LES CERISES
La nuit s'enfuit d'un pied léger.
N'effleurant que du bout de l'aile Les coteaux qu'on voit s'oranger Aux lueurs de l'aube nouvelle :
Les grands chemins sont tournoyants, Du voyageur la soif s'irrite , Du sein des rameaux verdoyants La cerise rouge l'invite.
Quelle chance pour les oiseaux!
Pour les enfants quelles surprises!
Les pentes vertes des coteaux Sont toutes rouges de cerises.
Dans ces feuilles à plein gosier, Il semble qu'on jase et qu'on rie; Pour les oiseaux un cerisier Est une bonne hôtellerie.
DE piKKRE i)i;i>o;<T. 353
De ce jaune chardonneret Gorgé de vermeille cerise.
Le chant semble plus guilleret; Ne dirait-on pas qu'il se grise !
Quelle chance pour les oiseaux !
Pour les enfants quelles surprises î Les pentes vertes des coteaux Sont toutes rouges de cerises.
Du beau cerisier rougissant , Des bambins la troupe s'empare.
Us se déchirent jusqu'au sang, Se bousculent sans crier gareî Mal peignés , querelleurs , joufflus , Leur poids fait craquer le branchage; Pour quelques cerises de plus On brave la mort à cet âge.
Quelle chance pour les oiseaux !
Pour les enfants quelles surprises !
Les pentes vertes des coteaux.
Sont toutes rouges de cerises.
L'ombre s'étend sur les vallons :
Viens sous le cerisier, ma belle !
J'ai taillé les blancs échelons Moi-même , et j'ai dressé l'échelle.
Te souvient-il du jour d'été Où nos âmes se sont éprises
L'une de l'autre , ô ma beauté !
Un soir, en cueillant des cerises?
Quelle chance pour les oiseaux !
Pour les enfants quelles surprises !
Les pentes vertes des coteaux Sont toutes rouges de cerises.
Pour nos enfants tes doigts, plus tard
Pétriront avec la farine
Ces cerises dont ton regard
Aime la couleur purpurine.
Et quand un hôte nous viendra ,
En souvenir de cette histoire,
Ta blanche main lui versera
Le vieux kirch de la forêt Noire.
Quelle chance pour les oiseaux !
Pour les enfants quelles surprises !
Les pentes vertes des coteaux Sont toutes rouges de cerises.