêche dépend leur sort.

Et bientôt , ce n'est point un songe , Mille poissons dansent au bord.

Que l'eau soit clémente ou perfide,

Que le filet soit lourd ou vide.

Le pécheur aime, et dans l'amour

11 trouve, quand l'onde est trompeuse,

Une pêche miraculeuse

Qui le fait vivre au jour le jour.

Pour le chaume, quelle richesse!...

Mais le pêcheur sur son chemin Voit des frères dans la détresse , A son filet tendre la main :

Hommes et femmes en guenilles, Enfants nus qui n'ont pas mange :

Prenez pour vous et vos familles , Mon grand filet a dégorgé.

I)Ë PIERRE Dl'PO:«T. £21

(^ue l'eau soit clémente ou perfide,

Que le filet soit lourd ou vide ,

Le pécheur aime, et dans l'amour

11 trouve , quand l'onde est trompeuse ,

Une pèche miraculeuse

Qui le fait vivre au jour le jour.

Le pécheur au logis rapporte.

Un seul poisson ! ce sont des cris; Car en le guettant de la porte, En sa bonne œuvre on l'a surpris :

On gronde, cependant on mange :

L'hôtesse, en partageant la chair Du poisson d'or, bonheur étrange !

Y voit luire un diamant clair.

Que l'eau soit clémente ou perfide,

Que le filet soit lourd ou vide ,

Le pécheur aime, et dans l'amour

Il trouve, quand l'onde est trompeuse,

Une pèche miraculeuse

Qui le fait vivre au jour le jour.

Le rêve de la bonne femme Transforme son chaume en palais ; La voilà fière et grande dame, Elie foule aux pieds les filets; L'époux eut de la fine pierre, Chez le joaillier, vingt écus d'or; Mais la famine et la misère ,

222 CUASTS ET POÉSIES

Au retour le guettaient encor.

Que l'eau soit clémente ou perfide ,

Que le filet soit lourd ou vide,

Le pécheur aime , et dans l'amour

11 trouve, quand l'onde est trompeuse,

Une pêche miraculeuse

Qui le fait vivre au jour le jour.

Nous n'avons ni filet ni rame , Disent en chœur les malheureux ; Le pêcheur sent faillir son âme , Et son or se partage enlr'eux.

Au logis, nouvelle tempête, Mais lui, certain de l'apaiser, De sa voix aimante répète Son chant suivi d'un long baiser :

Que l'eau soit clémente ou perfide ,

Que le filet soit lourd ou vide ,

Le pécheur aime, et dans l'amour

11 trouve , quand l'onde est trompeuse ,

Une pèche miraculeuse

Qui le fait vivre au jour le jour.

DE PIERRE DUPOKT. 223

LA ROMANCE DU PEUPLIER, (rémer 18511 j.

Un beau peuplier d'Italie Jus<iu'à ma fenêtre montait ; A sa pointe, un oiseau chantait Vne chansonnette jolie Que ma voix gaiment répétait Pour chasser la mélancolie.

En fagots on vient de lier

Les branches De mon peuplier ; Dans son bois on vient de scier

Des planches Dans le cœur de mon peuplier.

Avant d'être sur cette place Et de briller en plein Paris, Epandantsur nos vieux débris Un air de fraîcheur et de grncc.

224 CHASTS ET POÉSIES

En un vallon , loin de nos cris , Il se balançait dans l'espace.

En fagots on vient de lier

Les branches ' De mon peuplier ; Dans son bois on vient de scier

Des planches Dans le cœur de mon peuplier.

Pour célébrer une naissance , Un baptême de liberté, Février l'avait transplanté En un jour de réjouissance ; Ah ! pourquoi nous avoir ùté Ce gai symbole d'espérance.

En fagots on vient de lier

Les branches De mon peuplier ; Dans son bois on vient de scier

Des planches Dans le cœur de mon peuplier.

Je me sentais bonne et plus pure Quand je voyais dedans le vent , Won gentil peuplier mouvant Comme une longue chevelure ; Je croyais qu'il était vivant, J'en veux avoir une bouture.

DE PIERRE DtPOSIT. S35

En fagots on vient de lier

Les branches De mon peuplier; Dans son Lois on vient de scier

Des planches Dans le cœur de mon peuplier.

Je te planterai dans la terre , Rameau chéri , près de mes fleurs, Qui pour moi sont toutes des sœurs i Et je t'appellerai mon frère.

Tu m'aimeras, et si je meur?.

Tu me suivras au cimetière.

En fagots on vient de lier Les branches De mon peuplier ; Dans son bois on vient de scier

Des planches Dans le cœur de mon peuplier.

Page 1